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Full text of "Les origines du culte des martyrs"

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LES  ORIGINES  DU  CULTE  DES  MARTYRS 


Approhaniilms  Sitpcrioribus  ecclesiasticis 


Jules  De  Mi  i    ter,  Roui  ers. 


LES  ORIGINES 


I'V 


CULTE  DES  MARTYRS 


PAR 


HIPPOLYTE  DELEHAYE,  S.  I. 

•M 

BOLLANDISTE 


BRUXELLES 

BUREAUX  DE  LA  SOCIÉTÉ  DES  BOLLANDISTES 

22,  Boulevard  Saint-Michel. 

1912, 


CAROLO •  DE  SMEDT 
ALBERTO- PONCELET 
EGREGIIS-  SODALIBVS 
I X  •  PACE  •  CVM  •  SANCTIS 


PREFACE. 

Le  culte  des  saints  peut  être  étudié,  à  des  points 
de  vue  divers,  dans  la  littérature  hagiographique 
et  dans  la  vie  de  l'église. 

La  lecture  des  écrits  destinés  à  glorifier  les  saints 
n'est  peut-être  pas  le  moyen  le  plus  sûr  d'approfon- 
dir le  sujet.  Ces  œuvres,  tantôt  naïves  et  spontanées, 
tantôt  rédigées  avec  quelque  recherche,  attestent 
généralement  plus  de  zèle  que  de  talent,  laissent 
trop  souvent  l'impression  d'un  effort  sincère  mais 
impuissant,  et  ne  nous  disent  pas,  la  plupart  du 
temps,  ce  qu'il  importe  le  plus  de  savoir.  C'est  bien 
plutôt  en  recueillant  les  faits,  en  essayant  de  suivre, 
dans  les  documents,  les  grandes  manifestations  de 
la  piété  chrétienne,  que  l'on  se  fait  une  juste  idée  de 
la  place  que  les  saints  ont  occupée  dans  l'histoire  et 
qu'ils  tiendront  toujours  tant  qu'il  y  aura  des  chré- 
tiens dans  le  monde. 

Nous  avons  examiné  rapidement  la  question  litté- 
raire dans  un  petit  livre  sur  les  Légendes  hagiogra- 
phiques. Aujourd'hui  nous  voudrions  aborder  le  côté 
historique  du  sujet,  rechercher  le  point  de  départ 
et  suivre  les  principaux  développements  du  culte  des 
saints  dans  le  monde  antique. 


VI  PREFACE 

La  plupart  des   matériaux  de   ce  travail   étaient 
rassemblés  et  le  cadre  en  était  tracé  avant  l'appari- 
tion du  livre  de  E.  Lucius,  Die  A nf ange  des  Heiligen- 
kults  in  der  christlichen  Kirche,  œuvre  posthume,  édi- 
en  E904  par  M.  G.  Anrich,  successeur  de  Lucius 
dans  la  chaire  d'histoire  ecclésiastique  à  la  faculté 
de  t1  éologie  protestante  de  l'Université  de   Stras- 
bourg. I  >ien  que  notre  essai  ait  été  conçu  indépen- 
damment   de    ce    savant    ouvrage,   il   y   aurait   de 
l'injustice  à  dire  que,   tel  qu'il   parait  aujourd'hui, 
il  ne  lui  doit  rien.  Outre  le  concours  précieux  d'un 
perpétuel  contrôle,  il  nous  a  servi  à  préciser  bien 
des  idées,    à   nous  confirmer  dans  celles  que  nous 
partagions   avec  l'auteur,    et,   plus  encore,   il    sera 
bien  permis  de  l'ajouter,  dans  celles  qui  nous  sépa- 
nt   de   lui.  Nous  ferons  remarquer,   pour  justi- 
fier   cette    publication,    dont    l'utilité    pourrait    être 
contestée,   que  nous  avons  développé  certaines  par- 
ties du  sujet  à   peine  touchées  par  Lucius,  et  puisé 
abondamment    à    une    source,     qu'il    semble    avoir 
figée  de  parti  pris,  nous  voulons  dire  les  anciens 
rtyrologes.   Sans   vouloir   prétendre   que   l'intro- 
duction  de  cet  élément  suffit  à   renouveler  le   sujet, 
nous  pouvons  dire  qu'il  éclaire  certaines  difficultés 
et  l'on    constatera  que,  désormais,  il  n'est 
lis  de  le  négliger. 
I. "étude    que   non.  abordons    étant    d'une  grande 
ité,    nous   avons   essayé   de   circonscrire  le 
îjet  et  d'alléger  l'exposition  de  tout  détail  inutile. 


PRÉFACE  VII 

Comme  le  culte  des  saints  est  sorti  du  culte  des 
martyrs,  il  paraît  naturel  que  la  recherche  des  ori- 
gines ait  les  martyrs  pour  objet  principal  sinon 
unique.  Même  ainsi  réduite,  la  matière  se  présentait 
encombrée  d'une  foule  de  thèmes  accessoires,  ques- 
tions de  rites,  de  discipline,  d'histoire  littéraire, 
incontestablement  intéressantes,  mais  nullement 
essentielles,  et  difficiles  à  traiter  sommairement.  Ce 
sont  là  d'excellents  sujets  de  travaux  spéciaux,  pour 
lesquels  les  ouvriers  ne  manqueront  pas. 

Qu'on  ne  s'attende  donc  pas  à  trouver  ici  un 
résumé  de  tous  les  ouvrages  récents  qui  touchent 
de  quelque  manière  à  l'histoire  du  culte  des  saints. 
Si  rien  n'a  été  négligé  pour  assurer  à  ces  recher- 
ches une  base  solide,  tout  appareil  d'érudition  qui 
ne  sert  pas  à  éclairer  la  matière,  a  été  résolument 
écarté. 

Même  dans  les  limites  ainsi  tracées,  ce  travail 
pourra  recevoir  des  compléments.  Nous  ne  préten- 
dons pas  tout  connaître,  et  notre  reconnaissance  est 
assurée  à  tous  ceux  qui  nous  aideront  à  combler 
les  lacunes.  Mais  qu'il  soit  permis  de  faire  remar- 
quer à  ceux  qui  s'étonneraient  de  certaines  omis- 
sions, qu'il  est  deux  catégories  de  noms  et  de  livres 
que  l'on  est  amené  à  ne  point  citer  :  ceux  qu'on 
ignore  et  ceux  qu'on  connaît  trop. 

Tout  en  visant,  dans  les  références  bibliographi- 
ques, à  la  plus  grande  concision,  on  a  évité  de  mul- 
tiplier  les   sigles,   dont    l'abus    donne    à   certaines 


VIII  PREFACE 


pages  crudités  l'aspect  d'un  traité  d'algèbre.  Aux 
abréviations  consacrées  par  ge   et  qui  doivent 

être  familières  à  tout  lecteur  cultivé,  nous  n'avons 
ajouté  que  les  suivantes,  qui  simplifient  singuliè- 
rement les  citations  :  BHG,  BHO,  BHL.  Elles  dési- 
gnent respectivement  les  trois  répertoires  publiés 
par  les  Bollandistes  sous  les  titres  de  Bibliotheca 
hagiographica  graeca  (Bruxelles,  2dt  édition,  igog), 
Bibliotheca  hagiographica  oricntalis  (Bruxelles,  ig  10), 
Bibliotheca  hagiographica  latiua  (Bruxelles,  i8gg, 
supplément  ign).  Les  numéros  qui  les  accompa- 
gnent permettent  de  retrouver  sans  peine  toutes  les 
éditions  des  textes  hagiographiques  auxquels  ils  se 
rapportent. 

Bruxelles,  22  août  igi2. 


LES 

ORIGINES  DU  CULTE  DES  MARTYRS 


CHAPITRE  PREMIER. 

LA   DIGNITÉ   DU    MARTYRE. 

Depuis  qu'il  s'est  trouvé  dans  la  communauté  chrétienne 
d'héroïques  défenseurs  de  la  foi  qui  n'ont  pas  hésité  à  faire 
au  Christ  le  sacrifice  de  leur  vie,  le  nom  de  martyr  est 
devenu  le  titre  le  plus  glorieux  qu'un  homme  puisse  ambi- 
tionner. Le  sang  le  plus  pur  versé  pour  la  plus  noble  des 
causes,  l'attachement  inébranlable  à  des  réalités  invisi- 
bles, la  force  d'âme  dominant  les  défaillances  de  la  nature, 
en  un  mot,  tout  ce  qui  élève  l'homme  au-dessus  de  lui- 
même,  voilà  ce  qu'évoque  en  nous  l'idée  du  martyre  telle 
qu'elle  s'est  imposée  à  la  conscience  chrétienne  à  l'époque 
même  où  les  bûchers  fumaient  encore. 

Sans  vouloir  nier  qu'aux  premiers  assauts  de  la  persé- 
cution sanglante  les  fidèles  n'aient  admiré  le  courage  des 
victimes,  le  sentiment  qui  paraît  avoir  dominé  parmi  eux 
n'est  pas  celui  qui  se  développa  plus  tard,  lorsqu'on  se 
rendit  compte  du  rôle  réservé  au  martyre  dans  le  sein  de 
l'église.  Si  toutes  les  époques  de  violence  furent  regardées 
comme  des  épreuves  redoutables,  il  était  bien  naturel  que 
le  choc  brutal  heurtant  soudainement  des  âmes  paisibles 
et  candides  produisit  tout  d'abord  une  impression  de  stu- 
peur et  d'effroi.  Le  réveil,  on  peut  le  croire,  fut  doulou- 
reux, et  les  premières  larmes  qui  coulèrent  sur  les  tombes 
des  martvrs  furent  des  larmes  amères.  La  première  tour- 


LA    DIGNITE    DU    MARTYRE. 

mente,  à  Jérusalem,  dispersa  la  communauté  entière, 
sauf  les  apôtres,  par  toute  la  Judée  et  la  Samarie.  Le 
diacre  Etienne,  glorifié  plus  tard  comme  le  chef  illustre 
d'une  armée  de  héros,  ne  reçut  pas,  à  sa  mort,  les  hon- 
neurs du  triomphe.  Quelques  braves  gens  l'enterrèrent  et 
les  funérailles  furent,  comme  toujours,  accompagnées  de 
grandes  lamentations  '.  A  Rome  l'hécatombe  des  chré- 
tiens sacrifiés  par  Néron  semble  avoir  laissé  surtout 
l'impression  d'une  grande  catastrophe,  et  partout  les  tour- 
mentes furieuses  qui  s'abattirent  sur  les  premières  chré- 
tientés ne  semèrent  parmi  les  fidèles  que  l'angoisse  et  la 
douleur. 

Mais  l'âme  chrétienne  se  ressaisit  bientôt.  La  parole  du 
Maître  s'impose  à  sa  réflexion  et,  sous  quelque  forme 
qu'elle  arrive,  elle  ne  tarde  pas  à  porter  ses  fruits.  Il  avait 
prédit  ces  épreuves.  «  Vous  serez  menés  à  cause  de  moi 
devant  les  gouverneurs  et  les  rois,  pour  me  rendre  témoi- 
gnage, devant  eux  et  devant  les  gentils  '-'.  Souvenez- 
vous  de  la  parole  que  je  vous  ai  dite  :  le  serviteur  n'est 
pas  plus  grand  que  le  maître.  S'ils  m'ont  persécuté,  ils 
vous  persécuteront  vous  aussi  »  \  En  même  temps  il  pro- 
clamait heureux  ceux  qu'attendait  un  soit  si  peu  enviable 
en  apparence.  Heureux  ceux  qui  souffrent  persécution 
pour  la  justice,  car  le  royaume  des  cieux  est  à  eux.  Heu- 
reux serez-vous lorsqu'on  vous  insultera, qu'on  vous  persé- 
cutera et  qu'on  dira  faussement  toute  sorte  de  mal  contre 
vrais,     à    (anse    de    moi.     RéjOuissez-VOUS    et    soyez    dans 

l'ail»    :  ■    votre   récompense  est  grande  dans   les 

cieux 

3     Mutt  :.  [0,  13. 

31  lo.   15.  - 

.    Matth.  5.  10-ia  C;.  6, 2z-2>. 


LA   DIGNITE   DU    MARTYRE.  3 

Sans  cesse,  d'ailleurs,  il  prêche  le  renoncement  et 
L'amour  de  la  souffrance,  et  exhorte  ses  disciples  à  le  sui- 
vre en  portant  courageusement  la  croix.  Celui  cpii  ne  la 
prend  pas  n'est  pas  digne  de  lui  '.  Que  le  disciple  ne 
recule  pas  devant  le  sacrifice  suprême  :  «  Celui  qui  voudra 
sauver  sa  vie  la  perdra.,  et  celui  qui  perdra  sa  vie  à  cause 
de  moi  la  sauvera  *  ».  Et  puis,  «  il  n'y  a  pas  de  plus  grand 
amour  que  de  donner  sa  vie  pour  ses  amis  "  ».  Au  temps 
de  Cyprien  on  se  rendait  bien  compte  de  l'efficacité  de 
cet  enseignement  sublime,  et  le  saint  évêque  l'appelle 
evangelium  Christi  unde  martyres  fiunt  *. 

Les  apôtres,  remplis  de  l'esprit  de  Dieu  se  montrèrent 
dès  les  premiers  jours,  pénétrés  de  cette  doctrine  si  nou- 
velle. A  Jérusalem,  conduits  devant  le  Sanhédrin  et  battus 
de  verges,  ils  s'en  vont  joyeux  d'avoir  été  jugés  dignes  de 
souffrir  pour  le  nom  de  Jésus  '. 

Le  puissant  écho  que  la  parole  du  Sauveur  trouva  dans 
l'âme  passionnée  de  S.  Paul  ne  devait  pas  moins  impres- 
sionner les  fidèles.  Partout,  dans  ses  épîtres,  il  se  glorifie 
des  souffrances  endurées  pour  le  Christ.  Il  porte  partout 
dans  son  corps  la  mort  de  Jésus  r'  ;  il  achève,  dans  sa 
chair,  ce  qui  manque  aux  souffrances  du  Christ  7.  Rien 
ne  pourra  le  séparer  de  l'amour  du  Christ,  ni  la  tribula- 
tion,  ni  l'angoisse,  ni  la  persécution,  ni  la  faim,  la  nudité, 
le  péril  ou  l'épée  8.   Il  désire  de  partir  et  d'être  avec  le 


H  Marc.  S,  3.4  ;  Matth.  10,  38. 
(3)  Luc.  9,  24  :  Marc.  8,  35  ;  Matth.  10,  39. 

(3)  Io.  15,  13- 

(4   Epist.  38,  Hartel,  p.  580-S1. 

(5)  Ad.  5,  40, 41. 

(6)  //.  Cor.  4,  10. 

(7)  Col.  I,  24. 
(S)  Rom.  8,  35. 


4  LA    DIGNITE    DU    MARTYRE. 

Christ  '.  «Le  Christ  est  ma  vie,  et  la  mort  m'est  un 
n 

Et  apixs  avoir  recueilli  ces  effusions  enflammées  du 
ir  du  grand  apôtre,  le  chrétien  contemplait  en  esprit  la 
vision  mystérieuse  montrant  sous  l'autel  les  âmes  de  ceux 
qui  a\  aient  été  immolés  pour  la  parole  de  Dieu,  revêtues  de 
robes  blanches  et  associées  au  grand  triomphe  du  Christ  "'. 
là  dans  l'Ancien  Testament  même  il  apprenait  à  admirer 
la  constance  dans  la  foi  et  le  mépris  de  la  mort  dont  les 
trois  enlants  delà  fournaise  et  les  Machabées  étaient  de 
si  glorieux  modèles:  ceux  qui  embrassaient  la  nouvelle 
toi  en  abandonnant  le  judaïsme,  avaient  pu,  clans  divers 
écrits  qui  couraient  alors,  s'édifiera  d'autres  exemples  de 
fermeté  et  de  grandeur  d'âme  '. 

Certes,  il  suffisait  du  souvenir  de  l'enseignement  aposto- 
lique ou  de  la  lecture  des  saints  Livres  pour  concevoir  une 
haute  idée  du  martyre.  Etre  admis  adonner  au  Christ  la 
plus  grande  marque  d'amour,  devenait  un  honneur  et  un 
privilège  digne  des  plus  hautes  ambitions. 

Des  l'époque  des  persécutions,  les  écrivains  ecclésias- 
tiques reflètent  les  sentiments  (pie  la  perspective  du  mar- 
tyre  taisait  naître  dans  les  grandes  âmes    . 

i    Phil.l,  23. 
Ui  l'hil.  i,  2r. 

.  6,  9-11  ;  20,  4. 

\\  .Bous  ii-  Die  Religion  des  Judentums,  zweite  Aufl.  (Bec- 
lin,  1906),  p.  218. 

I  aux   questions  qui  nous   occupenl   ici  et  au 

cuit.  ■  il  onl  été  recueillis  par  plusieurs  auteurs.   Il 

il  Petau,  Dogmata  th.  •     I  >  ■    tncai  natione, 

I.  XIV,  1  .  10-18  :  1.  XV.  Ensuite  I.  db  Florj  s.  De  inclyto  agone  marty- 

rit,  (  Allobrogum,  1735,  in  fol.;  F.  W.   Gass,  Das  christliche 

■     thum  in  den  ■   fahrhunderten,  Zeitschrcfi   mu-  die  his- 

1    ■   1.  ;        .:  ;    \Ç2  ',  l86o,   p.  315-3S1  ;  J.  P.    KlRSCH, 

revondei    G  der  H  iligen  im  christlichen    llterlum, 

/,  1900. 


LA    DIGNITÉ    DU   MARTYRE.  5 

Ils  n'en  parlent  qu'avec  enthousiasme  et  célèbrent 
le  sort  enviable  du  fidèle  qui  donne  sa  vie  pour  le  Christ. 
Pour  eux  le  martyr  est  le  chrétien  parfait,  l'imitateur  du 
Christ  et  des  apôtres,  l'âme  pure  par  excellence  '.  Le 
baptême  de  l'eau  lave  la  tache  du  péché,  mais  ne  prévient 
pas  contre  les  retours  de  la  faiblesse  humaine.  Le  baptême 
du  sang  —  cette  comparaison  devient  classique  de  bonne 
heure  -  efface  la  souillure  définitivement,  et  rien  désor- 
mais ne  pourra  ternir  la  beauté  de  l'âme  du  martyr  a. 
Aussi,  le  catéchumène  immolé  pour  la  foi  avant  son 
baptême  n'est-il  en  rien  inférieur  à  ceux  qui  ont  reçu  le 
sacrement.  Il  a  été  baptisé  dans  son  propre  sang  3. 
Ceux  qui  ont  souffert  pour  la  loi  sainte  portent  des  cou- 
ronnes *  ;  les  joies  du  ciel  leur  sont  assurées,  et  ils  pré- 
cèdent toutes  les  autres  âmes  dans  les  délices  du  Paradis. 
Au  dernier  jour  ils  ne  seront  point  jugés  mais  siégeront 
aux  côtés  du  souverain  juge  '. 

Quoi  d'étonnant  qu'à  l'envi  on  les  proclame  bienheu- 
reux, qu'on  accumule  autour  de  leurs  noms  les  épithètes 
d'honneur  et  de  bénédiction,  uaKcipioç,  bcatus,  beatissimus  f 
benedictus,  fortissimtisr'.  Heureuses  aussi  sont  les  églises  à 


i   Clément  d'Alexandrie,  Stromata,  IV,  4,  15  ;  9,  75. 

(2)  On  trouvera  les  plus  anciens  textes  sur  le  baptême  du  sang  dans 
H.  Windisch,  Taufe  und  Siiit.se  im  iiltcstcn  Chrislentum  bis  au/  Orig  - 
nés  (Tùbingen,  1908  .  pp.  414  suiv.,  481  suiv.  Ceux  de  S.  Cyprien  dans 
E.  W.  Watson,  The  style  and  language  of  St.  Cyprian.  Studia  biblica 

ET  ECCLESIASTICA,  t.  IV  (Oxford,    1896),  p.  289. 

(3)  Canottes  Hippolyti,  101,  Achelis  dans  Texte  und  Untersuchungen, 
t.  VI  (Leipzig,  1891), p.  91. 

i    Hermae  Pastor,  Sira.  VIII.  2.  1,  6. 

15)  Déjà  dans  Hippolyte,  Comment,  in  Danielem,  II,  37  :  oùtoç  y«P 
oùkéti  ovbi  Kpiverui  àXXà  Kpiveî,  uepoç  ibiov  e'v  Tf|  TTpuiTn  civa- 
OTdaei  e'xUJV-  Bonwei  soi,  p.  112-14  ;  Okic.ène,  Exhort.  ad  martyr ium, 
28,  Koetschau,  p.  24;  Cyprien.  Eptst.  6.  Hartel,  p.  481;  Denvs 
i>  Alkxandrie  dans  Eusèbe,  Hist.  ceci.  VI,  42.  5. 

Beatus  est  a  mrant.  Beatissimus  se  rencontre  par  ex.dansCvrRiEN, 


6  LA    M'. MU     DU    MARTYRE. 

qui  Dieu  accorde  le  suprême  honneur  de  choisir  des  mar- 
tyrs dans  leur  sein  '.  Car  comme  le  nom  de  Jésus  est 
élevé  au-dessus  de  tous  les  noms,  le  martyr  est  élevé  au- 
dessus  de  tous  les  justes  à  qui  a  manqué  la  gloire  de  verser 
leur  sang  pour  la  foi  '-'. 

Les  sentiments  d'admiration,  parfois  l'expression  d'une 
sainte  envie  dont  les  écrits  des  docteurs  ont  gardé  tant  de 
traces  sont  tout  autre  chose  que  l'effet  d\\n  enthousiasme 
de  commande  ou  le  fruit  de  la  réflexion  tardive  s'exerçant 
sur  des  événements  lointains,  déformés  parla  perspective. 
L  -  plus  belles  pages  écrites  à  la  gloire  des  martyrs  sont 
tombées  de  la  plume  des  témoins  de  leur  héroïsme.  Sans 
parler  des  auteurs  à  qui  nous  devons  les  plus  anciennes 
relations  contemporaines,  des  hommes  comme  Tcrtullien, 
Clément  d'Alexandrie,  Origène,  Hippolyte,  Cyprien  ont  vu 
1er  le  sang  de  leurs  amis,  de  leurs  proches,  de  leurs 
fidèles  persécutés  pour  la  foi,  et  tel  d'entre  eux  a  écrit  dans 
l'attente  du  moment  fatal  où  son  propre  nom  irait  grossir 
la  liste  des  victimes. 

Mais  ni  pour  eux  ni  pour  les  autres  chrétiens  appelés  à 
rendre  témoignage,  ce  n'était  là  un  moment   redoutable. 


F.pist.  m.  /  pist    15,  Hartj  1  .  pp.  492,  513.  dans  Actu  Mariant  et  Iacobi, 
1 1.  3  :  :  •  et  bcatissimi  '1ms  Cyprien,  Epist.  m,  p.  490;  F.pist.  76, 

p.  828;  benediclus  clans  Passio  Perpétuât,  III  :    1  m  :  1  1  i.ien,  Ad  Marty- 
ras,  t,  3  ;  Oehi  i  r,  i.  I.  pp.  3,  7. 

1   '  ■    r-,    H.\i:  11  i  .  |'.  404-05  :  O  beatam  ecclesiam nostram 

quant  sic  honor  divin  itionis  inluminat,  quant  temporibus  >a>st>  is 

çlor:  m  irtyrum  sanguis  inlustrat,   Brat  ante  ni  operibus    fratrum 

lida    h  a  tir  fa  1 1  ■  t  ;n  martyrum   cruore  purpurea .  Floribus  eiusnec 

■ 

'.atio     l  martyrium,  50;  Tdx«  bi  icctl  u'iaîrep   ti- 
uiui    aman    nii   toO     In  ropdaôrinev,      \r\00Q    A"|'">vr<i      ti'i   11 

tmi    TUiiin    aiiian    TÛIV   uapTi'ipmv    àfOpaO 

-  ■     ■  Ka\  oôtûiv  ttX<"v  in|in\MiKviuv  nap'  8  ù\\)û)Br\oav  âv 

iapTupn.aavt€ç  bé.  Koetschai  .  p.  46. 


LA    DIGNITÉ    DU   MARTYRE.  7 

Phénomène  nouveau  dans  l'histoire  du  monde,  la  mort  au 
milieu  des  supplices  était  devenue  le  terme  des  plus  hautes 
ambitions,  depuis  qu'elle  apparaissait  comme  la  voie  la 
plus  courte  pour  aller  rejoindre  le  Christ,  l'orgueil  et  l'es- 
pérance du  fidèle. 

Quel  spectacle  extraordinaire  que  celui  de  ce  vénérable 
évêque  brutalement  arraché  à  son  église,  traîné  à  Rome 
pour  v  subir  une  mort  terrible  et  ne  manifestant  d'autre 
crainte  que  d'être  soustrait  au  supplice  par  l'intervention 
de  trop  charitables  amis.  L'antiquité  n'a  point  de  héros  à 
mettre  en  parallèle  avec  Ignace  ;  elle  n'a  rien  connu  qui 
éeale  les  accents  de  cette  lettre  aux  Romains  d'où  déborde 
la  passion  du  martyre. 

«  J'écris  à  toutes  les  églises  et  je  mande  à  tous  que  volon- 
tiers je  meurs  pour  Dieu,  pourvu  que  vous  ne  m'en 
empêchiez  point.  Je  vous  conjure  de  ne  pas  me  témoigner 
une  bienveillance  déplacée.  Laissez-moi  devenir  la  nourri- 
ture des  bêtes,  par  lesquelles  je  pourrai  jouir  de  Dieu. 
Je  suis  le  froment  de  Dieu  :  je  dois  être  moulu  parla  dent 
des  bêtes  pour  que  je  sois  trouvé  le  pur  pain  du  Christ. 
Caressez  plutôt  les  bêtes  pour  qu'elles  deviennent  mon 
tombeau  et  ne  laissent  rien  de  mon  corps,  afin  que  je  ne 
sois  à  charge  de  personne.  Alors  je  serai  un  véritable  dis- 
ciple du  Christ,  lorsque  le  monde  ne  verra  plus  même  mon 
corps.  Priez  le  Christ  pour  moi  afin  que  par  ces  instruments 
je  devienne  un  sacrifice  à  Dieu  »  '. 

Est-il  rien  de  plus  touchant  que  cet  ardent  désir  du  mar- 
tyre dans  un  enfant  comme  le  jeune  Or-genc,  se  jetant  au 
devant  du  péril  sans  écouter  les  supplications  de  sa  mère, 
et  celle-ci  ne  trouvant  d'autre  moyen  de  le  retenir  que  de 
cacher  ses  vêtements.  Mais  l'enfant  ne  sait  point  détourner 

(i)  Ad  Roman.,  IV,  i,  2. 


S  I.A    DIGNIT]     DU    MAKTN  Il  . 

la  pensée  de  l'objet  de  ses  vœux.   En  ce  moment  son  père 

I  >nide  est  en  prison  et  sera  bientôt  conduit  à  la  mort. 

II  lui  écrit  une  lettre  qui  n'est  qu'une  chaleureuse  exhor- 
tation au  martyre  et  le  supplie  de  ne  point  faiblir  en  consi- 
dération des  siens  '. 

Le  vieil  évêque  de  Lyon,  Pothin,  déjà  plus  que  nonagé- 
naire et  accablé  d'infirmités,  trouve  dans  son  désir  du 
martyre  la  force  de  se  traîner  au  tribunal  et  de  rendre  au 
Christ  un  témoignage  triomphant  '-'.  La  grande  préoc- 
cupation de  Félicité,  entrée  au  cachot  avec  les  espérances 
de  la  maternité,  est  de  n'être  point  séparée  de  ses  compa- 
gnons. Cette  perspective  seule  la  désolait  :  in  magno  erat 
luctu  "'. 

Cyprien,  tout  en  modérant  ses  transports,  en  considéra- 
tion du  bien  de  ses  ouailles,  ne  peut  contenir  sa  joie  en 
songeant  aux  lettres  de  l'empereur  qui  vont  régler  son  sort 
et  l'envoyer  au  supplice  :  Quas  litteras  cotulie  speramus 
ventre,  stantes  secundum  fidei firmitatem  ad  passionis  toleran- 
tiatn  et  exspectantes  de  ope  et  indulgentia  Dominivitae  aeternae 
coronam1.  Et  l'on  sait  comment  il  accueillit  la  sentence. 
Cypricwus  episcopus  dixit  :  Deo  grattas  '.  C'est  aussi  ce 
qu'avait  répondu  Speratus  au  nom  de  ses  compagnons  : 
Deo  grattas  a^i)iiusr'.  De  même  le  martyr  Lucius,  dont  parle 
Justin,  remercie  le  juge  qui  le  condamne  à  mort  ',  et 
I  rtullien  avait  le  droit  de  dire  du  chrétien  condamné  pour 
sa  foi  :  damnatus  gratias  agit  \ 

1 1    Eusi  v.a.  II.  I  .  VI,  2,  3-6. 

.•   Dan   l  l  Int.  <•<•</..  V.  1.  . 

Perpétuai    BH1     61  ;  ;     ,  2. 
1  p  /  pist.  So,  1.  Hartel,  p.  841 
5)  Acta  ;.■,.(.  1 1  ■  i  1  m  .  1  .  1  -.ni. 

trtyrum  Scillitanor «m,  BHL.  7527,  15. 
ta  I]    i,  Otto,  t.  I,  p.  30a 

ticum,  1  :  <  1    Apolog.,  xlvi  ;     !  butant,  1  :  magisque 

tutti  quant  absoluti gaudentus.  0]  hler,  t.  I.  )  p.  116,  284,  539. 


LA   DIGNITE    DU    MARTYRE.  9 

Et  cette  joyeuse  ardeur  qui  les  poussait  au  sacrifice  ne 
les  abandonne  plus.  Perpétue  et  ses  compagnons  vien- 
nent d'être  condamnés  aux  bêtes  :  ils  rentrent  gaiement 
dans  la  prison  '.  Les  condamnes  de  Lyon  sont  soutenus 
par  la  joie  du  martyre  et  l'espérance  des  promesses.  Ils 
s'avancent  avec  allégresse,  portant  sur  leurs  visages  une 
majesté  qui  les  transfigure  '-.  Carpus,  le  martyr  de 
Pergame,  au  moment  où  on  met  le  feu  au  bûcher  s'écrie  : 
«  Sovez  béni,  Seigneur  Jésus-Christ,  fils  de  Dieu,  d'avoir 
jugé  un  pécheur  comme  moi  cligne  de  cette  part  qui  est 
la  vôtre  :>  ». 

En  Palestine,  le  martyr  Porphyrius,  après  avoir  subi  les 
plus  cruels  tourments,  marche   vers  le  bûcher  d'un  front 
où  rayonne  la  joie  et  une   sainte  audace.  Le  juge  a  beau 
s'acharner  sur  lui.  lui  déchirer  les  chairs  et  les  entrailles. 
Pas  une  plainte,  pas  un  gémissement  ne  sort  des  lèvres  du 
martyr,  insensible,  dit  Eusèbe.  comme  le  bois  et  la  pierre*. 
Cette    héroïque   endurance,    cette  imperturbable    séré- 
nité au  milieu   des  plus  horribles  tortures  est  loin   d'être 
un   cas   isolé.  L'église   de  Smyrne  raconte   en  ces  termes 
les   combats   de    ses    martyrs  :    «  Qui    n'admirerait    leur 
intrépidité,  leur  patience,  leur  amour  pour  Dieu  ?  Déchi- 
rés par  les  fouets  au  point  que  les  veines,  les  artères,  tout 
l'intérieur  du  corps  était  mis  à  nu,  ils  supportèrent  leurs 
souffrances  de  manière  à  attendrir  les  assistants  et  à  leur 
arracher  des  larmes  ;  ils  poussèrent  la  force  d'âme  jusqu'à 
ne  faire    entendre   ni  murmures,    ni  gémissements,   nous 
montrant  bien  à  tous  qu'à  ce  moment  même  où  on  les  tor- 
turait, les  martyrs  du   Christ    étaient   ravis   hors   de   leur 

l)  Passio  Perpétuât,  vi.  6  :   hilares  descendimus  ad  carcercm. 
(2)  Dans  Eusèbe,  Ilist   ceci.,  VI,  1,  34. 
131  Passio  sanctorum  Carpi,  Papyli  et  Agathonïcae,  BHG'   293.  41. 

4)  De  martyr ibus  Palaeslinae,  XI,  19. 


IO  LA    DIGNITÉ    DU    MARTYRE. 

chair,  ou  plutôt  que  le  Seigneur  lui-même  les  assistait  et 
leur  parlait  »  '. 

Blandine,  jeune  et  frêle,  au  point  d'inquiéter  les  fidèles 
qui  redoutaient  pour  elle  l'épreuve  de  l'amphithéâtre,  se 
sent  remplie  d'une  telle  vigueur  qu'elle  lasse  les  bour- 
reaux acharnés  sur  elle  depuis  le  matin  jusqu'au  soir. 
Elle  perdait  le  sentiment  de  la  douleur  et  reprenait  de 
nouvelles  forces  à  répéter  :  «  Je  suis  chrétienne  et  il  ne  se 
«  commet  rien  de  mal  chez  nous-'.  »  Au  diacre  Sanctus 
de  même  les  plus  effroyables  supplices  ne  purent  arracher 
que  ces  mots  :  <  Je  suis  chrétien.  »  Tandis  qu'on  lui  appli- 
quait des  lames  ardentes,  il  demeurait  inébranlable 
comme  s'il  eût  trouvé  sa  force  dans  la  source  d'eau  vive 
qui  jaillit  du  Christ.  Dans  ce  corps  affreusement  tordu 
et  mutilé,  le  Christ  lui-même  souffrait  et  accomplissait  des 
merveilles,  repoussant  l'antique  ennemi  et  montrant  par 
son  exemple  que  rien  n'est  à  redouter  là  où  est  la  charité 
du  1'  rien  ne  fait  souffrir  où  est  la  gloire  du  Christ5. 

I.  bourreaux  épuisèrent  également  toute  la  série  des 
tourments  sur  Alexandre,  le  médecin  Phrygien,  sans  lui 
arracher  ni  un  gémissement  ni  une  parole.  Dans  son  cœur 
il  conversait  avec  Dieu  '. 

Ravi  tase,  P  I    lancée  en  l'air  par  une 

h*-  furieuse,  sans  s'apercevoir  de  rien  '.  Un  des  mar- 

tvrs  rie  Palestine  montre    une  telle  insensibilité  au  milieu 

tourments  qu'on  eût  dit   un  être  spirituel,  sur  qui  la 

douleur  n'  ne  prise  K 

.11  IG«.  1556.  n,  2. 
///:/.  eccl.,  v.  1,  18,  i'». 
Dans  1  fltst.  eccl.,  v,  1.  2".  1  \. 

.  I [r.t.  eccl.,  V,  I,  51. 
!  <    •    Perpétuât,  xx.  s. 

t      l>e  martyribus   l'alacstinac,  xi,  12  :  ùaapKoç   b'  iJuairep 

KKl     (l.îiilUUT 


LA    DIGNITÉ    DU    MARTYRE.  II 

Les  martyrs  avaient  conscience  de  pouvoir  compter  sur 
une  force  surhumaine  ',  et  Félicite  en  donnait  le  secret 
à  un  de  ses  gardes  qui  s'étonnait  de  l'entendre  gémir  dans 

les  douleurs  de  l'enfantement,  elle  qui  ne  semblait  point 
craindre  lesbétes  féroces  :  -  En  ce  moment  c'est  moi  qui 
souffre  :  mais  alors  un  autre  sera  en  moi  qui  souffrira  pour 
moi.  parce  que  moi  aussi  je  souffrirai  pour  lui  *,  » 

Le  Christ  présent  et  souffrant  dans  le  martyr  est  une 
idée  qui  revient  fréquemment  sous  la  plume  des  témoins. 
Chnstus  in  martyre  est,  disait  Tertullien  3.  Le  Christ  souf- 
frant dans  le  corps  défiguré  du  diacre  Sanctus  y  opérait 
des  merveilles  '  et  l'auteur  de  la  Passion  des  saints 
Marien  et  Jacques,  dit,  en  parlant  d'un  de  leurs  com- 
pagnons, qu'il  attirait  les  regards  des  païens  par  la  grâce 
du  Christ  que  l'approche  des  souffrances  faisait  déjà 
briller  sur  son  front s.  «  Ne  vous  laissez  pas  effrayer  par 
ks  supplices,  écrit  S.  Cyprien  aux  futurs  martyrs  :  celui 
qui  est  en  nous  est  plus  grand  que  celui  qui  est  en  ce 
monde  6.  »  Et  Hippolyte  :  «  Lorsque  quelqu'un  des 
saints  est  appelé  au  martyre  et  que  Dieu  opère  en  lui  de 
grandes  choses,  tous  sont  dans  l'admiration  et  louent 
Dieu  " .  » 

Cette  assistance  sensible  de  la  grâce  divine,  la  présence 
invisible  du  Christ  aux  côtés  de    l'athlète   durant  le  com- 

(i)  Passio  Pcrpctuac.  ix.  n. 
.'    Passio  Pcrpctuac,  xv,  6. 
(3)  De  Pudicitia,  22.  Reifferscheid,  p.  272. 
Dan-  EusÈBE,  Hist.  ceci.,  v,  1.  2$. 
5)  P.  Franchi  de'  Cavalieei,  La  Passio  Mariant  et  Iacobi,  iRoma, 
1900s  p.  58. 
16   Epist.  10.  Haktel,  p  490. 

7)  Comm.  m  Danulcm.  11,   38.  4.  Ronwetsch.  p.    116.  A  rapprocher 
des  textes  que  nous  venons  de   citer  ce    passage    des  Acta  Saturnini 
BHL.74921,  15  :  Sed proconsul  stultus  non  tntelliçcns  contra  se  non  homi- 
nes  sed  Dcum  in  martyribus  dimicare  cet. 


12  LA    DIGNITE   DU    MARTYRE. 

bat  achevait  de  conférerai!  mart\  r  un  caractère  sacré  qui 
le  désignait  à  la  vénération  des  fidèles.  Les  martyrs  eux- 
mêmes  avaient  conscience  de  la  grandeur  du  titre  qu'on 
leur  donnait,  et  par  humilité,  ceux  de  Lyon  refusèrent  ce 
nom  glorieux,  le  réservant  au  Christ,  et  à  ceux  qui  par 
leur  mort  avaient  définitivement  scellé  la  confession  de 
leur  foi  '. 

Ils  savaient  également  qu'en  versant  leur  sang  ils  deve- 
naient l'orgueil  et  l'honneur  de  leur  église,  et  S.  Cyprien 
écrivant  à  son  clergé  et  à  son  peuple  reconnaît  qu'il  ne 
doit  pas  frustrer  les  fidèles  de  Carthage  de  la  gloire  de  son 
martyre,  qu'il  n'est  pas  indifférent  pour  lui  de  mourir 
n'importe  où.  «  Ce  serait  diminuer  la  gloire  d'une  église 
aussi  illustre  que  la  nôtre,  si  dans  une  ville  dont  je  ne  suis 
pas  évéquc,à  Utique,  je  recevais  la  sentence  de  mort  pour 
la  confession  de  la  foi,  et  si  delà  j'allais  au  Seigneur  avec 
l'honneur  du  martyre.  Pour  moi  même,  comme  pour  vous 
je  ne  cesse  de  demander  dans  mes  prières  et  de  souhaiter 
ardemment,  comme  je  le  dois,  d'être  au  milieu  de  vous 
pour  confesser  la  foi,  pour  souffrir  et  partir  de  là  pour 
aller  au  Seigneur  '.  »  Le  testament  des  XL  martyrs  ne 
se  comprend  pas  si  l'on  ne  suppose  dans  ceux  qui  le  rédi- 
ge rent  une  pleine  conscience  de  la  place  éminente  que 
l'attente  du  sacrifice  leur  assigne  dans  l'église  *. 


!    [  î       EBE,  Hi  I   ceci.,  v,  2,  3. 

1    /  pist.  Si.  Il  \i  1 1  1  .  |>.  841. 

i  '      :     T'MÇ    KUTÙ     TTÛOaV     TTOXIV    KfM      X''1!1"^'     "'fH'lÇ    d" 

mOKÔiroiÇ    Tl     Kal    TTpeafliiTt'poiç,    btaKÔVOlç    jf     Ki/i    6|U0X<rrnTaîÇ   Ki/i 

»  xicXncnaOTiKoîç.   N.  Bonwetsch,  Dos  Testament 

Wàrtyrer,  Studien  zui  '  ichte  dei  Théologie  und 

Kikche,  I      I.  .  1897  .[    75  -    C'était  également   pour  les  famil- 

mprend,  un  grand  1  omptei    un  martyr  parmi 

■nstate  avec  tristesse  que  son  père  sera  s<  ul 

1  Famille  à  ne  p;<  "iiir  de  s<m  martyre.  Passio  Pcrpctuac.  v,  6. 


LA   DIGNITÉ    DU    MARTYRE.  13 

Le  respect  et  la  déférence  dont  les  communautés  chré- 
tiennes se  faisaient  un  devoir  d'entourer  les  condamnés  et 
les  prisonniers  pour  la  foi,  sont  la  conséquence  logique  de 
la  haute  idée  qu'elles  avaient  conçu  de  la  dignité  du  mar- 
tyre :  bien  naturel  aussi  était  l'empressement  avec  lequel 
une  charité  délicate  veillait  à  leur  adoucir  les  souffrances 
de  la  captivité.  Les  prêtres  et  les  diacres  ont  pour  mission 
d'aller  les  visiter  pour  les  instruire  et  les  consoler  '. 

Nous  en  connaissons  quelques-uns  qui  se  distinguèrent 
dans  ce  ministère,  comme  les  diacres Tertius  et  Pomponius 
qui  pénétrèrent  dans  le  cachot  où  étaient  détenus  Perpétue 
et  ses  compagnons  2.  A  Alexandrie  le  diacre  Eusèbc, 
au  témoignage  de  l'évêque  Denys,  se  lit  remarquer  en 
suivant  la  vocation  spéciale  qui  l'entraînait  vers  cet  exer- 
cice de  charité  envers  les  confesseurs  et  les  martyrs,  et  il 
rendait  les  derniers  devoirs  à  ceux-ci  au  péril  de  ses 
jours  3.  Heraclas,  le  futur  évéque  d'Alexandrie,  ne  se 
rendit  pas  moins  célèbre  par  les  soins  qu'il  prodiguait  aux 
martyrs  de  toute  condition.  Il  ne  s'introduisait  pas  seule- 
ment dans  leur  prison,  mais  il  ne  les  abandonnait  point  au 
moment  de  l'interrogatoire,  les  assistait  même  à  l'heure 
du  dernier  supplice,  et  les  embrassait  sans  se  soucier  de  la 
fureur  des  païens  *. 

Les  martyrs  de  Lyon  ne  furent  pas  non  plus  négligés 
par  les  fidèles  :'  et  l'évêque  de  Carthage,  Cyprien,  veille  à 


(i)Cyprien,  Epist.  15,  Hartel,  p.  513. 

121  Passio  Perpétuas.  3,  7.  Dans  la  Pussio  Montant  et  Lucii,  (BHL. 
6309), 9,  c'est  par  le  sous-diacre  Herennianus  et  par  Ianuarius,  encore 
catéchumène,  que  le  prêtre  Lucien  fait  parvenir  des  vivres  aux  mar- 
tyrs. 

(3)  Dans  Eusèbe,  Hist.  ceci.,  VII,  It,  24.  L;  diacre  Eusèbc  devint 
plus  tard  évéque  de  Laodicée  en  Syrie. 

4   Dans  Eusèbe,  Hist.  eccl.,  vi,  3,  3,  4. 

15   Dans  Eusèbe,  Hist.  eccl.,  v,  1,  12, 


14  LA    DIGNITÉ    DU    MARTYRE. 

ce  qu'une  tradition  déjà  ancienne  dans  l'église  ne  subisse 
pas  d'interruption.  -  Bien  que  je  me  souvienne,  écrit-il  à 
ses  prêtres  et  à  ses  diacres,  de  vous  avoir  souvent  avertis, 
dans  mes  lettres,  d'avoir  grand  soin  de  ceux  qui  ont  glo- 
rieusement confessé  le  Seigneur  et  sont  détenus  en  prison, 
je  me  reprends  à  vous  exhorter  encore  à  ne  laisser  man- 
quer de  rien  ceux  qui  n'ont  rien  à  désirer  du  côté  de  la 
gloire.  Et  plût  à  Dieu  que  ma  situation  me  permit  d'être  là 
en  personne.  Je  m'acquitterais  de  grand  cœur  de  tous  les 
devoirs  de  ce  ministère  de  charité  envers  nos  vaillants 
frères1.»  Ailleurs  dans  su  correspondance  il  montre  les 
fidèles  s'empressant  autour  des  confesseurs  avec  un  zèle 
qui  eût  pu  provoquer  des  mesures  restrictives  de  la  part 
des  autorités.  Il  recommande  la  discrétion  et  essaie  de 
réglementer  les  visites.  «  Si  les  frères,  pour  satisfaire 
leur  de  leur  affection  envers  les  confesseurs  que  Dieu 
a  déjà  daigné  rendre  illustres  par  de  si  glorieux  commen- 
cements désirent  les  visiter,  il  faut  qu'ils  le  lassent  avec 
prudence  et  qu'ils  n'y  aillent  pas  beaucoup  à  la  fois  ni  en 
troupe,  de  peur  de  provoquer  du  mécontentement  et  de  se 
taire  refuser  d'entrer.  En  voulant  tropavoir  nous  perdrions 
tout  >  Et  il  ajoute  ce  détail  intéressant  qui  montre  que 
l'on  parvenait  à  faire  jouir  les  prisonniers  de  la  participa- 
tion aux  saints  mystères:  «  Que  les  prêtres  qui  vont  dans  la 
prison  faire  l'oblation  pour  les  confesseurs  y  aillent  tour 
iur  avec  un  autre  diacre  ;  le  changement  de  personnes 
attirera  moins  d'ennuis  '.  » 

Sous  forme  de  préceptes,  qui   nous  font  connaître  en 
détail  les    u  ?  la   discipline  qui   s'établirent  en 

matières,  les  Constitutions  apostoliques  s'expriment  ainsi  : 


pitt,  ta,  Hartel,  p.  502. 
i  Epist.  5,  Hartbl,  p.  479. 


LA   DIGNITÉ   DU    MARTYRE.  15 

«  Si  quelque  chrétien  est  condamné  par  les  impies  pour 
le  nom  du  Christ  et  la  foi  en  Dieu,  aux  jeux  du  cirque,  aux 
bêtes  ou  aux  mines,  ne  le  uégligez  pas,  mais  que  le  fruit 
de  votre  travail  et  de  vos  sueurs  lui  fournisse  sa  nourri- 
ture et  de  quoi  obtenir  de  ses  gardes  quelque  soulagement 
ou  quelques  soins,  et  que  les  souffrances  de  votre  bienheu- 
reux frère  soient  allégées,  grâce  à  vous,  le  plus  possible. 
Car  celui  qui  est  condamné  pour  le  nom  du  Seigneur 
notre  Dieu,  celui-là  est  un  saint  martyr,  le  frère  du  Sei- 
gneur, le  fils  du  Très-Haut,  l'habitacle  du  Saint-Esprit. 
Il  faut  donc  que  vous  tous  les  fidèles,  par  l'intermédiaire 
de  votre  évêque,  vous  serviez  les  saints  de  vos  biens  ou 
de  votre  travail  ;  et  si  vous  n'avez  rien,  jeûnez  pour  que 
vous  puissiez  leur  distribuer  une  part  '.  » 

Le  tableau  si  touchant  de  la  sollicitude  des  premiers 
chrétiens  pour  leurs  martyrs, a  trouvé,  on  le  sait,un  paral- 
lèle singulièrement  intéressant  dans  la  satire  de  Lucien 
connue  sous  le  nom  de  Mort  de  Pérégrinus.  Pérégrinus,  un 
aventurier  sans  scrupules,  après  bien  des  exploits  se  con- 
vertit au  christianisme.  Il  est  arrêté  et  jeté  dans  les  fers. 
Les  chrétiens  essaient  d'abord  de  l'enlever  ;  mais  n'y 
pouvant  parvenir  ils  lui  rendent  toutes  sortes  de  bons 
offices.  La  prison  est  assiégée  par  les  fidèles  et  les  chefs 
corrompent  les  geôliers  pour  obtenir  de  passer  la  nuit 
auprès  de  lui.  Ils  introduisent  toute  espèce  de  mets  et 
vont  faire  la  lecture  de  leurs  livres  saints.  Mieux  encore, 
les  chrétiens  de  plusieurs  villes  d'Asie  lui  envoient  des 
députations  pour  le  soutenir  et  le  consoler.  Ils  ne  recu- 
lent devant  aucun  sacrifice,  et  bientôt  Pérégrinus  se  voit 
en  possession  d'importantes  sommes  d'argent  -. 


(1)  Const.  Apost.,  Y,  1,  1-3,  Fcnk,  t.  I.  p.  337. 
;    De  morte  Peregrini,  11-13. 


l6  LA   DIGNITE   DU   MARTYRE. 

Ceci,  dans  la  pensée  du  satirique,  n'est  qu'une  charge  ; 
mais  bien  des  traits  répondent  à  la  réalité. Les  députations 
des  villes  d'Asie  rappellent  les  messages  envoyés  à  S. 
Ignace  sur  le  chemin  du  martyre  pour  lui  porter  les  hom- 
mages des  églises  d'Éphèse,  de  Magnésie,  de  Tralles,  de 
Smvrne  '.  «  Lorsque  vous  avez  appris,  écrit-il  aux  Ephé- 
siens,  que  j'arrivais  de  Syrie,  chargé  de  chaînes  pour  notre 
nom  et  notre  commune  espérance,  comptant  bien  sur  vos 
prières  pour  obtenir  de  combattre  les  bêtes  à  Rome,  et  par 
là  devenir  un  vrai  disciple,  vous  vous  êtes  empressés  de 
venir  me  voir  -.  »  Et  il  remercie  ceux  de  Smvrne  de  lui 
avoir  rendu  toute  sorte  de  bons  offices  "'. 

L'empressement  des  chrétiens  autour  de  la  prison, on  l'a 
vu,  est  également  de  l'histoire.  Les  condamnés  sont  l'ob- 
jet des  prévenances  et  de  la  générosité  de  la  communauté, 
qui  les  traite  bien  ',  trop  bien,  au  dire  de  Tertullien,  que 
son  rigorisme  entraine  ici  sans  doute  à  ses  exagérations 
coutumières  '.  On  les  exhorte  à  persévérer  ;  on  leur 
écrit  pour  soutenir  leur  courage.  Les  écrits  de  Tertullien, 
de  Cvpricn,d'()ri^cne, spécialement  destinés  aux  martyrs, 
it  des  témoignages  touchants  de  l'intérêt  avec  lequel 
pasteurs  et  fidèles  suivent  les  péripéties  de  la  lutte  enga- 
gée,de  l'amouret  i\u  respectqu'ils  portent  aux  élus  île  Dieu. 


(ii  I      \   '  ,  Ad  lîph.,  i,  z  ;  Ad  Magnes.,  z  ;  6,  i  ;  Ad  Trall.,  i,  i  ; 

Ad    •»;•  in.,  'i.  z  ;  m.  2]  i:. 

(a    Ad  Eph.,  i,  i.  Voir  Liohtfoot,    The  apostolic   Fathers,  part  II, 
vol. II,  i., p. 30. 

17.  Smyrn.,  9,  a  :  kktù  TrdvTa  mé  (iveTruûaciTe. 
^Tertullien,  . l</  martyras,  1.  < >ehi  1  r,  t.  I.  p.  z  :  Inti r  carnis ali- 
ment licli martyres  designati,  quaevobis  et  domina  mater  ecclesia 
de  u    ri  inguli  fratres  de  luis  propriis  in  carcèrem  sub- 
ministrant.  Id.  Ad  martyras,  z,  Oehlbr,  p. 7-8.  Immoetquae  tusta  sunt 

ipen  fratrum.  Voii   aussi  Passio 
Montant  et  lu  ::.  1)1  IL.  6009,  9  ;  Passio  Saturnini  BHL.  7492,  17. 
151  Deieiunio  adv.  Psychuos,  iz,  Rbipferschbid,  p.  290-91. 


LA   DIGNITÉ   DU    MARTYRE.  17 

Car  le  respect  domine  tout  autre  sentiment.  On  baise 
leurs  chaînes  ',  en  leur  parlant,  on  leur  donne  des  titres 
d'honneur.  Domina  soror,  dit  en  s'adressant  à  elle  le  frère 
de  Perpétue  -,  et  Célérinus  écrivant  à  Lucien,  qu'il 
appelle  Domine  /rater  Jilectissime,  met  en  tête  de  sa  lettre  : 
Lucianus  Cclerino  domino  si  dignus  fuero  vocari  collega  in 
Christo  salutem7'.  Ce  nom  de  Seigneur,  dominus,  qui  avait 
une  signification  si  haute,  est  resté  dans  plusieurs  langues 
le  titre  officiel  réservé  aux  martyrs  et  aux  saints  '.  Ter- 
tullien  lui,  a  trouvé  une  expression  heureuse  qu'il  adresse 
aux  martyrs  marqués  pour  le  supplice  :  martyres  designaii, 
dit-il,  en  faisant  allusion  à  la  plus  haute  magistrature  du 
peuple  romain,  et  il  s'excuse  en  même  temps  de  leur  don- 
ner des  conseils  :  nec  tanins  ego  snm  ut  vos  alloquar  :i. 

Cette  dignité  devant  laquelle  tout  le  monde  s'incline 
donne  droit  à  certains  privilèges.  On  est  persuadé  que  Dieu 
ne  refuse  rien  aux  martyrs.  Le  frère  de  Perpétue  lui  dit  : 

Madame  ma  sœur,  tu  es  maintenant  en  haute  considé- 
ration, au  point  de  pouvoir  demander  une  vision  qui 
t'apprenne  si  ce  doit  être  la  mort  ou  l'acquittement.  Et 
moi,  ajoute  Perpétue,  qui  savais  que  je  m'entretiens  avec 


(1)  Tertullien,  Aduxorcm  2,  4  Oehler,  t.I.  p.  6S9  :  quis  in  carccrcm 
ad  osculanda  vincula  martyris  reptare  patietur  ?  S.  Ignace  écrit  à 
Polycarpc  :  rà  beaud  uou  à  iyçânr\aaç.  Zahn,  Fgnatius  von  Antio- 
chien  (Gotha,  1873),  p.  415  veut  entendre  cette  phrase  dans  le  sens 
matériel.  Lightfoqt,  The  apostolic  Fathers,  part.  II,  vol.  II,  1,  p.  341, 
n'y  voit  que  l'expression  d'un  sentiment  de  respect  et  d'affection. 

(2'  Passio  Perpétuât,  IV. 

I3)  Epist.  22,  Hartel,  p.  533.  Dans  la  lettre  précédente,  p.  530, 
Célérinus  s'exprime  ainsi  :  Perte  vd  per  eos  dominos  meos  qui  coronati 
fucrint . 

(4I  Voir  notre  article  Sunctus,  dans  Analccta  Bollandiana,  t.  XXYIII, 

P-  179- 

(5)  Ad  martyr  as,  1,  UEHLER,  t.  I.  p.  3. 

Cul.  Mari.  i 


l8  LA   DIGNITE    DU   MARTYRE. 

Dieu  qui  m'a  comblé  de  bienfaits,  je  lui  promis  sans  hési- 
ter et  lui  dis  :  Je  te  le  ferai  savoir  demain  '.  » 

L'église  non  plus  ne  peut  rien  leur  refuser,  et  parleur 
intervention  nombre  de  malheureux,  qui  dans  un  moment 
de  faiblesse  avaient  renié  la  foi, obtiennent  la  faveur  d'être, 
comme  auparavant,  reçus  à  la  communion.  Les  martyrs 
de  Lyon,  semble-t-il,  exercèrent  cette  sorte  de  droit  de 
grâce  *.  Tertullien  constate  aussi  l'usage  d'aller  deman- 
der aux  martyrs  dans  la  prison  la  paix  que  l'on  ne  trouve 
pas  dans  l'église  *,  et  il  reprochera  plus  tard  aux  catho- 
liques de  reconnaître  aux  martyrs  un  pouvoir  qui  appar- 
tient à  Dieu  seul  '. 

En  Afrique  d'ailleurs,  les  martyrs  et  les  confesseurs  en 
usèrent  si  largement  et  avec  si  peu  de  discrétion  que  la 
discipline  ecclésiastique  s'en  trouva  relâchée  et  que  l'auto- 
rité dut  intervenir  pour  réprimer  les  abus  5.  Mais  avec 
quelle  douceur  et  quels  ménagements  l'évêque  adresse  ses 
représentations  aux  confesseurs  et  leur  fait  comprendre 
qu'ils  ont  obéi  à  de  mauvais  conseillers  :  «  J'apprends, 
mes  chers  et  vaillants  frères,  leur  écrit  S.  Cyprien,  que 
l'imprudence  de  quelques-uns  vous  presse  et  fait  vio- 
lence à  votre  réserve.  Je  vous  conjure  et  vous  prie  instam- 
ment de  \ous  souvenir  de  l'évangile  et  de  considérer 
quelles  étaient  les  grâces  accordées  autrefois  par  les 
autres  martyrs  vos  prédécesseurs  et  quelle  circonspec- 
tion    ils    apportaient   en    tout    cela.   Comme   eux     pesez 

:    Passio  Perpetuae,  IV,  i,  2. 

1    h        I    isèbb,  ///  /.  cal.,  \',  2,  5:  t\uov  unavraç,  éb^a)ueuov  bè 

■  VU. 

^  A.l  Martyr  as,  1.  Oehi  i  r,  t   I.  p.  5. 

■t   Depudi  itia,  zz,  Ren  1  brs<  hsid,  p.  271. 

rift  fur  die  historische  Théologie,  i86d,  p.  424- 
345  ;B  .  '  vprian    London,  1897),  P-  8g-95  î  Monceaux,  Histoire 

littéraire  de  l'Afrique  chrétienne,  t.  II  (Paris,  1902),  p.  26-36. 


LA   DIGNITÉ   DU   MARTYRE.  19 

attentivement  les  requêtes,  vous  souvenant  que  vous  êtes 
les  amis  de  Dieu  appelés  à  juger  un  jour  avec  lui.  Prenez 
bien  garde  aux  œuvres  et  aux  mérites  de  chacun  ;  consi- 
dérez  l'espèce  et  la  gravité  de  la  faute.  En  faisant  des  pro- 
messes inconsidérées  ou  en  agissant  mal  à  propos  nous 
exposerions  L'église  à  rougir  devant  les  païens  eux- 
mêmes  '.  > 

Cette  question  des  lapsikxt  l'origine  d'un  schisme,  celui 
des  Novatiens,  dans  l'église  de  Rome  S  et  d'autres  égli- 
ses furent  troublées  par  les  divergences  de  vues  qui  se 
firent  jour  en  cette  matière.  Ce  fut  un  des  sujets  de  la  cor- 
respondance de  Denys  d'Alexandrie  avec  Fabius  d'Antio- 
che,  qui  penchait  du  côté  de  la  rigueur  \  Il  lui  fait 
doucement  entendre  qu'il  convient,  en  général,  de  ratifier 
la  sentence  des  martyrs,  appelés  à  siéger  avec  le  souverain 
juge,  et  de  ne  pas  les  désavouer  lorsqu'ils  ont  admis  à  la 
réconciliation  des  pécheurs  repentants  *. 

Parfois  la  porte  des  cachots  s'ouvrait  et  rendait  à  la 
liberté  ces  courageux  confesseurs  qui  avaient  déjà  affronté 
les  tortures  et  n'attendaient  plus  que  la  mort.  L'église 
n'oubliait  pas  leur  passé  héroïque  et  continuait  à  honorer 
en  eux  la  grâce  du  martyre  à  laquelle  n'avait  manqué  que 
le  couronnement.  Un  rang  d'honneur  leur  était  réservé 
dans  la  communauté  chrétienne.  «  La  place  à  droite,est-il 
dit  à  Hermas,  est  pour  ceux  qui  se  sont  déjà  rendus 
agréables  à  Dieu  et  qui  ont  souffert  pour  son  nom  :i.  » 
Le  titre  de  martyr,  ou,  pour  parler  avec  plus  de  préci- 


(i)  Epist.  15,  3,  Hartel,  p.  515. 

(2)  Cf.  Monceaux,  Histoire  littéraire  de  l'Afrique  chrétienne,  t.  II, 

P-  3*"39- 

(3)  Eusèbe,  Hist.eccl.,\'l,  44. 

(4)  Dans  Eusèbe,  Hist.  eccl.,  VI,  42. 

(5)  Hermae  Pastor,  Vis.  III,  1,  9. 


20  LA   DIGNITE   DU    MARTYRE. 

sion,  le  titre  de  confesseur,  donnait  un  droit  reconnu  à 
prendre  rang  dans  le  clergé,  et  mena  souvent  aux  premiers 
honneurs  dans  la  hiérarchie.  Le  plus  ancien  témoignage 
que  nous  ayons  à  cet  égard  est  celui  d'Hégésippe,  qui, 
parlant  des  parents  du  Sauveur  amenés  devant  Domitien 
et  renvoyés  par  lui  sans  être  inquiétés  davantage,  ajoute 
qu'ils  lurent  plus  tard  mis  à  la  tête  de  diverses  églises  «à  la 
fois  comme  martyrs  et  parents  du  Seigneur  '  ».  Il  y  a 
bien  d'autres  exemples  à  citer  Ainsi,  ce  confesseur  qui  fut 
préféré  à  Valentin.  «  Valentin,  nous  raconte  Tertullien, 
comptait  sur  ses  talents  et  son  éloquence  pour  arrivera 
l'épiscopat.  Indigné  de  voir  passer  un  autre  candidat  grâce 
à  la  prérogative  du  martyre,  il  rompit  avec  l'église  ven- 
tante \  »  Aselépiade  qui  avait  confessé  la  foi  durant 
la  persécution  de  Sévère,  devint  évêque  d'Antioche  3, 
Alexandre  qui  avait  été  gardé  en  prison  durant  la  même 
persécution,  devint  évêque  de  Jérusalem  '.  L'histoire 
du  confesseur  Natalius  '  celle  de  Calhste  dans  les  Phi- 
ophumena  6,  celle  du  prêtre  Maxime  '  et  du  prêtre 
Moyse 8  à  Rome  témoignent  à  leur  façon  de  cette  disci- 
pline. 
La  correspondance  de  S.  Cyprien  nous  révèle  d'autres 
intéressants  ;  comme  ceux  d'Aurélius  et  de  Célérinus, 


i    1 1        I  ■  si  be,  Hist.  eccl.,  III,  20,  6. 

l^i  Advenus  I  ' <■'■  ntinianos,   \.  (  )ehi  er,  t.  II,  p.  385.  Voir  sur  tout 
II. Ai  m  lien  des  oyientalischen  Kirchenrechts,  Texte 

.  1  BRS1  CH  EN,  t     VI,   1     L89I   .  p.  221  2Z+. 

i                 .   //:  t.  c,<  /..  VI,  II,    (. 

h  ■  I      .7. 

i  ,  V,  28,  xi. 

IX.   11-12,   I  <  '-Si  HNEIDEWIN,  p.  4.V>-'   ~ 

:  I  ■..  Epist.  49  (Corneille),    55,  Hartel,  p.  61)8-626. 

I       i  ...  ,  VI,  43,  6. 

Cyprien,  l  pi  '55,  Hautel,  p.  627.  Ci.  l-  .  Ibst  ceci.,  VI, 

43-  - 


LA    DIGNITE    DU    MARTYRE.  21 

dont  l'un  est  qualifié  cVillustris  adtdesccns  a  domino  iam  pro- 
bains  '.  tandis  que  l'autre  est  proclamé  clcro  nostro  non 
humana  suffragaiione  sed  divina  dignaiione  coniunctus  '-'.  Trop 
jeunes  tous  les  deux  pour  recevoir  le  sacerdoce,  ils  sont 
désignés  pour  l'office  de  lecteur,  mais  avec  les  émolu- 
ments du  rang  plus  élevé  auquel  ils  peuvent  prétendre  3. 
Numidicus  avait  confirmé  dans  la  foi  un  grand  nombre  de 
chrétiens,  parmi  lesquels  sa  propre  femme,  qui  avaient 
souffert  un  glorieux  martyre.  Lui-même  conduit  au  sup- 
plice, lapidé,  à  moitié  brûlé,  avait  été  laissé  pour  mort.  Sa 
fille  étant  allée  à  la  recherche  du  corps  de  son  père  pour 
lui  donner  la  sépulture,  le  trouva  respirant  encore.  On 
le  ranima,  et  il  guérit  de  ses  blessures.  Cyprien  signifie  à 
son  clergé  que  le  prêtre  Numidicus  sera  désormais  inscrit 
parmi  les  prêtres  de  Carthage  et  uobiscum  sedeat  in  clero, 
luce  darissima  confessionis  inlustris  et  virtuiis  ac  fidei  honore 
sublimis  *. 

Les  Canons  d'Hippolvtc  supposent  une  réglementation 
très  minutieuse,  dont  les  prescriptions  sont  énoncées 
en  termes  fort  remarquables.  Les  voici,  en  peu  de  mots. Si 
quelqu'un  a  l'honneur  d'être  appelé  au  tribunal  pour  la  foi, 
de  souffrir  une  peine  pour  le  Christ  et  d'être  ensuite  remis 
en  liberté,  il  mérite  le  rang  de  prêtre,  devant  Dieu,  et  non 
par  l'ordination  épiscopale.Sa  confession  vaut  pour  l'ordi- 
nation. Si  on  le  fait  évêque  qu'il  soit  ordonné.  Celui  qui  a 
confessé  la  foi  sans  être  torturé  est  digne  du  sacerdoce  ; 
mais  qu'il  soit  ordonné  par  l'évêque  Suit  une  disposition 
spéciale   pour  l'esclave    martyr   qui,    lui    aussi,    devient 


(i)  Cyprien,  Epist.  38.  Hartel,  p.  580. 

(2)  Cyprien,  Epist.  39,  Hartel,  p.  582. 

(31  Cyprien,  Epist.  39,  Hartel,  p.  584. 

.41  Cyprien,  Epist.  40,  Hartel.  p.  585. 


22  LA    DIGNITE    DU    MARTYRE. 

prêtre  '.  Le  huitième  livre  des  Constitutions  apostoliques 
fait  l'éloge  des  confesseurs,  qui  prennent  rang  entre  les 
lecteurs  et  les  vierges.  Ce  n'est  pas  l'ordination  qui  lui 
confère  son  titre  ;  mais  il  est  digne  de  grands  honneurs 
pour  avoir  confessé  le  nom  de  Dieu  et  de  son  Christ. 
Toutefois,  si  l'on  veut  qu'il  soit  évéque  ou  prêtre  ou 
diacre,  il  faut  lui  imposer  les  mains  2. 

Sans  vouloir  rechercher  dans  quel  sens  précis  les  églises 
de  Vienne  et  de  Lyon  désignent  par  deux  fois  l'ensemble 
des  martyrs  sous  le  nom  de  KXfjpoç  tujv  uapTÛpuiv  %  nous 
constatons  que  de  bonne  heure  le  fidèle  qui  n'hésite  pas  à 
confesser  la  foi  au  prix  de  son  sang  occupe  un  rang 
d'honneur  dans  l'église.  Le  groupe  des  martyrs  est  une 
portion  choisie,  une  sorte  d'aristocratie  marquée  d'une 
distinction  surnaturelle  et  assurée  du  respect  de  tous. 

Entourés  de  l'amour  et  de  la  vénération  de  leurs  frères, 
les  martyrs  ne  laissent  pas  de  provoquer  l'attention  du 
dehors  et  d'être  pour  les  païens,  qui  ne  devinent  pas  le 
secret  de  leur  héroïsme,  le  sujet  d'un  profond  étonne- 
ment.  Le  mépris  de  la  vie  présente, l'empressement  à  aller 
au  devant  de  la  mort  '  sont  devenus  à  leurs  veux  comme 
la  caractéristique  du  chrétien,  et  les  apologistes  peuvent 
rappeler  sans  ostentation  que  chez  nous  on  n'a  pas  peur 
de  mourir  :    «  Volontiers,  dit  S.  Justin,  nous  mourons  en 

Canones  Hippolyti,  VI,  43-47,  Achi  li  .  p.  ''7-68. 
Ui  Constit.  Apostol., VIII,  23,  Funk,  t.  I,  p,  526  ;  Rahmani,  Testamen- 
tum  domini  ftostri  Iesu  t  hristi  (Mogunti        :    19),    p    93-95.  A  con 
rcr  ce  texte  du  Sa<  ramentaire  Grégorien  :  Or  émus  etpto  omnibus  épis- 
resbyteris,  diaconibus,  acolythis,  exorcistis,  lectoribus,   ostianis, 
ifessoribu  inibus,  vidais,  et  pro  omni populo  sancto  Dei. 

D        1  .'.,  V,  1.  î6  et  48.  Sur  ia  signification  du 

mot  KXfïpoç,   voir  A.    Ritschl,    Di     Entstehung   der  altkatholischen 
Kirche,  zweil    Aufl         Bonn,  1857),  p.  390-394. 

Lu(  il  ••.  De  morte  Peregrini,  13  :  txàvTcç  aûroùç  t'rniMhôuaiv  oi 
TToMoi. 


LA    DIGNITÉ    DU    MARTYRE.  23 

confessant  le  Christ  '  ;  nous  nous  soucions  peu  de  ceux 
qui  tuent  -,  »  et  il  revient  souvent  sur  ce  thème  * 
dont  les  païens  ne  songent  pas  à  contester  la  réalité.  Leur 
stupeur,  en  Noyant  les  chrétiens  se  jeter  au  devant  des 
supplices,  se  traduit  souvent  par  des  exclamations  rappe- 
lant celle  du  proconsul  Arrius  Antoninus  :  «  Malheureux, 
si  vous  voulez  mourir,  vous  avez  des  précipices  et  des 
lacets  ';  »  Les  esprits  superficiels  les  regardent  comme 
des  désespérés,  et  jettent  sur  eux  un  regard  de  commiséra- 
tion 5. 

D'autres,  mieux  avisés,  comme  ceux  qui  assistèrent  au 
supplice  de  Blandine,  ne  peuvent  contenir  leur  admira- 
tion fi,  et  à  un  grand  nomhre,  le  spectacle  de  la  constance 
des  martyrs   inspire  des    réflexions   salutaires   7.    Ainsi, 

(1)  Apologia  7,39,  Otto,  p.  112. 

(2)  Apologia  I,  11,  Otto,  p.  35. 

(3)  Apologia  I,  57,  Otto,  p.  154  ;  Apologia  II,  12,  p.  232.  Cf. 
Epistula  ad  Diognet.,  1. 

(4)  Terti/llien,  Ad  Scapulam,  5,  Oehler,  t.  I,  p.  549  :  Arrius  Anto- 
ninus in  Asia  cum  persequeretur  instanter,  omnes  illius  civitatis  christiani 
ante  tribunalia  eius  se  manu  fa  et  a  obtulcrunt.  Tum  il  le  paucis  duci  iussis 
reliquisa.it,  w  bei\oi,  ei  BeXexe  àTroSvn.o'Keiv,  xpniuvoùç  f\  Ppôxouç 
Ix^tê.  Dans  Y Apologeticum ,  50,  Tcrtullien  fait  ainsi  parler  les  païens  : 
lirgo,  inquitis,  cur  qucrimim  quod  vos  insequamur,  si  pati  vultis,  cum 
diligere  debcatis  per  quos  patimini  quod  vultis  ?  Oehler,  t.  I,  p.  297. 

(5)  Terïullien.  Apologeticum,  50,  Oehler,  t.  I,  p.  298  :  desperati  et 
perditi  existimamur  ;  Lactance,  Divinarum  institutionum  V,  9,  Brandt, 
p.  426  :  quiautem  tnagni  aesttmavcrint  fidem  cultoresque  se  Dei  non  abne- 
gaverint,  in  eos  vero  Mis  carnificinae  suae  viribus,  veluli  savguinem 
sitiant,  incumbunt  et  desperatos  vocant,  quia  corport  suo  minime  parcunt. 

(6)  Dans  Eusèue,  Hist.  ercl.,  V.  I,  56  :  txùGn,  kgù  aÙTr),  kcù  aùxwv 
Ô|uo\otoûvtujv  tiûv  éOviûv  on  |un,?'>eTTtJbTTOTe  irap'  ccùtoîç  Tuvn,  Toiaûxu 
kcù  ToaaÛTa   erruOev. 

(7)  Tertullien,  Apologeticum,  50,  Oehler,  t.  I,  p.  301  :  illa  ipsa 
obstinatio,  quant  e.xprobratts,  magistra  est.  Quis  enim  non  contcmplationc 
eius  concutitur  ad  requirendum  quid  intus  in  re  sit  ?  Voir  encore  Ad 
Scapulam  5,  Oehler,  t.  I,  p.  550  :  Quisquc  enim  tantam  tolerantiam 
spectans,  ut  aliquo  scrupulo  percussus,  et  inquirere  accenditur,  quid  sit 
in  causa,  et  ubi  cogneverit  verttatem,  et  ipse  statim  sequitur. 


24  LÀ    DIGNITE    DU    MARTYRE. 

Justin,  les  oreilles  pleines  encore  des  atroces  calomnies 
que  l'on  répandait  contre  les  chrétiens,  ne  put  s'empêcher 
de  penser  que  des  hommes  esclaves  de  la  volupté  ne 
sauraient  avoir  pareille  attitude  devant  la  mort,  et  ne 
devraient,  logiquement,  avoir  d'autre  souci  que  de  pro- 
longer leur  existence  '.  Parfois  l'effet  est  si  soudain 
et  si  profond,  que  le  simple  spectateur  s'en  retourne 
chrétien  clans  l'âme,  ou  que  le  bourreau  se  joint  à  la 
victime  comme  ce  fut  le  cas  pour  Basilide  qui  conduisait 
Potamienne  au  supplice  '-'.  Partout  l'impression  fut  vive, 
et  l'on  peut  dire  avec  Eusèbe  que,  dans  le  monde  entier, 
le  spectacle  du  courage  des  martyrs,  démonstration  écla- 
tante de  la  merveilleuse  puissance  du  Christ,  était  pour 
les  témoins  un  sujet  d'étonnement  ". 

Si  quelque  chose  encore  pouvait  manquer  à  la  gloire  de 
ces  héros,  nous  dirions  que  le  martyre  a  reçu  l'inévitable 
consécration  de  tout  ce  qui  est  grand  et  noble  ici-bas,  et 
qu'à  sa  manière  la  faiblesse  humaine  lui  a  payé  son  tribut 
d'admiration.  Eblouis  par  l'éclat  incomparable  qui  l'envi- 
ronne, des  enthousiastes  irréfléchis  se  sont  parfois  préci- 
pités au  devant  de  la  mort,  sans  se  douter  que  leur  pré- 
somption allait  être  punie  par  une  chute  lamentable.  Ces 
défections  jetaient  une  ombre  sur  l'héroïsme  d'autrui,  et 
si  les  martyrs  volontaires  se  tirent  parfois  pardonner  leur 
lérité   par  une   intrépidité  sans  défaillance,  l'église,  en 

1 1    Apologie*  II,  13,  On  o,  p.  233. 

BB,    Hist.   cal..    VI,    5.    A    rapprocher  l'histoire    du 
.nant  chrétien,  rapportée  d'après  Clément  d'Ale- 
xandrie par  Eusèbe,  Hist.  ceci.,  II,  9,  2. 

(3)  Eusèbe,  Hist.  eccl.,  VIII,  12.   11.  Comparer  ce  t  d'HiP- 

i"i  -,  i!  ,  in  Danielem,\l,  38,  .\  :   i'iviku   (àp  6v  nç  tiïjv  ufiiuv  étti  \xap 
TÛpiov   K\r|0rj    ku'i    laeyaXi  a    htto    0eoO    tic    uùtôv    YcvnôQ, 

■'TTitVTK    iî>6vT>  Zoiuiw...     TToMoi    <^bè    bf    GtÙ^-Tinv 

TTiaTti'muvT'  ..m'itiuç    koù>    aÛTol   jaùp'Oupeç^   0€OÛ  -fivovTui. 

Bi  p.  116. 


LA   DIGNITÉ    DU    MARTYRE.  25 

général  ne  les  approuvait  pas  '.  Lorsqu'on  y  réfléchit 
bien,  on  ne  trouve  dans  ces  excès  de  zèle,  dans  ces  défail- 
lances même  qu'une  preuve  de  plus  de  la  grandeur  du 
martyre. 

Il  est  plus  pénible  de  constater  que  parfois  dans  certai- 
nes âmes  vaillantes  la  délicatesse  des  sentiments  ne  fut 
pas  à  la  hauteur  du  courage.  On  voudrait  n'avoir  à  repro- 
cher la  iactatio  martyrii  signalée  par  Tertullien,  qu'à  des 
hommes  comme  Praxéas  -'.  Mais  Cyprien  est  obligé  de 
se  plaindre  de  la  conduite  de  certains  confesseurs  de 
Carthage,  et  de  déplorer  leur  orgueil  :  quosdam  iiisokntcr 
cxtollit  confessionis  suac  tumida  et  inverectmda  iactatio  3. 

Il  v  eut  pire  encore.  Car  il  se  trouva  des  misérables 
pour  exploiter  la  situation  privilégiée  que  les  martyrs 
avaient  conquise  dans  l'église.  En  voici  qui  se  trouvant 
par  leurs  crimes  mis  au  ban  de  la  communauté,  se  refont 
une  virginité  en  simulant  une  condamnation  au  travail 
des  mines*.  Des  débiteurs  poursuivis  par  le  fisc,  des 
criminels  de  droit  commun  cherchent,  en  s'offrant  au 
persécuteur,  ou  une  mort  honorable,  ou  la  réhabilitation, 


il  La  lettre  de  l'église  de  Smyrne  après  avoir  loué  le  courage  du 
martyr  Germanicus  et  rappelé  la  défection  du  Phrygien  Quintus  qui 
avait  trop  présumé  de  ses  forces,  ajoute  :  bià  toûto  oùv,  àbeXcpoi,  oùk 
éTTGUvoûuev  toùç  irpooiôvraç  éauToîç,  éireibri  oùx  outujç  bibdaxei 
tô  eùa-fféXiov.    Martyrium  Polycarpi,  iv. 

2  Adv.  Praxeam,  1,  Oehler,  t.  II,  p.  653  :  Nam  iste  primus  ex  Asia 
hoc  genus  perversitatis  intulit  Romani,  homo  et  alias  inquiétas,  insuper  de 
iactationc  martyrii  inflatus  ob  solum  et  simplex  et  brève  carceris  taedium, 
quando,  etsi  corpus  suum  tradidisset  exurendum,nihil profecisset,  dilec- 
tionem  Dei  non  habens. 

131    EptSt.    II,    II  \KTEL,p.  496. 

4  Tertullien,  De  Pudicitia,  22,   Oehler,  1. 1,  p.  844-45  :  Ut  quis- 

que  ex  consensione  vincula  induit  adhuc  mollia  in  novo  custodiae  nomine, 
statim  ambiunt  moechi...  AUi  ad  metalla  confugiunt  et  inde  communica- 
tores  revertuntur,  ubi  iam  aliud  martyrium  necessarium  est  delictis post 
martyrium  novis. 


26  LA    DIGNITÉ    DU    MARTYRE. 

souvent  même,  de  l'argent  ou  une  vie  commode  en  prison 
grâce  aux  libéralités  des  fidèles  '. 

Les  sec  tes  elles-mêmes  tâchent  de  détourner  sur  elles 
quelques  rayons  de  la  gloire  que  le  sang  versé  fait  rejaillir 
sur  la  grande  église.  Les  montanistes  vantent  leurs  mar- 
tyrs2 et  deux  grands  schismes  issus  de  la  dernière  persécu- 
tion,ceux  des  Mélétiens  et  des  Donatistes  prennent, comme 
suprême  recommandation,  le  titre  d'église  des  martyrs  3. 
Avec  les  Circoncellions,  l'opprobre  de  l'Afrique,  comme 
dit  S.  Augustin,  ces  hordes  de  fanatiques  qui  se  ruent  à  la 
mort  et  trouvent  des  admirateurs  qui  les  égalent  aux 
nobles  victimes  des  persécutions,  nous  atteignons  aux 
derniers  excès,  qui  ne  sont  plus  que  la  caricature  du  mar- 
tyre l. 

Jetons  un  voile  sur  ces  déviations  morbides  d'une  admi- 
ration passionnée  qui  vinrent  parfois  attrister  l'église 
sans  atteindre  le  prestige  des  vrais  martyrs. 

D'après  l'étymologie  du  mot,  le  martyr  est  un  témoin, 
et  comme  on  n'est  témoin  que  d'un  fait,  la  question  s'est 
posée  de  savoir  à  quel  fait  se  rapporte  son  témoignage, 
l'oiir  les  chrétiens  de  la  première  génération,  la  réponse 


ii  Breviculus  collationis  cum  Donatistis,  III,  25,  Petschenig,  t.  III, 
p.  74  :  Quidam  etiam  in  eadem  epistula  facinorosi  arguebantur  et  fisc i 
débitâtes,  qui  occasions  persecutionis  vel  carerc  vellcnt  oncrosa  tnultis  débi- 
tés vita  velpurgare  se  putarent  et  quasi  abluere  fucinora  sua  vcl  certe 
adquirere  pecuniam  et  in  custodia  deliciis  perfrui  de  obsequio  christiano- 
r  uni. 

2    Soui   ;    antimontanistc   dans   I  1    ebe,  Ihst.  ceci..  Y,  16,  20  :  èn\ 

TOÙÇ     ll'/f>TI'f>'i        Ki/Tiii|.i  l'i  fi  IV    TTtipillVTKl,    \«'fOVTfÇ  TTOXXoÙÇ     <'x?:lV   Mi/|> 
TUpOtÇ    Kft'l    TOUT'      flViU      TFKUl'lpUiV     TTirïTOV       Tf)Ç      OUVlijtHIIÇ     TOP      Tfl/.p' 
dOTOÎÇ    X^folKVoli     TT|l()i|il-|TIKon     TTVfÙjaaTOÇ. 

;  Du»  m  sni  .  Histoire  ancienne  de  l'Église,  t.  II.  p.  100;  Monoeat*, 
Histoire  littéraire  de  V Afrique  chrétienne,  t.  IY,  p.  462. 

Augustin,  (  ontra  Gaudcntium,  3$.  Pe  i  schenio,  1 .  III.  p.  231. 


LA   DIGNITÉ   DU   MARTYRE.  27 

est  aisée.  Ils  ont  pu  se  porter  garants  de  la  vérité  des  évé- 
nements qui  sont  à  la  base  delà  révélation  chrétienne; 
ils  attestaient  ce  que  leurs  yeux  avaient  vu,  ce  que  leurs 
mains  avaient  touché.  Mais  il  n'en  est  plus  de  même 
pour  leurs  successeurs,  qui  ne  sont  plus  que  des  témoins 
indirects,  et  ne  rapportent  que  par  ouï-dire.  Et  puis, 
comment  expliquer  que, de  deux  hommes  qui  confessent  la 
foi  avec  la  même  fermeté,  celui-là  seul  a  un  droit  strict  au 
titre  de  martyr  qui  meurt  dans  les  tourments  ? 

On  a  eu  recours  à  plus  d'une  explication  subtile  et  la 
discussion  des  solutions  proposées  nous  mènerait  loin '. 
Il  est  clair  pour  tout  le  monde  qu'un  martyr  de  la  persé- 
cution de  Dèce,  par  exemple,  ne  peut  attester  comme 
témoin  l'existence  mortelle  du  Christ  ;  il  peut  affirmer  sa 
propre  crovance,  proclamer  sa  confiance  inébranlable  en 
des  biens  qui  ne  tombent  pas  sous  les  sens  Mais  ce  n'est 
pas  là  un  témoignage  proprement  dit. 

On  a  eu  tort,  évidemment,  de  s'attacher  d'une  façon 
trop  exclusive  à  la  signification  primitive  du  mot,  et  de 
supposer  qu'une  logique  rigoureuse  préside  à  l'évolution 
du  langage.  Les  mots  survivent  fréquemment  aux  situa- 
tions qui  les  ont  créés.  Que  de  lois  n'arrive-t-il  pas  qu'un 
titre  ne  s'explique  guère  que  par  les  circonstances  parti- 
culières qui  en  ont  déterminé  le  choix,  et  que  le  cours  des 

(1    F.  Kattenhusch,     Der  Mdrtyrertitel.     Zeitschrii-t    fur    die 

M  rTKSTAMENTLICHK  WlSSENSCHAI-T  UNI)  DIE   KVNDE  DES  UrCHRISTEN- 

tums,  t.  IV  (1903),  p.  nt-127:  D.  Heinrici,  Das altchristlichc  Mârty- 

rertum,  Jàhrruch  der   Preussischbn  Missionsconferenz  [Leipzig, 

it\,  p.  14-42;  P.  Ai.lari),  Dix  leçons  sur  le  martyre  (Paris,  1906),  p. 

311-12  ;  L.  Laberthonnièrb,  Letémoignage  desmartyrs,  Annai.es  de 

PHILOSOPHIE  CHRÉTIENNE,  t.  CLIII  i-,<  6-1907),  p.  60-90  j  P.  AlI.ARD, 
Le  témoignage  des  martyrs,  IBID..  p.  291-300,  avec  la  réplique  de  L. 
Labcrthonnière  ;  P.  de  Labriollb,  Martyr  et  confesseur,  dans  Bulle- 
tin d"ascienne  littérature  et  d'archéologie  chrétiennes,  t.  I 
ligii),  p.  50-54. 


28  LA    DIGNITÉ    DU    MARTYRE. 

événements  ne  laisse  plus  subsister  que  de  lointaines  ana- 
logies ?  C'est  ainsi  que  le  titre  de  martyr  pouvait  s'appli- 
quer, dans  le  sens  rigoureux  à  des  martyrs  de  l'âge  apos- 
tolique, comme  à  S.  Etienne:  tô  oûucx  Ziecpdvou  toû 
udpTupôç  Cou,  car  ils  étaient  en  mesure  d'attester  quelque 
chose  de  plus  que  la  fidélité  à  leurs  croyances.  Mais  s'il 
n'en  est  plus  exactement  ainsi  quelques  années  plus  tard, 
il  est  bien  clair  que  la  chaîne  des  martyrs  est  ininterrom- 
pue, qu'ils  meurent  pour  la  même  cause,  que  leur  témoi- 
gnage  est  surtout  un  hommage  à  la  divinité  du  Christ 
qu'ils  proclament  préférer  à  tous  les  biens  de  ce  monde  et 
à  qui  ils  font  joyeusement  le  sacrifice  de  leur  vie. 


CHAPITRE  II. 

L'ANNIVERSAIRE  ET  LE  TOMBEAU. 

Les  marques  de  respect  et  de  vénération  dont  le  mar- 
tyr se  voit  entouré  dès  avant  l'issue  du  combat  ne  sont 
point  des  manifestations  du  culte.  Le  culte  ne  peut  com- 
mencer qu'à  la  mort  du  héros,  parles  honneurs  funèbres 
rendus  à  la  glorieuse  dépouille.  Faut-il  dire  qu'il  ne  revê- 
tit pas,  dès  le  début,  les  formes  rituelles  qui  supposent 
une  longue  tradition  ?  La  loi  chrétienne  ne  décrétait  pas, 
avant  qu'il  y  eût  des  persécutions,  une  manière  détermi- 
née d'en  glorifier  les  victimes.  Les  circonstances  indi- 
quèrent aux  chrétiens  la  conduite  à  tenir,  et  Julien  leur 
cherchait  une  bien  mauvaise  querelle  quand  il  leur 
reprochait  d'innover  sur  ce  point,  contrairement  aux 
traditions  apostoliques  '. 

La  société  au  sein  de  laquelle  l'église  recruta  ses 
membres  avait  une  manière  consacrée  par  un  usage 
immémorial,  d'honorer  les  morts.  Pas  plus  que  nous,  nos 
ancêtres  n'eurent  le  pouvoir  de  se  soustraire  au  milieu  ou 
ils  vivaient.  Ils  acceptèrent,  dans  les  pratiques  quotidien- 
nes de  la  vie  sociale,  tout  ce  qui  n'était  pas    incompatible 

(i)  Cyrille  d'Alexandrie,  Contra  Iulianum,  X  :  Travra  iTt\\-\p\hao.TÇ. 
Tdrpujv  kuî  uvr|ucxTUjv,  kuItoi  oùk  eïprjrai  irap'  ûuîv  oùbupoû  toîç 
Tdqpoiç  Trpoa.<u\ivbeïa9ai  kûù  TTepierrav  uùroûç.  P.  G.  t.  LXXVI, 
p.   1016. 


30  l'anniversaire  et  le  tombeau. 

avec  leur  foi,  sauf  à  en  modifier  insensiblement  l'esprit 
sous  la  poussée  des  idées  nouvelles. 

Les  chrétiens  honorèrent  donc  leurs  illustres  morts 
comme  le  faisaient  les  contemporains.  La  question  se  pose 
simplement  de  savoir  comment  l'idée  chrétienne  s'accom- 
moda des  lois  et  des  usages  existants,  par  quelles  influen- 
ces précises  elle  les  transforma  ou  leur  donna  une  sanction 
définitive. 

Rigoureusement  parlant,  }e  culte  des  morts  dans  l'anti- 
quité classique  comportait  deux  degrés.  Au  dessus  des 
honneurs  que  la  famille  rendait  à  ses  défunts  se  plaçait 
le  culte  des  héros  pratiqué  parla  cité  entière,  plus  solen- 
nel, plus  étendu,  plus  durable  aussi,  digne  en  tout  point 
des  êtres  supérieurs  auxquels  il  s'adressait. 

Ces  esprits  ne  sont  ni  des  dieux  ni  des  demi-dieux.  Ils 
ont  vécu  sur  la  terre  égaux  aux  simples  mortels.  On  sait 
le  heu  où  sont  ensevelis  leurs  corps,  et  leurs  restes  sont 
L'objet  de  la  vénération  publique.  Ce  n'est  qu'après  leur 
mort  qu'ils  sont  entrés  dans  une  vie  plus  haute,  et,  dans 
cette  existence  qui  n'aura  point  de  terme,  ils  sont  cloués 
d'une  puissance  surhumaine  '. 

Les  honneurs  qui  leur  sont  rendus  ressemblent,  au 
premier  abord,  à  ceux  que  réclament  les  grandes  divi- 
nités de  l'Olympe  ;   on  leur  dresse  des  autels,  et  on   leur 

Nous  nous  sommes  surtout  ins]  l..  Rohde,  Psyché, &  Aufl. 

iburg  in  B.,  1898  ,i.I.  p.  146-99.  Suivant  d'autres  auteurs,  Je>  hi 
lient  plutôt  des  dieux  déclassés.  Ce  n'est  pas  le  lieu   ici  de  discuter 
cette  théorie  et  d'autres  encore.   On  verra  que  no  lusions  sont 

entièrement  indépendantes  de  l'idée  que  nous  pouvons  nous  former 
de  la  classe  à  laquelle  appartiennent  les  héros.  C'est  la  nature  du  culte 
qu'on  leur  rend  qui  nous  impoi  te.  On  pi  ut  1  onsulter  encore  Nae<",i;i  5- 
ïhomerische  Théologie  des  griechischen  Volksglaubens 
(Nùrnbei  .  1857),  p.  105-118;  F.  Deneken,  Héros  dans  Rom  m 
/  exikon  der  griechischen  und  rômischen  Mythologie,  t.  I,  col.  2441-2589  ; 
I  Wassnbr,  Deheroum  apud graecos  cultn,  Kiliae,  i88j. 


l'anniversaire  et  le  TOMBEAU.  31 

offre  des  sacrifices.  Mais  ces  sacrifices  sont  réglés  par  un 
rituel  spécial.  Tandis  que  l'on  immole  aux  dieux  en  plein 
jour,  les  héros  doivent  attendre  la  tombée  de  la  nuit  pour 
recevoir  le  tribut  de  leurs  dévots.  Oûeiv  est  le  terme  usité 
pour  désigner  le  grand  acte  religieux  lorsqu'il  s'adresse 
aux  dieux  ;  èvcrriÉeiv  quand  il  s'agit  des  héros.  L'autel 
des  dieux  est  élevé  ;  celui  des  héros  est  bas,  et  près 
du  sol.  Des  victimes  spéciales  leur  sont  réservées.  On 
leur  offre  des  animaux  mâles  au  pelage  noir,  que  l'on 
sacrifie  la  tête  en  bas,  et  dont  la  viande  doit  être  entière- 
ment consumée  parle  feu  au  lieu  de  servir  de  nourriture 
aux  vivants. 

Ces  détails  caractéristiques  suffisent  à  montrer  que 
primitivement,  et  selon  la  théologie  antique  les  héros 
n'étaient  point  confondus  avec  les  dieux,  et  que  les  hom- 
mages qu'on  leur  rendait  se  rattachaient  plus  directement 
au  culte  des  morts. 

Telle  est  la  conception  primitive.  Mais  à  l'époque  où  le 
christianisme  paraît,  elle  ne  répond  plus  aux  idées  cou- 
rantes. Le  peuple  ne  distingue  plus  avec  netteté  entre  les 
héros  et  les  dieux.  Plus  d'un  héros  a  pris  rang  parmi  les 
divinités,  tel  Héraklès  et  Asklépios,  et  beaucoup  d'autres 
plus  obscurs,  qui,  dans  certaines  localités  du  moins,  sont 
invoqués  sous  le  nom  de  Geôç  '.  On  leur  attribue  un  pou- 
voir analogue  à  celui  des  dieux,  tout  au  plus  en  restreint-on 
quelque  peu  l'exercice  à  des  lieux  déterminés.  Le  sens  du 
rituel  spécial  institué  en  leur  honneur  finit  par  se  perdre 
et  les  distinctions  fondamentales  s'effacent.  Le  héros,  quel 
qu'il  soit,  apparaît  comme   intimement   uni  à  la  divinité, 


(ii  Aux  textes  que  l'o.i  cite  à  ce  propo?,  ajouter   ceux  de  la  Pas- 
des  IV  Couronnés,  où   il  est  couramment  question  du  deus  Asclepius. 
Voir  Acta  SS.  nov.,  t.  III,  p.  77378- 


3-  l'anniversaire  et  le  tombeau. 

et  le  culte  dont  il  est  l'objet  devient  une  des  formes  les  plus 
populaires  de  la  religion  antique. 

Ce  n'est  évidemment  pas  de  ce  côté  qu'il  faut  aller  cher- 
cher le  type  des  premiers  honneurs  rendus  aux  héros 
chrétiens,  et  je  ne  sais  si  jamais  personne  a  pu  le  prétendre 
sérieusement.  Un  culte  aussi  essentiellement  païen  dans 
son  esprit  et  dans  ses  rites  ne  pouvait  inspirer  aux  fidèles 
que  des  sentiments  de  réprobation.  Il  était  pour  eux  enta- 
ché de  toutes  les  abominations  de  l'idolâtrie,  et  l'on  ne 
découvrira  aucun  lien  historique  entre  le  martyr  chrétien 
et  les  héros  du  paganisme. 

Considérée  à  ce  point  de  vue,  la  solution  de  la  question 
des  origines  ne  saurait  être  douteuse.  C'est  dans  les  usa- 
ges funéraires  se  rapportant  au  commun  des  mortels  que 
mais  verrons  se  dessiner  les  linéaments  essentiels  du  culte 
des  martyrs. 

Bien  que  le  tableau  des  rites  et  des  coutumes  usitées 
chez  les  Grecs  et  les  Romains  ait  été  souvent  tracé,  il 
semble  utile  de  les  rappeler  avec  quelque  détail,  sans 
insister  beaucoup  —  on  comprendra  aisément  pourquoi  — 
sur  les  particularités  propres  à  chaque  peuple,  sans  signa- 
ler surtout  des  divergences  purement  locales  '. 

Partout  on  regarde  comme  un  devoir  sacré  de  veillera 
épulture  des  morts,  à  tel  point  que  les  enfants  \  sont 
tenus  même  vis-à-vis  de  parents  indignes.  C'est  un  acte 
d'insigne  cruauté  de  la  refusera  qui  que  ce  soit.  On  sup- 
plée, au  besoin,  à  l'inhumation  réelle  par  l'érection' d'un 
cénotaphe. 

i)  Outre  l'ouvi  '     le  Rohde,  nou 

Marqvardt-Mau,   Dos  Pri  ■■■   der  Kûmer.  Leipzig,  1886;    Mo. 

Bestattung,  dans  Pauly-Wissowa,   Realencyclopaedie  dey  clas- 
■.  :     rtumswissenscltaft,  t.  III,  j>.  33 i-5'y;  Hermann-Blumner,!^/»/"- 

I  Antiquit.Uen,  t.  IV-"  (Freiburg  i.  B.  1882s  p.  361-87. 


l'anniversaire  et  lb  tombeau.  33 

Aussitôt  après  le  décès,  on  terme  les  yeux  au  mort  et  il 
est  procédé  à  la  toilette  funèbre.  Le  corps  est  lavé,  par- 
fumé, entouré  de  bandelettes,  plus  souvent  revêtu  d'habil- 
lements, parfois  d'étoffes  précieuses.  Enfin  on  l'expose 
sur  un  lit  de  parade,  orné  de  couronnes  et  de  fleurs. 

Le  lendemain,  le  corps  est  transporté  au  lieu  de  la 
sépulture.  Dans  les  temps  antiques  le  convoi  n'a  lieu  que 
la  nuit,  à  la  lueur  des  torches.  Celles-ci  continuent  à  figu- 
rer dans  le  cortège  lorsque  se  répand  l'usage  des  obsèques 
en  plein  jour. 

Le  plus  souvent,  à  l'époque  romaine,  le  corps  est  brûlé 
et  les  os  sont  déposés  dans  le  tombeau.  Mais  si  l'incinéra- 
tion est  devenue  la  pratique  la  plus  commune,  l'inhuma- 
tion n'a  jamais  cessé  d'être  en  usage,  surtout  dans  les 
familles  moins  aidées.  Avec  les  cendres  ou  le  cadavre  on 
enferme  souvent  des  objets  ayant  appartenu  au  mort  ou 
conformes  à  son  état  et  à  ses  goûts. 

La  loi  romaine  défendait  d'ensevelir  à  l'intérieur  des 
villes.  Les  tombeaux  sont  donc  construits  en  dehors  de 
l'enceinte,  mais  à  une  faible  distance  pour  n'en  pas  rendre 
l'accès  impossible.  Ils  sont  le  plus  souvent  échelonnés  le 
long  des  routes  conduisant  aux  portes  de  la  cité. 

Le  troisième  jour  qui  suit  les  funérailles,  les  parents  du 
défunt  retournent  au  tombeau,  où  se  célèbre  un  repas 
funéraire  offert  au  mort  ;  de  même  le  neuvième  jour.  A 
Athènes  la  cérémonie  se  répète  souvent  encore  le  trentiè- 
me. A  Rome  les  obsèques  sont  suivies  d'un  deuil  de  neuf 
jours,  le  novemdial,  qui  se  termine  par  un  sacrifice  et  un 
repas. 

Les  fêtes  générales  des  morts  (vexûcna,  parentalia),  jours 
des  roses  ou  des  violettes  (rosalia,  dics  violationis) ,  d'autres 
jours  encore  désignés  par  le  testateur  ou  choisis  par  les 

Cuit.  Mart.  3 


34  l'anniversaire  et  le  tombeau. 

survivants  ramènent  plus  d'une  fois  la  parenté  auprès  du 
tombeau,  et.  suivant  les  circonstances,  on  rend  honneur 
au  mort  par  un  repas,  des  libations,  des  fleurs,  des  par- 
fums, de  l'huile  répandue  sur  la  stèle. 

Mais  le  jour  par  excellence  de  la  commémoraison 
du  défunt  c'est  son  anniversaire  '.  Il  se  célèbre,  non  pas 
comme  on  pourrait  le  penser,  à  la  date  de  la  mort  ou  de  la 
mise  au  tombeau,  mais  à  la  date  de  la  naissance,  dont  la 
célébration,  appelée  YevéGXia  pour  les  vivants,  porte  dé- 
sormais le  nom  de  Yevécna. 

Ce  tribut,  annuellement  payé  à  la  mémoire  du  défunt, 
incombe  avant  tout  aux  proches  parents.  D'autres  parfois 
s'y  associent  ou  assurent  une  sorte  de  perpétuité  à  ces 
hommages,  comme  il  arrive  pour  les  chefs  d'école,  commé- 
morés par  leurs  disciples  et  leurs  partisans.  Silius  Italicus 
fait  son  pèlerinage  au  tombeau  de  Virgile  le  jour  de 
l'anniversaire  du  poète,  et  après  la  mort  de  Lucain,  Stace 
continue  à  garder  pieusement  l'anniversaire  de  sa  nais- 
sance '. 

Ce  qu'il  convient  de  rappeler  surtout,  c'est  que  dans 
l'antiquité  le  tombeau  est  un  lieu  sacré  protégé  contre  la 
profanation  par  des  lois  rigoureuses.  Par  le  fait  qu'un 
mort  v  reçoit  la  sépulture  définitive,  l'endroit  designé 
devient  locus  rcli^iosus  et  relève  de  la  juridiction  des  pon- 
tifes. Ils  ont  à   intervenu-  en   cas  de   réparation  du  monu- 


(i)  Les  textes  ont  été  par  Ciik  IV  i  ,  l  eber  die  Geburts- 

tagsfeier  bei  dm  Griechen,  Jahrbucher  pur  Ci  assis*  he  Philologu  . 
II  Supplcmentband  Leipzig,  1856-47  ,  p.  283-350  ,  el  pai  W.  Si  hmidt, 
Geburtstag  im  AlUrtutn,    Religion  hchtlichi    Vbrsuche   und 

Vorarbeiten,  VII,  i,  Gi<  ssen,  1908  ;  Genethlios  dans  Pauly-Wissowa, 
Real-  'paedie  der  classischen  Altertumswissenschaft,  t.  VII,  p.  1133- 

1149. 

(2)  SCHMIDT,  Geburtstag,  p.  44. 


l'anniversaire  et  le  tombeau.  35 

ment  et  l'on   ne  peut,   sans   leur  autorisation,    déplacer 
le  cadavre  ou  le  transporter  ailleurs  '. 

Tout  l'ensemble  des  pratiques  funéraires  consacrées 
par  la  coutume  et  sanctionnées  par  la  loi  s'inspire  incon- 
testablement d'un  grand  respect  pour  les  morts.  Il  serait 
aisé  d'y  relever  plus  d'une  particularité  qui  ne  s'ex- 
plique guère  que  par  une  conception  aussi  matérielle  que 
vague  de  l'existence  de  l'âme  après  la  mort.  On  semble 
s'imaginer  que  le  défunt  continue  à  vivre  d'une  vie  invi- 
sible dans  le  voisinage  de  la  tombe,  et  l'extrême  im- 
portance que  l'on  attache  à  la  sépulture  est  certainement 
basée  sur  cette  croyance  que  le  repos  de  l'âme  est  en  rap- 
port avec  celui  du  corps. 

Ces  préjugés  étaient  communs  ;  ils  furent  incroyable- 
ment tenaces.  S.  Augustin  se  voit  encore  obligé  de  les 
combattre  '-'.  Mais  il  faut  reconnaître  que  les  cérémonies 
funéraires  ne  les  impliquaient  pas  nécessairement.  La 
plupart  de  celles  qui  plongeaient  par  leurs  racines  dans 
la  superstition  païenne  avaient  fini  par  perdre  leur  signi- 
fication et  demeuraient  à  l'état  de  rites  incompris. 

Il  nous  est  difficile  d'apprécier  à  distance  la  portée  reli- 
gieuse de  plus  d'un  élément  du  culte  des  morts  au  sujet 
desquels  la  conscience  chrétienne  n'éprouvait  aucune 
hésitation.  Le  DIS  MANIBVS  SACRVM  en  tête  des 
épitaphes  est  pour  nous  l'expression  la  plus  concrète  des 
idées  païennes.  Les  anciens  n'en  jugeaient  pas  ai 
1'  ir  un  grand  nombre,  ce  n'était  plus,  semble-t-il,  autre 
chose  qu'une  formule,  vide  de  sens,  faisant  partie  du 
protocole    funéraire.    Ce  qui   le    montre   bien,   c'est    que 


i   E.  Lvebbp.rt.  Comment. ition; s  pontificales  'Berlin,  1859'.  p.  54-5§  ', 
De  Rossi.  Romasotterranea  t.  III.  p.  560.  ;  Bulleltino,  1965,  p.  90. 
\2    De  civitate  Dr..  I.  22  ;  De  cura  gerenàx  pro  mortuis.  3. 


36  l'anniversaire  et  le  tombeau. 

tant  de  chrétiens  l'ont  adoptée  sans  scrupule  pour  la 
graver  sur  les  monuments  élevés  à  leurs  morts  '.  D'autre 
part,  l'usage  des  couronnes,  qui  nous  paraît  parfaitement 
innocent,  a  été  rejeté  le  plus  souvent  comme  idolatrique  '-'. 
Pour  quelle  raison  les  premiers  chrétiens  ont-ils,  presque 
dès  les  débuts,  adopté  l'inhumation  des  corps  à  l'exclu- 
sion de  la  crémation,  de  loin  la  plus  usitée  à  cette  époque  ? 
L'ensevelissement  du  Sauveur  aurait-il  paru  dès  lors 
comme  le  prototype  de  celui  des  fidèles,  ou  bien  les  judéo- 
chrétiens,  à  qui  la  crémation  était  étrangère,  auraient-ils 
donné  le  ton  et  fixé  l'usage  ?  Il  vaut  mieux  avouer  que 
la  raison  dernière  nous  échappe  3. 

Même  en  s'écartant  sur  un  point  de  la  pratique  la  plus 
en  vogue,  les  chrétiens  n'innovaient  pas  absolument,  puis- 
que l'inhumation  n'avait  jamais  cessé  d'être  en  vigueur. 
Et  pour  le  reste  ils  se  conforment  à  presque  toutes  les 
habitudes  reçues  dans  la  société  d'alors,  se  dérobant  sim- 
plement à  la  partie  du  cérémonial  qui  aurait  semblé  entraî- 
ner l'adhésion  aux  doctrines  du  paganisme.  Il  va  de  soi 
qu'ils   respectaient  la  coutume,    sanctionnée   par  la  loi, 


(i)  F.    Becker,    Die  heidnischc    Wcihcformcl    I).   M.  (Géra,   1881), 

P-  r'5-67» 

2    Voir  par  exemple  Minucius  Félix,  Octavius  XII.  6    :  etiam 

réservâtes  unguentafuncribus,  coronas  etiam  scpidchris  denegatis.  C'est 
le  reproche  du  païen.  Plus  loin.  xwm.  j.  c'est  le  chréti  n  qui  parle  : 
nec  mortuos  coronamus.  Ji  si  in.  Apol.  I.  24  :  ôrcep  iuôvov  éYKa\eîv  fjuîv 
ëx€T6,  ôti  ui'i  tuùç  aÔTOÙç  ûuîv  aépo|Li€v  6eoûç,  uri^è  toîç  ÛTToeavoûai 
X<m'(ç  Ken  Kviaaç  xui  iv  ruipuîç  arerpdvouç  xai  0ua(aç  (pepo^ev.  Otto, 
I  I.  p.  74.  Il  tant  distinguer  les  guirlandes  de  fleurs  des  couronnes, 
in,  el  l»i  Rossi,  Roma sotteranea,  1.  III.  p. 505. 

funéraires  des  chrétiens,  voir  outre  l»i  Rossi, 
Roma  sotterranea,  t.  III,  p.  495-507,  Hasenclever,  Dcr  altchristliche 
Gràberschmuck    Braunsi  ,1886),    p.   6     105   :  N.    Mùller,    art. 

Koinuterientàans  Haï  i  k,  Realencyclopaedie fiir  protestantische  Théologie, 
t.  X,  p.  794-877- 


l'anniversaire  et  le  tombeau.  37 

d'enterrer  leurs  morts  hors  de  la  ville  '.  L'usage  même 
qui  bientôt  se  généralisa,  de  ne  pas  mêler  leurs  sépultures 
à  relies  des  païens -.  mais  de  se  réserver  des  concessions 
particulières,  n'était  nullement  sans  précédent.  D'autres 
associations  ou  groupements  avaient  introduit  dans  les 
mœurs  cette  manière  de  solidarité  dans  la  mort. 

Les  cérémonies  usuelles  sont  ou  simplement  adoptées 
ou  remplacées  par  d'autres  analogues.  Ainsi,  les  fleurs  et 
les  partums  ne  sont  point  proscrits,  comme  nous  l'apprend 
Prudence  : 

Xos  tecta  fovebimus  ossa 
violis  et  fronde  frequenti. 
iitu l unique  et  frigida  saxa 
liquido  spargemus  odorez. 

Il  dit  encore.,  en  montrant  les  pieux  fidèles  réunis  au 
tombeau  de  S.  Hippolyte  : 

Oscula  perspicuo  figuni  impressa  métallo, 
balsama  defundunt,  jietibus  ora  rigant  ;  4 

et  de  récentes  découvertes  archéologiques  ont  appuyé  ces 
paroles  d'un  éloquent  commentaire  s.  Il  est  fait  également 

S.  Jean  Chrysostome  en  rend  expressément  témoignage,  Exposi- 
tio  in  Ps.  V,  5  :  xù  vExpà  aujuctTa  Ëfuj  r&c  TTÔXewç  KaTafidirrouev. 
P. G.  t.  LV,  p.  68  ;  Hom.  m  Matthaeum,  LXXIII,  3  :  évvôn.0ov  ôti  oûoeiç 
TÛcpoç  év  irôXei  KaraoKeu dÉerai.  PG.  t.  LVIII,  p.  676.  Les  découvertes 
archéologiques  ne  laissent  d'ailleurs  aucun  cloute  à  ce  sujet. 

(2)  Un  des  chefs  d'accusation  articulés  contre  l'évêque  espagnol 
Martial  était  d'avoir  donné  à  ses  entants  une  sépulture  profane: 
frfios...  exterarum  gentium  more  apud  profana  scpulclira  depositos  et 
aliettigenis  consepulios.  Cypkien,  Epist.  67.  6.  Hartel,  p.  740. 

(3)  Cathemerinon,  X.  169-172.  Dressel,  p.  65. 

4   Peristephanon,  XI,  193-194,  Dressel,  p.  450. 

(5)  P.  Orsi,  dans  NotizU  degli  scavi.  1893.  p.  292.  a  décrit  un  tombeau 
«  a  mensa  »  dont  le  couvercle  était  percé  de  trois  ouvertures  dans  les- 
quelles on  versait  les  parfums.  Cf.  Rômische  Quartalschri/t,  1894,  P« 
156-58. 


3g  l'anniversaire  et  le  tombeau. 

mention  de  torches  et  de  lumières  ;  et  si  le  concile  d'Elvire 
prohibe  l'usage  des  cierges  en  plein  jour  ',  cette  mesure 
semble  se  rapportera  quelque  superstition  locale  -.  Quant 
au  repas  funéraire,  il  est  à  tout  le  moins  remplacé  par 
l'eucharistie  lorsqu'il  ne  s'y  ajoute  pas  des  agapes  frater- 
nelles où  souvent  les  pauvres  sont  conviés. 

L'anniversaire  du   défunt    est    religieusement    commé- 
moré. Nous  avons  à  ce  sujet  des  témoignages  fort  anciens, 
notamment  celui  de  Tertullien:  Oblationes pro  defundis, pro 
nataliciis,  anima  die  facvmus   :\  Et  s'adressant  à  quelque 
veuf   remarié,  il  dit    en    parlant    de  sa   première  femme  : 
Neque  envm  pristinam  poieris   odisse,  cui  etiam  religiosiorem 
réservas   ajfectionem,    ut   iam    receptae  apud   dominum,  pro 
cuius   spiritu  postulas,   pro   qua  oblationes   aunuas  reddis  '. 
Ailleurs,  il  développe  le  même  thème  :  Emmvero  et  pro  ani- 
ma eius  orat  et  refrigerium  intérim  adpostulat  ei.  et  in  prima 
resurrectione  consortium    et  offert  annuis    diebus   dormitionis 
cius''.  On  remarquera  ici  une  différence  importante  d'avec 
l'usage  courant   L'anniversaire  n'est  plus,  comme  chez  les 
païens,  celui  de  la   naissance  du  défunt,  mais    celui  de  la 
mort. 

La  commémoraison  annuelle  n'est  pas  la  seule  que  les 
chrétiens  aient  adoptée.  Il  régnait  parmi  eux.  au  sujet 
jours  consacrés  à  la  mémoire  du  défunt,  quelque 
diversité  suivant  les  provinces.  Bien  que  certains  écri- 
vains ecclésiastiques  aient  essayé  de  trouver  dans  les 
saints   livres   des   raisons    pour  justifier    le   choix   de   ces 


ïlliberitanum,  c.  34,  L-\r<  hert,  Die  Kanoncs  der  wichtigsten 
altkirchlichcti  Conciliât,  p.  19. 

Roma  sotteranea,  t.  III.  p.  507. 
.  -  1     ;      .  t.  I.  p.  422. 
rtatione  castitatis,  n.  Oehler,  t.  I,  p.  773. 
De  monogamia,  m,  OEHLER,  t.  I,  p.  776. 


l'anniversaire  et  le  tombeau.  39 

dates  ',  on  ne  peut  se  tromper  sur  leur  origine.  Les  visites 
au  tombeau,  à  des  intervalles  détermines,  étaient  depuis 
longtemps  entrées  dans  les  mœurs,  et  les  chrétiens 
n'avaient  aucune  raison  de  s'en  abstenir,ce  qui  n'empêche 
que  parfois,  comme  il  arriva  pour  d'autres  rites,  quelque 
scrupule    vint  inquiéter  la  conscience  des  chefs. 

Les  jours  fixés  par  l'usage  et  dont  nous  relevons  la  trace 
distincte  dans  l'ancienne  littérature  chrétienne  sont  le 
troisième,  le  septième,  le  neuvième,  le  trentième,  le  qua- 
rantième. Dans  les  Acta  Iohannis,  que  l'on  fait  remonter 
au  second  siècle,  nous  voyons  l'apôtre  se  rendre,  avec 
Andronicus,  au  tombeau  de  Drusiana,  le  troisième  jour, 
ôttujç  dpîov  KXdcruuuev  èxeî  '-'.  Les  Constitutions  apostoliques 
inculquent  l'observance  du  troisième,  du  neuvième,  du 
quarantième  jour,  outre  l'anniversaire  3.  S.  Ambroise, 
prononçant  quarante  jours  après  la  mort  de  Théodose 
l'oraison  funèbre  de  ce  prince,  constate  la  variété  de 
l'usage.  Les  uns,  dit-il,  observent  le  troisième  et  le  tren- 
tième jour  ;  d'autres  le  septième  et  le  quarantième  4.  Ail- 
leurs il  ne  signale  que  le  septième  jour  comme  celui 
que  l'on  choisit  pour  retourner  au  tombeau  5.  Quant 
à  S.  Augustin,  qui   connaît  le  luctus  mortui  septem  dterum, 


ii)  Usener,  Der  heilige  Theodosios,  (Leipzig,  1890),  p.  135. 

2    Acta  Iohannis,  72,  Bonnet,  p.  186. 

31  L.  Vin,  42,  1-3  :  'ETUTe\eiaeuj  bè  xpixa  xûtv  K€KOinn,u^vù>v  <?v 
^aXiaoîç  kgù  àva-fvdjauaaiv  kgù  irpoaeuxaîç  bià  xôv  bià  xpiwv  fpie- 
ptiv  i-fepdévra  kcù  ê'vaxu  eiç  ÛTrôuvriaiv  xiùv  irepiôvxuuv  kcù  xwv 
K6K0iur|uéviuv  kcu  xeaaapaKoaxà  KOtxà  xôv  iraXaiov  xûttov  "  Mwaf|v  y<*P 
ouxuuç  ô   Xaôç  éii£vdr\oev,   kcù    éviaûcna   ûnèp    |avetaç  aùxoû.  Funk, 

t   I.  p-  55^-54- 

14)  De  obitu  Theodosii,  3.  /'.  6.  t.  XVI.  p.  1386  :  Alix  tertium  diem  et 
trigesimum,  aliiseptimum  ei  quadragesimum  observare  consueverunt. 

51  Defidt  Rssur.,  1.  P.L.  t.  XVI,  p.  1315  :  Die septimo ad  sepuUhrum 
redimus,  qui  dus  symbolum  quictïs  futurac  est. 


4° 


l'anniversaire  et  le  tombeau. 


il  mentionne  pour  le  condamner,  parce  qu'il  lui  paraît 
contraire  à  l'esprit  chrétien,  l'usage  du  novemdiale  '.  Il  le 
rejette  probablement  comme  entaché  de  superstition  plus 
encore  que  comme  une  coutume  empruntée  au  paganisme. 
Il  est  vraisemblable  que  l'observance  du  troisième,  du 
septième  et  du  trentième  jour  qui  finirent,  en  occident, 
par  supplanter  les  autres,  n'ont  pas  davantage  une  origine 
purement  chrétienne,  mais  parurent  moins  compromet- 
tants vis-à-vis  des  païens  qui  célébraient  ce  novemdiale. 
Les  hésitations,  la  réprobation  même  que  nous  constatons 
chez  S.  Augustin,  ne  se  produisirent  pas  des  le  principe, 
et  se  firent  jour  surtout  lorsque  s'accusa  davantage  la 
séparation  des  deux  sociétés. 

Cette  séparation  était  loin  d'être  accomplie  durant  l'ère 
des  persécutions,  et  l'on  doit  être  certain  que  les  premiers 
honneurs  rendus  aux  martyrs  furent  simplement  ceux  que 
les  proches  parents  rendaient  à  leurs  morts.  Mais  au  lieu 
du  cercle  restreint  de  la  famille,  c'est  la  communauté 
entière  qui  s'associe  pour  leur  rendre  ses  devoirs  et  don- 
ner à  l'expression  de  sa  vénération  et  de  sa  reconnais- 
sance une  solennité  en  rapport  avec  le  rang  conquis  par 
li   martyre. 

là  c'est  bien  L'usage  antique,  contemporain  du  christia- 
nisme naissant,  qui  transparaît  encore  dans  les  rites  prin- 
cipaux établis  en  l'honneur  des  martyrs,  et  les  parties 
entielles  de  l'observance  actuelle,  culte  de  la  mémoire 
du  martyr,  culte  des  reliques,  trouvenl  leur  origine  dans 
le  cérémonial  funéraire  des  peuplés  classiques 

,  mes   in    Heptateuchum,   I.   17-2-   P-   L.  t.  XXXIV,  p.  596: 

■  ni;;;  inveniatur  al  tria   sanctorum  111  scr/pturis  celebratum  esse  luc- 

tun:  l  apud  latinos  Wovcmdial  app filant.  Unde  tnihi  viden- 

tur  tetudine  prohibendi  si  qui  christtanorum  istum  in  mortuis 

suis  numerum  servant  qui  >  I  m  gentilium  consuetudine. 


L'ANNIVERSAIRE   ET   LE   TOMBEAU.  4I 

Des  textes  célèbres  mentionnent  très  tôt  la  solennité  de 
l'anniversaire.  Le  plus  ancien  remonte  à  l'année  même 
du  martyre  de  S.  Polycarpe.  L'église  de  Smyrne,  qui  se 
promet  de  célébrer  avec  allégresse  la  commémoraison 
de  cette  glorieuse  mort,  a  l'air  de  se  conformer  à  une  pra- 
tique déjà  établie  '.  Rien  d'étonnant  d'ailleurs,  puisque 
l'anniversaire  est.  dans  tous  les  milieux,  un  prolongement 
des  obsèques,  et  que  les  chrétiens  n'ont  fait  aucune  diffi- 
culté de  suivre  sur  ce  point  la  coutume  universelle. 

Seulement,  alors  que  dans  la  famille  la  durée  de  l'ob- 
servance égale  tout  au  plus  celle  d'une  génération,  la  sub- 
stitution de  la  communauté  au  cercle  familial  forcément 
limité,  lui  assure  la  perpétuité.  Une  pratique,  passagère 
ailleurs,  prend  nécessairement  dans  l'église  l'importance 
d'une  institution,  et  un  catalogue  officiel  des  anniversai- 
res à  garder  est  dressé  par  les  soins  de  ses  chefs.  On 
entend  S.Cyprien  recommander  à  son  clergé  de  tenir  note 
exactement  du  jour  de  la  mort  des  confesseurs.  Denique 
et  dies  eorum  qitibus  e.xcedunt  adnoiate,  ut  commemorationes 
eorum  inter  memorias  martyrum  celebrare  possimus  2.  Ceux 
qui  meurent  en  prison  ont  droit  aux  mêmes  honneurs  que 
ceux  qui  ont  versé  leur  sang,  et  la  date  de  leur  délivrance 
ne  doit  pas  être  oubliée.  Ce  jour-là  l'évêque  rappellera 
leur  mémoire  au  saint  sacrifice  :  Sacrificiel  pro  eis  semper, 
ut  meminisiis,  offerimus.  guotiens  martyrum  passiones  et  dus 
anmversaria  commcmoraiionc  celebramus  3. 

Les  listes  des  anniversaires  à  célébrer  par  chaque  église      j1  y 
constituent  les   premiers   martyrologes*.   C'est  le  jour  de 


(1)  Martyrium  Polycarpi,  18. 
2  Epist.  12.  2.  Hartel,  p.  503. 
(3)  Epist.  39,  3,  Hartel,  p.  583. 

4     Voir   notre  article  Le  témoignage  des   martyrologes,   A.vu  ixta 
Bolland..  t.  XXVI,  p.  78-79. 


42  l'anniversaire  et  le  tombeau. 

la  mort  du  martyr  ou  -  ce  qui  revient  habituellement  au 
même  —  le  jour  de  la  déposition  qui  est  inscrit  dans  les 
fastes.  Le  plus  ancien  témoignage  que  nous  ayons  en  ces 
matières  indique  le  jour  du  martyre  :  tùv  toû  uaprupiou 
auToû  f|U<Épav  -fevéuXiov  ',  et  le  plus  ancien  martyrologe 
mentionne  formellement  la  déposition  clans  son  titre  même: 
depositio  martyrum  '-.  Ce  n'est,  au  fond,  qu'une  différence 
d'expression,  car  la  déposition  suivait  de  très  près  le  mar- 
tyre. La  sépulture  de  S.  Cyprien  fut  différée  pendant  quel- 
ques heures  à  cause  des  païens  :  pr  opter  gentil  mm  curiosiia- 
tem  in  proximo  positnm  est.  La  nuit  venue,  on  le  porte  en 
terre  3.  Désormais  l'n,uépa  -fevéGXioç,  le  dies  natalis  des 
martyrs,  c'est  le  jour  de  leur  passion. 

D'ailleurs,  a  partir  du  moment  où  la  constatation  est 
possible,  on   remarque  que  pour  le  commun  des  chrétiens 

dément  l'anniversaire  de  la  naissance  est  remplacé  par 
celui  de  la  mort  '.  Quelle  en  est  la  raison  ?  Tout  le  monde 
(■Mimait  l'explication  mystique  que  l'on  a  trouvée  de  bonne 
heure  :  la  mort  est  pour  le  chrétien  la  véritable  naissance, 
la  naissance  à  la  vie  éternelle  ;;.  D'après  quelques-uns 
cette  conception  sciait  si  ancienne  qu'on  en  trouverait 
déjà  un  écho  dans  la  parole  de  S.  [gnace  :  ô  tok£tôç  uoi 
èmKeiTCU  ', dont  on  lait  une   sorte  de    commentaire  anticipé 


1 1  M  irtyritm  Polycarpi,  i8. 
(2   Dui  hesne,  Le  I.'J>cr  Pontificalis,  t.  I,  p.  n. 
Ida  pro  ria,  5,  Harti  kiii. 

S    Vimoi  [./>,    fide  resurrectionis,  5,  P.  I. 
VI,  p.  1  quoque  ipsi  natales  dies,  defunctotum  obliviscimur  et 

cum  obierunt  dici  mnitatt  veneramur. 

5    Pierr]    Ci  gue,   Sermo  129,   /'.  /.'    LU.  555  :  Natalem 

tm  cum  audttis,  chartssimi,   nolite putare  Muni  dici  quo  nas- 
cuntur  in  terrant  à  >tr  terrain  caelum,  etc.  Voir  d'autres 

tcxti  de  Pt-dit 

Ad  Rom.  6,  4. 


l'anniversaire  ht  le  tombeau.  43 

du  TevéeXioç   l'iuépa   de   la    Passion   de   Polycarpe  '.    Ceci 

parait  bien  douteux.  L'expression  avait  depuis  longtemps 
perdu  son  son-,  rigoureux  de  jour  de  la  naissance,et  servait 
tout   aussi  bien   à  désigner   L'anniversaire    en   général  4. 
Elle  ne  suggérait  point  l'idée  qu'on  a  voulu  y    rattacher 
plus  tard  :  cette  exégèse  est  le  fruit  de  la  réflexion.  Certai- 
nement,  le  jour  où  le   chrétien   entre   dans  l'immortalité 
mérite  plus  que  le  premier  jour  de  sa  vie  terrestre  d'être 
commémoré.    Mais  on  n'est  point  parti  de  la  signification 
du  mot   natalis  pour  modifier  une  coutume  immémoriale, 
et  la   pensée  de  rattacher  un  point  de  discipline  si  impor- 
tant à  une  sorte  de  jeu  de  mots  n'a  pu  venir  que  plus  tard. 
Sauf  cette  modalité,  importante  sans  doute  au  point  de 
vue  chrétien,  mais   nullement  de  nature  à  attirer  l'atten- 
tion, les  fidèles  en  se  réunissant  annuellement,  pour  hono- 
rer un  des  leurs  tombé  victime  de   la  persécution,   pou- 
vaient passer  aux  veux   des  profanes  pour  accomplir  un 
rite  banal  de  la  piété  envers    les   morts,  et   il  en  était  de 
même  de  la  visite  du  tombeau,  à  quelque  moment  que  l'on 
pût  la  surprendre  et  quelle   qu'en  fût  la  forme,   solennelle 
ou  privée. 

Par  ses  luttes  et  son  triomphe,  le  martyr  appartenait 
exclusivement  à  l'église  :  à  L'église  aussi  appartenait  son 
tombeau  dont  nul  n'ignorait  l'emplacement  et  que  les 
fidèles  retrouvaient  sans  peine   comme  les  parents  et  les 


i  Cl.  Tu.  Zahn,  Ignatius  von  Antiochien,  Gotha.  1873t.  p.  560; 
Patrumapotolicorum  optra,  t.U.  {Leipzig,  1876',  p.  161  ;  Lighttoot, 
The  apostolic  Fathers,  part.  II.  vol.  II.  1.  p.  21S. 

2    On  n'a  qu'à  se  rappeler  les  expressions  diverses  dans  lesqu< 
entre  le  m<>t  natalis  ou  fevèQXwv.  Natalis  Diana  i,  CIL.  XIV, 

2x12  :  natalis  aquilae,  CIL.  II.  2552.  2554  :  civitatis  natalis,  Augustin, 
Bnarr.  in  Psalm  XXXIX.  6,  /'./..  t  XXXVI.  p.  437  ;  reveeX.iwv  xn.ç 
Kaxà  Kcnadpeiav  voiuZouévn,ç  TûxnÇ  #|iiépa,  EusÈBB,  Mart.  Palaest., 
xi.  30. 


44  l'anniversaire  et  le  tombeau. 

amis  distinguaient  la  tombe  d'un  des  leurs  Mais  on  ne 
songea  point,  dans  les  débuts  surtout,  à  réserver  aux  mar- 
tyrs une  sépulture  privilégiée.  On  leur  donne  la  o"uvn.8n.ç 
Taqpn..  suivant  l'expression  d'Eusèbe  '.  Leurs  corps  sont 
transportés  hors  ville  et  déposés  dans  le  cimetière  chrétien 
au  milieu  des  tombes  des  simples  fidèles. 

C'est  dans  la  banlieue,  le  long  des  routes,  selon  l'usage 
romain,  que  s'échelonnent  les  tombes,  plus  tard,  les  sanc- 
tuaires des  martyrs.  A  Rome  c'est  la  voie  Cornélienne,  la 
voie  d'Ostie,  la  voie  Appienne,  la  voie  Tiburtine,  pour  ne 
citer  que  les  principales,  qui  deviennent  célèbres  par  les 
modestes  tombeaux  des  martyrs  beaucoup  plus  que  parles 
somptueux  mausolées  qui  s'y  étalent.  A  AntiocheS.  Ignace 
reposait,  au  témoignage  de  S. Jérôme,  extra  portant  Daphm- 
ticam  in  cimiterio*.  S.  Babylas  aussi  avait  son  tombeau 
parmi  beaucoup  d'autres  sépultures3.  C'est  toujours  hors 
ville  que  S.  Jean  Chrysostome  conduit  son  auditoire  lors- 
qu'on célèbre  une  tète  de  martyr  *,  et  ce  qui  montre    bien 


i    l.i      bb,  M  irt.  Palaest.,  XI,  28. 

2    De  viris  tllustribus,  c.  XVI,  Bbri  01  u.i.i,  p.  19. 

Hist.  ea  !..  V.  19.  Le  livre  De  S.   Babyla  contra  Iulia- 

num  et  gentiles,  attribue- à  S.  Jean  Chrysostome  (attribution  que  nous 

pas),  indique  comme  l'endroit   de  la  sépulture  de  rr\v 

nôXiv,  év  tQ  nôXei  (P  G.  t.  L,  p.  558,  56o).Cette  locution  ni  être 

rement  prise  à  la  lettre.  On  dis;  qui  S.Séba 

à  Roi     .  Son  tombeau  si  trouvait  pourtant  à  quelque  dis- 
la  ville  sur  la  voie  Appienne.  C'esl  aussi   le  1  ourant 
des  martyrol          3  I   1         ,dans  le  texte  que  nous  venons  de  rappi 

n  «lisant  que  les  reliques  de  S.  Ignai  1  m  Antiochia  lacent 

rtam  Daphnitit uni. 

,i  /  ittdatio  S    D;  :    Evbov  jaèv  o5v  Tf)  itôXci  évbiaTptBovraç 

où  rd    roioOra  ucXexfiv  k<ù  quXoaocpeîv  ■  ^tMiovraç 

tmxiiiv   xal  irpôç   toùç  rd<pouç  toutouç  éXOôvraç  khi  tô  ttX^Boç 

tiiiv  KaToixouévtuv  8  dyicn.  itâaa  Kal  ÉKÔvraç  k«î  ûkovtuç 

T0UT  ot.  P.  G    '    L,  p.  684  :  Homilia  m    ! 

■m.   1  :    bià    raOxa  tf|v   ttoXiv   àtpeVreç  rrpôç  toùç  trôbaç 
Tûiv  ufiiuv  TOÛTUiv  ëbpduoucv.  /'.  G.  t.  L,  p.  442  ;  Homilia  de    SX.  Mai- 


L* ANNIVERSAIRE    Et    LE    TOMBEAU.  45 

que  les  corps  saints  avaient  été  régulièrement  dépo 
dans  les  cimetières  communs,  c'est  que  l'évêque  Flavien 
le  premier  songea  à  les  isoler  d'un  voisinage  obscur  ou 
même  suspect  '.  S.  Pierre  d'Alexandrie  fut  porté  au  cime- 
tière J.  A  Césarée  de  Cappadoce  nous  trouvons  le  tombeau 
de  S.  Gordius  dans  la  campagne  environnante3,  comme 
àHarran,  celui  de  S.  Helpidius  foras  civitatem  ',  comme 
à  Édesse  celui  des  SS.  Samonas  et  Gurias  ;i,  comme 
à  Autun  celui  de  S.  Symphorien  8.  L'usage,  que  nous 
constatons  encore  à  Thessalonique  7,  à  Salone,  à  Parenzo 
et  ailleurs  8,  est   si  constant,   que  le  fait  de   se   trouver   à 

tyribus  :  rr\q,   éopxfiç    twv  éxeî   papTÙpujv   àYouévnç,   vOv   xt\v  ttôXiv 
airaaav  irpàç  éxeivouç  .ueTaarfivai  ëxP>îv-  P.  G.  t.  L,  p.  647. 

1  Jean  Chkysostome,  Homilia  in  ascensionem  Domim.  1  :  Ei  ràp 
Kui  irpà  toutou  ëbei  Trpàç  toùç  -revvaiouç  toûtouç  Tf|ç  eûaepdaç 
à6\n.Tàç  Tpéxeiv,  ot€  ûttô  tô  ëbacpoç  ëKeivTO,  ttoMw  u.â\\ov  vûv 
toûto  iTOieîv  xpn  ôt€  Ka9'  éauTOÙç  oi  uapYapÎTCU,  ôtc  oVirr|X\dYn 
tùjv  Xûkujv  tô  TTpôjîaTa,  ÔTe  àTiéaTr|0"av  tujv  veKpiùv  oî  £wvTeç.  P.  G. 
t.  L,  p.  442-43. 

(21  Passio  S.  Pétri,  BHG*.  1502.  Viteau,  pp.  83,  85  :  eiç  tô 
Koiun.Tn.piov  ô  aÛTÔç  f)v  oÎKoboun.aaç,  eiç  tô  buTiKÔv  T^çttôXeoiç  uëpoç 
év  toîç  irpoaaTeioiç.  Cf.  De  Rosm.  Bullettino,  1865,  p.  61.  Rien  n'in- 
dique que  l'évêque  se  soit  fait  aménager  pour  lui  seul  une  tombe 
isolée.  Le  contexte  donne  l'impression  contraire,  et  KOiun.Tn.piov  a 
ici   le  sens  de  cimetière. 

(3)  Basile,  LaitdatioS.  Gordii,  1,  l'appelle  tôv  irpoiTÔXeov  kôouov. 
P.  G.  t.  XXXI.  p.  48o.La  variante  irpoirûXuiov  de  quelques  manuscrits 
donne  le  même  sens.  Toute  la  ville  se  transporte  au  tombeau  de 
S.  Marnas,  LaudatioS.  Mamantis,  2  :  Mvr)un  bè  .udpTupoç  kcù  tzâaa  uèv 
Xiûpa  KÉKÎvriTai  Trâaa  bè  uô\iç  ueTUTreTrom.Tai.  P.  G.  t.  c  p.  592. 

(4)  Geyer,  limera  llicrosolymitana.  p.  65. 

5  I\AHMAM..lfte  sanctorum  confessorum  Guriac  et  Shamonae  (Romae, 
18891,  P  z7  l  Gebhardt-Dobschutz,  Die  Akten  der  Edessenische» 
Dckenner  Gurjas,  Samonas  und  Abibos,  p.  68. 

(6)  Longnon,  Géographie  de  la  Gaule,  p.  205. 

7)  Basiliques  des  saintes  Agape,  Chionia  et  Irène  et  celle  de  sainte- 
Matrone.  BHG-.  511.  c.  xii. 

(8)  Pour  Parenzo  et  Salone  voir  Analecta  Bolland.,  t.  XVIII.  pp. 
380,395.  —Dans  une  homélie  qui  t'ait  partie  des  oeuvres  d'Astère 
d'Amasée  et  qui  est  intitulée  in  sanctos  martyres  sans  que   les  noms  ou 


+6  l'anniversaire  et  le  tombeau. 

L'intérieur  des  murs  de  la  ville  est  pour  un  sanctuaire,  une 
présomption  de  moindre  antiquité  '. 

Les  réunions  des  chrétiens  eiç  ta  KaXoùueva  KOiunTnpia 
a  il  est  souvent  question  2,  et  dont  les  autorités  pre- 
naient ombrage  en  temps  de  persécution,  n'étaient  évidem- 
ment pas  des  visites  privées  auxquelles  ungroupeplué  ou 
moins  restreint  prenait  part.  C'étaient  des  assemblées  offi- 
cielles, ayant  pour  objet,  la  plupart  du  temps  la  commémo- 
rais. ,n  de  l'anniversaire  d'un  martyr.  Car  c'est  bien  auprès 
de  sa  dépouille  mortelle  qu'on  avait  l'habitude  de  lui  rendre 
les  honneurs.  L'église  de  Smyrne  se  propose  de  célébrer  le 
premier  anniversaire  de  Polycarpe  là  même  où  ses  restes 
ont  été   déposés  n,  et  Eusèbe  atteste  que  c'est  sur  le  tom- 


la  ville  soient  précisés,  nous  lisons  encore,  à  propos  des  l'êtes  de  mar- 
tyrs :  ubç  tô  ttô\iv  ô\)-|v  ibeîv  rnrrfevn,  éKqpoiTujffctv  xoO  exerreoç 
Upôv  bè  tôttov  KUTaXcaipdvouauv.  P.  G.  t.  XL.  11.316.  En  Afrique,  à 
Uzalum,  la  basilique  des  martyrs  Félix  et  Gennadius  était  située  in 
suburbio civitatis.  Voir  De  Miraculés  S.  Stcphani,  I.  2.  P.  L.  t.  XLI,  p. 

834-35- 

1    Rappelons  les  églises  des  SS.  Jean  et  Paul  à  Rome   (cf.  Analecta 

Bolland.  t.XXVIII,p.2i7),  de  S.  Démétrius  (cf.  Delehaye,  Leslêgendes 

grecques  des  saints  militaire!;,  p.  107-108)  à  Thessalonique.  AAntioche, 

le  tombeau  des  M  dl  à  l'intérieur  de  la  ville.  S.  Jean 

Cm  De    SS.   martyr ïbus  1  :  Kcxi  K0.6dir€p  xf|ç  éopxîîç  tûiv 

MuKKu^iiuuv   tTriT6\ouMévnç,   Trâcra    n  xwpa    eiÇ  T'1v  ïïWlv    éEcxûerj. 

/'.  G.  1.  L,  p.  647.  Il  aussi  qu'un  sanctuaire,  d'abord  isolé,  attire 

une  population  stable  el  devienne  le  centre  .l'une  agglomération.  C'est 

:u  pèlerinage  de  S.  Mén 

(a)   Dans  l  .   Hist.  eccl„Vll,  ri,  10:  IX.  2.  1;  Constitutions 

•  .VI.  30.  i  :  ànapaTripnTUJç  ht  auvaepoiZeaee  <?v  roîç  Koiun.Tn.pimc, 

Tf|V  (ivà-fviuaiv  Ttiiv  leplÛV  (hfJXluiV  ITOlo6u€VOI  Kai  ipd\\OVT€Ç  îmèp 
tiîjv  K€KOlur|uévuiv  iK'fiTÙpiuv  K«i  irdvTUJV  Tuiv  an'  aiûjvoç  ùyîujv 
«ai    Tdiv    àbeXcpÛIV    uuiiiv    Tiuv    tv     KU(iiu)     K6K01Un,UéviUV.     FUNK,    t.    I, 

",        .  ,x,a:  Ta...  ôarâ  aÙToO  dtrreeéueeu  orrou 

•uuHov  r>,  tvHn  i.ijç  OUVO.TÔV   r|UÎv  «Tuvaf oi.ifevoiç  èv  à'faWxdoei 

K«(i  x"l".1  "a  Kùpio;  <-'ttit*-\hv  xf\v  toh  uapruptou  aùroû  r\\iépuv 

■fevéOXiov. 


l'anniversaire  ht  le  tombeau.  47 

beau  des  martyrs  que  l'on  va  leur  offrir  des  prières  et 
honorer  leurs  âmes  saintes  '.  Aussi,  la  plus  ancienne 
liste  des  fêtes  de  martyrs,  le  Depositio  martyrum  romaine 
ne  se  contente-t-elle  pas  de  mentionner  leurs  dates  ;  elle 
indique  également  le  cimetière  où  repose  le  sain:  : 
c'est  là  que  le  peuple  est  convoqué. 

Les  païens  n'ignoraient  pas  cette,  particularité,  si  con- 
forme,d'ailleurs,  à  leurs  propres  usages,  et  régulièrement, 
lorsqu'ils  veulent  empêcher  les  chrétiens  de  rendre  un 
culte  à  quelque  martyr,  ils  ne  reculent  pas  devant  ce  qui 
est  à  leurs  veux  la  suprême  cruauté,  en  refusant  au  sup- 
plicié la  juste  sépulture.  Les  cendres  sont  jetées  au  vent 
ou  les  corps  exposés  à  la  dent  des  bêtes  de  proie,  et  Ton 
croit  ainsi  supprimer  radicalement  l'objet  même  du 
culte  -.  Vains  efforts  de  la  part  de  ceux  qui  prétendaient 
l'atteindre  dans  son  essence.  Il  restait  la  commémoraison 
solennelle,  qui  n'était  pas  inséparable  d'une  visite  au  tom- 


i  Pracparatio  evangelica,  XIII,  ii:ô0ev  kcù  éîri  ràç  0r)Kaç  aÛTwv 
ë0oç  nuîv  rrapiévai  kcù  xàç  eûxàç  Trapà  raÛTaiç  iroieîaOai,  xiuâv 
T6  tùç  uaxapiaç  ciûtwv  hjuxcîç,  ûjç  éûXôtwç  kcù  toutujv  ûqp'  n.|uwv 
-ri-fvouÉvwv.  P.  G.  t.  XXI,  p.  1096. 
(2)  Déjà  dans  le  Martyrium  Polycarpi,  les  juifs  font  avertir  le 
cineur  de  ne  pas  livrer  le  corps,  uf],  q>r\o{v,  àqpévTeç  tôv  iaxav- 
puuuevov  toûtov  âpïwvTcn  aéf5ea0ai.  Les  restes  des  martyrs  de  Xico- 
médie  sont  déterrés  et  jetés  à  la  mer  ibç  âv  ur|  év  uvr|uacuv  àïroKei- 
uévouç  irpocncuvoîév  riveç.  Eusèbe.  Ilist.  ceci.,  VIII,  6.  7  Lactance, 
Divin.  Institut.,  Y.  11,  Bkandt,  p.  4.34,  raille  le  persécuteur  :  incinères 
furit,nc  quis  exstet  sepulturae  locus  :  quasi  ver 0  id  adfectent  qui  Deuni 
confitentur  ut  ad  eorum  sepulchra  veniatur,  ac  non  ut  ipsi  ad  Dcum 
ventant.  Après  le  massacre  de  Pévêque  Georges,  de  Dracontius  et  de 
Diodorc,  la  plèbe  d'Alexandrie  brûle  les  cadavres  et  jette  les  cendres 
à  la  mer,  id  metuens...  ne  collectis  supremis  aedes  illis  exstruerentur  ut 
reliquis  qui    deviare   a   >  conpulsi  pcrtukre    cruciabiles   poenas, 

ad  usque  gloriosain  mortem  intemerata  fide  proçressi  et  nunc  martyres 
appellintur.  Ammien  Marcellin,  XXII,  11,  10,  Gakdthausen,  p.  291. 
Voir  encore  Grégoire  de  Xazianzb,  Contra  Iulianum,  IL  29,  P.  G. 
t.  XXXV.  p.  701. 


4<s  l'anniversaire  et  LE  TOMBEAU. 

beau.  Il  n'en  est  pas  moins  vrai  qu'avec  les  restes  du 
martyr  se  trouvait  anéanti  un  des  éléments  les  plus 
propres  à  donner  au  culte  ce  que  demandent  avant  tout 
les  foules  :  l'attrait  d'un  objet  tangible  et  une  localisation 
précise. 

Ainsi  par  la  simple  force  des  choses,  par  l'observation 
de  ce  qu'il  y  a  de  plus  humain  dans  la  religion  des  morts, 
le  culte  des  martyrs  s'est  trouvé  dès  le  début  répondre  à 
ul-s  aspirations,  ou,  qu'on  nous  passe  le  mot,  à  des  instincts 
qui  devaient  assurer  sa  popularité.  Dès  les  temps  an- 
tiques on  voit  se  graver  dans  la  mémoire  du  fidèle,  avec  le 
nom  du  martyr,  l'emplacement  de  son  tombeau.  Polycrate 
d'Éphèse,  invoquant  quelques  unes  des  grandes  lumières 
de  l'Asie,  ne  manque  pas  d'indiquer  chaque  fois  la  ville 
où  reposent  ces  illustres  personnages  :  Philippe  à  Hié- 
rapolis,  Jean  à  Ephèse,  Polycarpe  à  Smyrne,  de  même 
à  Smyrne  Thraséas,  quoiqu'il  fût  évêque  d'Euménie, 
Sagaris  à  Laodicée  '.  Tout  martyr  a,  pour  ainsi  par- 
ler, son  domicile  déterminé,  et  comme  ce  domicile,  de 
par  la  loi,  est  inviolable,  les  honneurs  qu'on  lui  rend 
sont  forcément  restreints  par  les  limites  d'un  territoire. 
Plus  on  est  rapproché  des  origines,  plus  le  caractère 
du  culte  des  martyrs  est  strictement  localisé,  et  l'on  sait 
par  l'exemple  de  deux  villes  aussi  rapprochées  que  Gaza 
•  Majuma,  qui  au  milieu  du  IVe  siècle,  gardaient  leurs 
l'êtes  séparées  maigre  leur  union  politique  '-',  combien 
te  discipline  fut  tenace. 

Nous  souhaiterions  pouvoir  assister,  à  travers  les  rela- 
tion- contemporaines,  à  une  assemblée  de  fidèles  réunis 
autour  du  tombeau  d'un  martyr,  le  jour  de  l'anniversaire. 


h  l  (an    El  il  bb,  Ht  t.  eccl.,  Y,  ^4,  .3-5. 
2    Soj  OMi  ne,  Hist.  eccl.,  V,  3. 


l'anniversaire  et  le  tombeau. 

Les  témoignages  sont  malheureusement  bien  rares  et  peu 

précis,  surtout  parmi  ceux  qui  nous  ramènent  aux  origi- 
nes et  jusque  dans  l'ère  même  des  persécutions.  On  sait 
que  la  liturgie  eucharistique  était  de  l'essence  de  ces 
solennités  ',  que  le  nom  du  martyr  était  prononcé  durant 
le  sacrifice  et  avait  droit  à  un  rang  d'honneur  *.  La  fonc- 
tion liturgique  ne  supprima  point  partout  l'usage  des 
repas  funéraires.  On  les  retrouve, à  la  fin  du  IVe  siècle,  en 
vigueur  dans  mainte  église,  et  donnant  lieu,  notamment 
sur  le  sol  d'Afrique,  à  des  abus  regrettables,  qui  en  amè- 
nent l'abolition   définitive  "'.   Ce   sont  les  grands  traits  de 


(i)  Voir  Acta  Iohannis.  cités  par  M.  Muller,  Koimeterien,  clans  Real- 
vncyklopaedie  fur prot. théologie,  t.X,  p.  831  ;  Tkrtullien,  De  corona,  3  ; 
De  exhort.  castit.,  11  ;  De  monogamia,  10  ;  Cyprien,  Epist.  1,  2  :  12,  2  ; 
39.  3,  Hartel,  pp.  503,  583  ;  Canoncs  Hippolyti.xxxui,  Achelis,  p.  106  ; 
Prudence,  Peristephanon,  XI,  171-74. 

j  Cyrille  de  Jérusalem,  Catechesis  mystagogica,  V,  9,  P.  G.  t. 
XXXIV,  p.  1116  :  erra  uvn.uoveùouev  xai  tûjv  TTpOKeKoiunuévujv, 
upiûTov  TTCtTpiapxûJv,  TTpocpnTÛjv,  àiT00T6A.ujv,  uapTÛpujv,  ÔTTUJÇ  ô 
0eôç  xaîç  eûxaîç  aÙTÛjv  xai  irpea^eiaiç  TTpoabéEr|Tcn  r|uû»v  xn,v 
bénenv  •  eiTa  Kai  ùrrèp  tûjv  TrpoKeKoiun,uévujv  àTiuuv  TcaTépujv  Kai 
émaKÔTTWv,  Kai  rrdvTUJv  utt\ûjç  tûjv  év  f|uîv  TcpOKeKOiunuévujv. 
Jean  Chrysostome,  In  Acta  apost.  hom.  XXI,  4,  P.  G.  t.  LX,  p.  170  : 
Ti  oîei  tô  ùtrèp  uapTÛpujv  rrpoacpépeaOai,  tô  K\n.9n,vai  èv  éKeivn, 
xr)  ûipa  ;  Kâv  udpTupeç  (bai,  Kâv  ÛTièp  (uaprûpaiv,  ueYd\n.  Tiun,  tô 
6vofj.aa0n.vai  xoû  AecmÔTOu  itapôvTOç,  toû  Gavârou  é-mTeXouuévou 
éKeivou,  Tn,ç  cppiKTf);  8uaiaç,  tûjv  àqpcxxujv  uu0Tn.piujv.  Augustin, 
SermoCCIX,  1,  P.  L.  t.  XXXVIII,  p.  868  :  ideoque  habet  ecclesiastica 
disciplina,  qnod  fidèles  noverunt,  cum  martyres  eo  loco  recitantur  ad 
altare  Dei  ubi  non  pro  ipsis  oretur  ;  pro  ceteris  autan  comtnemoratis  dc- 
functis  oratur. 

$<  Voir  les   principaux  textes  dans  N.   Muller,  Koimeterien.  ' 
p.  832;  spécialement  pour  l'Afrique  dans   P.  Monceaux,  L'inscription 
des  martyrs  de  Dougça,   dans  Bulletin  archéol.    du    comité    des 
travaux msT.année  1908,  p.  87-104;  cf.  Analect.   Bolland.,  t.  XX\  III, 
p.  315.  Il  reste  beaucoup  à  faire  pour  le  classement  des  témoign 
qui  se  rapportent  à  la  discipline  et  aux  abus  en  question. 

Cuit.  Mart.  4 


50  l'anniversaire  et  le  tombeau. 

l'esquisse  donnée  dans  YOratio  ad  sanctorum  coetum.  qui 
serait  antérieure  au  concile  de  Nicée  '.  Les  honneurs 
rendus  aux  martyrs  \  sont  décrits  de  la  sorte  :  «  On  chante 
des  hymnes,  des  psaumes  et  des  louanges  à  celui  qui  voit 
toutes  choses,  et  l'on  célèbre,  en  mémoire  de  ces  hommes, 
l'eucharistie,  le  sacrifice  d'où  est  banni  le  sang  et  la 
violence.  L'odeur  de  l'encens  n'y  est  point  recherchée, 
non  plus  le  bûcher,  mais  une  lumière  pure,  qui  suffit  à 
éclairer  ceux  qui  prient.  Il  s'y  ajoute  souvent  un  repas 
modéré,  en  faveur  des  pauvres  et  des  malheureux  -'.  » 
Sans  chercher  à  reconstituer,  dans  tous  ses  détails,  la 
physionomie  d'un  anniversaire,  nous  pouvons  affirmer 
que  rien,  dans  ces  réunions,  ne  rappelait  le  caractère 
Lugubre  des  cérémonies  funèbres.  La  lettre  de  l'église  de 
Smyrne  sur  la  mort  de  Polycarpe  ne  respire  que  la  joie  et 
l'enthousiasme  5,  et  le  cortège  triomphal  qui  conduisit  au 
cimetière  le  corps  de  S.  Cyprien  '  traduit  bien  les  senti- 
ments des  fidèles,  parfaitement  en  harmonie,  d'ailleurs, 
avee  la  haute  idée  qu'ils  avaient  conçue  du  martyre.  Les 
honneurs  que  l'on  rendait  aux  restes  du  héros  tombé 
n'étaient  qu'une  nouvelle  expression  de  la  tendre  vénéra- 
tion cpii  l'avait  entouré  de  son  vivant. 

1 1 1  Voir  J.M.PpàTTiscH,  Die  Redt  Konstantins  des  Grossen  an  die  Ver- 
sammlunç  der  Heilige»  (Freiburg  im  13. 1908),  p. 106.  On  sail  que  le  der- 
nier (.'dit  ■  i.i-.IIi  n.i  1  ,Kritische  Bùtràgezu  denCon- 
stantinschriften  des  Eusebius,1  bxte  und  Un  hungen,  t.  XXXVI, 
3  ligti-,  p.  2-49.  Mais  il  tant  lire  aussi  1'.  Wendland,  dans  Derliner 
phih  W  nschrift,  1902,  p.  330-31,  et  E.  Schwartz,  dans 
Pauly-Wisspw  \,  Realencyclopaedie  ;  t.  VI,  p.  1427. 
(21  Oratio  ad  sanctorum  coetum,  xn,  Heikel,  p.  171. 

Martyrium  /'       arpi,  18,  2  :  6v0a  d>ç  buvuTÔv  f|uîv  auvayoué- 
voiç   év   àyaMidaei    kiù   xaP$   itapéEet  ô  KÛpioç    fcTTiTeXetv    xryv   toû 
ruplou  aôToO  nLl(--(Htv  Y€vé0\iov. 

I  (,,..  BHL.  -=037,  5,  8  :  inde  per  noctem  sublatum  cum 

1  andidt  ou  procuratoris,quae  suttt  in 
via  Mapj  ■  iuxtapii  tm  vuto  et  triumpho  magvo  deductum  est. 


l'anniversaire  et  le  tombeau.  51 

Les  manifestations  de  la  piété  des  chrétiens  à  l'égard 

de  ces  illustres  morts  durent  n'être  point  banales,  ni  assez 
contenues  pour  échapper  toujours  à  l'attention  du  dehors. 
Ce  n'était  point  un  mystère  pour  les  païens  et  les  juifs  de 
Smvrne  que  les  chrétiens  réservaient  à  Polycarpe  des 
honneurs  exceptionnels  Auraient-ils  sans  cela  songé  à  leur 
refuser  le  corps  du  martyr  sous  prétexte  que  Polycarpe 
aurait  bientôt  remplacé  le  Christ  dans  les  hommages  des 
fidèles  '  ?  De  même,  lorsque  les  persécuteurs  poussèrent  la 
rage  jusqu'à  déterrer  et  jeter  à  la  mer  les  corps  des  pala- 
tins de  Nicomédie,  ce  fut  pour  empêcher,  dirent-ils,  que 
les  chrétiens  ne  leur  rendissent  les  honneurs  divins  -. 

Tout  cela  donne  l'impression  que  de  très  bonne  heure 
l'ardeur  de  la  piété  envers  les  martyrs  se  manifesta  par 
des  élans  passionnés  et  fut  loin  d'avoir  partout  les  allures 
timides  que  nous  nous  plaisons  à  imaginer.  Il  ne  faut 
pas  oublier,  néanmoins,  que  le  culte  des  martyrs  est  né 
au  milieu  du  trouble  de  la  persécution,  qu'il  a  grandi 
durant  les  accalmies  qui  succédaient  périodiquement  aux 
bourrasques  violentes.  Toujours  sous  le  coup  d'une  nou- 
velle offensive,  les  fidèles  se  sentaient  naturellement 
astreints  à  une  certaine  réserve  ;  il  ne  fallait  point  braver 
l'ennemi  en  exaltant  trop  bruyamment  les  victimes. 

Il  est  possible  qu'à  la  faveur  de  la  paix  trompeuse  qui 
précéda  la  dernière  persécution,  on  ait  commencé  en  plus 
d'un  endroit  à  se  départir  de  la  retenue  observée  jusque 
là.  Le  tableau  que  trace  Eusèbe  de  la  situation  de  l'église  | 
à  ce  moment  invite  à  le  croire,  bien  qu'il  n'y  soit  pas  l'ait 
une  place  expresse  aux  martyrs  ".  Mais  ce  n'est  là  qu'une 

1    Martyrium  Polycarpi,  17,  2. 

(2)  Eusèbe,  Hist.   eccl,   VIII,  6,  7. 

(3)  Eusèbe,   Hist.  eccl.,  VIII,  t,   5.  S'il   faut  en  croire  Lucius,  Die 
Anfânge  des  Heiligenkults,   p.  72,  n.  5.  il  y  aurait  à  citer  ici  un  passage 


52  l'anniversaire  et  le  tombeau. 

impression,  et  dans  l'ensemble,  les  documents  autorisent 
adiré  qu'en  général,  durant  l'âge  héroïque,  les  manifesta- 
tions du  culte  lurent  plutôt  discrètes  et  contenues  '. 

Mais  voici  l'heure  du  triomphe  et  de  la  paix  définitive. 
Le  soleil  se  montre  après  une  longue  tempête,  '  l'église 
respire,  et  rien  n'arrête  plus  l'essor  longtemps  comprimé. 
Dans  l'ivresse  de  la  liberté  tous  les  sentiments  s'exaltent, 
et  l'enthousiasme  du  chrétien  pour  ses  martyrs  pourra 
désormais  s'épancher  sans  contrainte.  Les  formes  exté- 
rieures du  culte  prennent  plus  d'ampleur  et  d'éclat,  les 
vieux  rites  s'accommodent  à  la  situation  nouvelle  et  insen- 
siblement se  modifient.  Pendant  le  siècle  qui  va  suivre,  le 
culte  des  martyrs  s'épanouit  magnifiquement.  Il  n'est 
guère  possible  de  fixer  par  des  dates  les  différentes  phases 
de  son  évolution  ;  mais  vers  la  fin  du  quatrième  siècle,  et 
surtout  au  commencement  du  cinquième,  nous  la  trouvons 
partout  accomplie. 

Les  premiers  bienfaits  de  la  liberté  enfin  conquise  se 
traduisent  naturellement  par  une  solennité  plus  grande 
donnée  à  la  célébration  de  l'anniversaire.  Au  lieu  des 
réunions   à   moitié  clandestines    qui    groupaient  quelques 

isèbe,  De  mart.  Palaest.,  xn  :  naa  xe  oi  véoi  aTaaiujbeiç  Karà  tujv 
Tf|ç  éKK\r\o\uq  \eu(mvwv  biù  cnroubfiç  éunxavricruvTO,  Kaivôrepa 
Kcnvoîç  émvewxepiZovTeç.  D'après  lui,   il  s'a  d'une  réaction  con- 

tre le   culte   des   reliques.  Rien   dans  le   contexte  ni  dans  la  phrase   ne 
ifie  pareille   interprétation,   et   les  ^KK\>iaiaç    X.eiiyav<t  signifient 
tout  autre  chose  que  les  c  reliques  ». 

i  Un  texte  célèbre  se  rapportant  à  S.  Grégoire  le  thaumaturge 
semble  supposer  une  situati  ez  différent   (Grégoire  de  Nysse, 

Laudatio  Gregorii  ep  Ncocaesarienis,  P.  G.  I  XLVI,p  953).  On  remar- 
quera qu'il  Ion  toute  vraisemblance  l'h  aphe 
a  traité  le  c  les  id  lelon  la  disciplim  '  on  temps. 
(2)  l.i  s:  11.  ! :.  '.,  X,  I,  8  :  rpi^pa  bâ  Xomôv  n,bn,  qpcnbpà  kcù 
<n):.  ur)oevôç  v^rpouç  aôxqv  éiriaïadZovTOç,  cpairoç  oùpaviou 
poX'i  ■  rV|V  oÎKOUuévrjv  (inuauv  tgiîç  éKK\n.<îiuiç  toû  XpiaroO 
KaTrjûfucfv. 


l'anniversaire  et  le  tombeau.  53 

fidèles  clans  un  espace  restreint  autour  de  la  tombe  du  mar- 
tyr, dous  voyons  se  former  des  assemblées  nombreuses, 
bientôt  des  foules  compactes.  S.  Basile  compare  la  multi- 
tude accourue  au  tombeau  de  S.  Gordius  à  un  essaim 
d'abeilles  '.  Le  jour  de  la  commémoraison  de  S.  Marnas, 
tout  le  pays  d'alentour  est  en  mouvement,  et  la  ville 
entière  se  rend  à  la  fête-.  L'assemblée  est  si  nombreuse 
que  l'on  se  trouve  à  l'étroit  :'.  et  telle  est  la  confusion 
que  l'orateur  désigné  renonce  à  se  faire  entendre  '. 
Puis  ce  ne  sont  pas  seulement  les  compatriotes  et  les 
voisins  qui  participent  à  la  solennité.  Le  jour  de  S.  Théo- 
dore, malgré  la  rigueur  de  la  saison,  on  vient  de  partout 
visiter  son  sanctuaire  s  et  le  concours  n'est  pas  moindre 
à  Xole  le  jour  de  la  commémoraison  de  S.  Félix  : 

Cernimus  et  miritos  peregrino  a  littore  vectos 
ante  sacrant  sanctos  prostratos  martyris  aram  \ 

L'évêque  Paulin  qui  a  reçu  les  pèlerins,  les  énumère 
dans  un  des  poèmes  qu'il  composait  chaque  année  pour 
célébrer  le  grand  anniversaire.  La  Lucanie,  l'Apulie,  la 
Calabre,  la  Campanie,  le  Latium  lui-même  envoient  leur 
contingent  '.  La   petite   ville  de  Xole    rappelle  alors,  par 

(i)  Oratio  in  S.  Gordium.  P.  G.  t.  XXXI,  p.  489. 

a  Oratio  in  S.  Mamantem,  2,  P.  G.  t.  XXXI.  p.  592.  Jean  Chry- 
S09TOME,  Expositio  in  psalmum  CXV,  5.  P.  G.  t.  LV,  p.  326  :  OKÔtiei 
kcù  upôç  tlûv  uapTÛpwv  toùç  rdqpouç  tùç  ttoXciç  auvTpexoûaaç, 
toùç  bnuouç  àvaiTTO|advouç   tlù   ttôGlu. 

3  Grégoire  de  Nysse,  Oratio  in  sanctos  XL  martyres,  1,  P.  G.  t. 
XLY.  p.  749;  Jean  Chrysostome,  Homilia  Hlin  Maccubaeos,  2,  P.  G. 
t.  L,  p.  625. 

(4)   Grégoire  de  Nysse,    Oratio  in  sanctos  XL  martyres,   /'.   G.   t. 

XLVI,  p  749. 

(5    Gri  GOIRE  DE  Nysse,  Oratio  in  S.Thcodorum  :  Kivr)aaç  bè  ttoMohç 
iv.  biacpôpuuv  iraxpibujv.  /'.  G.  t.  XLVI,  p.  736. 
'  'armen  XXVI,  v.  387-388,  Hartel,  p.  260. 
Carmen  XIV,  v.  55-78,  Hartel,  p.  47"48- 


54  l'anniversaire  et  le  tombeau. 

l'animation  qui  y  règne,  la  grande  Rome  elle-même.  Tel 
est  le  concours,  dit  le  poète, 

credas  innumeris  ut  maenia  dilatari 

hospitibus.  Sic,  Xola.  adsurgis  imagine  Romae  '. 

Rome,  dont  la  majesté  attirait  les  voyageurs  de  toutes 
les  parties  de  l'empire,offre  un  attrait  de  plus  depuis  qu'on 
y  tête  les  solennités  des  martyrs.  Le  jour  de  S.  Hippolyte 
Prudence  y  voyait  le  même  défilé  qui  charmait  les  yeux  de 
Paulin  à  Noie  2  et  ce  même  Paulin  faisait  tous  les  ans  le 
voyage  de  Rome  pour  assister  à  la  fête  des  apôtres  \  Le 
branle  est  donné  aux  grands  pèlerinages. 

La  solennité  de  ces  belles  réunions  était  en  rapport 
avec  l'affluence,  et  rien  n'était  négligé  pour  leur  donner 
de  l'éclat.  Le  sanctuaire  était  orné  de  tentures  et  brillam- 
ment illuminé  '.  On  conviait  à  la  fête  les  évêques 
voisins  '  et  un  orateur  en  renom  prenait  la  parole.  C'est 
là  que  s'est  formée  cette  littérature  des  panégyriques  dont 
S.  Grégoire  deNazianze,  S.  Basile,  S.  Grégoire  de  Xysse, 
S.  Jean  Chrysostome,  pour  ne  parler  que  des  plus  célèbres, 
ont  laissé  de  si  beaux  modèles.  Ces  discours  respirent 
l'enthousiasme  le  plus  pur,  souvent   le  plus  exubérant,  et 

i    Carmen  XIV,  V.  8.4-85,  I  Iak  1  EL,  p.  49. 

hanottf  XI,  v.  195-210,  Dri  ssel,  p.  450. 
20,   2,   Hartel,   p.   144.    Autres   textes  dans   l'index    d< 
[]         [g         v.  apostolorum  sollentnilas. 
il    Rappelon     la    descripl  Paulin   de   Nol        1    propo    d'une 

XIV,  98-103,  1 1  \k  1  el,  p.  49  : 
lurea  nunc  niveis  ornantur  limina  velis, 
clara  coronantur  densis  altaria  lichnis, 
lit))ii)iti  ceratis  adolentur  odora  papyris 

diequt   muant;  sir  nox  splcndorc  dici 
fulgct  -  inluitris  hon 

■   innumeris   lucem  geminata  lucemis 

Basile  95,  176,  252.  282,  /'  G.,  t,  XXXII,  pp. 
489,  \o,  1017. 


l'anniversaire  et  le  tombeau.  55 

l'on  peut  dire  sans  exagération  que  les  Pères  ont  épuisé 
les  formules  de  la  louange  à  exalter  les  martyrs  et  à  célé- 
brer leurs  triomphes  '. 

On  conçoit  que  le  besoin  se  fit  bientôt  sentir  d'élargir 
les  lieux  de  réunion,  de  les  mettre  en  harmonie  avec  les 
splendeurs  du  culte  ou  du  moins  de  les  adapter  aux  exigen- 
ces nouvelles.  Jusque  là  on  se  donnait  rendez-vous  dans 
les  cimetières  souterrains  ou  à  ciel  ouvert,  suivant  les 
localités,  et  l'on  se  groupait  autour  de  la  tombe  du  martyr. 
Commença-t-on,  dès  avant  le  triomphe  de  l'église,  à  élar- 
gir les  cryptes  dans  les  hypogées,  pour  faciliter  l'accès  des 
tombes  saintes  et  rendre  possibles  les  réunions  ?  Con- 
struisit-on au  dessus  du  sol  autour  des  tombeaux  de  mar- 
tyrs, des  édicules  ou  des  chapelles  pouvant  contenir  une 
partie  de  l'assistance  ?  Il  est  certain  que,  sans  attendre  la 
fin  des  persécutions, les  chrétiens  aménagèrent  des  lieux  de 
prière  -,  et  qu'Busèbese  sert  du  même  mot  Trpoo"euKTr)piov 
pour  désigner  ces  églises  et  les  oratoires  qui  s'élevèrent 
aux  premiers  jours  de  la  liberté,  sur  la  sépulture  des  mar- 


(i)  Voici  un  exemple  de  S.  Jean  Chkysostome,  Laudatio  S.  Drosidis, 
2  :  uapxùpuuv  yùp  6dv«xoç  inaxwv  éaxi  TrapdK\r|aiç,  éKxXriauîJv  uap- 
pnena,  xP»OTt«viaiaoû  aûaxamç,  OavdTou  KuxriXuaiç,  àvaaxdaeuuç  àirô- 
beiEiç,  bcnuôvuiv  f^Xiuç,  biapô\ou  Kaxo'fopia,  qpi\oaoqpiaç  bibaaKa- 
\ii(,  TTUpaîveaiç  xô.ç  mreponnaç  xiûv  Trapôv-rujv  TTpa-fudxuuv  kgù  xn.ç 
xuiv  ueMovxuiv  éinGuuiaç  ôbôç,  TrapauuOia  xiûv  Kaxexôvxuuv  f|uâç 
beivwv  xai  ÛTrouovn,ç  Trpôrparnç,  Kapxepiaç  depopur],  xai  Trdvxuuv  xwv 
à-fuBihv  ^)ila  K«i  nr\fr\  xui  un,xn,p  '  kuî  eî  Poû\ea9e  xoûxuuv  ëxaa- 
tov  dirobeiEouev  xod  époûuev  ttiûç  èar\  maxâiv  TTapdx\n,aiç,  éxx\n,- 
aiujv  TTappriaia,  dvaaxdaeiuç  dirôbeitiç  xai  xà  \onrà  diravxa  direp 
eÎTrovvOv.  P. G.  t.  L.,  p.  6S5. 

Les   principaux  textes  dans  Lommatzsch,  Origenis  opéra,  t.  XX 

roiini,    1*46',  p.  368-71;   J    P.  Kirsch,    Die  christlichen   Cultusgo- 

biiudc  in  der  vorkonstantinischen  Zeit,  Festsc  mai  r   zum  blfhundert- 

fàHFiGEN  JuBiLàuM  dfs  deutschen  Campo  Santo  in  Rom  (Freiburg  im 

B.,  1897 1.  p  6-ai 


l'anniversaire  et  le  tombeau. 

tyrs  de  Palestine  l.  Mais  ni  les  textes  ni  les  monuments 
n'ont  fourni  jusqu'ici  la  preuve  certaine  de  l'existence 
d'un  «  martyrium  »  avant  la  période  Constantinienne  2. 

A  partir  de  ce  moment,  on  voit,  sur  tous  les  points  du 
monde  romain,  les  basiliques  sortir  de  terre  3.  On  a 
presque  partout  constaté  les  mêmes  phases  du  dévelop- 
pement qui  aboutit  à  ces  édifices  grandioses.  La  sépulture 
du  martyr  est  abritée  d'abord  clans  un  oratoire  de  dimen- 
sions restreintes,  que  l'on  commence  par  agrandir  autant 
que  le  permet  la  condition  du  sol,  et  lorsque  la  chapelle 
transformée  ne  répond  plus  aux  besoins,  on  construit,  à 
coté  du  monument  primitif  et  en  communication  avec  lui, 
une  basilique  plus  considérable,  en  évitant  de  toucher  au 
tombeau  *. 

De  nos  jours  lorsqu'il  s'agit  de  pourvoir  aux  nécessités 
créées  par  une  grande  affluence  on  bâtit  une  église  nou- 
velle sur   un  terrain    convenablement   choisi,  et    s'il    y   a 


(i)  Hist.  eccl.,  VIII,  i,  5,  Eusèbe  rappelle  rdç  xe  émannouç  <^v  T0ÎÇ 
-rrpooeuKTnpioiç  auvbpcnidç,  et  dans  la  seconde  rédaction  du  livre 
De  martyribus  Palat  parle  des  corps  des  martyrs  vaiùv   oikoiç 

TT<-piK</\\é0iv  diroxeeévTa   iv   lepoîç    T€  TrpoaeuKTnpîoiç   etç    à\naTov 
iav»ÏLir|v  tûj  toû  0eoO  \aw  irapaoebouéva.  Schwartz,  p  945. 

2   !  S'e  Hilari        tés,  d'api       '•       onti,  pai   De    Rosm, 

1  sotUrranea,  t.  I.p  210  manquent  d'autorité,  a  les  Acta  Saturnini 

,|(,nt  ri  dans  le   Bullettino  di  archeologia  cristiaita,  1878,  p.  1-  . 

ûre. 
le  questions  secondaires  que  nou  ouvons  aborder 

,,  des  ■  péciaux  dans  lesquels  on  trou' 

i  ia  bibl  ets.  J.  P.  Kirsch,  DU  christlichen 

lltei    mm,  Koln,    1893  :  I  >.   Stiefenhofer,  Die  Ge-  ^ 
■  ■  l  .   Mùnchen   1909  :   Fr. 

Wii  1  \m,.    '  Con/essio,   Miinchen,    ig  bnt- 

II,  ;-  ■      KlRCHBNHISTOl       i      •  SEMINAR     MÙNCHEN, 

II-  i  ;i:  ni    Rcihe,     ;  Wibi  ind,  Altar  und  Altargrab  der  christ- 

1.   <  ihrhundnt.  L<  ipzig,  1012. 

voir  De  R(  ssi,  Rotna  t.   I,   p.    212  ; 

i  |    Bullettino,  1878,  p.  1  ;•<  ;  1881,  p.  m. 


l'anniversaire  ET  le  tombeau.  57 

lieu,  on  y  transporte  les  reliques.  Dans  l'antiquité,  en 
Occident  surtout,  on  n'agissait  généralement  pas  de  la 
sorte.  On  veillait  avant  tout  à  ce  que  le  tombeau  fût  res 
pecté  et  son  emplacement  réglait  toute  la  disposition  et 
parfois  le  niveau  même  de  l'édifice.  Souvent  le  terrain 
subissait  à  cette  occasion  de  notables  remaniements,  et  à 
Rome,  par  exemple  il  est  aisé  de  reconnaître  les  endroits 
où  la  colline  a  été  entamée  pour  ménager  la  place  néces- 
saire à  la  construction  des  basiliques  de  S.  Pierre,  de 
S.  Paul,  de  S.  Laurent,  de  Ste  Agnès,  de  S.  Alexandre. 
Plutôt  que  de  porter,  selon  les  idées  primitives,  une  main 
sacrilège  sur  les  reliques  du  saint,  on  sacrifiait  la  régula- 
rité de  l'édifice,  et  il  se  passait  des  siècles  avant  qu'on  se 
crût  en  droit  d'y  remédier,  comme  ce  fut  le  cas  de  la  célè- 
bre basilique  de  S.  Pancrace  sur  la  voie  Aurélienne.  Le 
corps  du  martyr  était  placé  obliquement  par  rapport  à 
l'axe  de  l'église  :  ex  obliquo  aulae  lacebat  '.  11  fallut  attendre 
le  pontificat  d'Honorius  pour  modifier  cette  disposition.  Il 
en  fut  de  même  de  la  basilique  de  S.  Apollinaire  in  Classe. 
L'architecte  de  549  la  conçut  de  telle  façon  que  le  sarco- 
phage du  saint  se  trouvait  non  point  devant  l'abside  mais 
dans  une  des  nets  latérales.  Une  inscription  qui  se  trouve 
encore  en  place  indique  l'endroit  exact  et  commémore  le 
transfert  qui  date  de  l'épiscopat  de  Maurus  (642-671)^  non 
pas.  comme  elle  le  dit. du  temps  de  Maximien. In  hoc  loco  stetit 

(1)  L'inscription  qui  ornait  l'abside  de  la  basilique  rappelle  en  ces 
termes  la  restauration  entreprise  par  le  pape  Honorius  (625-638)  : 
«  Ob  insigne  meritum  et  singulare  beati  Panchratii  martyris  beneûcium 
basilic am  vttustate  confectam  extra  corpus  martyris  neglectu  antiquitatis 
extructam  Honorius  episcopus  Dei  famulus  abrasa  vetustatis  mole  ruinaque 
minante  a  fundamentis  noviter  plebi  Dti  construxii  et  corpus  martyris 
quoi  ex  obliquo  aulae  iacebat  altan  insignibus  ornato  metalHs  loco  proprio 
collocavit.  ■»  De  Rossi,  Inscriptions  christianae  L'rbis  Romae,  t.  II, 
p   24,  n.  28  ;  p.  156.  n.  5. 


58  l'anniversaire  et  le  tombeau. 

arca  bcati  .  [polenaris  sacerdotis  cl  confessons  a  tempore 
transitas  sui  usque  diae  qua  per  virum  beatum  Maximianum 
episcopum  translata  est  et  introducta  in  basilica  '.  Les  cas 
où  l'oratoire  primitif  n'a  pas  été  démoli  en  vue  d'un 
agrandissement,  mais  annexé  à  une  basilique  plus  vaste 
adossée  à  l'abside  de  la  première,  ne  sont  pas  très  rares, et 
les  archéologues  en  ont  signalé  des   exemples  certains2. 

Et  ces  basiliques  on  ne  se  contentait  point  de  les  faire 
spacieuses.  On  les  voulait  splendides.  «  Les  tombeaux 
des  serviteurs  du  crucifié,  disait  S.  Jean  Chrysostome, 
sont  plus  brillants  que  les  palais  des  rois,  non  pas  seule- 
ment pour  la  grandeur  et  la  beauté  de  la  construction, bien 
qu'en  cela  même  ils  les  surpassent,mais  ce  qui  vaut  mieux 
par  l'ardeur  de  ceux  qui  les  fréquentent3.  Il  fut  un  temps 
où  Julien,  rivalisant  avec  Gallus,  s'intéressait  beaucoup  à 
la    magnificence  des  basiliques  des   martyrs   *. 

Théodoret  pouvait,  en  s'adressant  aux  païens,  vanter 
avec  emphase  la  splendeur  des  édifices  sacrés  dédiés  aux 
martyrs  \  C'est  sans  doute  en  parlant  de  ces  basiliques  que 
les  païens  se  croyaient  le  droit  de  dire  :  «  Les  chrétiens 
imitent  les  constructions  des  temples  et  se  bâtissent  des 
mai  ons  énormes  pour  servir  de  lieux  de    réunion  et  de 


ii    CIL.  XI.  295.  Maurus   est  désigné  comme    l'auteur  de   la   trans- 
lation p  ii  us,  /  iber  pontificales  ceci.  Raveun.,  c.    114,  M.  G.  scr. 
Langobard.,  p.  35.2.  De  Rossi,  Bullettino,  1879,  p.  115-116,  montre 
pourquoi  il  faut  préférer  ce  témoignage  à  celui  de  l'inscription. 

12   Di  Rossi,  Bullettino,  1878,  p.  130. 

(3)  In  epist.  Il  id  1    r.  Hom.  XXVI.  5,  P.  G.  t.  LXI,  p.  582. 

14   ■:  11    de  Nazianze,  Contra   lulianum,   1,24:   Map-n'ipuuv   Te 

|ivr|uacn  iro\uT€\6(TTdToiç    xui    àva8n.udTWV    qpiXoTiutaiç...   to  »pi\ô- 
aoqpov  kk'i    q>iAÔxpi0TOv  kotcui'ivuov.   P.  G.  t.  XXXV,  p.  552. 

irum  affect.    curatio,    VIII,   62,    Raeder,  p.     216  :  oi    ht 

TlilV  KaXXlVl'KIIIV    liri|iTÛ|HI)V  OT|K<ii  Xa^lirpol     KOl    TTf|i|'|U(  TTTdl    kh\    ue-fÉ'Oei 
nirmptTTMÇ       Kf/'l     TTUVTOnaTTUJÇ      TTfcTTOlKl\u.fcVOl       KUl       KfiMoUÇ      à(piévT6Ç 

uapuupuruç. 


l'anniversaire  et  le  tombeau.  59 

prière,  alors  que  personne   ne  les  empêche  de  prier  chez 
eux  et  que  le  Seigneur  les  entend  partout  '.  » 

Dans  Macaire  de  Magnésie,  IV.  21.  Voir  Harnack.  Kritik  des 
Neuen  Testaments  von  einem  griechischen  Piulosophen  des  3  Jahrhunderts, 
Texte  um>  Untersuchungen,  t.  XXXVII,  4(1911),  p.  88.  Il  est  diffi- 
cile de  croire  que  cette  phrase  ait  été  écrite  avant  le  triomphe  de 
l'église. 


CHAPITRE  III. 

DÉVELOPPEMENTS    DU  CULTE    DES  MARTYRS. 

Dans  les  premières  années  qui  suivirent  le  triomphe  de 
lise,  le  culte  des  martyrs  s'organisa  suivant  les  lois 
d'un  développement  normal  et  logique,  sans  qu'aucun  élé- 
ment étranger  vînt  troubler  le  courant  de  la  tradition.  La 
ferveur  et  l'allégresse  des  fidèles,  dont  rien  désormais  ne 
retient  plus  l'expansion,  donnent  à  la  célébration  de  l'an- 
niversaire le  caractère  d'une  fête  populaire  autant  que 
d'une  solennité  religieuse  ;  le  modeste  abri  du  tombeau 
s'élargit  en  un  temple  magnifique,  mais  rien  n'annonce 
encore  l'abandon  de  la  discipline  primitive  qui  concentre 
le  culte  du  martyr  dans  l'église  d'origine,  et  l'on  ne  prévoit 
pas  que  les  honneurs  qui  lui  sont  réservés  puissent  échoir 
un  jour  à  ceux  qui  n'ont  pas  un  droit  incontesté  à  ce  titre 
incommunicable.  Mus  le  temps  est  proche  où  la  gloire  du 
martyr  franchira  partout  les  étroites  frontières  qui  l'enser- 
raient d'abord,  et  le  martyrologe  va  s'ouvrir  à  des  noms 
qu'il  avait  jusque  là  absolument  exclus. 

Parmi  les  pratiqués  nouvelles  que  l'on  voit  s'introduire 
et  dont  la  portée  ne  saute  pas  immédiatement  aux  yeux,  il 
en  est  une  qu'il  faut  étudier  d'abord,  et  dont  l'influence 
fut  décisive  sur  les  développements  ultérieurs.  Nous  avons 
dit  la  protection  efficace  dont  la  loi  romaine  entourait  les 
tombeaux    et   le    souverain   respect    que    son  observation 


DÉVELOPPEMENTS    PL    CULTE    DES    MARTYRS. 


61 


assurait  aux  corps  des  martyrs.  Défense  de  troubler  le 
repos  d'un  mort  ne  fût-ce  qu'en  déplaçant  son  sarcophage, 
défense  surtout  de  porter  sur  ses  restes  une  main  sacri- 
lège l.  Une  fois  donc  que  le  tombeau  s'était  refermé  sur  le 
corps  du  martyr,  il  ne  devait  plus  y  avoir  nul  danger  de 
profanation  d'aucune  sorte,  et  les  fatales  erreurs  qu'en- 
traînent les  déplacements  de  cadavres,  se  trouvaient  radi- 
calement conjurées.  Ce  ne  fut  pas  impunément,  on  le  con- 
çoit, qu'on  s'affranchit  des  précautions  salutaires  que  le 
respect,  à  défaut  de  la  loi,  aurait  dû  imposer,  et  il  est  facile 
de  comprendre,  sans  qu'il  soit  nécessaire  d'y  insister,  ce 
que  le  culte  des  martyrs  perdit  en  grandeur  et  en  austère 
simplicité  du  jour  où  commencèrent  les  translations  et,  en 
même  temps,  la  pratique  de  la  division  des  reliques. 

En  Occident,  à  Rome  du  moins,  l'usage  antique  fut 
longtemps  gardé,  et  nulle  part  les  reliques  des  saints  ne 
furent  mieux  honorées  ni  mieux  à  l'abri  de  toute  dévotion 
indiscrète.  Il  faut  rappeler  ici  un  texte  classique,  qui  au 
seuil  du  VIIe  siècle,  rend  témoignage  à  la  tradition  primi- 
tive et  constitue  un  effort  pour  la  maintenir  intacte. 

L'impératrice  Constantine,  femme  de  l'empereur  Mau- 
rice, avait  demandé  au  pape  S.  Grégoire,  pour  être  déposé 
dans  la  nouvelle  église  du  palais,  dédiée  à  S.  Paul,  le  chef 
de  l'apôtre,  ou  quelque  partie  de  son  corps  :  caput  eiusdem 
sancti  Pauli  mit  aliud  quid  de  corpore  ipsius.  S.  Grégoire 
s'excuse  de  ne  pouvoir  accéder  à  ce  désir  ;  il  ne  le  peut 
ni  ne  l'ose.  Des  exemples  récents  montrent  à  quels  dan- 
gers terribles  s'exposent  ceux  qui  troubleraient  les  restes 


H  Le  sujet  a  été  souvent  traité.  Voir  outre  les"  ouvrages  indiqués 
plus  haut.  p.  35,  le  commentaire  de  Godefroid  sur  Cod.  Tlieodos.,  1.  IX. 
tit.  xvii  ;  C.  Ferrini,  Deiv.rc  sepulcrorum  apnd  Komanos,  dans  Archi- 
vio  giuridico,  t.  XXX  'Pisa,  18831,  p.  447-80  ;  Wamser,  De  itire  sepul- 
chrali  Romanorum,  Darmstadt,  1887. 


62  DÉVELOPPEMENTS   DU    CULTE    DES    MARTYRS. 

sacres  des  apôtres  ou  des  saints  martyrs.  Il  rappelle 
notamment  que  le  tombeau  de  S.  Laurent  ayant  été  ouvert 
par  mégarde,  tous  ceux  qui  avaient  jeté  les  yeux  sur  le 
saint  corps,  même  sans  avoir  eu  la  témérité  d'y  porter  la 
main,  étaient  morts  dans  les  dix  jours.  Et  il  ajoute  : 
Cognoscat  autem  tranquillissima  domina,  quia  Romanis  con- 
suetudo  non  est,  quando  sanctorum  reliquias  dant,  ut 
quicquam  tangere  praesumant  de  corpore.  Sed  tantummodo 
tu  hu.xidc  brandeum  mittitur  atque  ad  sacratissima  corpora 
sanctorum  ponitur.  Quod  levatum,  in  ecclesta,  quae  est  dedi- 
canda,  débita  cum  veneratione  reconditur,  et  tantae  per  hoc 
ibidem  virtutes  fiunt,  ac  si  illic  specialiter  eorum  corpora  defe- 
rantur.  Unde  contigit,  ut  beatae  recordationis  Leonis  papae 
tempore,  sicut  a  maioribus  iraditur,  dum  quidam  graeci  de 
talibus  reliquiis  dubitarent, praedictus pontifex  hoc  ipsum  bran- 
deum allatis  forficibus  incidit,  et  ex  ipsa  incisione  sanguis 
effluxit  ' . 

La  discipline  romaine,  à  la  fin  du  sixième  siècle  (an. 594), 
est  solennellement  affirmée  ici,  et  le  pape,  selon  le  goût  de 
l'époque,  en  démontre  l'excellence,  en  citant,  à  l'appui, 
des  faits  miraculeux  Néanmoins,  on  a  essayé  de  révoquer 
en  doute  l'exactitude  d'une  assertion  aussi  absolue,  en  se 
reportant  à  d'autres  lettres  de  S.  Grégoire  où  il  annonce 
des  envois  de  reliques.  Il  n'y  a  là  aucune  contradiction, 
car  rien  n'indique  qu'il  ne  s'agît  point  de  reliques  représen- 
tatives et  qu'on  ait  dérogé,  en  ces  circonstances,  à  la 
consuctudo  romain!    . 

h  Gi  êgoire  I.  Régis tr.  IV.  30,  Ewald-Hartmann,  1. 1,  p.  .364-65. 
a  An     .        *tistr.  IX,  49,  à  Paul  évêque  de  Rieti,  qui  avail   deman- 
des   bienheureux    martyrs    Hernv    .    Hyacinthe  et 
me,  il  1  n  envoyant  des sanctuaria praedictorum  martyrum, 

Hartmann,  t.  II,  p.  7'.  :  Reg,  IX,  183,  à  Constantius  évêque  de  Milan, 
qui  desirait  des  relii  l'apôtre  S.  Paul    et  des  bienheureux    Jean 

et  Pancrace,  il    envoya    également  des  sanctuaria,   iisid.,  t.  II,   p.  176. 


DÉVELOPPEMENTS    DU    CULTE   DES   MARTYRS.  63 

Cette  coutume  a,  d'ailleurs,  des  attestations  plus  an- 
ciennes et  tout  aussi  formelles.  Les  légats  du  pape  Hor- 
misdas, en  519,  font  rapport  sur  une  requête  de  Justinien 
à  L'effet  d'obtenir  des  reliques  des  saints  apôtres  et  de 
S.  Laurent  pour  la  basilique  dont  il  avait  entrepris  la 
construction.  L'empereur  entendait,  suivant  l'usage  grec, 
des  reliques  réelles.  Les  légats  lui  opposèrent  la  pratique 
romaine  :  Habuit  quidem  petitio  praedicti  viri  secundum 
morem  graccorum  ;  et  nos  contra  consuetudinem  sedis  aposto- 
licae  exposuimus  '.  Justinien  n'insista  point,  et  se  contenta 
des  sanctuaria  que  le  pape  lui  fit  parvenir  -. 

Ce  double  échange  de  vues  souligne  très  nettement 
l'opposition  entre  les  traditions  de  l'église  occidentale  et 
celles  de  l'église  grecque.  A  Rome  les  corps  saints  con- 
tinuent à  bénéficier  de  l'inviolabilité  absolue  sanctionnée 
par  la  loi  ;  les  tombeaux  demeurent  intacts  et  l'on  ne  se 
permet  jamais  de  prélever  la  moindre  parcelle  sur  les 
reliques  des  martyrs  :  mais  on  distribue,  pour  en  tenir 
lieu,  des  linges  ou  des  étoffes  sanctifiées  par  un  contact 
plus  ou  moins  immédiat  du  tombeau.  Ce  sont  les  brancha, 
pallwla,  sanctuaria  dont  il  est  si  souvent  fait  mention  dans 
les  anciens  documents  de  provenance  romaine,  et  l'on  a, 
pour  ces  reliques  représentatives  le  même  respect  que  pour 
le  corps  saint  lui-même.  Le  secret  de  cette  substitution 
s'explique,  à  l'origine,  par  un  des  sentiments  les  plus  pro- 
fondément enracinés  dans  la  nature  humaine.  La  religion 
du  souvenir  se  ravive  également  en  présence  des  objets  qui 


Ailleurs,  Reg.  III,  19.  en  vue  de  la  consécration  de  l'église  située  à 
Rome  iuxta  domum  merulanam  regione  teriia,  il  demande  lui-même  des 
reliques  de  S.  Séverin.  Ibid.,  t.  I,  p.  177. 

ii  Hormisdae  Epist.  77.   Thiel,  Bpistulae  pontificum  romanorum, 

73-S75- 
(2)  Thiel,  t.  c,  p.  S87. 


64     DÉVELOPPEMENTS  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

ont  été  en  contact  avec  la  personne  aimée  et  qui  ont 
gardé,  pour  ainsi  dire,  quelque  chose  d'elle-même.  Ajou- 
tons que  les  livres  saints  eux-mêmes,  où  est  rappelée  la 
vertu  des  linges  et  des  ceintures  qui  avaient  touché  le 
corps  de  S.  Paul  ',  semblaient  donner  à  ces  idées  la  san- 
ction  de  leur  autorité. 

Pourtant  les  Grecs  ne  se  contentaient  point  de  la  fiction 
des  brandea.  Lorsqu'ils  demandaient  des  reliques,  ils  pré- 
tendaient qu'on  leur  donnât  des  corps  entiers  ou  quelque 
partie  qu'on  en  détachait.  La  discipline  qui  s'étahlit  chez 
eux  montre  qu'ils  ne  comprenaient  point  à  la  façon  des 
occidentaux  le  respect  dû  aux  morts,  et  que  la  rigueur  de 
la  loi  romaine  ne  répondait  guère  à  leurs  idées.  C'est  chez 
les  Grecs  que  naquit  l'usage  de  la  translation  et  de  la  divi- 
sion des  reliques. 

Les  circonstances  historiques  et  le  milieu  expliquent 
assez  bien  ce  contraste  entre  l'Occident  et  l'Orient.  Les 
lois  municipales  n'étaient  pas,  sur  le  régime  des  sépul- 
tures, aussi  rigoureuses  que  la  législation  romaine,  et  il 
était  d'autant  plus  difficile  d'exiger  l'application  de  celle-ci 
dans  les  provinces  éloignées,  que  le  collège  des  pontifes 
avait  à  intervenir  clans  les  cas  de  translation  de  cadavres. 
Le  magistrat  consciencieux  et  timoré  qu'était  Pline  le 
jeune  avait  cru  devoir  attirer  sur  ce  point  l'attention  de 
l'empereur.  «  Quelques-uns  me  demandent,  écrit-il  à  Tra- 
jan, l'autorisation  de  déplacer  les  restes  des  leurs, parce  que 
les  tombeaux  tombent  en  ruines  ou  ont  souffert  des  inon- 
dations, et  ils  allèguent  des  précédents  posés  par  d'autres 
proconsuls.  Comme  je  sais  qu'à  Rome  on  s'adresse  pour 
cet  objet  au  collège  des  pontifes,  j'ai  cru  devoir  vous  con- 
sul ter, vous  qui  êtes  grand  pontife, sur  la  conduite  à  tenir-'.» 

11  Ad.  XIX,  12. 

a)  Pline,  Epist.  X,  68. 


DÉVELOPPEMENTS   DU   CULTE   DES   MARTYRS.  65 

Voici  la  réponse  impériale  :  c  II  est  dur  d'imposer  aux 
provinciaux  l'obligation  d'en  référer  aux  pontifes,  dans  le 
cas  où  de  justes  raisons  exigent  le  transfert.  Suivez  donc 
l'exemple  de  vos  prédécesseurs,  et  accordez  ou  refuse/ 
l'autorisation  selon  les  circonstances  '.  »  Le  bon  sens 
exigeait  d'ailleurs  que  l'on  tînt  compte  des  usages  locaux, 
et  ce  n'est  pas  seulement  en  Bithynie  que  s'observait  la 
règle  énoncée  par  Trajan  lui-même  :  Ici  ergo  quod  semper 
tutissimum  est,  sequendatn  cuiusquc  civitatis  legem  piito  '-'.  Il 
faut  croire  que  la  condescendance  des  magistrats  engendra 
des  abus,  car  les  empereurs  furent  plus  d'une  fois  obligés 
de  légiférer  sur  la  matière. 

La  première  en  date  des  translations  de  reliques  dont  il 
soit  fait  mention  dans  les  historiens  est  celle  de  S.  Baby- 
las.  Gallus,  créé  césar  (351-354)  par  Constance,  s'était 
fixé  à  Antioche.  Dans  une  pensée  de  zèle,  il  essaya  d'as- 
sainir moralement  le  bourg  de  Daphné,  qui  était  une 
sorte  de  mauvais  lieu,  en  y  bâtissant  une  église,  dans 
laquelle  il  lit  transporter  le  corps  de  S.  Babylas  \  La  pré- 
sence du  martyr  imposa  silence  à  l'oracle  de  Daphné. On  ne 
sait  si  cette  translation  se  tit  avec  pompe.  Toujours  esl-il 
que  l'histoire  en  a  gardé  à  peine  le  souvenir,  sans  doute 
parce  que  la  cérémonie  se  lit  dans  des  conditions  assez  par- 
ticulières. Il  ne  s'agissait  pas  ici  d'un  corps  saint  enlevé 
à  quelque  église  lointaine,  comme  ce  fut  le  plus  souvent  le 
cas  plus  tard,  notamment  pour  les  transports  qui  se  tirent 
au  profit  de  la    nouvelle  capitale  de   l'empire  fondée  par 

1  Pi.ise,  Epist.  X,  69. 

.-    Pline.  Epist.  X,  113.  Cf.  66,  84,  109. 

131  Sozomène,  Hist.  eccl.,  V,ig  :  ueTéenxev  eiç  Aci(pvnv  xf\v  kdpvaKU. 
toû  Bccpû\a  toO  uapfupoç.  Cf.  Grégoire  de  Nàzianze,  Contra 
lulianum,  I.  .25,  P.  G.  t.  XXXV,  p.  552 

Cuit.  Mart.  5 


lé 


66     DÉVELOPPEMENTS  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

Constantin.  Ces  translations  sont  communément  regar- 
dées comme  les  premières  d'une  longue  série.  Voici  en 
quelles  circonstances  elles  eurent  lieu. 

L'ancienne  Rome  dépassait  toutes  les  autres  villes  de 
l'empire  par  la  richesse  de  son  trésor  de  reliques.  La  nou- 
velle Rome,  chrétienne  dès  son  berceau,  en  était  dépour- 
vue ou  peu  s'en  faut.  Son  fondateur  semble  n'avoir  pas 
songé  au  moyen  de  la  doter  de  corps  saints  en  dépossédant 
d'autres  villes.  Dans  l'église  des  Apôtres  qu'il  fit  con- 
struire, il  se  contenta  d'ériger  des  cénotaphes  '.  Ce  n'était 
point  là  une  nouveauté  ;  les  romains  avaient  souvent 
recours  à  ce  simulacre  du  tombeau  -.  Constance  ne  vou- 
lut point  s'en  contenter,  et  il  passe  pour  avoir  inauguré 
une  pratique  qui,  en  Orient  d'abord,  plus  tard  en  Occident 
ne  trouva  que  trop  d'imitateurs.  En  356  furent  solennel- 
lement transférées  à  Constantinople  les  reliques  de  S. 
Timothée,  l'année  suivante  celles  de  S.  André  et  de  S.Luc, 
obtenues,  à  ce  qu'on  prétend,  par  l'entremise  du  préfet 
d'Alexandrie,  Artémius  3. 

Paulin  de  Noie,  qui  attribue  l'initiative  de  cette  transla- 
tion à  Constantin  et  non  pas  à  Constance  ',  la  regardait, 
ce  qui  était  assez  logique,  comme  la  première  qui  ait  eu 
lieu  dans  le  monde  chrétien. 

Natn  quia  non  totum  pariier  diffusa  per  orbent 
prima  fides  icral,  multis  regionibus  orbis 

1   Ei    feBE,  Vita  Constantin*,  IV,  6of  3,  Heikel,  p.  143. 
1   V*(  ii  !..  Cuq, dans  Daremberg  i  1  Saolio,  Dictionnaire  des  anti- 
quité i  l.      1 596. 

|  liez  A.  He  .   Grabeskirche 

und  .11  :  108),  p.  lia. 

XIX,  jai,  329,  Hartei  .  p.    129.  Il  y  a  d'auti 
on,   Voii    la   note   de  Rosweyde,  dans  /'.  L. 
t.  LXI,  1.  325- 


DÉVELOPPEMENTS    DU    CULTE    DES    MARTYRS.  67 

martyres  a/itérant,  et  ob  hoc,  puto,  munere  magno 
id piacitum  Christo  nunc  inspirante potentes, 
ut  Constantino primum  sub  Caesare  factum  est, 
nuncfaniulis  retegente  suis,  ut  sede  priori 
martyr  as  accitos  transferrent  in  nova  terrae 
hospitia  '. 

Constantinople  ne  tarda  pas  à  recevoir  d'autres  reliques. 
On  déployait,  pour  les  recevoir,  une  pompe  vraiment 
royale,  et  la  ville  entière  se  mettait  en  mouvement.  S.Jean 
Chrysostome  décrit  la  réception  faite  aux  reliques  d'un 
martyr  du  Pont,  que  l'on  croit  être  S.  Phocas  -.  L'empe- 
reur lui-même  y  prend  part,  et  un  cortège  naval,  brillant 
de  lumières,  doit  conduire  la  précieuse  dépouille  au  lieu 
destiné  à  la  recevoir.  Nous  n'avons  que  des  données  fort 
vagues  sur  la  translation  des  martyrs  Egyptiens  que  célè- 
bre également  S.  Jeun  Chrysostome  3.  Sous  Théodore 
(379-395)  fut  transporté  à  Constantinople,  dans  l'église 
bâtie  par  Macédonius,  le  corps  de  S.Paul,  l'évêque  confes- 
seur, mort  en  exil  à  Cucuse  *.  Ce  fut  un  retour  triom- 
phal'1. On  signale,  sous  le  même  règne,  l'arrivée  dans  la 
capitale  des  reliques  des  martyrs  Terentius  et  Africanus, 
déposées,  sur  l'ordre  de  l'empereur,  dans  le  sanctuaire  de 
S1"-  Euphémie  èv  Tfj  TTerpa  fi  et  celle  du  chef  de  S.Jean 
Baptiste,  que  Théodose   porte  de  ses  propres  mains  et 

(1)  Carmen  XIX.  317-324,  Hartel,  p.  129. 

P.  G.  t.  L,  p.   799  :  uciprupa  TroinreùovTa  ùttô  TTôvtou.  Le  nom 
de  S.  Phocas  n'est  mentionné  que  clans  le  titre  de  l'homélie. 
(31  P.  G.  t.  L,  p. 693-98. 

141  Socrate.  Hist.  eccl.,  Y.  9;  Sozomène,  Hist.  eccl.,  VII,  10. 
51  Vita  l'iuli.  BHG-.  1472  :  Kai  àTravrâicn  tlûv  éiricïKÔiTUJv  tfùv  aÙTiû 
NeKTapfuj    irpà    ttoWoû    Tn.ç  Xa\Kn.bôvoç    ôaoi    Trapf|crav,     Kai    liera 
TTo\\f|ç  ûuvo\oTÎaç  Kai   xn,ç  u\\n.Ç  bopurpopiaç   ÛTTobéxovTai. 

Théodore  le  Lecteur,  II.  62.  /'.  G.  t.  LXXXVI,  p.  213.  La  date 
est  le  10  des  calendes  d'octobre. 


68  DÉVELOPPEMENTS    DU    CULTE    DES    MARTYRS. 

dépose  dans  l'église  de  l'Hebdomon  qu'il  a  fait  construire  '. 
Sous  Arcadius  (f  408)  eut  lieu  la  translation  des  reliques 
du  prophète  Samuel,  de  Judée  dans  le  sanctuaire  qui  lui 
fut  dédié  dans  la  capitale  2.  Ce  fut,  S.  Jérôme  nous  le  dit, 
une  solennité  des  plus  brillantes.  Les  sacrés  restes  enve- 
loppés dans  l'or  et  la  soie  furent  portés  par  des  évêques. 
Les  fidèles,  accourus  en  grand  nombre  sur  tout  le  par- 
cours, manifestèrent  autant  de  joie  que  s'ils  eussent  vu  le 
prophète  en  personne.  Telle  était  la  foule,  dit  S.  Jérôme  en 
son  langage  hyperbolique,  qu'elle  s'échelonnait  sans 
interruption  depuis  la  Palestine  jusqu'à  Chalcédoine  ■". 

On  note  sous  Théodose  le  jeune  (4.08-450)  l'arrivée  des 
reliques  des  saints  Etienne,  Laurent  et  Agnès  (,  de  même 
le  transfert  du  corps  de  S.Jean  Chrysostome,  ramenées 
en  438  de  Comane  s  avec  la  même  pompe  que  les  reliques 
des  grands  martyrs  ,;.  Le  règne  de  Léon  I  (f  474)  fut 
signalé  par  la  translation  des  reliques  de  Ste  Anastasie, 
que  l'on  vénéra  désormais  dans  le  martyrium  du  portique 
de  Domninus  7. 

On  peut  affirmer  avec  certitude  que  beaucoup  d'autres 
reliques  furent  apportées  à  Constantinople  vers  la  tin  du 
quatrième,  et  surtout  dans  le  courant  du  cinquième  siècle. 

(I)  SOZOMÈNE, Httl.  ceci.,  VII,  21. 

(21  S.  Jérôme,   Contra   Vigilantium,  5,  P.  L.   t.  XXIII,  p.  343  :  Sacri- 

liions  dicendus  est  et  nunc  Augustus  Arcadius  qui  ussa  beat!  Samuclis 

<>  post  temporede  ludaea  transtulit  in  Tltraciam.  Théodore  i,e  Lec- 

teur,  II,  63,  P.  O.  1.  LXXXVI,  p. 213  ;  Chronicon  Paschale,  adann.406, 

411,  i  <    57°-7l- 

<  ontra  Vigilantium,  5,  P.  !..  t.  XXIII,  p.  343. 
1 }    1  :  le  Lecteur,  II.  64,  P.  G.  t.  LXXXVI,  p.  213. 

I51  ,.,/.,  VII,  45  :  Théodoret,  Hist.  ceci.,  V,  36. 

ULiNici  /'<•    Vita  llvpatii    liber    Lipsiae,   1898),    p.   24  :   Kcd 
1  Tr\eiw  éth    fô    \d<nuvov    ctùfoû,  ibç  twv    ^r<i\wv    xai    drfiwv 
u<(|>TÛpujv    6   eùa^éaTUToç   fSaai\eùç  0eoh6moç    ^exà   uo\\?|ç  bôEriç 
àv6Ka\ëaaTd. 

7    1 ,,  ■  dore  le  Lec  1  bur,  11,65,  /J- (r-  '■  LXXXVI,  p.  216. 


DÉVELOPPEMENTS  DU  CULTE  DES  MARTYRS.     69 

Ainsi,  il  est  fait  mention,  dans  Sozomène,  des  reliques  de 
S.  Thyrse  '.  sans  que  l'on  sache  quand  ni  comment  elles 
sont  arrivées  .'ans  la  capitale  ;  et  dans  les  documents  pos- 
térieurs il  est  fréquemment  question  de  corps  saints 
qu'elle  possédait  de  date  immémoriale  '-'. 

Quoique  fort  bien  pourvue  de  sanctuaires  et  de  corps  de  \ 
martyrs,  Antiochç  s'enrichit  également  par  des  transla- 
tions. Il  est  difficile  de  se  prononcer  sur  la  réalité  de  celle 
des  reliques  de  S.Ignace,  venues  de  Rome,  et  sur  l'époque 
où  elle  aurait  eu  lieu  3.  S.  Jérôme,  qui  semble  n'avoir  pris 
ce  détail  chez  aucun  auteur,  et  qui  avait  visité  Antioche, 
écrivait  en  392  :  reiiquiae  corporis  eius  in  Anhochia  weent 
extra portani  Daphmticam  incimiterio1.  Dans  son  panégy- 
rique de  S.  Ignace, prononcé  à  Antioche  (386-397),  S.  Jean 
Chrvsostome  célèbre  la  rentrée  triomphale  du  martyr 
dans  sa  ville  épiscopale  et  les  honneurs  qui  lui  furent  ren- 
dus dans  les  villes  du  parcours  :'.  L'orateur  s'inspire  des 
spectacles  du  même  genre  que  l'on  voyait  depuis  quelques 
années  dans  différents  centres  de  l'empire  d'Orient.  Il  est 
bien  évident  que  les  restes  du  saint  martyr  ne  furent  pas 
accueillis  de  la  sorte  en  pleine  persécution.  Nous  sommes 
mieux  renseignés  sur  un  autre  déplacement  de  ses  reli- 
ques. Durant  la  première  moitié  du  Ve  siècle,  sous  Théo- 
dose II,  elles  furent  amenées  en  ville,  et  déposées  dans 
l'ancien  temple  de  la  Fortune,  transformé  en  basilique  n. 

Le  martyr  S.  liabylas  fut  plus  d'une  fois  aussi  troublé 

1    Sozomène.  Ilist.  ceci..  IX,  2,  6,  7. 

12)  Voir  Dtcange.  Constanthtopolis  christiana,  sous  la  rubrique 
(icdcs  martyribus  dicatae,ei  le  Synaxarium  ecclesiae  Constantinopolitanae, 
pas  si  m. 

,3   Voir  Ligh'itoot.  The apostolic Faihers,  t.  II,  2.  part.  I.  p.  429-430. 

I4   Pu  viris  illustribus,  xvi,  Bernouim.î.  p.  19;  cf.  p.  248. 

5    BHG*.  816. 

(61  Evagrids,  Ilist.  ceci.,  I,  16,  Bidez-Parmentier,  p.  25-26. 


7<D  DÉVELOPPEMENTS   DU    CULTE   DES   MARTYRS. 

dans  son  repos.  Une  première  fois,  on  l'a   vu,  Gallus  le  lit 
transporter  à  Daphné  '.   Une  dizaine  d'années  plus  tard, 
en  362,  l'empereur  Julien  voulut  se  débarrasser  d'une  con- 
currence qui  ruinait   le  culte  d'Apollon,  et  il  ordonna  que 
le  saint  corps  fût  éloigné.  Toute  la   population   chrétienne 
d'Antioche  se  porta  à  Daphnc  pour  taire  cortège   aux  reli- 
ques. Elles  lurent  placées   sur  un   char  et  ramenées,  au 
milieu  du   chant  des  psaumes,  à  la  sépulture  primitive  du 
martyr.  Vue  nouvelle  translation  eut  lieu  lorsque  l'évêque 
Mélèce   (f  381)  lui    eut   élevé   une    basilique  au  delà  de 
l'Oronte  ;  il  devait  plus  tard  y  reposer  lui-même  ■. 

Mélèce  était  mort  à  Constantinople.  Le  retour  de  ses 
cendres  dans  sa  ville  épiscopale  prit  également  les  pro- 
portions d'une  entrée  triomphale.  Par  ordre  de  l'empereur 
et  contrairement  à  la  coutume  des  Romains,  le  corps  fut 
partout  reçu  dans  l'enceinte  des  villes,escortéparle  peuple 
au  chant  des  psaumes.  Il  fut  déposé  à  côté  de  S.  Baby- 
las  r'  et  c'est  devant  le  tombeau  que  S.  Jean  Chrysostome 
prononça  son  panégyrique  *. 

En  459  toute  la  ville  est  en  émoi  à  l'approche  des  reli- 
ques de  S.  Syméon  stylite  ''.  Un  peu  plus  tard,  vers  482, 
Antioche  reçoit  de  nouveau  un  de  ses  saints  évêques,  à  qui 
S.  Jean  Chrysostome  donnait  le  titre  de  martyr  6, 
ramené  de  Trajanopolis  en  Thrace.  où  il  ''tait  mort.  Ce 
fut.  comme  toujours,  au  milieu  d'un  immense  concours  de 
peuph 

1     Plus  h. ml.  p.  65. 

1)1  I  :  '     III,  p.  406-407. 

\  1 1  .  //.-  V, 9  1  ■ .  Ht  : .  et  ■  '-.  VII,  10. 

I   i 

[3,    Lll    I     ■'  •  "H,   253. 

Hep    Ivtiocheni,  BHG*.  644. 

1  ;     rEi     .  II.  1,  /'.  G.  t.    LXXXVI,  p.    184.  Sur   le 
lieu  d'exil  I  1  ■  .  Bos<  un  s.  Ait.  SS.  iul.  I.  IV.  p.  136. 


DEVELOPPEMENTS   DU    CULTE   DES   MARTYRS.  71 

D'autres  villes  de  l'empire  d'Orient  furent  témoins  de 
pareilles  solennités  Nous  ne  sommes  pas  toujours  égale- 
ment bien  renseignés  sur  les  circonstances  de  ces  trans- 
lations, et  parfois  les  chroniqueurs  ne  les  signalent  que 
d'un  mot  Mais  un  peu  partout  dans  les  pays  grecs  les 
corps  suints  sont  dans  un  état  d'instabilité  qui  contraste 
péniblement  avec  la  rigoureuse  immobilité  que  leur  garan- 
tit la  coutume  d'Occident.  Le  22  août  394,  d'après  la 
Chronique  d'Edesse,  eut  lieu  la  translation  du  sarcophage 
de  S.  Thomas  dans  sa  grande  basilique  ;  elle  n'indique 
point  d'où  elles  étaient  venues 'auparavant  '.  On  signale 
en  396  la  translation  à  Alexandrie  des  reliques  de  S.  Jean 
Baptiste  -  et  ce  n'est  hélas  !  pas  la  dernière  fois  que  nous 
entendrons  parler  des  restes  du  Précurseur.  S.  Basile 
reçoit  à  Césarée  le  corps  de  S.  Sabas  le  Goth,  martyrisé 
en  372  3  et  il  promet  à  l'évèque  Arcadius  de  lui  envover 
des  reliques  s'il  réussit  à  en  trouver  4.  Lorsque  la  ville 
de  Xisibe  tombe  aux  mains  des  Perses,  les  habitants  se 
retirent  emportant  le  corps  de  S.  Jacques,  toû  Trpojudxou 
tô  0"w|ua  ".  Dans  les  premières  années  de  son  épiscopat, 
S.  Cyrille  d'Alexandrie  dépose  dans  l'église  des  Evangé- 
listes  à  Menuthi,  près  de  Canope,  les  restes  des  SS.  Cyr 
et  Jean  G. 

Si  encore  la  piété  des  Cirées  avait  pu  s'arrêter  sur  cette 
pente  dangereuse  et  se  contenter  de  porter  le  martyr, 
intact   dans    son  cercueil,  à  l'endroit  où  il  était  assuré  de 


1    L.    Hallier,    L'iitcrsucliun^oi    iiber    die   Edcsscnischc    (  Jironik, 
dans  Texte  dnd Untersuchungen,  ;.  IX  [Leipzig,  1893),  p.  103, 
2)  De  Boor,  Theophanis  chronoçraphia,  t.  I,  p.  75. 
13)  Basu  f.,  F.pist.  164,  165,  /'.  G.  t.  XXXII,  p.  633-640. 

4  Epist   49.  t.  c.  p.  385. 

5  Theodoret,  llist.  relig.,  1,  Schulze,  p.  1119. 
(6)  Voir  Analecta  Bolland.  t.  XXX,  p.  448-5" 


72  DEVELOPPEMENTS   DU    CULTE    DES   MARTYRS. 

recevoir  les  hommages  des  fidèles  Mais  on  s'enhardit 
davantage,  et  l'on  n'hésita  pas  à  porter  la  main  sur  ces 
tes  sacrés,  à  en  distraire  des  parties  plus  ou  moins 
notables,  parfois  à  les  dissiper  complètement.  La  division 
des  reliques,  conséquence  inévitable  d'une  discipline  moins 
rigoureuse,  ne  tarda  pas  à  s'introduire  comme  pratique 
courante,  et  contribua,  plus  que  toute  autre,  à  faire  de  la 
relique  comme  l'objet  d'un  culte  distinct,  à  entretenir  de 
pieuses  convoitises  qui  devaient  souvent  dégénérer  en 
passion  désordonnée 

Durant  la  période  primitive,  nous  ne  rencontrons  qu'un 
petit  nombre  de  laits  isolés  préludant  en  quelque  manière 
aux  manifestations  qui  devinrent  plus  tard  la  règle.  Cer- 
tains d'entre  eux  d'ailleurs  n'ont  qu'un  rapport  indirect 
avec  le  culte  des  reliques,  et  sont  de  la  catégorie  de  ceux 
qu'inspire  dans  tous  milieux  le  respect  d'une  chère  mé- 
moire. A  supposer  que  la  chaire  de  S.  Jacques, conservée  à 
[érusalem,  fût  authentique  et  que  l'on  eût  commencé  à  la 
montre!' à  une  époque  aussi  reculée  qu'Eusèbe  semble  le 
dire  ',  elle  était  une  relique  au  même  titre  que  tel  objet 
axant  appartenu  à  Napoléon  et  non  moins  religieusement 
conservé.  Lorsque  Saturus,  dans  l'amphithéâtre  de 
Carthage,  trempa  l'anneau  dans  son  sang  et  le  remit  au 
soblat  Pudens,  il  voulait  lui  laisser  un  souvenir  et  non  une 
reliqui 

Mais  c'est  bien  la  piété  envers  le  martyr  qui  faisait 
désirera  un  des  gardiens  de  S.  Cyprien  de  posséder  ses 
habits  mouillés  de  sueur  :  videlicet  nihil  aliud  in  rébus  oblatis 
ambiebat  quant  ut  proficiscentis  ad  Deum  martyris  sudores  iam 
su;:  s  possideret   '.    Ht  ("est    peut-être   aussi  pour  les 

/..  VII,  19. 
Perpttuae,  xxi,  5. 
31  Vila  Cypriani,  16,  Haï- 1  fi  .  j  .  <  vin. 


DÉVELOPPEMENTS    DU    CULTE    DES   MARTYRS.  73 

retirer  ensuite  anosés  de  son  sang  que  les  fidèles  jetè- 
rent des  linges  devant  Cyprien,  au  lieu  du  supplice1. 
Xmis  savons  que  la  fameuse  Lucilla,  dont  le  nom  est 
impliqué  dans  les  premières  querelles  donatistes,  possé- 
dait, ou  croyait  possède!',  un  os  d'un  martyr,  et  qu'elle  le 
couvrait  de  ses  baisers  avant  de  recevoir  l'eucharistie  *. 

C'est  dans  le  document  connu  sous  le  nom  de  Tes- 
tament des  Quarante  Martyrs  que  nous  trouvons  l'in- 
dice le  plus  clair  de  l'existence  d'un  abus  qui  devait 
être  déjà  fort  répandu,  puisque  les  condamnés  deman- 
dent à  être  ensevelis  ensemble  et  supplient  les  fidèles  de 
ne  s'approprier  aucune  parcelle  de  leurs  restes  3.  On  ne 
tint  guère  compte  de  leurs  dernières  volontés  si  solennel- 
lement exprimées. C'est  précisément  à  propos  des  reliques 
des  Quarante  Martyrs  que  nous  voyons  le  plus  résolument 
pratiqué  l'usage  de  la  division  et  de  la  distribution  des 
reliques,  et  que  les  idées  en  cours  sont  énoncées  avec  le 
plus  de  netteté. 

S.  Basile  raconte  que  les  saints  martyrs,  respirant 
encore,  furent  livrés  aux  flammes,  et  leurs  cendres  jetées 
dans  le  fleuve.  Il  n'ajoute  pas  que  ces  restes  sacrés  furent 
pieusement  recueillis  par  les  fidèles.  Mais  il  faut  le  con- 
clure de  ce  qui  suit  :  «  Les  voilà  qui  occupent  notre  con- 
trée, et  semblables  à  des  tours  puissantes  nous  défendent 
contre  les  attaques  de  l'ennemi  ;  ils  ne  se  renferment  pas 
en  une  seule  place,  mais  beaucoup  d'endroits  leur  offrent 
l'hospitalité  et  ils  sont  un  honneur  pour  beaucoup  de  loca- 
lités *.  » 


(i)  Acta  proconsul  aria,  5.  Hartel,  p.  CXIII. 
2    Optai  1  MlLEVlTANl  lib.  I,  16,  Ziwsa,  p.  18. 

(3)  N.  Bonwetsch.  Das  Testament  der  vierzig  Martyrer.  Si  UDIBN  zvr 
Geschichte  der  Théologie  und  Kirche,  1. 1  (1S97),  p.  76. 
.    Honiilia  ht  sanctos  XL  martyres,  8,  P.  G.  t.  XXXI,  p.  521. 


74  DÉVELOPPEMENTS   DU    CULTE   DES   MARTYRS. 

vS.  Ciré--. urc  de    Nysse   parle   plus  clairement    encore. 

Leurs  cendres,  dit-il,  et  tout  ce  que  le  feu  a  respecté  a 
été  partagé,  et  le  monde  entier,  pour  ainsi  dire,  participe 
aux  bénédictions  de  ce  trésor  sacré.  Moi-même  j'en  pos- 
sède une  part  et  j'ai  placé  les  corps  de  mes  parents  près 
des  reliques  de  ces  soldats  '.  »  Et  il  raconte  la  première 
fête  célébrée  avec  sa  famille  en  l'honneur  de  la  glorieuse 
troupe  à  l'occasion  de  la  déposition  des  reliques. 

Gaudence  de  Brescia  rencontra  à  Césarée  deux  nièces, 
de  S.  Uasilc  qui  avaient  reçu  de  leur  oncle  des  reliques 
des  Quarante  Martyrs.  Celles-ci  furent  généreusement 
cédés  au  bon  évêque,  saintement  avide  d'un  pareil  tré- 
sor '.  On  en  signale  également,  au  V1  siècle  à  Constan- 
tinople,  où  elles  se  trouvaient  d'abord  en  la  possession 
d'une  femme  nommée  Eusébie,  diaconesse  de  la  secte  des 
Macédoniens  \  Vers  la  même  époque,  Mélanie  la  jeune  en 
place  aussi  dans  l'oratoire  de  son  monastère  4  et  sous 
Justinien  on  en  découvre  de   nouvelles  à  Constantinople5. 

Mais  ce  n'était  pas  toujours  dans  des  cas  exceptionnels, 
lorsque  la  profanation  des  reliques  par  les  persécuteurs 
invitait  pour  ainsi  dire  les  fidèles  à  les  recueillir  pour  leur 
pte,  que  s'opérait  la  dispersion.  Le  traitement  infligé 
aux  Quarante  Martyrs,  aux  reliques  de  S.  Jean  Baptiste, 
sur  l'ordre  de  Julien  r'  et  aux  martyrs  de  Gaza  7  ne  fut  point 
la    règle,   et   pourtant   tel    saint,   dont    le   corps  repose  à 

Homiliu  in  savetos  AV.  martyres.  P.  G.  t.  XL VI,  p.  784. 
nu   XVII,  P.  /..  1.  XX.  p.  965. 
Hist.  <vi  '..  IX,  2i. 
Vita  Wclaniae  iunioris,  BHG*.  1241,  c.  48. 
5)  l  '|  o<  ope  .  /  '  iis,  I.  7. 

.    !  !      .: 

Hist.  eccl  .  V,    i)  :    rà  nepiXeiqpGévTa  tOùv  ôffréuuv, 

ut'i  tÔ  irOp  èbaitdvr\Ot,   toîç  eppuuiévoiç  fn'iTÔOi  K<(ur|Xujv  xe  kcÙ 
•  .uruv,  n'icrre  un  pqMav  uÛTutv  etvm  trjv  eiïpeaiv. 


DÉVELOPPEMENTS  DU  CULTE  DES  MARTYRS.     75 

Sinope,  se  voit   partagé   entre    une  foule   d'églises.   Con- 

stantinople  en  reçoit  une  partie  ;  à  Rome,  s'il  faut  en 
croire  Astère  d'Amasée,  on  envoie  la  tête,  et  d'autres 
parties  vont  un  peu  partout  '.  Théodoret  nous  apprend 
que  fréquemment  dans  les  basiliques  qui  sont  censées  pos- 
séder un  martyr,  on  ne  trouve  qu'une  partie  de  son  corps 
et  parfois  même  une  partie  minime.  «  Nous  demandons, 
dit-il,  comment  s'appelle  le  martyr  renfermé  dans  le  tom- 
beau, et  l'on  nous  répond,  suivant  l'occurence,  que  c'est 
Julien,  Romain  ou  Timothée,  bien  que  souvent  on  n'en 
ait  pas  le  corps  entier,  mais  des  reliques  de  peu  d'impor- 
tance :  auiKpoTcmuv  Xeujjâvwv  '.  »  H  exprime  la  même  pen- 
sée, à  peu  près  dans  les  mêmes  termes,  en  deux  autres 
endroits  de  ses  écrits,  en  substituant  d'autres  noms  au 
groupe  qu'il  avait  cité,  tantôt  Denys,  Julien,  Cosmas  3 
tantôt  l'apôtre  Thomas.  Jean  Baptiste,  Etienne  le  premier 
martyr.  Et  il  fait  remarquer  ailleurs  que,  quoique  les 
corps  des  martyrs  soient  divisés  et  dispersés  en  plusieurs 
tombeaux,  la  grâce  qui  y  est  attachée  reste  entière  *. 

S.  Grégoire  de  Nazianze  déjà  parlait  ainsi  ;  pour  lui 
quelques  gouttes  de  sang  kgù  uixpà  aûu(3o\a  ttôBouç  ont  la 
même  efficacité  que  le  corps  dans  son  intégrité5.  Logi- 
quement, on  devait  à  ces  reliques  partielles  les  mêmes 
honneurs  qu'aux  corps  eux-mêmes,  et  l'on  n'hésitait  pas 
à  les  leur  rendre.  L'arrivée,  dans  une  localité  de  Syrie  qui 

i  TToMaxoù  uepiaGévra  rà  Xeiij/ava  ô\ÔK\n.pov  iravTaxoû  tûj 
TpiauaKapiiu  cTLÛIei  Tnv  eûcpn.MÎav.  Astère  d'Amasée,  Humilia  in 
S.  Phocam,  BHG*.  1540.  P.  G.  t.  XL.  p.  309. 

2   Théodoret,  Epist.  130.  Schulzb,  t.  IV,  p.  1218. 

Epist.  144,  Schulze,  t.  c.  p.  1243. 
(4  Graecarum  affect.  curatio,  VIII,  Raeder,  p.  199. 

Contra  Iulianum,  I.  69,  P.  G.  t.  XXV,  p.  589.  La  même  idée 
exprimée  par  Paulin  ck-  Noie,  Cartn.   XXVII,  447  :  magna  et  in  exiguo 
sanctorum pulverevirtiis.  Hartel,  p.  283. 


76  DÉVELOPPEMENTS    DU    CULTE   DES    MARTYRS. 

doit  être  Cyr,  la  ville  épiscopale  de  Théodoret,  d'un  envoi 
de  reliques  de  S.  Jean  Baptiste  et  de  plusieurs  apôtres  et 
prophètes  est  célébrée  avec  la  solennité  des  grandes  trans- 
lations. L'évêque,  le  peuple  de  la  ville  et  de  la  campagne 
vont  au  devant  d'elles  pour  les  recevoir  ;  ce  sont  des 
explosions  d'allégresse  et  la  boanTiKÙ.  x°9e^a  n'v  manque 
pas  '. 

On  le  voit,  l'opposition  entre  la  consuetudo  graecorum  et 
la  discipline  romaine  est  nettement  tranchée.  Rome  ni 
aucun  des  pays  soumis  directement  à  son  influence  ne 
connaissent  ni  ces  grandes  solennités  qui  mettent  toute  la 
population  sur  pied,  ni  cette  liberté  qu'on  se  donnait  ail- 
leurs d'ouvrir  les  cercueils  et  d'enlever  les  cendres  des 
morts. 

Je  sais  bien  qu'à  Rome,  du  IIIe  au  Ve  siècle,  il  eut  des 
translations  de  corps  de  martyrs.  Mais  elle  se  firent  dans 
des  conditions  si  spéciales,  et.  semble-t-il,  si  parfaite- 
ment légales  que  rien  ne  permet  de  les  assimiler  aux 
transports  de  reliques  accompagnés  de  cortèges  impo- 
sants, tels  que  l'Orient  les  aimait.  Si  le  pape  Pontien 
et  Hippolvte.  morts  dans  leur  exil  de  Sardaigne,  furent 
ramenés  à  Rome  *, ce  ne  fut  probablement  pas  sans  une 
autorisation  spéciale  que  l'on  demandait  souvent  pour 
les  déportés  et  qui  semble  avoir  été  rarement  refusée  *. 
Corneille,  mort  également  en  exil  à  Centumcellae,  fut 
enterré   a  Rome,  et  aucun  indice    ne   donne  à    penser  que 


il.    odoret,  Hist.  religiosa,  21.  Se  hui  ze,  1.  III.  p.  1245-46.  Que.  !- 
quesann  ,S    Mai  \  se  distinguera  aussi  par  son 

iu<  s  des  1  i.  (h)  lui  en  apporte  du  partout, 

mais  surtoul  de  P  l'Illyrie.  Vita  S.  Marcelli  acoemetae,  BHG2. 

1 1. 
j   I  1.  Roma  sotterraaca,  t.  II,  p.  7.; 

Dtgest.,48,  24,  2. 


DÉVELOPPEMENTS   DO    CULTE    DES    MARTYRS.  77 

les  choses  se  soient  passées  autrement  pour  lui  '.  On  sait 
cpie  le  martyr  Quirinus,  évêque  de  Siscia,  fut  transporté 
à  Rome,  au  commencement  du  Ve  siècle  ou  un  peu  plus 
tard  '-'.  11  n'est  pas  douteux  cpie  la  nécessité  seule  ait  été 
le  mobile  de  cette  translation  ;  les  malheurs  de  la  Panno- 
nie,  envahie  par  les  barbares,  expliquent  fort  bien  cpie  l'on 
ait  voulu  mettre  en  lieu  sur  les  reliques  du  saint  le  plus 
célèbre  de  la  contrée  3. 

Quand  et  comment  les  c<»rps  des  cinq  sculpteurs  Pan- 
noniens, connus  sous  le  nom  de  Quatre  Couronnés,sont-ils 
arrivés  à  Rome?  Nous  l'ignorons.  Ils  s'y  trouvaient  pro- 
bablement avant  le  milieu  du  IVe  siècle.  Au  moment  où 
pour  nous  se  termine  la  Passion  de  ces  martyrs,  leurs 
corps  ont  été  retirés  du  fleuve,  où  on  les  avait  jetés,  ren- 
fermés dans  des  cercueils  de  plomb  *.  Ces  corps  n'étaient 
point  encore  perpeiuae  sepulturae  tradiia.  On  pouvait  dès 
lors  les  transporter  au  lieu  de  leur  repos  définitif  sans 
intervention  officielle  \  Usa-t-on  de  cette  facilité  et  les 
reliques  prirent-elles  directement  le  chemin  de  Rome  ?  Ce 
n'est  que  par  conjecture  qu'on  pourrait  l'affirmer.  Mais  il 
est  certain  qu'une  translation  solennelle  faite  uniquement 
pour  satisfaire  la  piété  des  Romains  n'est  pas  admis- 
sible. 

Je  noterai  en  passant  que  la  translation  du  pape  Zéphy- 
rin  n'est  point  attestée  par  les  documents.  C'est  un  pos- 
tulat de  quelques  archéologues,  et  nullement  nécessaire 
pour  expliquer  des  faits  établis  °.  Oserai-je  en  dire  autant 


(1)  Duchesne,  Le  liber  ponUficalis,  t.  I,  p.  150-52. 

(2)  De  Rossi,  Roma  sotterranea,  t.  II,  p.  120-121. 
131  Prudence,  Peristephanon,  vu. 

(4)  Acta  SS.  nov.  t.  III,  p.  778. 

151  De  Rossi,  Roma  sotterranea,  t.  III,  p.  561. 

6  Duchesne,  Le  liber  pontificalis,  t.  I,  p.  140. 


78  DÉVELOPPEMENTS   DU    CULTE    DBS    MARTYRS. 

de  la  translation  des  apôtres  Pierre  et  Paul  en  258  ?  Elle 
est  également  issue  d'une  série  de  combinaisons  ingénieu- 
ses plutôt  qu'appuyée  sur  des  témoignages  '  et  se  heurte 
à  plus  d'une  invraisemblance.  Mais  alors  même  qu'il  fau- 
drait en  accepter  la  réalite,  ce  ne  serait  là  qu'un  de  ces 
transports  imposés  par  la  nécessité,  clans  l'espèce,  une 
translation  clandestine 

Le  cas  de  S.  Silanus  ne  laisse  pas  de  présenter  quelque 
difficulté.  La  Depositio  Martyrum  porte  au  10  juillet  et  in 
Maximi  Silani,  en  faisant  suivre  cette  annonce  de  la  note 
que  voici  :  hune  Silanum  martirem  Novali  furati  suai.  On 
est  d'accord  pour  entendre  cette  phrase  dans  le  sens  d'un 
vol  de  reliques,  le  premier,  sans  doute,  dont  l'histoire  ait 
garde  le  souvenir.  La  secte  des  Novatiens,  voulant  possé- 
der un  martyr  authentique,  se  serait  emparée  du  corps  de 
S.  Silanus.  Comment,  les  idées  des  Romains  sur  le  res- 
pect des  morts  étant  ce  que  nous  savons,  une  secte,  qui 
prétendait  se  distinguer  par  une  grande  perfection  morale 
et  par  son  attachement  à  la  tradition,  a-t-elle  pu  songera 
braver  le  reproche  d'un  aussi  horrible  sacrilège  ?  C'est 
là  un  problème  que  l'on  voudrait  essayer  de  résoudre  si, 
au  lieu  de  la  phrase  laconique  du  férial,  on  avait  quelque 
indication  sur  les  circonstances  de  l'événement.  La  men- 
tion de  l'équipée  dans  un  document  qui  n'est  qu'une  aride 
nomenclature,  prouve  qu'elle  était  de  fraîche  date  '. 

il  Duchesne,  Le  liber  pontificales,  1. 1,  p.  cvi.  Nous  reviendrons 
loin  sur  cette  question. 

2     D  rite   vers    \u>  [Episl.  CXVIII,    \,    P.   L.   t. 

XXII,  p.  9631  à  un  homme  de  qualité  nommé  Julien,  un  1  >almate,  à  ce 
qu'il  sembl   .  "  religieuse  qui  est  pro- 

babl  reliques  suivie   de  la   dédicace    d'une 

lique.  Il  le  loue  d'avoir  nus  fin  à  son  deuil  :  quod...  dedicatio  ossiutn 
,„a, .  litnenta  reddiderit,u  s  dolorem  orbita- 

les tuât,  quem  civitus    un:  ntirct,  sed   ad  triutnphum  martyris 

cxsultarcs. 


DÉVELOPPEMENTS    DU    CULTE    DES   MARTYRS.  79 

L'église  de  Milan  et  la  région  comprise  dans  sa  sphère 
d'influence,  doit  avoir,  en  ce  qui  concerne  le  culte  des 
reliques,  pris  modèle  sur  les  églises  d'Orient  plutôt  que  sur 
Rome.  Nous  le  constaterons  à  l'occasion  de  certains  épi- 
sodes laineux  de  l'épiscopat  de  S.  Ambroise  Dans  cette 
même  période  on  vit  rentrer  à  Milan  le  corps  de  l'évêque 
Denvs,  mort  en  Cappadoce  '.  Mais  ces  retours  posthumes 
de  l'exil  au  pays  d'origine  étaient  fréquents  et  ne  sont  pas 
une  infraction  à  la  discipline  générale.  Aucun  motif  de 
ce  genre  n'explique  l'envoi  par  l'évêque  de  Trente,  Vigile, 
des  reliques  des  martyrs  d'Anaunie  à  S.  Simplicien,  suc- 
cesseur de  S.  Ambroise  -.  Gaudence  de  Brescia  en  reçut 
également  une  part  On  sait  que  cet  évêque  eut  la  passion 
des  reliques  et  en  rapporta  de  ses  voyages  pour  en  enri- 
chir, à  la  mode  orientale,  sa  basilique  qui  reçut  le  nom  de 
conciluim  sanctorum  :'.  Quelques  années  plus  tard,  nous 
entendrons  Paulin  de  Xole,  un  autre  ami  de  S.  Ambroise. 
vanter  le  nombre  des  reliques  qu'il  est  parvenu  à  obtenir 
pour  la  basilique  de  S.  Félix  à  Xole  même,  et  pour  celle  de 
Fondi  *.  Victrice  de  Rouen,  lui  aussi  du  cercle  des  amis 
d'Ambroise,   tut   l'émule   de    tous  ces  pieux    évêques,    et 


1   B.wle,  Epist.  197,  P.  G.  t.  XXXII.  p.  712. 

Vita  Ambrosii  auct.  Paulino,  52,  P.  L.  t.  XIV,  p.  44-45.  On 
s'est  demandé  plus  d'une  fois  si  la  phrase  de  S.  Ambroise  au  sujet  des 
martyrs  Gervais  et  Protais,  perdideratcivitas  nostra  martyres  quaerupuit 
alùiios,  contenait  une  allusion  à  un  vol  ou  à  un  transport  de  reliques 
antérieur  à  l'invention  de  386.  Pour  quelques  uns  les  SS.  Nahor  et 
Félix  seraient  des  martyrs  importés  de  Lodi.  D'autre  pensent,  avec 
plus  de  raison,  semble-t-il,  que  ces  martyrs  étaient  d'extraction  étran- 
gère, des  soldats  de  Mauritanie,  ayant  souffert  le  martyre  pendant 
qu'ils  étaient  en  garnison  à  Milan.  Voir  F.  Savio,  I  santi  martiri  di 
Mtlano  (Pavia,  1906',  p.  52. 

Scrmu  XVII.  P.  LA.  XX.  p.  959-74. 

4)  Carmen  XXVII,   403-439,  Hartel,  p.    280-81   ;    Epist.    XXXII. 
10.  17,  ibid.  pp.  286-87.  292. 


80  DÉVELOPPEMENTS    DU    CULTE    DES    MARTYRS. 

recourut  sans  doute  à  leurs  lions  offices  pour  constituer 
son  trésor  de  reliques  fourni  surtout  par  l'Orient  '. 

Une  foule  d'indices  permettent  de  constater  que  les 
églises  d'Occident  ne  refusent  jamais  les  reliques  qui  leur 
sont  cédées  par  les  Grecs,  alors  même  que  ceux-ci  les 
auraient  prélevées  sur  les  corps  saints  au  mépris  de  la  loi 
et  du  respect  dû  aux  martyrs.  Mais  pour  elles-mêmes  elles 
s'en  tiennent  généralement  à  la  discipline  observée  à  Rome 
en  ce  qui  concerne  les  transports  et  la  division  des  reli- 
ques 2.  Quel  que  puisse  être  le  jugement  que  l'on  porte 
sur  certaines  parties  des  Actes  de  S.  Fructueux  et  de  ses 
compagnons,  ils  sont  un  écho  des  idées  en  cours  chez  les 
Espagnols  à  l'époque  de  leur  rédaction.  Or,  voici  ce  qu'ils 
racontent.  La  nuit  qui  suivit  le  martyre,  les  fidèles  se  ren- 
dirent à  l'amphithéâtre,  arrosèrent  de  vin  les  corps  à  demi 
brûlés,  et  s'approprièrent  les  cendres  des  victimes.  Mais 
S.  Fructueux  leur  apparut  et  les  avertit  d'avoir  à  res- 
tituer les  reliques  dont  ils  s'étaient  emparés  et  de  les 
enterrer  au  même  endroit  \ 

L'auteur  des  Actes  de  S.  Saturnin  de  Toulouse  trace 
un  récit  intéressant  de  la  construction  de  la  basilique  du 
martyr  '.   L'évêque   Hilaire  ;',  le  premier,  bâtit  une  cha- 


i  Voir  son  opuscule  De  laude  sanctorum,  P.  L.  t.  XX,  p.  443-458 
L'édition  de  Sauvage-Tougard,  Taris,  1895,  n'est  pas  en  progrès  sur 
celle-ci. 

2  Grégoire  de  I  iURS,  Hist.  Franc.  VII,  31,  raconte  comment 
Mummolus  préleva  une  parcelle  sur  un  S.  Serge.  D'abord  les 

ix  deviennent  mirai  mi  n<  invisibles,  et  Grégoire  ajoute  : 

Credo  non  erat  acceptum  martiri  ut  haec  Me  contingent.  Et  plus  loin  : 
ex  quibus  unu  Mummolus adsumpta  abscessit,  sed  non,  ut  credo,  cum  gra- 
tta  martiris,  sicut  in  sequenti  declaratum  est. 

■   BHL  3196,  n.  6. 

Voii  De  Rossi,  Bullettmo,  1878,  p.  118-29. 

5    Seconde  moitié  du  [V  Duchesne,  Fastes  épiscopaux  de 

V ancienne  Gaule,  t.  I-',  p.  307. 


DÉVELOPPEMENTS  DU  CULTE  DES  MARTYRS.     Si 

pelle  en  l'honneur  de  son  prédécesseur,  sur  son  tombeau 
même,  sanctas  vcritus  commovere  reliquias.  Bientôt  on  s'y 
trouve  à  l'étroit,  et  l'évoque  Silvius  entreprend  la  con- 
struction d'une  basilique  spacieuse,  à  quelque  distance  de 
la  précédente,  dans  la  pensée,  c'est  bien  clair,  d'y  déposer 
le  corps  du  martyr.  Mais  il  n'eut  pas  la  joie  de  voir  la  fin 
de  son  œuvre.  C'est  l'évêque  Exupère,  l'ami  de  S.Jérôme, 
qui  y  mit  la  dernière  main  (vers  410).  Cependant  il  hésitait 
à  opérer  le  transfert.  Vn  songe  le  rassura.  Il  comprit  alors  I 
que  quand  l'honneur  du  martyr  est  en  jeu,  nullam  fieri 
vel  deminutione  cinerum  vel  commotions  membrorum  spiritibus 
iniuriam.  Et  aussitôt  il  présenta  une  requête  aux  empe- 
reurs et  obtint  l'autorisation  d'introduire  les  reliques  dans 
le  nouveau  sanctuaire  '.  Tout  en  gardant  les  formes  et 
timidement,  on  s'engage  dans  la  voie  du  relâchement. 

Pourtant  on  s'abstint  pendant  longtemps  de  distribuer 
des  ossements  ou  des  parcelles  du  corps  des  martyrs.  De 
même  qu'à  Rome  on  donne  des  étoffes,  des  clefs  qui  ont 
touché  au  tombeau  de  l'Apôtre  ou  dans  lesquelles  on  a 
renfermé  de  la  limaille  des  chaînes  de  S.  Pierre  -,  des 
fragments  du  gril  de  S.  Laurent  3,  ailleurs,  comme  en 
Afrique,  nous  voyons  prendre  en  guise  de  reliques,  des 
vêtements  déposés  sur  le  tombeau  ',  des  rieurs  sanctifiées 

<  1)  BHL.  7496,  n.  6. 

(2)  S.  Grégoire  en  donna  souvent.  Voir  Registr.  I.  25.  Ewald-Hart- 
mann,  t.  I,  p.  39.  et  note  5.  Justinien  demandait  à  Hormisdas  des  reli- 
ques de  catems  sanctjrum  apostolorum.  Thiel,  Epistolue  romanorum 
pontificum,  p.  87+ - 

(3)  De  craticula  beati  Laurentii  martyris  comme  le  demandait  égale- 
ment Justinien,  Thiel,  1.  c.S.Grégoire  t'ait  à  Dinamius  un  envoi  de 
reliques  :  beati  Pétri  apostoli  benedictionem,  crucem  parvulam  cui  de 
catenis  eius  bénéficia  sunt  mserta  per  quattuor  vero  in  circuitu  partes  de 
beati  Laurenti  craticula  in  qua  perustus  est  bénéficia  continentur .  (Registr. 
III,  33,  Ewald-Haktmann,  p.  192. l 

(4)  Augustin,  Decivit.de  D:i,  XXII,  8,  18,  Hoffmann',  t.  II,  p.  606- 
607. 

Cuit.  Mart.  6 


82  DÉVELOPPEMENTS   DU    CULTE   DES   MARTYRS. 

au  contact  du  reliquaire1,  l'huile  du  sanctuaire2  ;  ou 
encore,  et  ceci  se  passe  en  Gaule,  on  emporte  des  franges 
du  drap  d'autel,  de  la  cire,  de  la  terre  et  même  des  éclats 
de  b<»is  détachés  de  la  porte  de  la  basilique  3. 

Parmi  les  causes  dont  les  influences  sur  le  développe- 
ment du  culte  des  reliques  ont  été  décisives  à  certains 
moments,  il  faut  noter,  après  la  pratique  des  translations 
et  de  la  distribution,  l'action  d'un  phénomène  religieux 
classé  sous  le  nom  d'invention  de  corps  saints,  et  dont  on 
ne  saurait  nier  l'importance  puisqu'il  n'atteint  pas  seule- 
ment les  formes  extérieures  mais  en  quelque  manière 
l'objet  même  du  culte. 

Pour  en  bien  saisir  la  portée,  il  faut  se  rappeler  com- 
ment, dans  chaque  église,  se  constitua  la  série  des  anni- 
versaires, comment,  en  d'autres  termes,  se  formèrent  les 
martyrologes  locaux. 

On  aurait  tort  de  croire  qu'ils  furent  le  résultat  d'une 
suite  d'actes  solennels  admettant  aux  honneurs  du  culte 
les  victimes  des  diverses  persécutions.  Une  fois  qu'une 
église  a  accepté  le  principe  de  rendre  aux  martyrs  des  hon- 
neurs publics  —  et  l'Orient  semble  avoir  été  sur  ce  point 
de  beaucoup  en  avance  sur  l'Occident  —  l'inscription 
d'un  nouveau  nom  sur  les  fastes  devient,  en  temps  de 
persécution,  un  incident  de  la  vie  normale  de  la  commu- 
nauté. Un  chrétien  est  poursuivi  :  il  confesse  la  foi  devant 
le  juge  :  il  est  condamné  et  exécuté.  Les  lidèles  qui  ont 
suivi  avec  un  intérêt  passionné  les  péripéties  du  drame, 
recueillent  son  corps   et   lui  donnent    une  sépulture  aussi 

i  lbid.t  p.  6  >4- 
ui  Ibid.,  p.  607. 

L  Grégoire  Di   ["ours,  sont  indiqués  par  Sdkalek, 

art.  Reliquien  ■!  in  1  Kraus,  Re  i  ;  icdie,  t.  II,  p.  688. 


DÉVELOPPEMENTS   DU    CULTE    DES   MARTYRS.  83 

honorable  que  le  permettent  les  circonstances.  Nul  n'ou- 
bliera la  date  d'un  événement  glorieux  entre  tous,  et, 
l'année  écoulée,  la  communauté,  évêque  en  tête,  se  réu- 
nira autour  du  tombeau,  pour  célébrer  l'anniversaire  ; 
désormais  il  en  sera  ainsi  tous  les  ans  au  jour  de  la  dépo- 
sition. 

Ce  jour  est  gravé  dans  la  mémoire  de  la  génération 
contemporaine  qui  l'apprendra  à  ses  descendants.  Evi- 
demment, lorsque  les  victimes  se  multiplient,  on  est 
amené  à  tenir  note,  comme  S.  Cyprien  prescrivait  de  le 
luire  à  Carthage,  des  jours  de  la  mort  ou  de  la  déposition 
de  chacun.  L'ère  des  persécutions  définitivement  close, 
le  martyrologe  de  chaque  église  se  trouva  sinon  écrit,  tout 
au  moins  constitué  et  en  pleine  vigueur  par  la  pratique 
et  l'observance  des  anniversaires. 

On  a  cru  reconnaître,  à  certains  indices,  l'existence 
d'une  institution  qui  serait  comme  le  germe  de  la  future 
congrégation  des  Rites.  Le  titre  de  martyr  n'aurait  été 
accordé  officiellement  qu'après  une  procédure  ressemblant 
à  la  canonisation,  et  l'on  a  été  jusqu'à  lui  donner  le  nom 
de  vindicatw,  suggéré  par  un  texte  de  S.  Optât  '. 

Depuis  la  découverte  de  l'épitaphe  de  S.  Pontien,  il  a 
fallu  renoncer  à  trouver  dans  l'église  de  Rome  la  trace 
d'une  semblable  organisation  *  ;  tous  les  textes  que  l'on 
peut  invoquer  se  rapportent  à  l'église  d'Afrique,  et  concer- 
nent une  série  d'abus  qui  appelaient  nécessairement  l'at- 
tention spéciale  de  l'évêque.  Ainsi,  Mensurius  de  Car- 
thaire  défendait  d'accorder  les  honneurs  du  culte  à  ceux 
qui,  sans  être  recherchés,  allaient  provoquer  les  persécu- 


(1)  Optati  milevitam  lil).  I,  Ziwsa,  p.  18. 

(2)  Marucchi,  dans  Nuovo  bullctlmo  dl  archeologi.i  cristian.i,  t.    XV 
(1936),  p.  35-50. 


84     DÉVELOPPEMENTS  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

teurs  ',  et  il  était  naturel  que  les  misérables  qui,  à  la 
même  époque,  essayèrent  d'exploiter  la  simplicité  des  fidè- 
les par  un  simulacre  de  martyre,  fussent  exclus  des  pré- 
rogatives de  tout  ordre  attachés  au  martyre  véritable  2. 
Dans  un  pays  agité, comme  le  fut  l'Afrique  lors  de  la  gran- 
de persécution  et  dans  la  querelle  Donatiste,  on  conçoit 
que  le  jugement  de  l'évêque  ait  eu  fréquemment  l'occa- 
sion de  s'exercer3. 

Il  est  possible  que  dans  d'autres  pays,  et  à  d'autres 
époques  l'autorité  ait  eu  parfois  à  se  prononcer  sur  des 
cas  douteux,  là,  par  exemple,  où  des  martyrs  hérétiques 
côtoyaient  des  martyrs  catholiques,  là  encore  où  une  mort 
courageuse  semblait  n'avoir  pas  racheté  la  témérité  ou 
l'inconsidération.  Mais  en  dehors  de  ces  situations  excep- 
tionnelles ou  d'un  fait  isolé,  l'enquête  épiscopale  suivie 
d'une  sentence  nous  apparaît  comme  dépourvue  de  signi- 
fication et  généralement  superflue.  Il  n'y  avait  pas  lieu 
d'incidenter  sur  des  événements  qui  se  passaient  au  grand 
jour.  La  confession  du  martyr,  sa  constance  dans  les  tour- 
ments étaient  des  laits  publics  et  l'on  savait  de  manière  à 
n'en  pouvoir  douter  qu'il  était  ou  non  en  communion 
avec  l'église.  Dès  lors,  rien  ne  s'opposait  à  ce  qu'on  lui 
rendit  les  suprêmes  honneurs,  et  Ton  ne  voit  nulle 
part,  dans  les  documents  qui  nous  restent,  la  trace  d'une 
hésitation  ou  d'un  délai,  supposant  une  enquête  suivie 
de  la  sanction  d'une  décision  expresse.  Comme  d'ailleurs 
l'évêque  prenait  part  aux  principales  manifestations  de  la 
piété  commune,  le  culte  (pu  s'établissait  autour  du  tom- 
beau du  martyr  avait  toutes  les  garanties  de  la  légiti- 
ma   . 

1    Augustin,  Brevicnlus  coll.  III.  13, 25,  Petschenig,  p.  74. 

■    Plus  haut,  p.  25-26. 

(3)  Voir  Analecta  Bolland.  t.  XXVI,  p.  89-90. 


DÉVELOPPEMENTS  DU  CULTE  DES  MARTYRS.     85 

Il  n'y  a  donc  qu'un  seul  moyen  de  prouver  rigoureu- 
sement l'existence,  à  un  moment  donné,  du  culte  légitime 
d'un  martyr.  Il  faut  démontrer  qu'il  remonte,  par  une  tra- 
dition continue,  à  ce  jour  mémorable  de  la  déposition  de 
ses  restes  sanglants,  jour  où  le  clergé  et  le  peuple  se  sont 
ençairés,  comme  il  arriva  à  Smyrne  devant  la  tombe  de 
Polycarpe,  à  revenir  chaque  année  au  tombeau,  célébrer 
le  glorieux  anniversaire.  La  démonstration  aura  une  pro- 
babilité suffisante  si  l'on  parvient  à  signaler  les  traces  visi- 
bles du  culte  à  une  époque  et  dans  un  pays  où  rien  n'indi- 
que que  le  courant  de  la  tradition  ait  été  troublé,  où  l'on 
n'a  à  compter  qu'avec  le  développement  régulier  des  insti- 
tutions. 

Vers  la  fin  du  IVe  siècle,  on  voit  surgir,  sur  certains 
points  de  la  chrétienté,  des  cultes  à  qui  semble  manquer 
essentiellement  cette  consécration  de  la  traditii  n  vivante. 
On  découvre  des  martyrs  inconnus  jusque-là,  et  on  se 
hâte  de  leur  rendre  les  honneurs  dont  les  autres  martyrs 
étaient  en  possession  de  date  immémoriale.  Au  sujet  de 
ces  nouveaux  venus  se  pose  tout  naturellement  une  suite 
de  questions  embarrassantes,  voire  insolubles  la  plupart 
du  temps. 

Si  les  chrétiens  de  la  même  génération  ont  pu  constater 
leur  martyre,  pourquoi  les  ont-ils  négligés?  Si  eux,  les 
contemporains,  semblent  l'avoir  ignoré,  de  quels  moyens 
d'information  disposait-on  plus  tard  pouravoir  le  droit  de 
l'affirmer  et  d'en  tirer  toutes  les  conséquences  ? 

Il  faut  remarquer  qu'il  y  a  diverses  manières  de  suppléer 
au  silence  de  la  tradition.  Et  d'abord  se  présente  le  cas  de 
la  tradition  interrompue.  Ce  serait  celui  d'un  martyr 
honoré  d'abord  d'un  culte  régulier  par  un  groupe  dispersé 
plus  tard  dans  quelque  tourmente  ;  les  fidèles  faisant 
défaut,  le  saint  se  trouve  abandonné. 


86  DÉVELOPPEMENTS    DU    CULTE   DES  MARTYRS. 

Il  peut  arriver  encore  que  la  trace  du  tombeau  se  perde 
dans  une  de  ces  sauvages  adressions  de  la  plèbe  païenne 
contre  les  cimetières  chrétiens  '  ;  il  n'est  même  pas  sans 
exemple  que  les  précautions  prises  pour  sauver  un  corps 
saint  contre  la  profanation  aient  eu  pour  conséquence  de 
ralentir,  d'arrêter  même  la  dévotion  des  fidèles  2.  L'ère 
de  persécution,  surtout,  la  période  de  grande  violence,  dut 
amener  plus  d'une  fâcheuse  éclipse.  La  paix  revenue,  les 
pasteurs  se  préoccupèrent  sans  doute  de  rétablir  les 
fastes  de  leurs  églises,  de  régler  définitivement  la  suite 
des  anniversaires,  de  remettre  en  état  les  sanctuaires  et 
les  tombeaux  des  martyrs.  Nous  connaissons,  pour  l'église 
de  Rome,  au  moins  deux  essais  de  revision  en  cette 
matière.  La  première,  qui  eut  pour  objet  le  martyrologe, 
aboutit  à  la  publication,  datant  probablement  du  pontificat 
de  Libère,  du  férial  romain  comprenant  la  Depositio  marty- 
ritin  avec  la  Depositio  episcoporum.  L'autre, qui  fut  l'œuvrede 
1  )amase, porta  principalement  su  ries  tombeaux  des  martyrs. 

Tout  le  monde  sait  qu'il  les  restaura  et  les  orna  de 
belles  inscriptions  pour  les  désigner  aux  regards  de  tous. 
Mus  il  ne  s'en  tint  pas  aux  tombes  déjà  entourées  de  la 
vénération  des  fidèles.  Nous  lisons  dans  sa  vie  :  Hic  malta 
corpora  sanctoruiu  requisivit  et  virant  ".  phrase  qui  trouve 
sa  confirmation  en  plus  d'un  endroit  des  poèmes  épigra- 
phiques  du  pontife.  Le  corps  de  S.  Eutychius  se  dérobait 
aux  recherches  : 

Osiendit  latebra  insontis  quae  membra  tencret, 
quaeritur,  inventus  colitur,  fovet,  omnia praestat  '. 

i    1 1  i ■  i  n  lien,  Ad  Scapulam,  3  ;  ,  \pologeticum,  7  ;  Ad  na Hottes,  I,  7, 

I.  pp  si  ;•  137.317- 
1  (  1.  l)i   Rossi,  Routa  sotterranea,  1. 1.  p.  213. 

(31  Dui  hesne,  /.<■  liber  pontificales,  t.  I,  p.  212. 
l)  Iiim.  Damasi epigrammata,  27. 


DÉVELOPPEMENTS   DU    CULTE   DES   MARTYRS.  87 

Le  tombeau  des  saints  Protus  et  Iacinthus  fut  rendu 
accessible  grâce  aux  travaux  de  Damase  : 

Extrcmo  tumulus  latuit  sitb  aggert  montis. 

Hune  Damasus  mo?isirat,  servat  quod  membra  piorum  '. 

Sous  un  de  ses  successeurs,  le  tombeau  de  S.  Némésius 
longtemps  négligé  fut  remis  en  honneur  : 

Martyris  haec  Nemesi  sedes  per  saecula  florel 

serior  ornatu,  nobilior  merito  ; 
incultam  pridem  dubitatio  longa  reliquit, 

sed  tenuil  virius  adseruitquefidem  i. 

Le  culte  des  saints  Protus  et  Iacinthus  était  dûment 
établi  ;  nous  le  savons  par  la  Deposilio  martyrum  '.  L'accès 
de  leur  tombe  avait  probablement  été  défendu  contre 
l'indiscrétion  ou  la  fureur  des  païens1.  Mais  nous  igno- 
rons ce  qu'il  faut  penser  des  deux  autres  martyrs  dont  la 
Depositio  n'a  pas  gardé  les  noms.  On  peut  croire,  sans  que 
l'on  soit  en  mesure  de  l'affirmer  avec  une  entière  certitude, 
que  le  culte  de  ces  martyrs  avait  subi  une  interruption 
assez  longue,  qu'il  n'en  était  resté  qu'un  souvenir  et  que 
l'invention  des  reliques  fut  le  principe  d'une  restauration. 
S'il  en  est  ainsi, le  cas  des  saints  Eutychius  et  Némésius  ne 
présente  pas  de  difficultés  bien  sérieuses.  Certes,  il  s'agit 
ici  d'une  tradition  interrompue,  je  veux  dire  la  tradition 
vivante  du  culte.  Mais  la  tradition  historique  demeurait, 
servant  de  lien  entre  le  présent  et  le  passé,  et  grâce  à  elle 


(1)  Ihm,  Damasi  epigrammata,  49. 
(21  Ihm,  Damasi  epigrammata,  80. 

(3)  A  la  date  du  11  septembre  :  III  ici.  sept.  Protilt  Iacivcti  in  Bassil- 
lac. 

UiMarchi,  Monumenti  délie  arti  cristiane  primitive  (Roma,  1844s  p. 

238-72. 


88     DÉVELOPPEMENTS  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

on  pouvait   légitimement  reprendre  des  observances  un 
moment  abandonnées. 

Mais  il  est  d'autres  circonstances  où  un  culte  nouveau 
se  crée  à  la  suite  d'une  découverte  de  reliques  ;  c'est  de 
longues  années  après  leur  mort  que  l'on  inscrit  pour  la 
première  fois  dans  les  fastes  des  martyrs  jusque-là  ignorés. 
On  comprend  aisément,  sans  qu'il  soit  nécessaire  d'y  insis- 
ter, à  quelles  surprises  pouvaient  mener  ces  canonisations 
tardives,  les  éléments  essentiels  d'un  jugement  éclairé 
faisant  défaut.  Ce  n'était  plus  la  tradition  des  églises  que 
l'on  invoquait  mais  des  présomptions  ou  des  vraisem- 
blances, souvent,  hélas,  moins  que  tout  cela,  pour  établir 
l'identité  d'un  cadavre  ou  pour  décider  l'admission  aux 
honneurs  du  culte  public. 

Les  inventions  de  reliques  les    plus  célèbres  dans  l'his- 
toire ne  sont  pas  celles  qui  offrent  les  moindres  difficultés. 
La  plupart  du  temps  ces  découvertes  se  compliquent  de 
songes  et    d'avertissements   surnaturels,  qui  ne  sont  pas, 
comme  on  pourrait  le  croire,  l'apanage  exclusif  des  milieux 
chrétiens  et  orthodoxes,  car  ils  nous  mettent  en   présence 
d'un  phénomène  qui  se   constate  partout  où  le  sentiment 
religieux  s'exalte  dans  des  proportions  anormales.  Notre 
moyen  âge  n'est  pas  seul  à  en  offrir  des  parallèles.  L'anti- 
quité païenne  les  connut,  dans  des  circonstances  presque 
identiques  '  :  la  Grèce  contemporaine  les  connaît  encore2. 
L'élément   subjectif  dont  le    rôle  est  si  déconcertant  dans 
1rs  faits  de  ce  genre  lorsqu'ils  se  passent  presque  sous  nos 
yeux  devient  de  plus  en  plus  difficile  à  apprécier  à  mesure 
du    recul  des    événements,    et  an   lieu    de   porter  sur   ces 

ii    l't  i  i  m    -  r    Thésée,  XXXVI,  1-9.  Citnon, VIIl,g-8.  Cf. Les  légendes 
hagiographiques  -,  p.  1S3-85. 

2   J.  C   Lawson,  Modem  greek  Folklore  and  ancient  greek    Religion 
(Cambridge,  19101,  p  302.  Cf.  Analecta  liolland.,  t.  XXIX,  p.  453. 


DÉVELOPPEMENTS   DU    CULTE   DES   MARTYRS.  8g 

matières  un  jugement  motivé,  nous  en  sommes  souvent 
réduits  à  souligner  simplement  L'état  d'esprit  qui  s'y  mani- 
feste. 

Dans  l'antiquité  la  croyance  à  l'intervention  de  la  divi- 
nité par  des  apparitions  et  des  rêves  en  tout  ce  qui  touche 
à  la  religion  était  si  universellement  répandue,  au  moins 
dans  les  milieux  populaires,  (pie  l'on  ne  saurait  attribuer 
exclusivement  à  l'éducation  chrétienne  les  préoccupations 
de  cet  ordre.  Les  dieux  et  les  héros  se  montraient  aux 
mortels  endormis  ou  éveillés  —  koit  ôvap,  Ka9'  uîiap  — et 
nombreuses  sont  les  inscriptions  votives  placées  à  la  suite 
d'une  apparition,  ex  visu  '.  Eux  aussi  venaient  demander 
l'érection  d'un  autel  ou  des  ornements  pour  un  sanctuaire, 
indiquer  la  place  où  reposaient  leurs  os  et  exiger  des  hon- 
neurs trop  longtemps  interrompus  -'.  Quiconque  préten- 
dait avoir  été  l'objet  d'une  pareille  faveur  ne  se  heurtait 
pas,  dès  l'abord,  à  un  scepticisme  déterminé.  On  était  tout 
disposé  à  le  croire  sur  parole,  surtout  lorsque  la  commu- 
nication divine  répondait  à  de  secrets  désirs,  à  des  espé- 
rances longtemps  entretenues. 

Il  est  malaisé  de  saisir  à  travers  l'obscurité  du  style 
damasien  jusqu'à  quel  point  on  crut  être  guidé  par  une 
intervention  surnaturelle  clans  les  recherches  de  certains 
tombeaux  romains.  Lorsque  le  pape  Vigile  parle  des  mar- 
tyr^. 

quos  monstrante  Deo  Damasus  sibi  papa  probatos 
aljixo  monuit  carminé  turc  coli r>, 

li)  A.  De  Marchi,  //  culto  privato  di  Roma  untica,  t.  I  (Milano, 
1896),  p.  285-S9,  donne  de  nombreux  exemples  de  cette  formule  et 
d'autres  analogues  (svmnto  monitus,  uissii  numinis,  ex  hostensum  deorum, 
exmonitu  etc.).  Cf.  Lucius,  Die  Anfânge  des  Heiligenkults,  p.  152  n.  7. 

(2)  Lucien.  I.c.,n.8-i2.  Cf.  E.  Schmidt,  Kultubertragungea  Giessen, 
19101,  p.  102-104. 

(3)  Ihm.  Damasi  epigrammata,8g,  5,  6. 


Ç)0  DÉVELOPPEMENTS   DU    CULTE   DES   MARTYRS. 

il  ne  faut  pas  nécessairement  comprendre  que  Damase 
connut  par  révélation  ceux  d'entre  eux  qui  méritaient 
d'être  honorés  par  L'église. 

L'inscription  d'Eutychius  ne  brille  pas  par  la  clarté. 
Pourtant  les  vers  : 

noctc  soporifcra  turbant  insomnia  mentem, 

ostendit  latcbra  iasontis  quae  mcmbra  icneret  ', 

semblent  bien  insinuer  que  des  songes  troublants  mirent 
sur  la  voie  de  la  découverte.  Mais  ce  n'est  pas  assez  pour 
classer  le  t'ait  d'une  façon  satisfaisante. 

C'est  dans  les  événements  qui  eurent  pour  théâtre 
l'église  de  Milan  en  386  qu'il  faut  étudier  l'établissement 
d'un  culte  de  martyrs  en  dehors  des  règles  traditionnelles. 
Le  détail  ne  nous  esi  point  parvenu  avec  la  précision  dési- 
rable et  l'on  constate  entre  les  témoignages  q\c^  divergen- 
ces qui  s'expliquent  par  les  déformations  habituelles  d'un 
récit  passant  de  bouche  en  bouche.  La  substance  des  faits 
se  détache  avec  un  relief  suffisant. 

«  A  cette  époque,  dit  Paulin, le  biographe  de  S.Ambroise, 
les  saints  martyrs  Protais  et  Gervais  se  tirent  connaître  à 
notre  évêque.  Ils  étaient  placés  dans  la  basilique  où 
se  trouvent  aujourd'hui  les  corps  des  saints  Nabor  et  Félix. 
Ces  saints  martyrs- ci  attiraient  un  grand  concours  de 
fidèles;  des  martyrs  Gervais  et  Protais  on  ignorait  les 
noms  comme  aussi  la  sépulture,  et  l'on  marchait  sur  leurs 
tombeaux  pour  s'approcher  des  barrières  qui  protégeaient 
ceux  des  saints  martyrs  Nabor  et  Félix  -'.  » 

L'événement  se  passa  au  moment  où  l'impératrice 
Justine,  veuve  de  Yalentinien  I   et  mère  du   jeune  Valen- 


d)  Ihm, Damasi epigrammata,  27,  xo-11. 

(3)    Vitu  auct.  Paulwo,  14.  /'.  /..  t.  XIV,  p.  31. 


DÉVELOPPEMENTS    DU    CULTE   DES   MARTYRS.  Ç)I 

tinien,  séduite  par  les  Ariens,  persécutait  les  catholiques 
et  travaillait  à  chasser  Ambroise  de  son  siège  '.  Ambroise 
raconte  lui-même  à  sa  sœur  Marcelline  les  circonstances 

de  l'invention.  Il  ne  prononce  pas  le  mot  de  révélation  :  il 
n'est  question  dans  sa  lettre  que  d'une  sorte  de  pressen- 
timent. «  Sache  que  nous  avons  trouvé  des  martyrs. 
Comme  je  dédiais  une  basilique,  une  partie  de  la  foule 
m'interpelle  pour  me  dire  :  Dédiez-la  comme  la  basilique 
romaine.  Je  répondis  :  Je  le  ferai  si  je  trouve  des  reliques 
de  martyrs. Siatimque  subiit  -relut  cuiusdam  ardor praesagii.» 
Le  saint  fit  creuser  le  sol  devant  la  clôture  des  SS.  Félix 
et  Nabor.  Il  continue:  Inveni  signa  convenientia,  adhibiiis 
etiam  quitus  per  nos  maints  impeuenda  foret  —  il  désigné 
ainsi  des  possédés.  —  sic  saucii  martyres  emiuere  coeperuut  ut, 
adhuc  nobis  silentibus,  amperetur  urua,  et  stenieretur  prona  ad 
locum  sancti  sepulchri.  Invenimus  mirac  magnitudinis  viros 
duos,  ut  prisca  aetas  ferebat.  Omnia  ossa  intégra,  sanguinis 
plurïmum  -.  Les  reliques  furent  provisoirement  déposées 
clans  la  basilique  de  Fauste.  Le  lendemain  on  les  trans- 
féra à  la  basilique  Ambrosicnne.  Sur  le  parcours,  un 
aveugle  fut  guéri,  et  S.  Ambroise  dans  un  discours  au 
peuple,  commenta  les  événements. 

A  deux  reprises  S.  Augustin  rappelle  cette  solennité 
fameuse.  Il  parle  dans  la  Cité  de  Dieu  d'une  vision  de 
S.  Ambroise  ;  episcopo  Ambrosio  per  somnium  revelata  reperta 
sunt  s.  Et  dans  les  Confessions  :  Tune  memorato  antisiiti 
t  uo  per  visu  m  aperuisti,quo  loco  laterent  martyr  uni  corpora  Pro- 
tasi  et  Gervasi,  quaeper  toi  annos  incorrupta  in  thesauro  secreti 


(i)  Augustin,  Confessiones,  9,  7. 

.     Ambroise,  Epist.  XXII.  2,  /'.  L.  t.  XVI,  p.  1019-20. 
13)  De  civitate  Dci,  XXII,  8,  Hoffmann,  t.  II,  p.  597. 


Ç)2  DEVELOPPEMENTS    DU    CULTE   DES   MARTYRS. 

lui  rcconderas,  unde  opportune  promeres  ad  cohercendam  rabicm 
femineam  sedregiam  '. 

Comme  vS.  Augustin,  le  diacre  Paulin  '-',  S.  Gaudence 
de  Brescia  "',  S.  Paulin  de  Noie  l  attribuent  la  décou- 
verte à  une  révélation.  Sommes-nous  obligés  de  prendre 
le  mot  à  la  lettre  ?  Faut-il  penser  plutôt  que,  sous  l'empire 
d'une  préoccupation  sourde,  des  indices  qui  avaient  frap- 
pé le  saint  évêque  s'emparèrent  de  plus  en  plus  de  son 
esprit  et  le  mirent  sur  la  voie  de  la  découverte  ?  Une 
question  d'un  ordre  aussi  spécial  ne  saurait  être  tranchée 
ici.  mais  nous  devons  constater  que  l'ensemble  des  témoi- 
gnages n'est  pas  sans  présenter  clés  difficultés,  et  paraît 
démontrer  qu'en  cette  circonstance  l'enthousiasme  l'em- 
porta sur  l'observation  minutieuse  de  toutes  les  particula- 
rités. S.  Ambroise  ne  parle  tout  d'abord  que  de  squelettes  ; 
ossa  omnia  intégra  ...  condidimus  intégra  ad  ordineui  s. 
t  Cela  ne  marque-t-il  pas  clairement,  dit  Tillemont,  qu'il 
n'y  avait  que  les  os  ?  Quel  ordre  y  a-t-il  à  observer  pour 
ranger  un  corps  entier  fi  ?  ».  Mais  il  y  a  aussi  du  sang 
sanguims  plurimum,  et  ce  ne  sont  pas  de  simples  traces 
desséchées  :  sanguine  tumulus  madet  ' .  Gaudence  de  Bres- 
(  ia  a  reçu  une  partie  de  ce  sang,  preuve  suffisante  pour 
lui   du   martyre8.   S.   Augustin   a   compris  que    les  corps 


li    Confessiovcs,  7,  Knoll,  p.  208. 
I 1    Vita  Ambrosii,  14. 
(31  Sertno  xvn,  P.  G.  t.  XX,  p.  663. 
1  t    Epist.  XXXII.  17.  Hartel,  p.  293: 

Quosque  sud  deus  Ambrosio  post  longa  révélât 
nia,  Protasium   cum  parc  Gervasio. 
\mbi  ois]  .  /  pist.  XXII.  2. 
6)    I  u  m  mont,  Mémoires,  t.  II.  p  500. 
I71  Ambroisb,  Epist.  XXII.  12. 

(8)  Sertno  xvn,  P.  L.  t.  XX.  n.  663  :  quorum  sanguinem  tenemus 
gyPso  collection  nihil  amplius  requit entes  ;  tenemus  enim  sanguinem  qui 
testts  est  passionis. 


DÉVELOPPEMENTS  DU  CULTE  DES  MARTYRS.     93 

s'étaient  conservés  de    longues  années   sans  corruption  '. 

Evidemment  tout  cela  manque  de  consistance  ;  mais 
conclure  de  là,  comme  on  l'a  t'ait,  qu'il  n'y  eut  dans  cette 
histoire  qu'une  habile  mise  en  scène  imaginée  pour  im- 
pressionner les  Ariens,  dans  un  moment  critique  %  c'est 
fort  exagéré,  et  l'un  devrait  bien  nous  dire  en  même  temps 
comment  pareille  explication  se  concilie  avec  la  droiture 
et  l'élévation  du  caractère  de  S.  Ambroise. 

Gervais  et  Protaîs  avaient-ils  été  honorés  comme  mar- 
tyrs  par  les  générations  précédentes  ?  Quelques-uns  l'ont 
pensé,  en  supposant  que  la  confiscation  du  cimetière  où 
ils  reposaient  avait  interrompu  le  culte  dont  il  restait 
un  faible  souvenir  dans  la  mémoire  des  vieillards  z. 
Cette  hypothèse,  impossible  à  contrôler,  importe  assez 
peu  ici.  Nous  constatons  que  S.  Ambroise  n'eut  pas 
recours  à  la  tradition  officielle  de  son  église  pour  restau- 
rer un  culte  périmé  ;  du  moins,  cette  préoccupation  de 
se  rattacher  au  passé  n'apparaît  nulle  part,  et  les  sou- 
venirs des  vieillards  ne  se  précisent  un  peu  qu'après  les 
faits  accomplis  :  nunc  senes  répétant  audisse  se  aliquando  horum 
martyr um  nomma  titidumque  Unisse  '.  De  plus,  tous  ceux 
qui,  après  Ambroise,  ont  parlé  de  la  découverte  et  de  la 
solennelle  translation  des  reliques  en  rapportent  l'origine 
à  une  révélation. 

On  remarquera  encore  ici  que  l'ouverture  du  tombeau 
et  le  transport  des  reliques  se  font  parla  seule  initiative 
de  l'évéque.  C'est  une  dérogation  aux  usages  et  même  à  la 
loi,  dérogation  qui  contraste  avec  la  conduite  d'un  autre 


(1)  Confcssiones,  9,  7. 

[2   0.  Seeck,  Geschichte  des  L'ntergangs  der  antiken  Welt,  t.  III  il 
lin.  1909),  p.  24. 

31  Voir  De  Rossi,  BuUetcino,  1S64,  p.  29. 
.4   Ambroise,  Epist.  XXII,  12. 


94     DÉVELOPPEMENTS  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

èvêque,  Exupère  de  Toulouse,  qui  ne  procède  au  transfert 
du  corps  de  S.  Saturnin  qu'après  y  avoir  été  autorisé  par 
rescrit  impérial  '. 

Sept  ans  plus  tard,  an  événement  du  même  genre  amena 
S.  Ambroise  à  Bologne  2.  Son  biographe  raconte  qu'il 
déposa  sous  l'autel  de  la  basilique  de  Florence  des  reliques 
des  saints  \  ital  et  Agricola  dont  il  avait  élevé  les  corps  à 
Bologne.  «  Ces  martyrs,  dit- il,  reposaient  clans  le  cime- 
tare  des  Juifs.  Le  peuple  chrétien  eût  continué  à  les  igno- 
rer, si  les  saints  martyrs  ne  se  fussent  révélés  à  l'évê- 
cpie  3.»  11  semble  bien  qu'il  s'agisse  de  l'évêque  de  Bologne 
et  non  de  celui  de  Milan  *.  Celui-ci,  sur  l'invitation  qui 
lui  est  adressée,  accourt  pour  être  témoin  de  la  transla- 
tion ''.  Il  y  a  encore  dans  cette  histoire  bien  des  sujets 
d'étonnement.  Comment  par  exemple,  arriva-t-on  à  con- 
naître les  circonstances  du  martyre  des  deux  saints,  alors 
que  leur  existence  était  complètement  ignorée  aupara- 
vant ?  Ces  difficultés  semblent  n'avoir  pas  effleuré  l'esprit 
des  contemporains. 

Les  deux  inventions  de  corps  saints  que  nous  ve- 
nons de  rappeler  eurent  dans  l'église  un  grand  reten- 
tissement, et  de  nombreuses  reliques  des  saints  Cîer- 
vais    et   Protais  ,;    comme    aussi    des    deux    martyrs     de 


a)  Plus  haut,  p.  8t. 

2)  Sur  ce  voyage,  lire  G.  B.  Ristori,  Dclla  venuta  e  dcl  sog^iomo 
di  S.  Ambrogio  in  Fircnze,  Archivio  storico  ltaliano,  ser.  V, 
t.  XXXVI,  p.  241-275. 

Vita  auct.  Paulino,  39,  P.  !..  t.  XIV,  p.  37. 
\^)Acta  SS.  sept.  t.  VII,  p.  273. 

(5    Ambroise,  Exhort.   Virgin,  r,  P.  L.  t.    XVI,  p.    336  :  TT^o  ai 
invitatus  convivium,  ubi  sancti  martyris  celebràta  translatio 
est. 

Dans  la  basilique  de  Fundi,  Paulin  de  Nole,  Epist.  32,  17, 
Hartbl,  p.  393  ;  à  Villa  Victoriana,  à  quelque  distance  d'Hippone, 
Augustin,  DecivitaU  Dei,  XXII,  8,  Hofi  mann,  t.  II.  p.  603  ;  peut-être 


DÉVELOPPEMENTS  DU  CULTE  DES  MARTYRS.     95 

Bologne  furent  répandues  par  le  monde,  reliques  réelles 
ou  représentatives,  nous  l'ignorons.  Parmi  les  églises  qui 
reçurent  leur  part  des  reliques  des  SS.  \ "ital  et  Agricola, 
se  trouve  celle  de  Clermont.  Vers  le  milieu  du  Ve  siècle, 
L'évêque  Namatius  envoya  à  Bologne  un  prêtre  chargé  de 
les  rapporter.  On  alla  les  recevoir  en  cortège  à  grande 
distance,  avec  des  croix  et  des  cierges  ;  ce  fut  la  solennité 
des  grandes  translations  '. 

Après  la  mort  de  Théodose,  en  395,  S.  Ambroise  fit 
porter  à  la  basilique  des  apôtres  les  corps  des  saints 
Nazaire  et  Celse  qui  étaient  ensevelis  dans  un  jardin  hors 
ville.  On  trouve  d'abord  dans  son  tombeau  S.  Nazaire,  la 
tête  détachée  du  tronc,  parfaitement  conservée,  et  le  sang- 
dans  un  tel  état  de  fraîcheur  qu'on  l'eût  dit  versé  le  jour 
même  -.  Paulin  qui  assista  à  la  découverte,  raconte 
qu'après  qu'on  eut  placé  sur  une  litière  le  corps  du  saint 
martyr,  les  témoins  se  mirent  immédiatement  à  la  suite  de 
S.  Ambroise,  et  l'on  alla  prier  sur  le  tombeau  de  S.  Celse, 
caché  dans  le  même  jardin.  On  ne  se  souvenait  pas  qu'il 
eût  jamais  prié  à  cet  endroit.  Or,  ajoute-t-il,  quand  on 
voyait  le  saint  évêque  aller  faire  sa  prière  à  un  endroit 
où  il  n'avait  jamais  été  auparavant,  on  savait  qu'un 
corps  de  martyr  lui  avait  été   révélé  3. 

Est-ce    une    allusion    au\    inventions     dont     il  a    été 


à  Hippone,  Sermo,  cclxxxvi,  P.L.  t.  XXXVIII,  p.  1299  ;  à  Rome,  Liber 
pontincalis,  DucHESNE,  t.  I,  p.  220  ;  à  Rouen,  Victrice,  De  lande 
sanctorum,  c.  VI,  P.  L.  t.  XX,  p.  448  ;  à  Vienne,  Leblant,  Inscriptions 
chrétiennes  de  la  Gaule,  n.  412  ;  à  Tours,  reliques  apportées  par  S.  Mar- 
tin, Grégoire  de  Tours,  Hist.  Franc.  X,  31  ;  ailleurs  en  Gaule,  id. 
In gloria  martyrum,  xlvi  ;  à  Paris,  \'Ua  S.  Germant,  BHL.  7656,9. 
Ci'.  Acta  SS.  iun.  t.  III,  p.  830-842. 

1  :    Grégoire  de  Tours,  In  gloria  martyrum,  XLIV. 

(2)  Vita  auct.  Paitlino,  32,  P.  L.  t.  XIV,  p.  38. 

(3)  IbU.  33.  P.  L.  t.  c.  p.  3S. 


96     DÉVELOPPEMENTS  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

parlé  ?  S.  Ambroise  trouva-t-il  d'autres  reliques  dont 
ni  l'histoire  ni  la  tradition  de  l'église  de  Milan  n'ont 
gardé  le  souvenir  ?  Qui  le  dira  ?  Et  qui  dira  si  les  circon- 
stances mystérieuses  de  la  découverte  des  SS.  Nazaire 
et  Celse  ont  été  bien  connues  du  biographe  d'Ambroise, 
et  ce  qu'étaient  les  indices  que  les  gardiens  du  lieu  ont  pu 
fournir  à  l'évêque  d'après  la  tradition  de  famille  dont  ils 
se  disaient  dépositaires  '  ? 

Plus  célèbre  encore  que  les  inventions  milanaises  fut  la 
découverte  des  reliques  de  vS.  Etienne  en  415.  Il  nous  en 
est  parvenu  une  relation  détaillée  envoyée  à  toute  la 
chrétienté  par  Lucien,  qui  s'intitule presbyier  ecclesiae  Dei 
quac  est  in  villa  Caphargamala  in  territorio  Hierosolymorum  -'. 
Il  vit  en  songe  Gamaliel,  le  docteur  de  la  loi  mentionné 
dans  les  Actes  ',  qui  lui  désigna  la  place  où  reposait  son 
corps  avec  ceux  de  son  fils  Habib,  de  Nicodème  et  du  dia- 
cre S.  Etienne.  Il  lui  révéla  en  même  temps  que  le  corps 
du  premier  martyr  avait  été  jeté  à  la  voirie  sur  l'ordre  du 
prince  des  prêtres,  mais  que  lui,  Gamaliel,  l'avait  fait 
transporter  et  enterrer  dans  sa  villa,  à  Caphargamala. 
Lucien  était  chargé  d'avertir  l'évêque  Jean  de  ne  pas  lais- 
ser plus  longtemps  les  saints  corps  cachés  clans  ce  tom- 
beau. Trois  fois  la  vision  se  renouvela,  et  l'évêque  Jean 
de  son  côté  reçut  un  message  céleste  ;  de  même  un  moine 
nommé  Migetius,  à  qui  fut  indiqué  l'endroit  précis  de  la 
sépulture.  Là  dessus,  on  fouilla  le   sol,  et   une   pierre  tom- 


1  Ibid.,  p.  3^  :  Cognovimus  tamen  a  custodibus  loci  ipsitts  qiiod  a 
parentibus  suis  Mis  tradition  sit  non  discedere  de  loco  Mo  per  omnem 
generationem  et  progeniem  suorum,  co  ijuod  thesauri  magni  in  eodem  loco 
positiessent. 

1   I;I  IL.  7850-56.  Pour  la  bibliographie  du  sujet,  voir  E.  v.  Dob- 
sciiiii/,  (  kristusbilder,  p.  117  ■". 
13)  Ad.  V.  34;  XXII,  3. 


DÉVELOPPEMENTS   DU    CULTE   DES   MARTYRS.  97 

baie  apparut  avec  les  quatre  noms  en  hébreu  écrits  en 
lettres  grecques,  puis  vinrent  au  jour  les  corps,  notam- 
ment celui  de  S.  Etienne,  dont  il  ne  restait  que  des  os  et 
de  la  poussière. 

Une  portion  des  reliques  fut  laissée  à  Lucien,  qui  rit  une 
distribution  ;  la  partie  principale  fut  amenée  solennelle- 
ment à  Jérusalem  et  déposée  dans  l'église  de  Sion  '. 

Il  v  a  longtemps  qu'on  a  démêlé  les  origines  de  cette 
histoire  *.  Une  sépulture  a  été  trouvée  avec  des  inscrip- 
tions qui  ont  conduit  à  identifier  les  corps  avec  ceux  de 
S.  Etienne,  de  Gamaliel,  de  Nicodème,  et  quelques  années 
plus  tard,  il  a  été  facile  de  dramatiser  la  découverte  selon 
les  idées  alors  en  cours.  On  n'explique  guère  que  par  une 
dévotion  très  exaltée  la  faveur  avec  laquelle  ce  récit  a  été 
partout  accueilli .  et  l'on  s'étonne  qu'on  n'ait  point  suspecté 
les  détails  de  la  vision  en  contradiction  avec  les  Livres 
Saints,  et  surtout,  que  l'on  ait  accepté  comme  authenti- 
ques certaines  reliques  que  les  conditions  de  la  décou- 
verte excluaient  expressément,  telle  l'ampoule  de  sang 
arrivée  à Uzalum,  en  Afrique  3,  recommandée,  il  est  vrai, 
par  une  nouvelle  révélation. 

De  Caphargamala  les  reliques  de  S.  Etienne  furent 
envoyées  en  beaucoup  d'endroits.  Lucien  avait  reçu  de 
membris  sancti  parvos  articulos  et  terrain  cumpulvere,  ubiomnis 
eius  caro  absumpta  est.  C'est  à  ce  trésor  que  puisa  Lucien 
pour  fournir   ses    amis  *.  Les   premières    reliques  furent 

(1)  Epistula  Luciani,  2-9,  P.L.  t.  XLI,  p.  809-815.  Les  rapports  entre 

les  divers  documents  concernant  cette  invention,  parmi  lesquels  une 
homélie  de  S.  Basdc  de  Séleucie,  devraient  être  établis.  Nous  ne  pou- 
vons ici  entrer  dans  le  détail. 

i)  Cf.  Analecta  Bolland.  t.  XXVI.  p   106. 

5    De  miraculés  S.  Stephani,  I,  1,  P.  L.  t.  XLI.  p.  834. 

4   Epistula  Luciani,  8,  9. 

Cuit.  Mart.  7 


98  DÉVELOPPEMENTS   DU    CULTE   DES   MARTYRS. 

portées  à  Minorque  par  Orose  l'année  môme  qui  suivit 
l'invention  '.  Un  peu  plus  tard  il  en  arriva  en  Afrique  à 
Uzalum  :  l'évêque  les  porta  à  l'église  en  grande  pompe, 
assis  sur  un  char,  escorté  d'une  foule  nombreuse  et  d'un 
brillant  cortège  de  lumières.  Elles  furent  placées  in  loco 
absidac  super  cathedram  relata  m  et  il  se  fit  des  miracles  2. 
Puis  ce  fut  le  tour  de  l'église  de  Calama,  qui  fut  pourvue 
par  l'intermédiaire  de  son  évêque  Possidius  ",  puis  de 
l'église  d'Hippone  où  la  piété  et  le  zèle  de  S.  Augustin  les 
mirent  particulièrement  en  honneur  *. 

Les  translations  de  reliques  qui  furent  la  conséquence 
de  l'invention  de  Caphargamala  rirent  naître  toute  une 
littérature  qui  contribua  beaucoup  à  leur  célébrité  et  eut 
une  grande  influence  sur  la  diffusion  du  culte  de  S.Etienne. 
C'est  à  la  même  époque  qu'il  se  fait  des  miracles  dans  le 
sanctuaire  d'Ancône  ',  où  l'on  prétendait  conserver  une 
des  [lierres  de  la  lapidation.  Mélanie  la  jeune  dépose  des 
reliques  du  saint  diacre  dans  la  chapelle  de  son  monastère, 
et  elle  parle  à  ses  tilles  d'un  autre  monastère  qui  en  pos- 
sède ''.  En  460  fut  dédiée  l'église  bâtie  à  Jérusalem  par 
Eudocie  ".  Ce  fut  également  cette  impératrice  qui,  dès  43g, 
avait    apporté  à  Constantinople  des  reliques  du  martyr8. 

L'histoire  des  reliques  de  S.  Jean  Baptiste  est  plus 
ténébreuse  encore  que  les  précédentes    L'évangile  ne  dit 

1    Epistula  Severi,  /'.  /..  t.  XLI,  p.  821-32. 

(2)  DemiracuUs  S.  Stephani,  I,  3,  /'.  L.    t.  XLI.   p.  835.  Cf.  Auoi  -- 
tin,  /'  civitate  Dit.  XXII,  21. 

Ai  GUS1  IN,  /';  civitate  Dei,  XXII.  2'>. 
4)  Auousi  in.  De  civitate  Dei,  XXII.  20. 

(5)  Augustin,    Sermo  ceexil,   /'.    L.   t.  XXXIX,   p.     144;    ;   Scrmo 
XIII,    2,    /'''(/.,  p.   1445. 

(6)  Vitu  Melaniac  iunioris,  BHG*    1241,48. 

(7)  Vita  S.  Euthymii,  Anai  ecta  gr  m .<  \.  p.  73. 

(8)  M  \'  !   Chronicon  ad  an.  i39,   Mommsen,  p.  èo  ',  Théodore 
;     l.i ■..  11  -  1  ,  II.  64,  /'.  G.  LLXXXVI,  p.  216 


DÉVELOPPEMENTS  DU  CULTE  DES  MARTYRS.     99 

point  l'endroit  où  le  Précurseur  fut  décapité  sur  l'ordre 
d'Hérode  Josèphe  assure  que  ce  fut  à  Machéronte,  et  cette 
indication  ne  se  heurte  à  aucune  invraisemblanee  '.  Il 
n'en  est  pas  de  même  de  la  tradition  qui  plaçait  son  tom- 
beau à  Sébaste.  On  sait  que  les  disciples  de  Jean  emportè- 
rent son  corps  et  l'ensevelirent.  Qui  croira  que  des  Juifs 
aient  pu  confier  ce  dépôt  sacré  à  des  Samaritains  ? 
Quoi  qu'il  en  soit,  au  IVe  siècle  on  prétendait  le  posséder  à 
Sébaste.  Sous  Julien  l'apostat,  le  tombeau  fut  violé,  les 
on  brûlés  et  jetés  au  vent.  Quelques  chrétiens  en  sauvè- 
rent une  partie  qu'ils  apportèrent  à  Jérusalem,  où  un  abbé 
Philippe  les  reçut  pour  les  remettre  à  S.  Athanase.  On 
prétend  qu'elles  fuient  déposées  dans  l'église  que  Théodose 
ht  élever  sur  les  ruines  du  temple  de  Sérapis  à  Alexan- 
drie -.  Il  se  passe  dès  lors  à  Sébaste  ce  que  nous  voyons 
se  renouveler  si  souvent  plus  tard  dans  l'histoire  du  culte 
des  saints.  On  reprit  peu  à  peu  l'habitude  d'aller  prier  au 
tombeau,  vide  désormais  de  ses  reliques,  et  on  finit  par  se 
persuader  qu'elle^  s'y  trouvaient  comme  par  le  passé  5. 
Certains  auteurs  ont  cru  expliquer  le  fait  en  supposant 
qu'on  en  avait  rapporté  une  partie  '.  C'est  là  une  hypo- 
thèse gratuite  qui  probablement  ne  répond  pas  davantage 
à  la  réalité  que  dans  la  plupart  des  cas  de  ce  genre. 

i    Antiq.  XVII,  7. 

z  Rupin,  Hist.  eccl.,  XI,  28.  Mommsen,  p.  1033-34  ;  Théodoret, 
Hist.  eccl..  III,  7.  2  ;  Philostorge,  VII,  4,  P.  G.  t.  LXV.  p.  541  ;  Chro- 
nicon  paschale,  ad  an.  362,  Dindorf,  p.  546. 

(3)  S.  Jérôme,  Epist.  ad  Eustochium.  13,  P.  L.  t.  XXII,  p.  S89, 
raconte  les  voyages  de  Paula,  et  à  propos  de  sa  visite  à  Sébaste  il 
ajoute:  ibi  siti  sunt  Elisaein  et  Abdias  prophetae  et,  quo  maior  mter  natos 
mulierum  non  fuit,  loannes  Baptista.  Comparer  Comm.  m  Michaeam,  I, 
1,  P.  L.  t.  XXV,  1150  :  erat  quippe  in  montibus  sita  ubi  nunc  Sébaste  est, 
in  qua  et  S.  Ioannis  />  iptistae  ossa  sunt  condita.  Et  encore,  Connu,  in 
Osée,  I,  1,  P.  L.  t.  XXV,  p.  825  :  lepucmï.  in  qua  ossa  Ioannis  Bap- 
tistac  condita  sunt. 

14    Tillemont,  Mémoires,  t.  I,   p.  103. 


IOO  DEVELOPPEMENTS   DU   CULTE  DES   MARTYRS. 

Il  est  fait  mention  d'autres  reliques  du  Précurseur  à 
propos  d'une  église  bâtie  par  le  prêtre  Innocent  au  mont 
des  Oliviers  '.  Paulin  de  Noie  dépose  de  ses  cendres  sous 
l'autel  de  L'église  de  S.  Félix  -,  et  parmi  les  reliques 
venues  de  Phénicie  et  de  Palestine  au  temps  de  Théodoret, 
il  v  en  avait  de  S.  Jean  Baptiste  3. 

Sous  le  règne  de  Théodose  il  est  pour  la  première  l'ois 
question  du  chef  du  Précurseur.  Il  était  arrivé,  on  ne 
sait  comment,  dans  le  village  de  Cosilaus  près  de  Chalcé- 
doine,  sous  le  règne  de  Valens.  En  391  l'empereur  lui- 
même  le  transporte  à  Constantinople,  et  le  déposa  dans 
l'église  de  l'Hebdomon,  élevée  pour  le  recevoir  '.  Ceci 
n'empêcha  point  de  raconter  qu'en  452  Emèse  fut  le 
théâtre  d'une  suite  d'événements  surnaturels  qui  amenè- 
rent la  découverte  du  chef  de  S.  Jean  Baptiste  dans  une 
caverne.  Marcel,  l'archimandrite  du  monastère  de  la 
Caverne, qui  fut  favorisé  de  plusieurs  visions  et  présida  en 
personne  à  l'invention  de  la  relique,  a  laissé  de  ces  faits 
une  relation  célèbre  :\  qui  ne  fut  point  reçue  partout  sans 
itradiction,  comme  le  montre  le  décret  de  Gélase.  A 
Émèse  on  ne  parait  pas  avoir  douté  de  l'authenticité  de 
la  relique  malgré  la  possession  de  Constantinople  ;  on  con- 
tinua à  lui  rendre  de  grands  honneurs  et  Antonin  de  Plai- 

wcc.  vers  la  fin  de  VI1  siècle,  l'y  trouvait  encore  ,;. 

Nous  n'avons  signalé  jusqu'ici   que  des  inventions  qui 
eurent  un  retentissi  ment  durable  dans  le  monde  chrétien 


\i)Historia   Lausiaca,   xliv,  Bi  rLER,  p.   131  :  xù    fjotp-rùpiov   éau- 

Tnïl    8     UIKuîInlll'lKH     ((ÙTOÇ,     év     (il     \<il|lUVK      KiOTKMlTKl        limivvoll       TOÙ 

BaimOTOû. 

uni  XXVII;     I".',.  I  I  M'  1  El  .  p.  ->s" 

(j  I  ri  ïistoria,  \\r.  S<  hulzi  .  t.  III.  p.  1246. 

<  1   So;  OMi  ni  .  Hist.  ed  .'.,  VII,  p.  2t. 
BHG*.  f  :  l;l  II..  [2gt,  \i 

er,  Itinera  Hierosolymitana,  p.  190. 


DÉVELOPPEMENTS   DU   CULTE  DES  MARTYRS.  IOI 

-race  aux  reliques  distribuées  lors  de  la  découverte,  grâce 
aussi  à  la  publicité  donnée  à  ces  événements  par  des  écri- 
vains qui  surent  se  faire  lire.  Il  faut  en  mentionner  d'au- 
tres, connues  par  de  brèves  indications  des  historiens. 

Sozomène  place  à  la  fin  du  règne  de  Tbéodose  (f  395) 
l'invention  des  prophètes  Abacuc  et  Micbée.  Une  vision 
lit  connaître  l'emplacement  de  leurs  tombeaux  à  Zeben- 
nus,  évêque  d'Éleuthéropolis  '.  LTn  hagiographe  raconte 
que  Silvanus,  évêque  de  Philippopolis,  puis  de  Troade, 
vers  425  -,  passant  par  la  ville  de  Scepsis  dans  l'Helles- 
pont,  vit  en  songe  Corneille  le  Centurion  qui  se  plaignit 
de  l'abandon  de  ses  reliques,  et  demanda  qu'on  lui  dédiât 
un  oratoire.  On  creusa  le  sol,  le  sarcophage  apparut,  et 
une  basilique  fut  construite  sur  le  plan  et  selon  les  dimen- 
sions données  par  le  saint  lui-même  ■"'. 

Sous  Théodose  le  jeune  (y  450)011  trouva  le  prophète 
Zacharie,  également  aux  environs  d'Éleuthéropolis,  à 
Caphar  Zacharia.  Un  fermier  nommé  Calimerus,  qui  ne 
jouissait  pas  d'une  très  bonne  réputation  dans  le  pays, 
vit,  non  pas  en  rêve,  mais  étant  bien  éveillé,  le  prophète 
Zacharie  qui  lui  indiqua  dans  un  jardin,  l'endroit  à  fouil- 
ler et  les  signes  auxquels  il  reconnaîtrait  son  tombeau. 
Le  corps  du  prophète  apparut  en  parfait  état  de  conser- 
vation ;  à  ses  pieds  était  couché  un  enfant  portant  les  insi- 
gnes de  la  royauté.  Sur  la  foi  d'un  vieux  livre  hébreu, 
on  déclara  que  c'était  le  fils  de  Joas  '. 

Un  autre  saint  de  l'Ancien  Testament  fut  révélé  à  un 

Sozomène,  Ilist.  ceci.  VII,  29.   Cf.  Bedae    Chronicon,  Momm- 
sen,  Chronica  minora,  t.  III,  p.  300. 

(2)  Socrate,  Hist.  ceci.,  VII,  7.  Cf.  Acta  SS.  febr.  1. 1,  p.  ^94- 

(3)  FassioS.  Cornclii,  BHG2.  371,  c.  13,  14.  Les  chapitres  suivants 
racontent  l'étrange  miracle  du  sarcophage  qui  se  met  en  mouvement 
et  va  se  choisir  une  place  dans  la  basilique. 

(41  Sozomène,  Ilist.  ceci,  IX.  7. 


102  DÉVELOPPEMENTS   DU    CULTE   DES  MARTYRS. 

moine  de  Palestine  qui  donna  à  l'évêque  de  Carnéas  les 
indications  nécessaires  pour  creuser  le  sol.  Au  fond  d'une 
caverne  on  lut  sur  le  couvercle  d'une  sépulture  le  nom  de 
Job.  Cette  lois  le  corps  ne  fut  point  déplacé,  mais  une 
église  fut  construite  de  manière  à  ce  qu'il  se  trouvât  sous 
l'autel  '. 

C'est  encore   une  fois   par  Sozomène,  témoin  oculaire 
des  fêtes  dont  elle  fut  l'occasion,  que  nous  avons  connais- 
sance  de  l'invention  des  reliques  des  Quarante  martyrs  à 
Constantinople,    sous    l'épiscopat   de    Proclus    (434-437). 
Une  certaine  Eusébia,   qui    appartenait  à   la    secte   des 
Macédoniens,   s'était  fait   enterrer  avec  ces   reliques,  en 
recommandant  le    secret  à   tout  le  monde.   Peu   après, 
Césaire — celui  qui  lut  consul  en  397— fit  bâtir  précisément 
en  cet  endroit  une  église  dédiée  à  S.  Thyrsus.  Ce  martyr 
apparut  trois  fois  â  Pulchérie,  sœur  de  Théodose,  pour 
lui  indiquer  la  cachette  mystérieuse  qui  abritait  les  restes 
des  Quarante  martyrs  et  lui  donner  l'ordre   de  les   faire 
transporter   auprès  de  son   corps,  afin  de  leur  assurer  les 
mêmes  honneurs.  La  troupe  des  quarante  soldats,  vêtus  de 
robes  blanches,  apparut  également  à  la  princesse.  Là  des- 
sus on   va  aux   informations,   on  creuse,   et  on  finit   par 
découvrir  dans  le   cercueil  d'Eusébie  deux  boîtes  d'argent 
renfermant   les  reliques  désignées.   On  les  mit   dans   une 
châsse  précieuse  qui  fut  portée    en  grande  pompe  à   côté 
du  martvr  Tlivrsus  -'. 


(1)  Silviae  peregrinatio,  if>.  Geyer,  p.  50. 

i)  Sozomène,  ///.s/,  eccl.,  IX,  2.  Le  Cltronicon  paschale  (Dindorf, 
p  590  ),  rapporte  somma  ire  menl  le  mêmi  Fait. Il  ajoute  :  ko)  àv€bouV|- 
mi/tm  im'thiv  oîkov  Kuj  tiûv  téixuiv  tijjv  Tptuaon,a(u)v  Koucmpioç 
Bttotoç  K'<i  ëiropxoç.  Comme  on  le  voit  dans  Sozomène,  Césaire  con- 
struisit l'église  de  S.  I  h\  rse  dans  laquelle  les  1  eliques  des  XL  martyrs 
furent  plus  tard  vénérées. 


DÉVELOPPEMENTS  DU   CULTE   DES  MARTYRS.  103 

Il  faut  rappeler  encore  l'apparition  de  S.  Barnabe  dans 
L'île  de  Chypre  (458)  suivie  de  L'invention  de  son  corps, 
invention  d'autant  [Mus  suspecte  qu'elle  vint  à  propos 
trancher  une  querelle  de  dépendance  entre  le  métropolite 
de  Chypre  et  le  patriarche  d'Antioche.  Le  corps  de  l'apô- 
tre apparut  intact,  ayant  sur  sa  poitrine  L'évangile  auto- 
graphe de  S.  Matthieu  '. 

Lors  du  passage  de  Pierre  l'Ibérien  (|  485)  à  Orthosias, 
en  Phénicie,  non  loin  de  Tripoli,  on  signale  clans  cette  loca- 
lité la  révélation  faite  à  un  jardinier,  des  martyrs  Luc, 
Phocas  et  Roman  us  '-'. 

A  Zorava,  en  Trachonitide,  une  inscription,  datée  de 
515,  raconte  l'apparition  où  kuG'  uttvov  àX\à  cpavepwç,  de 
S.  Georges,  toû  KaMivkou  orpou  uàpTupoç  reiupYÎou,  à  un 
nommé  Jean,  fils  de  Diomède.  Elle  eut  pour  conséquence 
la  construction  d'une  église,  dans  laquelle  fut  placé  le 
tombeau  de  S.  Georges,  le  grand  S.  Georges  -ans  doute, 
dont  on  a  toujours  cru  posséder  le  corps  dans  autre 
église  3. 

En  529  furent  découvertes,  près  de  Gindaropolis  dans  la 
Syrie  Première,  les  reliques  d'un  martyr  Marinus,  dont  la 
sépulture  avait  été  montrée  en  songe  au  périodeute  de  la 
région.  On  transporta  le  corps,  qui  fut  trouvé  transperce 
de  clous,  à  Antioche,  dans  L'église  de  Saint-Julien  '. 

Les  révélations  de  reliques  sont  bien  moins  fréquen- 
tes en  Occident.  Après  celles  de  Milan,  la  plus  importante 
est,    incontestablement,  celle   des  martyrs  d'Agaune,  qui 


(1)  Nous  avons   indiqué   les   principales  sources  clans  nos  Saints  de 
Chypre.  Analfxta  Bolland.,  t.  XXVI,  p.  235-236. 

i2>  R.  Raabe,  Petrus  dey  Iberer  (Leipzig,  1895),  p.  100-103. 

Lebas-Waddington,  Inscriptions  de  Syrie,  2498.  Cf.  Anal.  B 
t.  XXVIII,  p.  197-98. 

(4)  Malalas,  Chronogr.  XVII,  Dindoki-,  p.  452. 


ï 


I>>4  DÉVELOPPEMENTS   DU    CULTE   DES   MARTYRS. 

furent  montres  à  l'évêque  d'Octodurum  Théodore  (vers 
390).  Les  détails  saillants  font  défaut  '.  Grégoire  de  Tours 
après  avoir  raconté  que  les  corps  des  martyrs  de  Lyon 
axaient  été  brûlés,  puis  jetés  dans  le  fleuve,  ajoute  que  les 
martyrs  se  montrèrent  à  de  pieux  chrétiens  au  lieu  même 
où  ils  avaient  été  livrés  aux  flammes  et  leur  adressèrent 
ces  paroles  :  Rdiquiae  nosirac  ab  hoc  collcgantur  loco,  quia 
nullus  periit  a  nobis.  On  recueillit  ces  cendres  sacrées,  qui 
furent  déposées  dans  la  basilique  élevée  en  l'honneur  des 
martyrs  '-'.  Le  contexte  semble  indiquer  que  la  révélation 
suivit  de  près  la  mort  des  victimes.  Ce  n'est  pas  à  ce 
moment  que  l'on  put  songer  à  leur  élever  une  basilique  ; 
et  S.  Augustin,  qui  n'ignore  pas  jusqu'à  quel  point  les 
païens  ont  poussé  l'acharnement,  ne  sait  rien  de  cette 
basilique  ni  de  la  vision  réparatrice  r'. 

On  compte  dans  les  Gaules,  au  témoignage  de  Grégoire, 
quelques  inventions  de  reliques  qui  se  tirent  dans  des  cir- 
constances miraculeuses.  S.  Bénigne  près  du  Castrum 
Divionense  était  si  peu  honoré  comme  martyr  au  temps 
de  l'évêque  Grégoire  de  Langres  (506-540),  que  les  gens 
(ki  pays,  et  l'évêque  tout  le  premier,  regardaient  son  sar- 
cophage comme  une  tombe  païenne.  Une  série  de  prodiges 
manifesta  la  sainteté  de  Bénigne,  et  une  basilique  fut 
élevée  au-dessus  de  la  crypte  '.  La  découverte  de  S. 
Eutrope  à  Saint.  .  1  1  lie  de  S.  Amarand  aux  environs 
d'Albi  se  lit  dans  des  conditions  analogues  '.  l'n  S. 
Génésius,  distinct  de  celui  d'Arles,  lit  connaître  le  lieu  de 
sa  sépulture  à  un  paysan  près  du   Tigernense  Castrum  \ 

(1)  M.  G.,  Sa  iptores  rer.  merov.,  t.  II,  p.  20. 

(2)  In gloria  martyrum,  xu  ni. 

(3)  Ai  gi    riN,  De  opère  monachorum,  vin,  /'.  G.  XL,  p  fioo. 
(41  Grégoiri  db  Tours,  In  gloria  martyrum.  l. 

(51  In  gloria  martyrum,  i.v.  j.vi. 
(6)  In  gloria  martyrum,  i.xvi. 


DÉVELOPPEMENTS  DU  CULTE  DES  MARTYRS.    105 

L'évêque  de  Vienne  Mamert.  qui  retrouva,  dans  des 
circonstances  difficiles  à  démêler,  le  corps  de  S.  Ferréol 
avec  la  tête  de  S.  Julien  ',  est  comparé  par  Sidoine 
Apollinaire  à  S.  Ambroise  :  ttbi  soli  concessa  est  post  avortait 
menioriam  vel  conf essorent  Ambrosium,  dttorunt  martyrum 
repertorent,  in  partions  orbis  occtdni  martyris  Ferreoli  soltda 
translatio  adiecto  nostri  capite  Iuliani  "-'. 

L'évêque  de  Spolète  Spes,  prédécesseur  ou  successeur, 
on  ne  sait  au  juste,  d'Achille  %  qui  occupait  ce  siège  en 
419,  fit  connaître  à  ses  fidèles  le  martyr  Vital  :  Spes  episco- 
pns  Det  servi/s  sancto  Vttali  martyri  a  se  primum  invento 
altaris  honorent  fecit  4.  De  même  l'évêque  Fulgence 
d'Otricoli,  au  temps  de  Totila,  roi  des  Goths  :;,  décou- 
vrit un  S.  Victor  :  Iubante  Deo  Ftd^enittis  episcopus  invento 
corpore  beati  martyris  Victoris  in  Christi  nomine  super  altarem 
constrttxit  6. 

L'église  d'Afrique  ne  nous  a  laissé  aucun  récit  d'inven- 
tion de  reliques  avant  eu  lieu  dans  cette  province  où  le 
culte  des  martyrs  fut  si  florissant.  N'en  concluons  pas 
qu'elle  n'a  pas  été  touchée  par  la  contagion  générale.  S. 
Augustin  a  l'air  dédire,  non  sans  hyperbole,  que  le  cas 
des  reliques  de  Milan  et  de  Caphargamala  est  banal.  «  Le 


(1)  Grégoire  de  Tours,  \'trtut.  S.  Iuliani,  11.  D'après  les  informa- 
tions recueillies  par  l'évêque  sur  les  lieux,  S.  Ferréol  et  S.  Julien 
étaient  déjà  honorés  auparavant  à  Vienne.  Grégoire  raconte  aussi,  In 
gloria  mari.,  lu  comment  fut  trouvé  le  corps  de  S.  Mallosus  apud  Bcr- 
tunensim  oppidum.  Il  y  avait  là  un  oratoire  dès  avant  l'invention. 
2    Bpist.  VII.  I,  LUETJOHANN,  p.  104. 

131  De  Rossi,  Bullettino,  1871,  p.  112-120,  pense  que  l'évêque  Spes 
ne  peut  appartenir  à  la  période  des  persécutions  ni  avoir  vécu  après  le 
milieu  du  V*  siècle. 

.  CIL.  XI.  4967.  Suit  une  inscription   métrique  :  Martyris  hic  locus 
est  Vitalis  nomine  vero  etc.  Bucheler,  Carmina,  1S01. 
5    De  Rossi,  Bullettino,  1S71.  p.  123. 
(6)  Mai,  Scriptorum  veterum  nova  coll.,  t.  V,  p.  76.  1. 


106  DÉVELOPPEMENTS   DU   CULTE   DES  MARTYRS. 

corps  de  S.  Etienne,  dit-il,  est  demeuré  caché  jusqu'à 
notre  époque  ;  récemment  il  est  apparu,  comme  les  corps 
des  saints  martyrs  ont  accoutumé  d'apparaître,  par  révé- 
lation de  Dieu,  lorsque  le  Créateur  l'a  jugé  bon.  C'est  ainsi 
que.  il  y  a  quelques  années,  se  sont  montrés  les  corps  des 
saints  Gervais  et  Protais  '  ». 

On  est  étonné  d'entendre  le  grand  docteur  s'exprimer 
de  la  sorte,  lorsque  les  conciles  contemporains  se  mon- 
trent si  réservés  ou  pour  mieux  dire,  si  sévères  en  matiè- 
re de  révélations  de  reliques.  Le  décret  du  concile  Afri- 
cain de  401  -  permet  à  la  fois  d'apprécier  l'état  d'esprit  qui 
régnait  dans  cette  province  et  le  jugement  que  l'église  por- 
tait officiellement  sur  les  mystiques  qui  prétendaient  avoir 
des  lumières  spéciales  pour  introduire  des  nouveautés  en 
matière  de  culte.  On  élevait  un  peu  de  tous  côtés  dans  les 
champs  et  le  long  des  routes  des  autels  tanquam  niemoriac 
mariyrum.  S'il  est  prouvé  qu'ils  n'abritent  aucun  corps  de 
martyr  ni  aucune  relique,  l'évêque  du  lieu  est  invité  à  les 
faire  disparaître.  Si  on  craint  d'ameuter  le  peuple  en 
allant  jusque  là,  il  faut  engager  les  fidèles  à  ne  pas  fré- 
quenter ces  endroits  pour  ne  pas  se  rendre  coupables  de 
superstition.  Les  memoriae  martyrum  ne  peuvent  être 
légitimement  établies  que  là  où  se  trouve  un  corps,  ou  une 
relique  certaine,  mit  ubi  origo  alicuius  habitationis,  vel posses- 
siotiis  vel  passions  /nlelissiina  origine  traditur,  c'est-à-dire,  si 
je  comprends  bien,  là  aussi  où  une  tradition  sérieuse  loca- 
lise la  maison,  une  propriété,  le  lieu  d'exécution  d'un 
martyr.  Tout  le  reste  est  proscrit,  et  le  décret  ajoute 
cette  disposition   spéciale  pour   les  nombreux    monuments 


1   Sermo  cccxvin,  1,  P.  /..  t.  XXXVIII,  p.  1438. 
(a)  F.  Maassen,  Geschichte  der  Quelle n  und  der  Litcratur  des  canon  i- 
schen  Redits,  p.  161-63. 


DÉVELOPPEMENTS   DU    CULTE   DES   MARTYRS.  107 

qui  devaient  leur  origine  à  une  révélation  :  Nam  quac  per 
somnia  et  per  inanes  quasi  revelationes  quorumlibet  hominum 
ubique  constituuniut  altaria,  omnimode  reprobentur  '.  Sages 
paroles  et  bonnes  à  entendre  dans  un  pays  où  l'on  était 
obligé  de  dénoncer  à  la  réprobation  publique  des  aventu- 
riers portant  l'habit  monastique,  gens  sans  aveu,  qui 
offraient  en  vente  des  ossements  qu'ils  taisaient  passer 
pour  des  reliques  de  martyrs  *. 

En  Egypte,  vers  le  milieu  du  Ve  siècle,  on  cède  à  de 
semblables  entraînements.  Le  moine  Shenouti  s'élève  con- 
tre ceux  qui  viennent  dire  :  t  Les  saints  martyrs  nous  ont 
apparu  et  nous  ont  dit  que  leurs  os  étaient  cachés  dans  un 
certain  endroit  ».  Je  les  ai  convaincus  de  leur  erreur, 
ajoute  le  célèbre  ascète.  Et  û  nous  apprend  que,  en  démo- 
lissant des  constructions  ou  en  extrayant  des  pierres,  s'il 
arrive  qu'on  rencontre  quelque  chambre  sépulcrale  avec 
des  sarcophages,  il  se  trouve  aussitôt  des  gens  pour  dire 
qu'il  v  a  là  des  martyrs  X'a-t-on  donc  jamais  enterré  que 
les  martyrs  ?  »  leur  demande-t-il  avec  beaucoup  de  bon  j 
sens  3. 

Combien  nous  sommes  loin  de  la  sévérité  romaine,  et 
comme  la  simple  observation  des  lois  et  le  respect  de  la  tra- 
dition des  églises  auraient  été  une  sauvegarde  autrement 
efficace  de  l'authenticité  des  reliques  et  de  la  dignité  du 
culte  que  toutes  les  mesures  que  l'on  put  prendre  tardive- 


(1)  Mansi,  Concilia,  t.  III,  p.  971  ;  Décret  de  Graticn,  c.  26,  D.  I.  de 
Consécration*:. 

2  Augustin,  Dé  opère  monachorum,  xxvin  :  tammultos  hypocritas 
sub  habitu  monachorum  usqitequaqitc  dispersit,  circumcuntcs  provincias, 
nusquam  missos,  nusquam  fixos,  nusquam  stantes,  nusquam  sedentes  ;  alii 
membra  martyr um,  si  tamen  martyrum,  venditant,  alii  cet.   P.  L.  t.  XL, 

P-  575- 
(31  G.  Zoega,  Catalogus  codicum  copticorum    qui  in   museo  Borgiano 

Vclitris  adservantur  (Romae,  1810),  p.  424. 


A 


Io8  DÉVELOPPEMENTS   DU    CULTE   DES   MARTYRS. 

ment.  On  ne  fut  pas  longtemps  à  s'apercevoir  des  inconvé- 
nients qu'entraînait  la  licence  en  ces  matières.  C'est  dans 
la  loi  même  où  Théodose  et  ses  collègues  (386)  rappellent 
les  anciennes  prescriptions  relatives  au  déplacement  des 
cadavres  que  sont  condamnés  les  abus  les  plus  criants 
qui  se  produisirent  à  cette  époque  :  Humatum  corpus  nemo 
ad  altérant  locum  transférât  ;  nemo  martyrem  distrahai,  nemo 
merceiur1.  Pouvait-on  mieux  marquer  la  corrélation  que 
l'on  mettait  entre  la  translation,  la  distribution  et  le  com- 
merce des  reliques  ? 

A  côté  des  protestations  formelles  que  nous  avons  rap- 
pelées plus  haut,  il  faut  noter  aussi  certains  indices  de 
défiance  se  produisant  dans  les  milieux  qui  semblaient  le 
moins  accessibles  à  ce  sentiment.  Que  signifient,  par  exem- 
ple, les  détails  minutieux  donnés  par  S.  Basile  à  S.  Am- 
broise  dans  la  lettre  qui  lui  annonce  le  retour  à  Milan  du 
corps  de  Pévêque  Denys  ?  Quelle  surabondance  de  pré- 
cautions pour  qu'aucun  doute  ne  subsiste  sur  son  iden- 
tité :  Il  n'y  a  qu'un  seul  cercueil,  cpii  ait  reçu  ce  saint 
corps  ;  aucun  autre  cadavre  ne  reposait  à  proximité;  la 
sépulture  fut  solennelle;  les  honneurs  dûs  aux  martyrs 
ont  été  rendus.  Les  chrétiens  qui  l'avaient  hébergé  et  qui 
l'ont  enseveli  alors  de  leurs  propres  mains  l'ont  également 

enlevé  cette  fois Ceux  qui  ont  fait  la  remise  du  corps 

ont  montré  leur  piété  :  ceux  qui  l'ont  reçu,  un  soin 
extrême.  Il  n'y  a  nulle  part  ici  ni  mensonge  ni  tromperie, 
nous  nous  en  portons  garant.  Croyez  bien  que  c'est  là  la 
simple  vérité  »  -'.  Ce  luxe  de  détails  et  ces  protestations 
répondent  à  des  dispositions  qui  n'était  pas  celles  d'une 
confiance  absolue.  La  première   annonce  de  l'arrivée  des 


1   (  od.  Theodos.  P.  IX.  tit.  17.  1.  7. 

■    I.-   m.  Epist.  197,  P.  G.  t.  XXXII.  p.  718-13. 


DÉVELOPPEMENTS   DU   CTLTE   DES   MARTYRS.  IOQ 

reliques  de  S.  Etienne  en  Afrique  fut  accueillie,  semble- 
t-il,  avec  une  certaine  incrédulité,  et  l'évêque  d'Uzalum 
Evodius  nous  rapporte  le  propos  d'une  religieuse  qui 
s'écria  :  <  Et  qui  sait  si  ce  sont  de  véritables  reliques  de 
martyrs  ?  »  Il  est  vrai  qu'une  vision  eut  promptement  rai- 
son de  ses  hésitations  '.  lien  fut  de  même  de  l'illustre 
ascète  Jacques,  l'ami  de  Théodoret.  Lorsqu'on  apporta 
dans  le  pays  des  reliques  de  S.  Jean  Baptiste,  il  se  prit  à 
clouter  si  elles  étaient  bien  du  précurseur  et  pas  plutôt  de 
quelque  autre  martyr  du  nom  de  Jean.  S.  Jean  Baptiste 
vint  lui-même  le  rassurer  -. 

D'ailleurs,  de  notables  confusions  menaçaient  de  se  pro- 
duire. Lorsque  le  corps  de  S.  Paul,  évêque  de  Constanti- 
nople,  fut  ramené  clans  la  capitale  et  qu'on  lui  eut  dédié 
une  église,  les  bonnes  femmes  et  le  populaire  en  général 
se  persuada  qu'on  avait  reçu  le  corps  de  l'apôtre  S. 
Paul  ".  Nous  n'insisterons  pas  sur  les  erreurs  fatales 
qu'occasionna  l'abus  de  langage  mentionné  par  Théodoret. 
Il  suffisait  qu'une  basilique  possédât  quelques  menues  par- 
ties du  corps  d'un  saint  pour  qu'on  se  crût  autorisé  à  dire 
que  ce  saint  y  reposait,  tout  comme  si  on  avait  son  corps 
entier*.  On  s'explique  de  la  sorte  que  plus  tard  les  pèle- 
rins aient  pu  citer  plusieurs  églises  comme  dépositaires 
d'un  même  corps  saint,  et  le  dédoublement  d'un  même 
personnage  parles  hagiographes  nous  apparaît,  dans  cer- 
tains cas,  comme  une  erreur  inévitable. 

Parallèlement  au  phénomène  d'expansion  qui  multiplie 
pour  ainsi  dire  le  tombeau  du  martyr  nous  voyons  égale- 

(1)  Miracula  S. Stephani farta  L'zali,  I,  1,  P.  L.  t.  XLI,  p.  S34. 

(2)  Théodoret,  Religiosahistoria,  xxr,  Schulze,  p.  1246. 
Sozomènb,  Hist.  eccl.,  VII,  10,  4. 

41  Plus  haut,  p.  75. 


IIO  DÉVELOPPEMENTS  DU   CULTE  DES  MARTYRS. 

ment  la  célébration  de  la  fête  franchir  peu  à  peu  les  étroi- 
tes limites  où  elle  était  primitivement  confinée.  Au  début, 
chaque  église  honorait  ses  propres  martyrs  à  l'exclusion 
des  autres   ;  c'était  pour   chaque  communauté    une   série 
d'anniversaires  de  famille.  Déjà,   dans  la    première  moitié 
du  IVe    siècle,   on   constate   des   emprunts    à    des   églises 
étrangères.   La  Depositio  martyrum  romaine  enregistre  au 
7  mars   Perpetuae  et  Feliciiatis  Africae,   au   14  septembre 
Cypriani  Africae.'Lt  calendrier  de  Carthage,  qui,  il  est  vrai, 
est  bien  postérieur,  montre  qu'il  y  eut  réciprocité.    Ce 
n'est   d'ailleurs  pas  seulement  à  Rome  mais  à  beaucoup 
d'églises    voisines    ou   même    lointaines    que    Carthage 
s'adressa  pour  compléter  son  calendrier.  Dans  le  martyro- 
loge grec   antérieur  à  411,  dont  le  martyrologe   syriaque 
bien  connu  est  un  abrégé,  il  y  a  des  traces  nombreuses 
d'anniversaires.  Plusieurs   martyrs   y  ont  des  commémo- 
raisons  en  divers  endroits,  et,   ce  qui  est  à  noter,  parfois 
à  des  dates  diverses.   Le  groupe  Cosconius,  Zenon,  Méla- 
nippus  est  attribué  à  Nicée  le  19  janvier,  à  Nicomédie  le 
2  septembre,   à   une  ville   indéterminée   le   23  février.   Le 
prêtre  Lucien  apparaît  le  G  janvier  à    Hélénopolis  ',  le  7  à 
Nicomédie,  le  19  novembre  probablement  à  Antioche.  Les 
XL  Martyrs  sont   indiqués  au  9  mars  sous  la  rubrique  In 
Armenia  Sebastia  ;  ils  reparaissent  au  27  août  avec  la  men- 
tion vague  et  alibi -.  S.Grégoire  de  Nazianze  prononce 
un   panégyrique  le  jour  de  la  lète  de  S.  Cyprien,  proba- 
blement à  Constantinople,  certainement   ni  à  Carthage  ni 
à    Antioche   ».  L'église    de  Noie  célébrait   le  natahs  de  S. 

(h  Coi  ;iinsi  <|u'il  faut  lire  clans  le  martyrologe  syriaque  et  non 
iv    'HXioutrôXei. 

(2  Dans  le  martyrologe  hiéronymien. 

[3)Oratioin  S.Cyprianum,  P.G.  t. XXXV,  p.  1169-93.  Nous  citons  aussi 
Antioche,  parce  que,  comme  on  sait,  l'orateur  a  confondu  le  S. Cyprien 


DÉVELOPPEMENTS   DU    CULTE   DES   MARTYRS.  III 

Priscus  de  Nocera  '.  En  Syrie  on  taisait  annuellement  la 
fête  des  martyrs  Persans  -.  Certains  saints  arrivent  bien- 
tôt à  être  honorés  presque  partout,  tel  S.  Vincent,  dont 
S.  Augustin  affirme  qu'il   était  fêté  dans  le  monde  entier3. 

La  communication  des  anniversaires  devint  plus  fré- 
quente à  mesure  que  se  resserrèrent  les  liens  qui  unis- 
saient les  diverses  communautés.  On  comprit  que  la  gloire 
d'un  martyr  rejaillissait  sur  l'église  entière,  et  le  dévelop- 
pement du  culte  des  martyrs  devint  bientôt  l'affirmation 
la  plus  concrète  de  sa  catholicité.  Xaturellement,les  trans- 
lations, le  partage  et  les  distributions  des  reliques,  comme 
aussi  la  fiction  qui  assimilait  un  objet  sanctifié  par  le  con- 
tact du  tombeau  aux  reliques  elles-mêmes,  tout  cela 
favorisa  le  mouvement  qui  tendait  à  enlever  au  culte  son 
caractère  local.  On  faisait  la  fête  du  saint  dont  on  possé- 
dait une  relique  ou  un  souvenir,  et  on  lui  bâtissait  une 
basilique.  Dès  l'année  354,  en  Syrie,  on  signale  —  en  sup- 
posant exacts  les  calculs  des  épigraphistes  —  une  basili- 
que dédiée  à  un  saint  appartenant  à  une  autre  église. 
C'est,  à  Eïtha,  la  basilique  de  S.  Serge  martyr  de 
Rosapha  '. 

Nous  avons  vu  que  la  fête  ne  se  célèbre  pas  nécessaire- 
ment à  la  même  date  dans  toutes  les  églises.  11  est  à  présu- 

de  l'histoire  et  celui  de  la  légende,  ce  dernier,  localisé  à  Antioche.  Il 
s'agit  d'une  commémoraison  annuelle  :  oî  ttûvtujv  liûWov  tùv  uvbpa 
eauudlovTeç  kcù  tcûç  bi'  étouç  tiuûjvtcç  ^kêÎvov  ti.uuÎç  tê  kuî  tra- 
viyfûpeai. 

1 1    Paulin  de  Nole,  Carmen  XIX.  516,  Martel,  p.  136. 

121  Théodoret,  Religiosa  historia,  xxiv  :  l\^\  bè  vûv  Kai  udp- 
rupaç  ôuocpôpouç,  trapu  TTépaaiç  ,uêv  n.-fuuviap.évouç  éTiioioiç  bè 
iravi-ifûpeai   irap'   n.uûjv  Tiuwuévouç.   Schclze,  p.  125g. 

(3)  Sermo  cci.xxvi,  4,  P.  L.  t.   XXVIII,  p.  1257  :  Quac  hodie  regio, 
qm.viprovincia  ulla, quousque  vcl  Romunum  imperium  vel  christianum 
nomen  extenditur  natalem  non  gaudet  celebrare  Vincentii  ? 
4   Leba^-YVaddington,  Inscriptions  de  Syrie,  2124. 


112  DEVELOPPEMENTS   DU    CULTE   DES   MARTYRS. 

mer  que  là  où  on  se  contentait  de  commémorer  le  martyre 
on  adoptait  la  date  de  l'église  mère,  comme  on  le  lit  à  Rome 
pour  Su  Perpétue  et  pour  S.  Cyprien.  Lorsqu'il  y  avait 
transport  de  reliques,  il  en  était  sans  doute  autrement.  Le 
jour  de  la  déposition  des  reliques  était  inscrit  comme  une 
date  à  garder,  et  devenait  une  sorte  d'équivalent  de  la 
première  depositio. 

Les  inscriptions  africaines  mentionnent  assez  souvent 
la  date  de  la  cérémonie  :  positae  sunt  reliquiae  sancti  Iuliani 
et  Laurentii  cum  sociis  suis  per  manus  beati  Columbi  episcopi 
sanctae  ecclesiae  Xicivensis...  sub  pridie  nonas  octobres  '  ;  hic 
memoriae  sancti  Iuliani  depositae  sunt  III  idus  septembris  -  ; 
memoriae  sanctorum  martyrum  Laurenti,  Ippoliti,  Eufimiae, 
Minnae  et  de  cruce  domini,  depositae  die  III  nonas  februa- 
rias  z  ;  hic  benerandae  reliquiae  beatorum  martyrum  Moenae 
et  Sebastiani  depositae  inpace  sub  die  III  idium  novembrium  l. 
On  ne  s'exprimerait  pas  autrement  s'il  s'agissait  de  la  pre- 
mière sépulture.  Les  dates  rappelées  dans  ces  inscriptions 
ne  sont  point,  on  le  voit, celles  des  anniversaires  tradition- 
nels. Il  n'y  a  d'exception  que  pour  la  dernière.  On  avait 
sans  doute  choisi  le  jour  d'un  des  deux  martyrs  S.  Menas, 
donl  la  tête  tombe  le  n  novembre,  pour  la  cérémonie  de 
l'introduction  des  reliques.  Sainte  Thècle  avait  à  Dalisan- 
dos  un  sanctuaire  important.  La  tète  s'y  célébrait  évidem- 
ment à  une  autre  date  qu'à  Sélcucie,  comme  il  faut  le 
conclure  d'un  étrange  récit  qui  a  pris  place  dans  le 
recueil  des  miracles    de  la    saint<-   '.  La  tète  instituée  dans 


ii    P.  Mmm  eaux,  Enquête  sur  l'épigraphie  i  lue  tienne  d'Afrique,  n.  279. 
2    Muni  1  w  .,  Enquête,  n.  284. 
(31  Muni  1  m  •.,  /  nquête,  n.  207. 
(4:  Monceaux,  Enquête,  n.  240. 
15)  Basile  de  Si  u  i  <  ie,  Miracula  S.  Theclae,  II,  2,  P.  G.  t.  LXXXV, 

p.  581. 


DÉVELOPPEMENTS  DU   CULTE  DES   MARTYRS.  113 

le  domaine  de  la  famille  de  S.  Grégoire  de  Nysse  près 
d'Ibora  en  l'honneur  des  XL  Martyrs  à  L'occasion  de  la 
déposition  des  reliques  ne  coincidait  évidemment  pus  avec 
l'anniversaire    consacré  '.   Le    saint   aurait-il   sans    cela 

songé  à  se  plaindre  de  ce  qu'on  n'eût  pas  choisi  une  autre 
date  mieux  à  sa  convenance  ? 

Les  martyrologes  locaux  s'enrichissent  donc  d'abord 
de  commém» «raisons  de  martyrs  étrangers,  et  à  ce  point 
de  vue  les  martyrs  dont  le  culte  s'introduisit  par  la  voie 
exceptionnelle  —  comme  les  SS.Gervais  et  Protais  —  pri- 
rent le  même  rang  que  les  anciens.  Mais  on  ne  s'arrêta  pas 
clans  cette  voie.  Un  pas  important  fut  l'ait  lorsque  l'on  com- 
mença à  célébrer,  à  côté  des  anniversaires  des  martyrs, 
ceux  des  évéques.  Il  était  bien  naturel  que  la  communauté 
pavant  un  tribut  d'honneur  à  ses  membres  les  plus  illus- 
tres, ceux  qui  avaient  verse  leur  sang  pour  la  vérité, 
n'oubliât  pas  ceux  qui  avaient  été  ses  pères  dans  la  foi. 
Aussi  voyons-nous  la  plus  ancienne  Deposilw  martyrum 
accompagnée  d'une  Depositio  episcoporum  où  les  dates  ne 
sont  pas  moins  soigneusement  enregistrées,  et  destinée 
certainement  à  une  commémoraison  liturgique.  Le  mar- 
tyrologe d'Antioche,  tel  qu'il  nous  est  livré  par  l'abrégé 
syriaque,  fusionne  également  les  deux  listes,  et  l'on 
se  souviendra  qu'un  texte  célèbre,  déjà  cité,  mentionne 
deux  séries  de  jours  fériés  propres  à  chaque  église, 
ceux  où  l'on  fête  les  martyrs  et  ceux  où  l'on  fait  mémoire 
des  évéques  -. 

Beaucoup  d'indices  permettent  de  dire  que  primitive- 
ment la  commémoraison   des    évéques    eut   un  caractère 

m  Grégoire  de  Nysse,   0 ratio  II  in  sanctos  XL  martyres,  P.   G. 
t.  XLV,  p.  784-85. 
(2)  Sozomène,  Ilist.  eccl  .  V.  j,g. 

Cuit.  Mart. 


114  DÉVELOPPEMENTS   DU    CULTE   DES   MARTYRS. 

moins  solennel  que  celle  des  martyrs.  Cyrille  de  Jérusalem 
distingue  formellement  deux  catégories  de  défunts  qui 
sont  commémorés  au  saint  sacrifice.  Les  martyrs  appar- 
tiennent à  la  première  ;  les  évèques  à  la  seconde  '.  C'est 
peut-être  à  cause  de  leur  mérite  éminent  qu'à  Antioche, 
par  exemple,  nous  voyons  des  évêques  comme  Philogone, 
Mélèce  et  Eustathe  —  ces  deux  derniers  pouvaient  aisé- 
ment être  assimilés  aux  martyrs  —  recevoir  des  honneurs 
spéciaux  *,  mais  ce  qui  n'était  d'abord  qu'une  exception, 
tendit  à  devenir  la  règle  générale.  A  Antioche,  comme  ail- 
leurs, la  distinction  ne  tarda  guère  à  s'effacer  3.  La 
depositio  martyrum,  se  fond  partout  avec  la  depositio  episco- 
porum,  et  jusqu'à  la  fin  du  VIe  siècle  au  moins,  toute  la 
liste  épiscopale,  exception  faite  des  évêques  notoirement 
indignes,  forme  en  général,  partie  intégrante  du  mar- 
tyrologe *. 


(i)  Catechesis  mystagogica,  V,  9,  P.  G.  t.  XXXIY.  p.  1116.  Le  sacra- 
mentaire  Léonicn  a  gardé  la  trace  de  la  distinction.  Voici,  à  la  suite 
du  mois  d'octobre,  parmi  les  oraisons  super  de/unclos,  les  prières  pour 
le  repos  de  l'âme  des  papes  S.  Silvestre  et  S.  Simplicius  :  Deus  confi- 
tentium  teportîodefunctorum,  preces  nostras,  quas  in  famuli  lui  Silvestri 
episcopi  depositione  deferimus,  propitiatus  adsume,  ut  qui  nomini  tuo  minis- 
terium  fidèle  dépendit,  perpétua  sanctorum  tuorum  societatt  laetetur.  Per. 
—  liane  igitur  oblationem,  quacsumus,  Domine,  placatus  intende,  quant 
in  sancti  Silvestri,  confessoris  et  episcopi  tui  commemoratione  suppliciter 
immolamus)  ut  et  nobis  profictat  huius  pietatis  a)  illum  beatitudo 

sempiterna  glorifiée  t.  Per.  -  Maiestaiem  tuant,  Domine,  supplices  exora- 
mus  ut  anima  famuli  tut  Simplu  i  episcopi  ab  omnibus  quae  humanitllS 
adtraxit  exuta,  in  sanctorum  censcatur  sorte pastorum. Per.  Ch.L.Fei/i  oe, 
Sacramentarium  Leonianum  (Cambridge,  r8g6),  p.  ip. 

en  même  temps  s.  Athanase  el  S.  Basile,  BHG8.  186, 
244-246. 

(3)  Le  propre  d'Antioche  tel  qu'il   est   repré  [ans  le  martyro- 

iaque  de  411  d'une  part,  et  de  l'autre  dans   le  sermon  attribué 
à  Eusèbe,  BHO.  700,  esl  formé  du  mélange  d'une  liste  pale  avec 

une  .  mai  i\  rs. 

(}   Voir  par  exemple,  les  listes  épiscopalcs  gallii  le  mar- 

tyrologe hiéronymien.  Acta  SS.  nov.  t.  II,  p.  [xt.i  -    .1  m  . 


DÉVELOPPEMENTS   DU    CULTE   DES   MARTYRS.  115 

D'autres  noms  encore  allaient  presque  partout  grossir 

k-s  listes.  Ainsi  quelques-uns  des  plus  grands  saints  du 
Nouveau  Testament  sont  fêtés  dans  la  semaine  de  Noël, 
S.  Etienne,  S.  Jacques  et  S.  Jean,  S.  Pierre  et  S.  Paul. 
Nous  trouvons  déjà  ces  fêtes  établies  en  Cappadoce  clans 
le  dernier  quart  du  IYL  siècle  '.  Le  martyrologe  grec 
d'Asie  Mineure  les  enregistre  aussi.  A  la  même  époque, 
lement  se  répand  la  dévotion  aux  Machabées,  ces  pré- 
curseurs des  martyrs,  et  les  homélies  des  Pères  attestent 
avec  quel  ensemble  leur  commémoraison  est  célébrée  par- 
tout». 

Par  une  suite  naturelle,  tous  les  saints  personnages  qui 
avaient  été  choisis  par  Dieu  pour  coopérer  à  la  Rédemp- 
tion dans  l'Ancien  3  comme  dans  le  Nouveau  Testament 
devaient  avoir  leur  place  dans  l'hommage  solennel  de  la 
reconnaissance  de  l'église,  et  nous  aboutissons  bientôt  à 
l'énumération.  dans  l'ordre  hiérarchique,  des  catégories 
qui  sont  entrées,  à  la  suite  des  martyrs,  dans  les  fastes 
ecclésiastiques  :  les  patriarches,  les  prophètes, les  apôtres. 
C'est  la  formule  déjà  courante  pour  Hilaire  qui  leur 
applique  le  svmb.  disme  des  s<  »mmets  :  Hi  ergo  montes patriar- 
charum,  prophelarum,  apostoloruni,  martyntm  *.  C'est  la  for- 
mule de  S.  Cyrille  de  [érusalem,  mentionnant  l'ordre  des 
commémoraisons  :  uvii.uoveûouev...  ttpujtov  TraTpiapxûrv, 
irpocpiiTuijv,  ùttootôXujv,  uapfûpwv  '\  Le  temps  approche  où 
l'objet  du  culte  va  une  dernière  fois  s'étendre  ;  on  assimi- 

GriIgoire  de  Nysse,  Oratio  funebris  in  Basilium,  I,  P.  G.  t.  XLYI, 

P.7S9. 

Voir  Duchesne,  Origines  du  culte  chrétien  -,  p.  265. 

131  Sur  les  fêtes  des  saints  pei  Ancien  Testament  dans 

le  martyrologe  hiéronymien,  Du<  hesne,   dans  Act.   SS.  nov.  t.  II, 
p.  [i.xxx  . 

(4)  Truct.in  Psalm.  XCVI,  P.  L.  t.  XI,  p.  873. 

(5   Catechish  mystag.,  Y.  9,  P.  G.  t.  XXXIV,  p.  1116. 


Il6  DÉVELOPPEMENTS   DU    CULTE   DES   MARTYRS. 

lera  aux  martyrs  les  grands  ascètes  et  d'autres  personna- 
ges illustres  par  leur  sainteté  '. 

Cette  nouvelle  évolution  était  inévitable,  et  fut  préparée 
de  longue  date  Elle  eut  en  quelque  sorte  pour  origine 
l'excès  même  des  honneurs  réservés  aux  martyrs.  On 
réfléchit  que  la  perfection  du  martyr  consiste  moins  dans 
le  lait  de  recevoir  le  coupdela  mort  que  dans  la  disposition 
d'âme  qui  l'ait  accepter  le  sacrifice2.  Ceux  donc  qui  mou- 
raient en  prison  avant  d'avoir  versé  leur  sang  ne  leur 
étaient  pas  inférieurs  en  mérite,  et  Cyprien  donnait 
l'ordre  de  leur  rendre  les  mêmes  honneurs  •".  On  comprit 
que  l'héroïsme  n'est  pas  l'apanage  exclusif  du  martyr,  et 
Denys  d'Alexandrie  nous  montre  les  prêtres,  les  diacres, 
des  fidèles  aussi,  en  temps  de  peste  se  dévouer  au  service 
des  malades  avec  la  même  ardeur  que  s'il  se  fût  agi  d'aller 
affronter  la  mort  au  tribunal  du  persécuteur'.  Clément 
d'Alexandrie  allait  jusqu'à  mettre  au  même  rang  ceux 
qui  observent  fidèlement  les  commandements5.  On  n'était 
que  logique  en  honorant  à  l'égal  des  martyrs  des  évêques 
qui,  comme  Mélèce,   Eustathe  d'Antioche.    Jean  Chrysos- 

Epiphane,   Haeres.,  LXXY,  7,  distingue  deux  classes  de  per- 
•  .11  fait  mémoire  :  les  pécheurs  et  les  justes,  et  à  cette  der- 
nière il  rattache  ies  pèn    .  .  les  prophètes,  les  apôti 
les  évangélistes,  les  martyrs,  lesi  onfesscurs,  les  évêques,  les  anacho- 
dtvaxwpn,Tûiv  k<ù  iravrôç  toû  TÙruuTo -.   Dindorf,  t.  III,   p. 

1 2  (  -,  prii  n,  De  mortalitate,  17  :  confessio  cogitaturet  martyrium  mente 

D  1  indice  coronztur.Aliui  est  mar- 
tyrium anima  déesse,  alind  animo  defuisse  martyrium.  Hartel,  p.  308. 
Ailleurs,    il   invoqu  I   s  trois  enfants  dans  la   fournaise. 

:,  2  :  Neque  enim  in  tribus putris  minor  fuit  martyrii  Ji  niitas, 
quia  morte frustrata  decamino  ignis  insolumss  exierunt.  II  irtel,  p. 695. 
(3)  Episl.  12,   1  :  1  mu  voluntati  et  coiifs:  in  carcere  et 

ulis  accc.iU  et  moriendi  terminus,  consummata  martyrii  gloria  est, 
■  /ne  et  dits  eorum  quibus  excédent  adnot  ite    '<  .  Hartel,  p.  503. 
})  Dans  El      ,    .  I list.  ceci.,  VII,  22,  8. 
5    Stromata,  IV,  4.  15. 


DÉVELOPPEMENTS  DU   CULTE   DES   MARTYRS.  117 

t<>me  '  avaient  souffert  pour  la  foi  sans  mourir  de  mort 
violente  -'.  On  ne  L'était  pas  moins  en  jugeant  dignes  d'une 
vénération  pareille  les  illustres  solitaires  qui.  après  la 
persécution,  peuplèrent  les  déserts  et  se  soumirent  à  des 
pénitences  qui  faisaient  songer  aux  tourments  des  mar- 
tyrs :  de  même  ceux  qui  comme  an  saint  Martin,  joignaient 
à  l'austérité  de  la  vie  l'exercice  de  la  charité  et  d'un  zèle 
ardent,  et  en  général,  tous  ceux  que  la  pratique  héroïque 
des  vertus  chrétiennes  élevait  au-dessus  du  vulgaire. 

L'assimilation  des  grands  évêques  ou  des  ascètes  aux 
martyrs  est  fréquente  clans  les  écrits  des  pères  avant  la 
fin  du  IVe  siècle.  Grégoire  de  Nazianze  voit  S.  Athanase 
en  compagnie  des  patriarches,  des  prophètes,  des  apôtres 
et  des  martyrs  qui  ont  combattu  pour  la  vérité  \  et 
S.  Basile  martyr  réuni  aux  martyrs  ses  frères  '.  Sulpice 
Sévère  développe  cette  idée  que  S.Martin,  sans  avoir 
enduré  les  supplices,  a  souffert  un  martyre  non  sanglant :', 
et  S.  Jérôme  décerne  aussi  à  Paula  la  couronne  du  mar- 
tyre, non  la  couronne  de  roses  et  de  violettes,  mais  la 
couronne  de  lys  ,;. 

On  pourrait,  dans  ces  textes,  et  dans  d'autres  semblables 
ne  reconnaître  que  des  formules  oratoires.  Certains  traits 


:     Plus  haut,  p.  114. 

(2)  A  propos  de  S.  Eusèbe  de  Verccil  et  du  litre  de  martyr  qu'on  lui 
donne  habituellement,  le  P.  Bruzza,  Iscrizù  ni  antiche  Vercellesi  (Roma, 
1874),  p.  296-301  a  réuni  les  principaux  textes  se  rapportant  à  la  ques- 
tion qui  nous  occupe. 

(3)  Oratio  in  S.  Athanasium,  37,  P.  G.  t.  XXXV.  p.  1128. 
Orutio  in  S.  Basilium,  So,  P.  G.  t.  XXXVI.  p.  601. 

5    Epistula  IL  Halm,  p.  143-44. 

Il  écrit  à  Eustochium  Epist.  CVII,  31  :  Mater  tua  longo  martyrio 
coronata  est  :  non  soluin  enhn  effusio  sanguinis  in  confessione  reputatur 
sed  devotae  quoque  mentis  servitus  immaculata  quotidianum  martyrium  est. 
Illa  corona  de  rosis  et  violis  plcctitur,  ista  de  liliis.  P.  L.  t.  XXII, 
p.  905. 


Il8  DÉVELOPPEMENTS   DU    CULTE   DES   MARTYRS.     . 

de  la  vie  des  premiers  solitaires  prouve  que  très  tôt,  peut- 
être  avant  le  milieu  du  IVe  siècle,  on  entendait  passer  des 
paroles  aux  actes  et  que  l'admiration  populaire  ne  voulait 
refuser  à  ces  grands  ascètes  aucun  des  honneurs  jusque- 
là  réserves  aux  martyrs.  Pour  se  dérober  au  traitement 
étrange  dont  les  corps  saints  étaient  l'objet  chez  les  Égyp- 
tiens, S.  Antoine,  sur  le  point  de  mourir  (f  356),  s'enfonça 
dans  la  montagne  et  pria  les  deux  disciples  qui  l'avaient 
accompagné  de  l'enterrer  en  secret  et  de  ne  révélera  per- 
sonne l'endroit  de  sa  sépulture  '.  Peu  de  temps  après  la 
mort  de  S.  Hilarion  (f  371»  en  Chypre,  un  de  ses  disciples, 
Hésychius,  vola  ses  reliques  et  les  emporta  en  Palesti- 
ne -'.  Ce  fut  l'occasion,  pour  les  habitants  du  pays, 
d'instituer  en  son  honneur  une  fête  annuelle,  qui  fut  célé- 
brée avec  beaucoup  de  solennité.  Sozomène,  à  qui  nous 
devons  ce  détail,  ajoute  que  les  Palestiniens  avaient  l'ha- 
bitude d'honorer  ainsi  les  hommes  vertueux  ayant  vécu 
clans  leur  pays,  et  \\  cite  comme  exemples  Aurélius,  An- 
thédonius,  Alexion,  Bethagaton  et  Alaphion  d'Asulée, 
cinq  ascètes  de  l'époque  de  Constance  \  A  la  fin  du  IVe 
siècle  et  au  commencement  du  Ve,  les  solitaires  de  Syrie, 
dont  Théodoret  nous  a  laissé  les  biographies,  sont  l'objet 
des  manifestations  les  plus  extraordinaires.  On  éleva  à 
Marcien  encore  vivant  une  foule  d'oratoires  '.  Le  saint 
en  eut  connaissance  et  exigea  le  serment  solennel  que  le 
lieu  de  sa  sépulture  demeurerait  caché  durant  de  longues 
années  à  tous  autres  qu'à  ses  proches.  Il  se  passa  plus  de 
cinquante  ans  avant  qu'on  ne  se  crût  dégagé  de  la  pro- 
fita Antonii,  91,  P.  G.  t.  XXVI,  p.  97a. 
2  Sozomène,  Hist.  ceci.,  111,14,27;  Jérôme,  Vita  Hilarionis,  46, 
P.  I    t.  XXIII,  p. 

Sn/o\|l  '.F  .    Hist.  Ceci..  III,   14.   28. 

14I   Rcli^iosa  historia,    m  :    toÛtuj    TmMni    ui'v    ttoâXuxoû    ffrpcoùç 
tÙKxnpiouç  ébeiuuvxo.    ScHULZE,  p.  1147. 


DÉVELOPPEMENTS  DU  CULTE  DES  MARTYRS.    IIQ 

messe.  L'ascète  Théodose  fut  transporté  en  grande  pompe 
à  Antiochedans  l'église  où  reposait  le  martyr  S.  Julien  et 
où  l'avait  déjà  précédé  le  solitaire  Aphraate '.  Macédo- 
nius,  non  moins  solennellement,  alla  les  y  rejoindre  -'. 
A  la  mort  de  Maron,  les  villages  voisins  se  disputèrent 
son  corps  à  main  armée.  Les  vainqueurs  lui  élevèrent  une 
grande  église  et  instituèrent  une  lete  en  son  honneur  \ 
Abramès  fut  conduit  à  travers  Antioche  et  d'autres  villes 
accompagné  d'un  cortège  triomphal,  et  les  licteurs  eurent 
fort  à  taire  de  protéger  le  corps  contre  l'indiscrétion  de  la 
foule  qui  voulait  lui  arracher  les  habits  pour  se  les  parta- 
ger '.  Le  solitaire  Jacques  vivait  encore  lorsque  Théodo- 
re t  écrivit  son  histoire,  et  déjà  les  voisins  lui  avaient  bâti 
une  grande  église,  tandis  que  l'évêque  avait  par  deux  fois 
lyé  de  lui  préparer  une  sépulture  digne  de  lui  5.  La 
translation  solennelle  de  Syméon  Stylite  à  Antioche  est 
trop  connue  poui  que  nous  ayons  à  la  rappeler  6. 


1 1>  Religiosa  historia,  x.  p.  ngg. 

(2)  Religiosa  historia,  xm,  p.  1215. 

(3)  Religiosa  historia,  xvi,  p.  12.23. 

(4)  Religiosa  historia,  XVH,  p.  1228. 
(51   Religiosa  historia.  xm,  p.  1250. 

16)  Vita  Symeonis  a.  Antonio,  c.  3?,  LlETZMANN,  pp.  76,  253. 


CHAPITRE  IV. 

L'INVOCATION  DES  MARTYRS. 

Lorsqu'on  réfléchit  à  la  dignité  éminente  du  martyr 
dans  L'église,  à  la  place  exceptionnelle  qu'il  occupe  dans 
la  pensée  et  bientôt  clans  la  vie  du  chrétien,  et  que  l'on  se 
rend  compte  en  même  temps  des  idées  qui  ont  cours  sur 
les  rapports  des  morts  avec  les  vivants,  la  pratique  de 
l'invocation  apparaît  comme  une  conséquence  Logique  des 
principes  et    des  faits. 

Si  les  marques  de  respect  prodiguées  à  la  mémoire 
des  martyrs  ne  supposent  pas  nécessairement  qu'on  leur 
adresse  des  demandes,  si  rien  ne  permet  d'en  constater 
l'usage  dès  les  premières  origines,  à  telle  enseigne 
qu'aucun  de  nos  plus  anciens  documents  hagiogra- 
phiques ne  poiie  la  trace  d'une  préoccupation  de  cet 
ordre,  la  prière  au  martyr  devait  jaillir  si  naturellement 
du  cœur  des  fidèles,  que  de  bonne  heure,  on  n'en  peut 
douter,  elle  s'ajouta,  pour  le  compléter,  a  l'hommage  de 
leur  pieuse  admiration. 

L'idée  d'ici'  ides   défunts  des  prières  et 

des  supplications  n'était  pas  étrangère  au*  peuples  de 
i  ultun  iqui  . 

Des  text<  br<      monl  renl   qu'ils  ne  si   i  ontentaient 

nir  les  morts  pour  des  êtres  sacrés,  qui  avaienl 

droit  à  certains  hommages  des  vivants  ;    ils  leur  recon- 


I. 'invocation  des  martyrs.  121 

naissaient  quelque  pouvoir  et  imploraient  leur  assistance. 
Dan-  les  Choéphores  d'Eschyle,  Electre  supplie  les  mânes 

son  père  Agamemnon  de  taire  revenir  Oreste  de  l'exil, 
et  ajoute  pour  elle-même  cette  prière  :  Donne-moi  un 
cœur  plus  chaste  que  celui  de  ma  mère,  des  mains  plus 
pures».  Et  le  chœur  des  Choéphores  prononce  cette 
invocation  :  «  0  bienheureux,  qui  habitez  sous  la  terre, 
écoute/  cette  prière  :  venez  au  secours  de  nos  enfants  et 
donnez-leur  la  victoire  '.  » 

Il  faut  se  rappeler  aussi  la  doctrine  si  célèbre,  depuis 
Platon,  qui  la  met  ('ans  la  bouche  de  Diotime,  sur  les 
intermédiaires  entre  les  hommes  et  les  dieux,  chargés 
de  transmettre  aux  dieux  les  prières  et  les  sacrifices  des 
hommes,  et  de  porter  aux  hommes  les  ordres  divins  et  la 
récompense  de  leurs  sacrifices  -.  Cet  enseignement 
se  retrouve  fréquemment  dans  les  philosophes  qui  ont 
suivi  3,  et  l'on  devine  bien,  qu'en  se  répandant,  il  ne  fut 
pas  sans  avoir  des  conséquence-. 

Que  l'on  ne  s'imagine  point, en  effet. que  ces  conceptions 
restassent  confinées  dans  le  domaine  de  la  spéculation  ou 
de  la  poésie.  Cornélius  Népos  fait  dire  à  Cornélie,  mère 
des  Gracques,  dans  une  lettre  qu'il  lui  attribue  :  Ubi  mor- 
tita  ero,  parentabis  mihi.  et  invocetbis  deum  parentem  *.  Des 
épitaphes,  comme  celle  d'Antonia  Severa,  montrent  que 
l'on  demandait  aux   morts  d'intercéder  auprès  des  dieux  : 


(i)  Chocph.  v.  129-141  ;  476-478. 

g]  Symf/sos.,  23  :  kiù  -f''-P  irâv  tô  bmuôviov  uexaEû  èor\  Oeoû  re 
kgù  Hvi-|toû...  Épunveûov  kcu  biairop9ueûov  9eoîç  xà  irap'  àv0pumwv 
kcù  àvBpûmoiç  xà  uapd  riûv   uèv   ràç   ber|0"eiç  Km  Qvoiaç  rûiv 

bè  xàç  ëiriToiSeiç  xe   icai  àuoipàç  tiuv  0u<jhûv. 

(3) Voir  les  cotes  de  Wyttenbach  sur  l'i.ci  vrque,  De  Isidc  et  Osi- 
ride,  26. 

141  Fragmenta  XII. 


* 


122  L'INVOCATION    DES    MARTYRS. 

Saltem  quod  superest,  oro,  scio  namque  favebis. 
Fiuule  preces  stibohtm  ac  votis  ittcre  i/ostris, 
ut  loii^um  vitae  Uceat  transducere  tempus  '. 

Aurelius  Festus  dit  à  sa  bru  Furcia  Flavia  :  Quant  dm 
•  cola  te,  post  morùe(m)  nescio  ;  parce  matrem  tuam  et  pairem 
et  sororem  tuam  Marinam  ut  possint  iibi  facere  post  me  sollem- 
nia  '.  L'on  connaît  la  fameuse  épitaphe  de  deux  sœurs, 
placée  par  leur  père,  à  la  suite  d'une  vision,  ex  viso,  et  où 
on  lit  cette  invitation  :  Tu  qui  legis  et  dubitas  mânes  esse, 
sponsione  fada  invoca  nos  et  intelleges  \ 

Nous  n'insisterons  pas  sur  les  prières  adressées  par  les 
anciens  aux  héros  et  aux  dieux.  En  cas  d'extrême  danger, 
le  matelot  implore  l'intercession  des  Dioscures  : 

aura  secunda  venit 
iam  prece  Polluas,  iam  Castor is  implorata  ', 

et  quand  un  homme  pieux  va  satisfaire  sa  dévotion  dans 
les  temples,  il  ne  se  contente  pas  de  recommander  à  la 
divinité  ses  propres  besoins  ;  il  songe  à  ses  proches  et  à  ses 
amis.  Titus  Servilius,  soldat  de  la  troisième  légion  Cyré- 
naïque  se  souvient  de  ses  parents  en  présence  du  seigneur 
Hermès  dans  la  ville  de  Pselchi  :'  :  Antonius  Maximus  fait 
moire  de  sa  sœur  Sabiria  devant  les  dieux  honorés  dans 


h  Bù<  in  i  il'.  Car  mina  latma  epigraf>hica,  546,  v.  8- 10.  On  pourrait 
menl  rappelci  ici,   malgré   les  difficultés  qu'elle  présente,  l'épita- 
phe       s     ipronius  Firmus.CIL.  VI.  i88iy:...  itapeto  vos,  mânes  sanctis- 
simae,  commendatum  habeatis  meum  carum  et  vellitis  huit  indulgent issimi 
esse  horis  nocturnis  ut  eum  videam  et  etiam  me  falo  suadere  vcllit  ut  et  ego 
possint  dulctUS  et  ceLruts  nj<ut  eum  pervenire. 
[2   CIL.  VI.  1  [IOT. 
I  IL.  VI.  27 
U   Catulle,    LWTII    64,65.    Cl.  II.   Usenef    dan      Rheinischcs 
Musi  11m.  N.  F.,  1.  LV  1 1900),  p.  2ni. 

DiTTi    11  rqer,  Orientés  graeci  mscriptiones  selectae,  n.  205:  éuvr|- 
qQt\  tuiv  Yovéwv  napà  tûm  Kupûu   'Epu  f\  ■ 


l'invocation  des  martyrs.  123 

sa  garnison  '  :   Antonius  Longus  offre  tous  les  jours  des 
prières  pour  sa  mère  au  seigneur  Sérapis  -'. 

Ici  comme  ailleurs  l'analogie  des  pratiques  est  un  abou- 
tissement de  l'analogie  des  principes,  et  il  faut  oublier  une 
des  lois  essentielles  de  l'histoire  pour  s'étonner  de  retrou- 
ver, au  sein  de  la  religion  nouvelle,  surtout  dans  le  milieu 
où  elle  s'épanouit,  ce  qui  n'est  que  le  développement  de  la 
pensée  chrétienne. 

Chez  les  chrétiens  des  premiers  siècles,  on  l'oublie  par- 
fois, la  coutume  d'invoquer  les  âmes  des  fidèles  morts  dans 
la  paix  du  Seigneur,  s'était  fort  répandue. 

Nous  avons  à  cet  égard  de  nombreux  témoignages, 
d'autant  plus  précieux,  qu'ils  ont  été  recueillis  sur  les 
tombes  mêmes  de  ceux  dont  on  implore  la  prière.  L'épi- 
graphie  romaine  est  tout  particulièrement  riche  en  épita- 
phes  de  ce  genre,  et  il  convient  de  rappeler  les  principales. 

Vincentia  in  Christo  petas  pro  Phoebe  et  pro 
virginio  eius  \ 

Gentianus  fidelis  in  pace,  qui  vixit  annis  xxi 
mens(e)s  vin  (lies  xvi,  et  in  orationi(bu)s  tuis  roges 
pro  nobis,  quia  scimus  te  in  Christo  '. 

Anatolius  filio  benemerenti  fecit,  qui  vixit  annis 


1 11  Papyrus  de  Berlin,  dans  A.  Deissmann,  Licht  vont  Osten  (Tùbin- 

i,'cn,  19081,  p.  121:   uvtiuv  aou  TtoioÛLievoç  trapu  toîç  évôdbe  0eoîç. 

z  Papyrus  de  Berlin,  dans  Deïssmann,  t.  c.,  p.   124:  tô  TtpoaKÛvn,- 
uà  aou  TTOiû)  Kar'  aiKtxaTr\v   rjuaipav  Trapu  tw  xupiuj  lepriîreiNn. 

(3)  De  Rossi,  Rotna  sottertar.ea,  t.  II.  tav.  XLVII,  53-  —  M-  (l-  Gatti 
a  bien  voulu  nous  permettre  de  consulter  les  notes  recueillies  en  vue 
de  la  continuation  des  Inscriptions  christianae  l'rbis  Romae.  Qu'il 
veuille  bien  recevoir  ici  l'expression  de  notre  vive  reconnaissan 

(4)  Musée  du  Latran,  VIII,  15.  0.  Maki  cchi,  I Monumenti  dcl  musco 
cristiano  Pio-Laieranoise  (Milano,  1910),  tav.  LI. 


124  l'invocation  des  martyrs. 

vu   mensis  vu  diebus   xx,   ispiritus  tuus  bene  re- 
quiescat  in  Deo  petas  pro  sorore  tua  '. 

Pete  pro  parentes  tuos  Matronata  Matrona,  que 
vixit  ann(um)  i  di(es)  LU  \ 

Aurelius  Agapetus  et  Aurélia  Felicissima 
alumne  Felicitati  dignissimae,  que  vicsit  an(n)is 
xxx  et  vi  e(t)  pete  pro  Celsianu  coiugem  \ 

CEMNH    QPA  UPQ   TOYQC  ;. 

Ianuaria  bene  réfrigéra  et  roga  pro  nos  '. 

Attice  dormi  in  pace  de  tua  incolumitate  secu- 
rus,  et  pro  nostris  peccatis  pete  sollicitus  fi. 

Atticer  spiritus  tu(u)s  in  bonu  ora  pro  parentibus 
tuis  7. 

Sozon  Benedictus  reddidit  an.  nobe,  berus 
(Christus)  ispir  it  uni  in  pace,  et  pet  e  pro 
nobis  \ 

Mereurius  Iustae  coiugi  benemerenti  posuit 
quae  vixit  mecum  annis  xim  mater  filiorum  vu  ex 
quibus  reliquit  n  ;  tu  pet  e    tu  pe  te    pro  eos  ". 


'  '  lu  Latran,  \  III.  i  .. 

3)  M  i  Latran,  VIII,  i8. 

i   i  M  lu  Latran,  VIII,  21. 

.'  (• 
5)  D  .  Roma  sotterranca,  t.  III.  tav.  XXVIII,  22. 

6) De!  .  Bullcttino,  1894,  p.  58. 

■  -   M  .   \cta  s.  Victorini (Romae,  1740),  p.  119. 

D    i'       t,  Bullettino,  1873,  p.  71,  tav.  VI,  1. 
.r.KKiTi,  Inscript,  antiq.  (Romac,  1702),  p.  551,  n.  30. 


l'invocation  des  martyrs.  125 

Sabbati  dulcis  anima  pete  et  roga  pro  fratres  et 
sociales  tuos  '. 

Iuliane  vibas  in  Deo  et  ro  ga  C.  Popillius  Opta- 
tus  Numicia  Damalis  condiscip.  J 

Iulius  magister  bene  merenti  Feliciano  petat 
pro  nobis  r>. 

...  viNit...  ns  très...  bus  x  ius  pau...  cilio  dul- 
cissimo  li...  u  eu  m  Irène  et  ro  ga  p  ro  fratres 
tuos  '. 

Victo[ria?]...  pete   pro  ...  \ 

...  pa  rentibus  rapt  a  ...  vale  nobis  ka  rissima 
rilia  et  in  ora  tionibus  tu  is  roga  pro  nobis   ,;. 

Exuperantia  in  pace  petas  p  r  0  no(bis)  felix  T. 

Aiovûcnoç  viîmoç  dKanoç  èv0âbe  Keîx(ai)  (lictù  tujv 
aYiujv  •  (uvn(JKea9e  bè  Kai  iiuuùv  ev  to.îç  àfiaiç  uiuujv 
TTp(o(J)euxa(î)ç    Kai  toû   -fXOipa^vjTOç  Kai  toû  TpdujavTOç*. 


:    Mai,  Scriptorum  veterum  nova  collectif),  t  V,  p.  402,  8.  L'éditeur 

ajoute  cette  remarque  :  cFlorentiae  in  sacello  domus  Bonarotiae  cum 

ore  S.  M.  Sabbatii  reperto  a.  1694  in  coem.  SS.  Gordiani  et  Epi- 

machi.  »  D'où   il  résulte  que  Sabbatius  a  été  regardé  à  torl   comme 

un  martyr. 

(2)  Muratori,  Novus  tlicsaurus  veterum  inscriptionum,  1892,  9. 

(3)  CIL.  VI.  10012. 

I41  Nuovo  bullcttino  di  archeologia  cristiana  189S,  p.  233. 

(5   Wilpert,  Le pitture  dslle  catacombe  romane,  (Roma,  1903),  p.  420. 

(6)  Nicolai,  Délia  basilica  di  S.  Paolo  •  Roma,  1S15),  p.  213.  Les  sup- 
pléments sont  de  De  Rossi. 

(7)  Bosio,  Roma  sotterranea,  p.  214  ;  De  Rossi,  Bullettino,  1881,  p.  65. 
Voici  une  autre  inscription  du  cimetière  de  Priscille  restituée  par  De 
Rossi,  ibid.  :[...  dulcis \  anima...  [vivas  1 \nter  sanc'tos  et  in  orat\ioni- 
bus  [tuis petas  pro  nobis], 

(8  CIG.  9574- 


126  l'invocation  des  martyrs. 

Hic    quiescit    ancilla  Dei    que    de    sua  omnia 
possedit   domum   ista(m)  qu(a)m   amice   deflen  t 
solaciumque    requirunt,    pro  hune  unum  ora   sub- 
olem  quem  superistitem  re  li  quisti...  '. 

Marine  im  mentem  nos  habeto  duobus  -. 

...  vixit  annis  xvn  menses  un  ...  prestes  in  ora- 
tionis  tuis  ut  possit  amartias  meas  in(du)lgere. 
Te  in  pacae  !. 

nunc,  veniente  Deo,  nostri  reminiscere,  virgo, 
ut  tua  per  dominum  praestet  mihi  facula  lumen  4. 

hic  requiescit  ...  et  in  pace  aeternam  et  oret' — 

AvUTÔ\l[€],      flJHÛlV      TTpOITÔTOKOV      TeKVOV,      ÔCTTtÇ     f]jU£ÎV 

èbôUnç  TTpÔÇ   oXifov    xpôvov,   eùxou    UTTèp    rijutûv  ,;. 

KaT^ûBecnç)  xfj  irpô  if'  KuX(avbuùv)  iouv(iwv)  Airfév0e, 
Zx|(Taiç  èv   K(upiiti)   K(/i   èpuuTa   ùîrèp   v]|uwv  7. 

...  ibûu    [u Jiûj    0i\n)uovi  [kgiJXwç    êxr|     bùuu    ueià 

[tûjvJ    ■fov(é)oiv  •    eùxou   ùrrèp  rjjjuwv   peià  tJwv    cbfiujv  8. 

lujou  T6Kviov  \l\)q  èv  Oew]  kuî  juéxpi  [tiîç  £ujfjç; 
\xov  eùxouj    Tiepi  èpoû   Kai  irepl  ..." 

ii  De   Rossi,  Inscriptions*  christianae   Urbis  Romae,  t    I,   n.   288, 
datée  de  l'an  380. 

1 11  Rossi,  Bullettino,  iN<j2,  p.   114.  Ci'.  Wilpert,  dans  Rumische 
Quartalschrift,  t.  XX  (1906),  p.  19. 

3   I>i   Rossi,  Roma  sotterranea,  t.  III.  p.  .144-45. 
.    [hm,  Damasi  epigrammata,  co, 
15   Di  Rossi,  Inscriptiones  christianae  urbis  Romae,  t.  I,  n    1123.  La 
date  de  Tins,  ription  se  place  entre  560  et  578. 
CIG.  9545. 

(7)CIG.6973- 

(8)  O.  Marucchi,  Epigrafia  cristiana,  113. 

.  1  sotterranea  t.  II,  p  276,  tav.  xlvii,  25. 


l'invocation  des  martyrs.  127 

iùutuTTTjijj    |ur|Tpi    KanaviMm  ...    ai   èpfOTTOiw    eùxofu 

UTTtp     llULÙVj    '. 

'Pwun.    è[v]8âbe    KeÎTai    ■    amicre    'Pwun,     imtp     twv 
tékvwv   (Jou    Kai  toû   av6|)ôç  '-'. 

Nous  pourrions  aisément  multiplier  les  exemples,  rap- 
peler Grégoire  de  Nazian/e  montrant  sa  mère  Nonna  qui 
répond  aux  prières  de  ses  enfants  s,  exprimant  sa  confiance 
dans  l'intercession  de  son  père  l,  S.  Jérôme  consolant  la 
mèrede  Blésillapar  ces  paroles  :  «  Elle  prie  le  Seigneur 
pour  vous  et  m'obtient  à  moi  le  pardon  de  mes  péchés,  s  » 
tandis  qu'il  adresse  à  Paula  cette  acclamation  suprême  : 
«  Adieu.  Paula,  et  soutenez  par  vos  prières  la  vieillesse  de 
celui  qui  vous  vénérait.  Votre  foi  et  vos  (ouvres  vous  unis- 
sent au  Christ  ;  en  sa  présence,  vous  obtiendrez  plus 
aisément  ce  que  vous  demandiez  ''.  »  Voici  encore 
S.  Ambroise  adressant  cet  adieu  à  son  frère  Satyre  : 
«Quelle  consolation  me  reste-il,  si  ce  n'est  l'espoir  de  vous 
rejoindre  bientôt,  de  n'être  séparé  de  vous  que  peu  de- 
temps,  et  l'assurance  d'obtenir  par  votre  intercession  que 
\ous  puissiez  appeler  plus  tôt  celui  qui  nous  pleure  :.  » 

111D1:  Rossi,  Bullettino,  1865,  p.  52. 

(2)  Wilpert dans  Riimische  Quartalschrift,  t.  XX  1906',  p.  26,  tav. 
v-vi,  8. 

Kai    vûv    oûpavôGev    utf'     tTreûxeiui     f|ii€Tépoiaiv    eùxui\aîç. 
Carm.  II.  78,  P.  G.  t.  XXXVIII,  p.  52. 

(4)  Oratio  funebris  in  pat  rem  :  -rreiGouai  bi  on  Kai  Tf|  Trpea(kia 
vOv  uûMov  f\  TrpÔTepov  tq  biba<?Ka\iu  oaai  Kai  uâXAov  ÉTfilei 
Oetù   ràç  auniaxiKÙç  irebaç  àîroaciaduevoç.  P.  G.  t.  XXXV.    p.  990. 

15  Epist.xxv,  P.  L.  t.  XXII.  p.  473:  Pro  te  dominum  rogat  mihique 
vcniam  impetrat peccatorum.  Voiraussi  Bpist.  1  (ad  Heliod.)  ;  tune  ctpro 
nu  rogabis  qui  te,  ut  v'mceres,  incitavi.  P.  L.  t.  c,  p.  348  ;  Iîpist.  lxw,  z, 
P.  L.  t.  c,  p.  686. 

(6)  Epist.  cvm,  ^,  P.  L.  t.  XXII,  p.  906.  l'aie,  0  Paula,  et  cultoris  lui 
ultimam  seneetutem  orationibus  iuv.i.  I-'iJes  et  opéra  tua  Christo  te 
sociant,  praesens  facilius  quod  postulabas  impetrabis. 

7   De  ex  essufratris  Satyrî,  IL  135,  P.  L.  t.  XVI,  p.  1354. 


128  l'invocation  des  martyrs. 

Ces  citations  suffisent  amplement  à  démontrer  que 
l'invocation  des  âmes  des  défunts  était  une  pratique  cou- 
rante. Or,  les  morts  auxquels  montent  ces  prières  ne  sont 
point  des  martyrs  ;  ils  sont  du  commun  des  fidèles.  S'il 
est  vrai  qu'il  y  a  parmi  eux  des  enfants,  on  constate 
aisément  que  ce  n'est  point  le  grand  nombre  ;  ces  défunts 
sont  de  tout  âge,  et  on  peut  le  croire,  de  toute  condi- 
tion. Mais  il  faut  remarquer  que  ceux  qui  les  implorent  ne 
sont  pas  des  chrétiens  quelconques. Ce  sont  leurs  parents. 
le  père,  la  mère,  le  lils,  le  frère,  l'époux,  ou  généralement 
ceux  qui  ont  fait  graver  l'épitaphe. 

Si  la  coutume  persista  longtemps,  il  est  à  noter  que  les 
repères  chronologiques  fournis  par  l'étude  des  catacom- 
bes romaines  permet  de  la  faire  remonter  très  haut  ;  ce 
sont  les  cimetières  souterrains,  et  non  leurs  régions  les 
moins  anciennes  qui  en  ont  fourni  le  plus  grand  nom- 
bre '.  L'invocation  des  âmes  bienheureuses  n'est  donc 
point  une  pratique  d'introduction  récente  et  que  l'on 
aurait  vu  naître  aux  âges  de  la  paix.  Seulement,  elle  tend 
de  plus  en  plus  à  se  restreindre  aux  martyrs.  Ici  encore 
l'épigraphie  nous  apporte  de  nombreux  témoignages. 

Domina  1  ïassilla  commandamus  tibi  Crescenti- 
nus  et  Micina  filia  nostra  Crescen  que  vixit  men- 
ées) x  et  d(i)es...J 

Somno  heternali  Aurelius  Gemellus  qui  bixit 
an...  et  meses  vin  dics  xvill  mater  fiiio  carissimo 
benae  merenti  fecit  in  pa(ce).  (c)onmando  Bas- 
sila  innocentia  Gemelli  "'. 

i    (  ■.  lu   Ro  si,  Bullettino,  1873,  p.  72. 
j   Musée  «lu  Latran,  VIII,  17.  Maki  (  cm,  tav.  LI. 
Musée  du  Latran,  VIII,  [6. 


l'invocation  des  martyrs.  129 

Sancte  Laurenti  suscepta  abeto  anim  am    '. 

Salba  me  domne  Crescentione  \ 

Aureliae  Mariae  puella  virgini  innocentissi- 
mae...  martyres  sancti  in  mente  havite  Maria  3. 

Cyriace...  ad  quietem  pacis  translata  cuique 
pro  vitae  (testi)monium  sancti  martyres  apud 
Deum  et  Christum  erunt  advocati  «. 

Santé  Suste  in  mente  habeas  in  horationes 
Aureliu  Repentinu  \ 

Ippolite  in  mente  Petru...  peccatore  ,;. 

Refrigeri  Ianuarius,  Agatopus,  Felicissimus 
martyres  7. 

Refrigeri  tibi  domnus  Ipolitus  8. 

Sancti  Petr(e)  Marcelline,  suscipite  vestrum 
alumnum  ». 

Nous  ne  pouvions  négliger  ces  textes  épigraphiques  qui 
malheureusement  se  refusent  à  un  classement  chronolo- 
gique,  et  dont  la   majeure   partie  appartient  visiblement 

(1)  Mommsen,  Inscriptiones  regni  Neapolitani,  6736. 

(2)  Marucchi,  Guida  del  cimitero  di  Priscilla  iRoma,  1903),  p.  56. 
(31  CIL.  V.  1636. 

(4)  De  Rossi,  Bullcttino,  1864,  p.  34. 

(5)  De  Rossi,  Roma  sotterranea,  t.  II,  p.  17. 

(6)  De  Rossi.  Bullcttino,  1883,  pp.  104,  107. 

(7)  De  Rossi,  Bullettmo,  1863,  p.  3-4. 

181  Aringhi,  Roma  subterranea,  t.  II,  p.  60;  Reinesics,  Syntagma 
inscriptionunt  antiquarum.  XX.  326. 

191  Davanzati,  Notizie  délia  basilica  di  santa  Prassede  (Roma,  17251. 
p.  211. 

Cuit.  Mart. 


\& 


130  l'invocation  des  martyrs. 

à  une  époque  où  l'invocation  des  martyrs  est,  de  l'aveu  de 
tous,  universellement  pratiquée.  Les  écrivains  ecclésias- 
tiques sont  ici  des  informateurs  plus  précis.  Nous  n'irons 
pas  chercher  chez  eux,  cette  fois,  la  théorie  de  l'invoca- 
tion des  saints,  mais  l'attestation  des  laits  qu'il  nous 
importe  de  constater.  Toutefois,  pour  bien  déterminer  la 
portée  des  témoignages  très  nombreux  épars  dans  leurs 
traités  ou  dans  leurs  homélies  —  et  il  ne  peut  être  ques- 
tion ici  de  les  citer  tous  —  nous  ferons  remarquer  qu'au 
point  de  vue  spéculatif  il  convient  de  ne  pas  confondre, 
comme  on  le  fait  parfois,  les  notions  d'intercession  et 
d'invocation  '. 

L'intercession  peut  être  un  acte  spontané  qui  ne  sup- 
pose pas  nécessairement  que  l'on  soit  sollicité.  Il  suffit, 
pour  admettre  que  les  saints  sont  nos  intercesseurs 
auprès  de  Dieu,  de  savoir  qu'ils  s'intéressent  à  nous  et 
que  Dieu  écoute  leurs  prières.  Si  l'invocation  ne  va  pas 
sans  la  croyance  au  pouvoir  d'intercession,  elle  s'ap- 
puie également  sur  la  persuasion  que  non  seulement  nos 
besoins,  mais  encore  nos  suppliques  arrivent  à  la  connais- 
sance des  saints.  I!  y  a  corrélation  entre  les  concepts  en 
ce  sens  que  l'invocation  s'appuie  sur  l'idée  d'intercession, 
mais  non  réciproquement.  La  distinction  a  son  importance 
théorique,  et  il  ne  serait  pas  permis  d'en  faire  abstraction, 
s'd  s'agissait   de  rechercher  dans  les   écrits   des  pères  les 


(1)  Outre  les  ouvrages  que  nous  avons  déjà  indiqu   -,  nous  citerons 

me  plus  importants  pour  la  connaissance  des   textes  patristiques, 

II.   R    PercivaLj  The  invocation  of  Saints,  London,  1896 ;   H.   M.  Luc- 

kock,  After  f>i<uh,  new  impression,  London,  n<>2;  A   J.  Mason,  l'ur- 

gatory,  the  rul  depurted,  Invocation  <>/  Saints,  London, 

igot  ;  D.  Stone,   rhe  invocation  0/ Saints,  new  édition,  London,  1909; 

'    le  développement    'l'un  article  puni  dans  le   Church  Qiuirkrly 

janvier,   iSjj  ;   H.   F.   Stewart,   Doctrina   Romanensium  de 

Invocatione  sunctorum,  London,  1907. 


l'invocation  des  martyrs.  131 

éléments  d'une  métaphysique  du  culte  des  saints.  Nous 
n'avons  ici  qu'à  établir  des  faits,  et  sous  ce  rapport  la 
nuance  perd  beaucoup  de  sa  valeur.  Quand  nous  con- 
statons comment,  dans  le  culte  de  leurs  morts,  les  chré- 
tiens passaient  logiquement  de  la  croyance  à  la  pratique, 
et  que  L'idée  des  bons  offices  qu'ils  pouvaient  attendre  des 
âmes  de  leurs  proches  se  traduisait  par  des  recommanda- 
tions et  des  prières,  il  faudra  conclure  que  la  doctrine  de 
l'intercession  des  saints  n'a  pu  être  admise  sans  avoir  pour 
corollaire  inévitable  l'invocation. 

Il  est  difficile,  bien  qu'on  l'ait  essayé,  de  contester  l'im- 
portance du  texte  d'Hippolyte  (f  c.  235)  dans  son  Commen- 
taire sur  Daniel,  malgré  la  forme  oratoire  de  ce  passage. 
Le  docteur  s'adresse  aux  trois  enfants  dans  la  fournaise  '. 
c  Dites-moi,  s'écrie-t-il,  vous  trois  enfants  —  souvenez- 
vous  de  moi,  je  vous  en  prie,  afin  que  j'aie  part  à  votre 
sort,  au  martyre  —  dites-moi,  quel  était  le  quatrième  qui 
marchait  avec  vous  au  milieu  de  la  fournaise  ?  »  L'inter- 
ruption ne  se  comprend  guère  si  la  pratique  de  se  recom- 
mander aux  martyrs  était  alors  totalement  ignorée.  Nous 
n'insisterons  pas  outre  mesure  sur  une  page  d'Origène 
(f  252)  souvent  commentée,  où  il  permet  d'adresser  «  des 
supplications  aux  saints  seulement,  à  un  Paul  ou  à  un 
Pierre,  pour  qu'ils  nous  aident  et  nous  rendent  dignes  de 
sentir  les  effets  du  pouvoir  qui  leur  a  été  accordé  pour  le 
pardon  des  péchés  -.  »  S'agit-il  ici  des  saints  vivants  ou  de 
ceux  qui  sont  dans  la  gloire?  Les  deux  interprétations  ont 
été  proposées3,  et  en  dépit  de  l'obscurité  du  contexte,  nous 
n'oserions  écarter  la  seconde.  Quoi  qu'il  en  soit,  et  maigre 

(l)  Comment,  in  Danielem,  II,  30,  Bonwetsch,  p.  90. 
[a]  De  oratione  XIV,  6,  Koctschau,  p.  333.  Cf.  Ch.  3igg,  The  Chris- 
tian Platonists  0/ Alexandria  (Oxford,  18S61,  p.  185. 
(3)  Voir  Analect.  Bolland.,  t.  XXVIII,  p.  183. 


132  l'invocation  des  martyrs. 

certaine  hésitation  apparente  qui  s'explique,  dans  ses 
commentaires,  par  la  recherche  de  l'expression  scientifi- 
que de  la  croyance  commune,  Origène  professe  non  seule- 
ment le  pouvoir  d'intercession  des  anges  —  ceux-ci  nous 
viennent  en  aide  sans  en  être  priés  '  -  mais  il  l'attribue 
formellement  aux  martyrs  Lorsqu'il  exhorte  son  ami 
Ambroise  à  ne  point  redouter  la  confession  de  la  foi  par 
égard  pour  sa  famille  qu'il  laisserait  privée  de  son  appui, 
il  lui  explique  qu'en  présence  de  Dieu  il  pourra  être  utile 
aux  siens  en  priant  pour  eux  plus  efficacement  et  avec  une 
meilleure  connaissance  de  leurs  besoins  -'. 

D'autres  souvenirs  de  la  persécution  sont  en  parfaite 
harmonie  avec  ces  idées.  A  Alexandrie  la  martyre  Pota- 
mienne,  en  reconnaissance  de  la  sympathie  et  des  bons 
offices  de  Basilide,  le  soldat  chargé  de  la  mener  au  sup- 
plice, lui  promet  d'intercéder  pour  lui  lorsqu'elle  sera  en 
présence  du  Seigneur  ".  Dans  la  Passion  des  martyrs  afri- 
cains Montanus  et  Lucius  nous  entendons  les  lidèlcs  se 
recommander  au  souvenir  de  ce  dernier  l.  La  vierge 
Théodosie  de  Tyr  allait  trouver  les  confesseurs  appelés 
devant  le  juge,  et  les  priait  de  se  souvenir  d'elle  lorsqu'ils 
seraient  parvenus   a   leur  lin  bienheureuse  ''.   Corneille  et 

ii  Contra  fV/.v;/»/,  VIII.  64  :  ù'iare  xo\uâv  t'iuûç  X^yeiv  ôti  àvOpuj- 
ttoiç  utT'i  rrpoaipéaeuuç  irpc-TiGeuévoiç  tù  xpeiTTova  eûxop^voiç 
tlU  0eât  uupiai  ticXn.TOi  auveûxovTai    buvâpeiç   iepai   aupirapé- 

xouaai  tûj  êîTiKripuj  ?|uiî>v    ft'vti  Kaî  iV   oiixwç  eùroi,   auvcrfoviwcTai. 

KOI    ■  5(   HAÏ  .     t.  II,  p.   ï80. 

1)1  ml  martyrium,  37  :    irappn.<rlav   ùvuKaupûvwv  Trpôç 

I6PY6T6ÎV  aùroùç,   '[)i\oç  -fevôuevoç.  0eûj...  38  :  totê    fàp...  auve- 
TiiiTffiov  jrepl  ctuTtûv  eûEij.  Kobtschau,  p.  35-36 
Busèbi  .  Hist.  et   !..  VI,  5. 
Passio  SS.  Montant  et  Lucii,  ni  II..  600g,  n.  1.;. 
(5)]  .  De  martyr ibus  Palaestmae,  7,  t,  Schwartz,  p.  922.  On 

peul  I  ta  Fructuosi,  BHL.  3196;  c.  1,  l'évéque  est  en 

prison  :  erat  autem  et  fraternitas  cum  ipso,  >  rig  vantes  et  rogantes  ut 
illos  in  mente  haberei  .  D'heure  du  supplice  un  chrétien  s'appro- 


l'invocation  mes  martyrs.  133 

Cyprien,  tous  les  deux  dans  l'attente  du  martyre,  s'enga- 
gent à  ne   point   cesser  de  s'entr'aider  par  leurs  prières, 

alors  même  que  l'un  d'eux  serait  appelé  à  Dieu  '.  et  l'évê- 
quede  Carthage,  exhortant  les  vierges  à  la  persévérance, 
les  supplie  de  ne  p. .s  l'oublier  lorsqu'elles  seront  dans  la 
gloire  -'. 

Les  textes  établissant  de  la  manière  la  plus  tonnelle  non 
seulement  la  croyance  à  l'intercession  mais  la  pratique  de 
l'invocation  des  martyrs  sont  particulièrement  abondants 
dans  les  œuvres  des  pères  Cappadociens.  Dans  S.  Basile 
(y  379)  d'abord.  Si  l'on  peut,  à  la  rigueur,  taire  la  part  de 
la  rhétorique  dans  certaines  apostrophes  qu'il  adresse  aux 
martyrs  •",  il  est  d'autres  passages  où  cette  influence  ne  se 
fait  nullement  sentir,  et  l'on  ne  saurait  désirer  aucun 
témoignage  plus  précis  que  ces  lignes  où  il  énumère  les 
laveurs  accordées  par  S.  Marnas  à  ses  dévots  :  «  Souve- 
nez-vous du  martyr,  vous  tous  qui  ave/  joui  de  sa  présence 
dans  des  songes,  vous  tous  qui  êtes  venus  ici  et  avez 
trouvé  son  appui  clans  la  prière  :  vous  tous  qui  ave/ 
appelé  son  nom  et  qu'il  a  assistes  dans  vos  travaux  ;  vous 
qu'il  a  ramenas    de   voyage,  cpi'il  a   relevés  de    vos  mala- 

chc,  et  apprehendit  dexteram  eius  yo^ans  ut  siti  memor  esset.  Cui  sanctus 
Fructuosus  cunctis  audientibus  clara  voce  respondit  :  in  mente  me  habere 
;se  esc  ecclesiam  catholicam  ah  oriente  usque  m  occidentem  diffusant. 
De  même  les  Acta  lulii,  BHL.  4555,  c  5.  Hesychius,  son  compagnon 
de  captivité,  lui  dit  :  Obse^ro  te,  lui/,  eum  gaudio  a  mple polliciiationem 
tuam  et  accipe  coronam  quant  Dominus  conpientibus  se  dare  promisit  et 
memor  esto  mei. 
11    Cyprien,  Epist.  6o,  5,  Hartel,  p.  ^95. 

De  habitu  virginum,24,  Hartel,  p.  205:    Tantum   mementote  tune 
tri,  i  mu  incïpiet  in  virus  virginitas  honorari. 

■  IL  mil.  in  XL  martyres,  S  :  "Q  xwpoç  crfioç,  w  aûvrcrfaia  iepôv, 
ùj  ouvaOTriauoç  àppart'iç,  û>  xoivoi  cpûXotKeç  toû  yévouç  tijDv  àv6ptû- 
ttujv,  à-f«Ooi  Koivwvoi  (ppovtibujv,  ben,a€ujç.  auvepYoi,  TrpeajkuTai 
buvaxiiiTOToi,  àaxépeç  jf\ç  oÎKouu.évn.ç,  âv6n,  twv  éKK\n.mwv.  P.G.t. 
XXXI.  P.  525. 


134  l'invocation  des  martyrs. 

dics,  vous  dont  il  a  rappelé  à  la  vie  les  enfants,  vous  dont 
il  a  allongé  les  jours,  réunissez  toutes  ces  faveurs  pour 
célébrer   son  éloge  '.  » 

S.  Grégoire  de  Nazianze  (y  c.  390)  n'est  pas  moins  for- 
mel. On  a  certes  le  droit  de  révoquer  en  doute  la  réalité 
historique  de  l'épisode  où  il  nous  montre  une  vierge  invo- 
quant, dans  un  danger  pressant,  la  vierge  Marie  2  ;  néan- 
moins il  implique  nécessairement  la  pratique  courante  de 
l'invocation  au  temps  de  l'orateur  "'.  Et  lui-même  adresse 
au  martyr  Cyprien  une  ardente  supplication,  et  lui  recom- 
mande tous  les  graves  intérêts  qui  lui  tiennent  à  cœur  *  ; 
puis  ailleurs  il  appelle  surCésaire  son  frère,  la  protection 
des  martyrs  auprès  desquels  il  repose  : 

TeiToveç,  eùuevéorre  koù  èv  kô\ttoio"i  c-éxotcrBe, 
uôpTupeç,  ùueTtpoiç   mua  tô    rpn/ropiou  s- 

Il  est  à  peine  nécesssaire  de  rappeler  S.  Grégoire  de 
Nysse  (f  395)  et  son  panégyrique  de  S.  Théodore,  où  il 
supplie  le  saint  de  réunir  le  chœur  de  ses  frères  les  mar- 


(i)  Oratio  tn  S.  Mamantem,  BHG2.  1021,  26. 
2]  Oratio  in  S.  Cyprianum,  P.  G.  t.  XXXV,  p,  1181. 

(3)  Ce  n'est   que  par  les  entraînements  de    la    polémique  que    l'on 
explique  mmentaires  comme  celui   d'Andrewes  sur  ce  passaj 

•  Atpuella  ibi  virginem  Mariant  invocabal  Sed  an  factum  pucllae  statu- 
tum  tcclcsiae  ?  an  ex  puellarum  factisfidei  nobisfigenda  régula  est  ?  Dans 
Responsi''  là  <  ard  Bellarmini  apologiam,  42.  Cité  (huis  Luckock,  A/ter 

lu  oè  nuâç  éiroirreûotç  ùvujHév  i'\eiuç  ku'i  tôv  riuerepov  butii- 
•foiç  XiVfov  k«'i  piov,  K(ù  to  itpov  toOto  ttoîuviov  ttoiucuvoiç  f) 
dUUTTOlualvoiç,  tù  té  ù\\u  tûftôvuiv.  liiç  oiôv  Te  irpoç  tô  Pé'Atigtov 
kui  toùç  papeîç  Xûkouç  àTTOTTeumôuevoç,  toùç  6n.peuTàç  twv  au\\a- 
kui  tûjv  Xe'Seuiv.  Oratio  in  V.  Cyprianum,  19,  P.  G.  t.  XXXV, 
on  de  l'éloge  de  S.  Basile  rappelle  cette  invocation: 
Zù  l  nTOTTT€Ûoiç,  J)  Oeia  Kai  lepà  Ke<pa\n.  kx\.  Oratio  m  Basi- 

lium,82,  /'.  G.  t.  XXXVI,  p.  604. 

I  bitaph.  m  Cacsarium  XX,  /'.  G.  t.  XXXVIII,  p.  20. 


l'invocation  DES  MARTYRS.  135 

tyrs  et  de  joindre  aux  siennes  L'effort  de  leurs  prières  afin 
d'obtenir  les  faveurs  qu'il  vient  d'énumérer  '. 

Avant  lui.  S  Cyrille  de  Jérusalem  (f  386)  enseignait 
déjà  que  dans  la  liturgie  on  l'ait  mémoire  des  patriarches, 
des  prophètes,  des  apôtres,  des  martyrs  «  afin  que  Dieu 
par  leurs  prières  et  leur  intercession  accueille  nos  suppli- 
cations 

De  son  coté  S.  Ambroise  (f  3971  engage  les  fidèles  à 
adresser  leurs  prières  aux  martyrs.  <  Ils  peuvent,  dit-il, 
demander  grâce  pour  nos  péchés,  eux  qui  ont  lavé  leurs 
péchés,  s'ils  en  avaient,  dans  leur  propre  sang  ;  ils  sont 
les  martyrs  de  Dieu,  nos  chefs,  les  témoins  de  notre  vie 
et  de  nos  actions.  Ne  rougissons  pas  de  les  prendre 
comme  intercesseurs  dans  notre  faiblesse.  Eux  aussi  ont 
connu  les  faiblesses  du  corps,  même  en  les  domptant  3.  » 

Il  pourrait  paraître  superflu  de  citer  parmi  les  témoins 
de  la  pratique  de  l'invocation  des  martyrs  S.  Jean  Chry- 
sostome  (f  4071,  qui  y  fait  de  fréquentes  allusions  dans 
ses  discours,  et  dont  les  panégyriques,  qui  sont  une  per- 
pétuelle exhortation  à  la  confiance  dans  le  pouvoir  des 
martyrs,  comptent  parmi  les  plus  beaux  monuments  du 
culte  des  saints. 

En  toute  occasion  il  exhorte    les   fidèles  à  solliciter  les 


1  Oratw  de  S.  Theodoro,  P.  G.  t.  XLVI.  p.  746-47- 

2  Eîtci  luvriuoveûojaev  Kai  twv  TrpoKeKoiun.uévujv,  irpiûrov  trarpi- 
apxûjv,  Trpocpr|TUJv,  <Jitogtô\uuv,  uaprùpiuv,  ôttuuç  ô  0eàç  Taîç  eùxaîç 
aÙTiûv  Kai  irpea^tiaiç  TrpoabéEn'nu  f|uû>v  t^v  bér|0iv.  (  atech.  mysta- 
gog.  V.   (j.  P.  G.  t    XXXIV.  p.  1116. 

De  Vidais,  IX, 55.  /'.  L.  t.  XVI,  p  2^1:  Martyres  obsecrandi, 
quorum  videmur  nobis  quodam  corpuns  pignore  patrocinium  vindtcare. 
uni  pro  peccatis  rogare  nostris,  qui  proprio  sanguine,  etiam  si  qua 
habueruni  peccata,  laverunt  ;  isti  enim  sunt  Du  martyres,  nostri  prae- 
suUs,  speculatores  vitae  aduumque  nostrorum.  Non  erubescamus  eus  vitcr- 
cessores  nustrae  infirmitatis  adhibere,  quia  ipsi  infirmitates  corports.  etiam 
cum  vincerent,  cognoverunt. 


136  l'invocation  des  martyrs. 

prières  des  saints  ',  à  s'adresser  dans  les  tribulations  aux 
martyrs  plutôt  que  d'aller  trouver  les  Juifs2  ;  il  leur  mon- 
tre l'empereur  lui-même,  embrassant  les  mausolées  des 
apôtres,  oubliant  sa  grandeur  et  les  suppliant  d'être  ses 
avocats  auprès  de  Dieu  ;  celui  qui  porte  la  couronne 
implore  le  patronage  d'un  fabricant  de  tentes  et  d'un 
pêcheur  5.  Le  jour  de  la  fête  des  saintes  Bernice  et  Pros- 
doce,  il  engage  le  peuple  à  retourner  souvent  à  leur  san- 
ctuaire, et  à  se  confier  en  la  puissance  d'intercession  de 
celles  qui  portent  en  leurs  corps  les  stigmates  du  Christ  '. 
On  sait  de  quelle  image  hardie  il  a  revêtu  la  même  pensée 
à  propos  des  saints  Juventin  et  Maximin,  et  le  moyen  âge 
n'a  pas  oublié  ces  martyrs  qui  se  présentent  à  Dieu  por- 
tant en  leurs  mains  leurs  têtes  sanglantes  5. 

(1)  Homil.  in  Genesim  XLIV ,  2  :  KaTacpeùyujiiev  |aèv  ém  xàç  tûjv 
ufiiuv  irpeapeiaç  xai  TtapaKaXuùuev  Ouate  ÛTrèp  r)iiuùv  ber|ef|vai.  P.G. 
t.  LUI,  p.  408. 

2)  Adv.  Iudaeos  or.  VIII,  6  :  Lin  ^pôç  toùç  è\Qpovç  aùtoû  KaTa- 
<p(ppjç....  àXXà  irpôç  toùç  cpiXouç  aùxoû,  toùç  LidpTupaç  toùç  àfiouç 
Kai  eùîipeOTriKÔTaç  aÛTw  Kai  iroWnv  ê'xovTaç  irpôç  aÙTÔv  Trappnoïav. 
P.  G.   t.XLVIII.p.  937. 

Homil.  in  rpist.  II  ad  Corinthios  XXVI,  5  :  Kai  yàp  oùtôç  ô  rf|V 
àXoupTÎba  TT6piKeÎLi€voç  àrrépxeTai  Ta  ar\uaTa  éKeîva  TrepircTutôiievoç 
Kai  tôv  TÛ(pov  àrroGéiievoç  ëaTtiKe  beôuevoç  tûjv  à-fiujv  ware 
aÙToO  TrpoaTfivai  irupà  tlù  OeJj  Kai  toû  aKtivoTroioO  Kai  toû 
dXit'wç  TrpoaTaTÔJv  Kai  TÉTeXeuTriKÔTUiv  beÎTai  ô  tô  hidbr|Lia  è'xwv. 
P.  G.  t.  LX,  p.  582. 

Homilia  in  sam  ta  B<  micen  et  Prosdocm,  7  :  Kai  uri  liôvov  iv  xf] 
nue'pa  Tf|ç  éopTf)ç  toùthc.  àXXà  Kai  ev  ÉTe'paiç  ri,ue"paiç  Trpoaebpeù- 
ujiaev  aÙTaîç,  TrapaKaXtûjLiev  aÙTdç,  àEiûiuev  -fevéaBai  irpoaTdTibaç 
r 1 1 1  '  1 1  v  •  TroXXi']v  yàp  » ' >- " o '  >  1  irappriaiav  oùxi  tûioax  uôvov  àXXà  Kai 
TeXfUTriaaaai,  Kf/.i  ttoXXûj  uâXXov  TeXeuTrîaaaai.  Nûv  yàp  tù 
OTifuuT'/.  qpépouai  toû  Xpicrroû  '  xà  hi  ori-fuuTu  érnbeiKvùiuevai 
va  irdvTa  bûvavTui  ireîaai  tôv   paaiXe'a.    P.  G.  il,,  p.  640. 

Homilia  in  sanctos  Iuvcntinum  il  Maximinum,  3  :  KaBdrrep  Yàp 
ol  'TTpuTHiiTui  Tpaùu(/.T((  nTi^eitavTf  ç,  arrep  ï?k  tûjv  ttoX€luwv 
ov,  u.T'i  TTupftriaîaç  tmi  (JacuXel  biaXerovTai  '  oOtuu  Kai  oùtoi 
Tàç  KerpaXàç  dç  drceTMnOnoav  mi  tiîiv  xflP,i,v  paffTdZovxeç  Kai 
eiç  Lt^rrov  Trapd-fovTcç,  eùkôXujç  ftiravra,  8o*a  âv  Be'Xumi,  trapà  tûj 
PaaiXeî  tûjv   oùpavûjv    dvùeiv  bùvavTai.    P.  G.  t.  L,  p.  576. 


l'invocation  des  martyrs.  137 

S'il  en  était  besoin  encore,  nous  citerions  S.  Augustin, 

lui  aussi  grand  promoteur  de  la  dévotion  aux  martyrs, 
par  ses  actes  épiscopaux  non  moins  que  par  son  œuvre 
littéraire,  où  les  récits  des  faveurs  obtenues  par  l'interces- 
sion des  saints  comme  aussi  les  exhortations  prononcées 
le  jour  de  leur  fête  tiennent  une  place  si  considérable.  Le 
saint  docteur  distingue  nettement  entre  les  martyrs  et 
les  autres  fidèles.  «  La  justice  des  martyrs  est  parfaite, 
dit-il  ;  ils  ont  acquis  la  perfection  dans  leur  passion.  Aussi 
L'église  ne  prie-t-elle  point  pour  eux.  Elle  prie  pour  les 
autres  fidèles  défunts;  elle  ne  prie  pas  pour  les  martyrs. Ils 
sont  sortis  de  ce  monde  si  parfaits  qu'au  lieu  d'être  nos 
clients  ils  sont  nos  avocats  '.  » 

La  confiance  des  fidèles  dans  l'intercession  des  mar- 
tyrs est  sans  bornes  et  l'on  a  recours  à  eux  dans  toutes 
les  nécessités.  On  a  entendu  S  Basile  détailler  les  bien- 
faits que  les  chrétiens  attendent  d'eux.  Théodoret  traite 
le  sujet  avec  non  moins  d'éloquence.  «  Ceux  qui  sont  bien 
portants  demandent  la  conservation  de  leur  santé,  et 
ceux  qui  se  débattent  contre  la  maladie,  la  iiiiérison. 
Ceux  qui  n'ont  point  d'enfants  vont  en  demander  aux 
martyrs,  les  femmes  stériles  les  invoquent  pour  devenir 
mères,  et  ceux  qui  jouissent  de  cette  bénédiction  les  sup- 
plient de  la  leur  conserver.  Ceux  qui  entreprennent  quel- 
que voyage  veulent  les  avoir  pour  compagnons  et  pour 
guides,  et  ceux  qui  en  reviennent,  vont  leur  porter  le 
tribut  de  leur  gratitude.  là  ils  ne  vont  pas  à  eux  comme 
à  des  dieux  mais  comme  à  des  hommes  divins  les  priant 
de  leur  servir  d'intercesseurs.  lit  la  preuve    que  la  prière 

lu  Sermo  cclxxxv.  5,  P.L.  t.  XXXVIII,  p.  1295  :  Murtyrum  perfecta 
iustitia  est  quoniam  in  ipsa  passionc  pcvfciii  sunt.  Ideo  pr<>  Mis  in  ccclc- 
sia  non  oratur.  Pro  aliis  fidelibus  defunctis  oratur,  pro  martyribus  non 
oratur  :  tant  enim perfecti c.xierunt  ut  non  sint  suscepti  nostri  sed  advocati. 


138  l'invocation  des  martyrs. 

faite  avec  foi  est  exaucée  se  trouve  dans  les  ex-votos  attes- 
tant les  guérisons.  Ces  offrandes  représentent  des  yeux, 
des  pieds,  des  mains  en  or  ou  en  argent.  Car  leur  maître 
accepte  les  hommages  simples  et  modestes,  mesurant  le 
présent  aux  moyens  de  celui  qui  l'offre.  Ces  objets  attes- 
tent les  guérisons  obtenues  par  ceux  qui  les  ont  apportées 
en  même  temps  qu'ils  proclament  la  puissance  des  morts 
qui  sont  là  »  '. 

L'usage  des  àvaôrmaxa,  si  conforme  à  la  nature  et  si 
usité  chez  les  païens  "2  apparaît  de  bonne  heure  dans  les 
basiliques  chrétiennes.  S.  Grégoire  de  Nazianze  se  plaint 
des  vols  sacrilèges  qui  eurent  lieu  sous  Julien.  o"ûXn,o"iv 
àva0n,u(rnjuv  Te  kcù  xP'IMÔtuuv  \  Isidore  de  Péluse  approuve 
la  pratique,  tout  en  préférant  l'honneur  rendu  aux  mar- 
tyrs par  l'imitation  de  leurs  vertus  4. 


(n  Théodoret,  Graecorum  affect.  curatio,  vin,  63  :  Kai  oi  m^v 
irfmivnvTtç  uiToûai  Tf|ç  ûyeiaç  xr\v  cpu\aKr|v,  oi  oé  xivi  vôauj  ira- 
XuiovTtç  rr\v  tiîiv  TTi<()t|uii.Tii)v  diraXXaY qv  ■  aÎToOai  bè  Kai  oVfOvoi 
Traîbaç,  xui  orépicpai  irapaKaXoûai  f€vèaQai  utiTépeç,  Kai  oi  Tf|0"oe 
Tf|C  buip<-«ç  (im>\uûo"avTeç  ùtioOaiv  dpria  aepiou  rpu\«x6nvai  xà  biû- 
pa  '  Kai  oi  uèv  tiç  riva  àirobniwav  crreMôuevoi  Xutapoûai  toûtouç 
Euvobovrrôpouç  -(tvéaQai  Kai  tîiç  ôboû  fpreuôvaç  '  oi  bè  Tf)ç  éiravô- 
bou  Tt-TwxnK(')TeÇ  T,'lv  Tn?  XI'IIITI,:  b|Ho\oYÎav  irpodcpf'pouaiv,  oùx 
tbç  Beoîç  aÙToîç  -rrpoaiôvTtç,  àXX3  ibç  Oeiouç  àvOpiijTrouç  ùvti- 
poXoOvreç  Kai  -fevéaQm  irpeapturàç  urrèp  acpwv  irapaKaXoOvTeç. 
"Oti  bè  Ti>TX(ivoumv  ujv-rrcf»  aiToÔffiv  oi  TTtaTuJç  ^TTaffeWnvTeç,  dva- 
qpavbôv  uapfupeî  rà  toùtujv  àva8r|uaTa  rf\v  laTp€Îav  briXoOvxa 
Oi    jaèv    fùp   (KpHaXuniv,   oi    bè    irobOùv,    âXXoi   bê    xHllli,v    ipoo 

■  iv  ^KTUTTiuiiaTa-  Kai  oi  uèv  xpuaoO,  oi  bi  èl  BXrjç  [àpYÛpou] 
TT€TTOirméva.  AéxeTai  T'M1  "  toutuuv  bea-rrÔTriç  Kai  xà  ffuiKpd  té  Kai 
eôuiva,  rf|   toO   rrpoaqpépovTOç   buvduet  tu  btDpov  u< -rpinv.  An\oi  bè 

T'M'TU    TTfiOKn'llf-Va      TIIIV     TT  >  '  O  1  , 1  m  i  T 1 1 1 V     Tt]V     XÛO'IV,      f\Ç     <<  V<-  Tt  Mil    U  VI 1 1  II  Ù  I 

irapà  thiv  àpriuiv  -f-'f îvrmévwv.   TaOxa  bi  kiipùtth  tiÎiv  KHuèvmv 

thv   bûvumv.    Raî  Dl  i  .    p.    217. 

W.  H.  D.  Rouse,  Greel  •>.'.•;..<  ambndge,  [902;  G.  Pu  - 

11  rs,  Quaestiotn  maticcu,  Lugduni  Batavorum,  19113. 

In  Tulian.  1,86,  P.  G.  t.  XXXV,  p.  614. 

ist.  I,  189  :  koXôv   uèv  tô  tiuôv  toùc  (ndpxupaç  xfiç  eûae- 


l'invocation  des  martyrs.  139 

On  invoquait  les  martyrs  partout,  mais  de  préférence, 
et  rien  n'est  plus  naturel,  en  présence  de  leur  tombeau. 
C'est  là  que  s'obtiennent  les  grâces  éclatantes,  là  que 
s'opèrent  les  miracles  que  désormais  on  va  leur  de- 
mander. 

Durant  les  persécutions  on  constate   chez  les  fidèles  un 
grand  respect  pour  les  restes  des  martyrs  ;  leurs   reliques 
sont  un  trésor  auquel   ils   attachent  le  plus  grand  prix  '. 
Pourtant,  on  ne  voit  généralement    pas   qu'on  leur  attri- 
buât une  vertu  spéciale,  que  l'on  attendît  de  leur  contact 
quelque  effet  surnaturel.  Dès  avant  la  fin  du  IV    siècle  de 
nombreux   témoignages  permettent  de  constater,   qu'aux 
veux  des  fidèles,  une  vertu  réelle  découle  de  la  relique  elle- 
même.  «  Celui  qui  touche  les  os  du  martyr,  dit  S.Basile, 
participe  à  la  sainteté  et  à   la  grâce   qui  y  réside  !.  »  Et  il 
fait  remarquer  que  le  corps  de   sainte    fulitte  sanctifie  le 
lieu  où  il  repose  comme    il   sanctifie    ceux    qui  s'y  réunis- 
sent 3.  S.  Cvrille  de  Jérusalem  conclut  de  ce  que   les  mou- 
choirs et  la  ceinture  de  S.  Paul    (Act.  19,  21)   guérissaient 
les  maladies,  qu'il    n'est   pas   étonnant  que   les  corps   des 
saints    possèdent   la  même   vertu   *.   C'est    dans    ce    sens 
que  S.  Hilaire  de  Poitiers  (f  366)  disait  déjà,   bien  aupara- 
vant, en  parlant  du  Christ  :  Hune  apostolorum  et  martyr  um 
per  virtuium  operationes  loquuntur  sepulchra  s.    Pour   S.  Gré- 


(kiaç   toîç     àva0r||uaaiv,    otrep    aùxôç    tT6TToir|Kaç   '    Kpeîxxov    bè.    tô 
eepaireûeiv  aùxoùç  oiç   érroiriaav  KctTop6d>f.iaaiv.  P.  G.    t.  LXXVIII, 

P-  304- 

1 1    Martyrium  Polycarpi,  xvm.  2. 

2  Sermo  in  Psalmum  CXV,  4  :  Nuvi  bè  ô  àijmiuevoç  ôcrreujv  p.dpTupoç, 
\auf5dvei  tivù  p.€Touatav  àYiaaiuoû  tK  xf|ç  tûj  auuiuaTi  irapebpeu- 
oûar|ç  x"piToç.  P ■  G.  t.  XXX.  p.  112. 

1  ;i  Homilia  de  S.  Julitta  :  àfiâÉei  faèv  tôv  tottov,  à-ptiZei  bi  toùç 
ei;  aûrov  auviôvraç.  /'.  G.  t.  XXXI  p.  241. 

14)  Catech.  XVIII.  16,  P.  G.  t.  XXXIV,  p.  1037. 

(5)  De  Trinitak,  XI.  3.  P.  L.  t.  X,  p.  401. 


140  l'invocation  des  martyrs. 

goire  de  Nazianze,  :  les  corps  des  martyrs  ont  le  même 
pouvoir  que  leurs  saintes  âmes,  soit  qu'on  les  touche,  soit 
qu'on  les  vénère  '  ;  »  et  il  attribue  aux  cendres  de 
S.  Cvprien,  en  même  temps  qu'à  la  foi  —  et  il  en  appelle 
à  l'expérience  de  ses  auditeurs  —  le  pouvoir  de  chasser 
les  démons,  de  guérir  les  maladies,  de  prévoir  l'avenir  *. 
Toucher  le  corps  d'un  martyr  était  une  faveur  ardemment 
convoitée,  rarement  obtenue  3. 

Et  cette  vertu  des  saints  corps  se  communique.  «  Em- 
brassons leurs  chasses,  dit  S.  Jean  Chrysostome  en  pré- 
sence du  tombeau  des  saintes  Bernice  et  Prosdoce  ;  les 
châsses  des  martyrs  peuvent  avoir  une  grande  puissance 
tout  comme  leurs  ossements  eux-mêmes  *.  »  Une  autre 
fois  il  conseille  de  toucher  les  sarcophages  des  SS.  Juven- 
tin  et  Maximin  \  On  emporte  comme  un  trésor  la  pous- 
sière qui  couvre  le  tombeau,  ou  bien  l'huile  sanctifiée 
par  le  voisinage  ou  par  le  contact  de  la  sépulture.  «Reti- 
rez-vous auprès  du  tombeau  du  martyr,  s'écrie  S.  Jean 
Chrysostome,  verse/  y  des  torrents  de  larmes,  brise/  votre 

(1 1  Adv.  Iulian.  I,  59  :  wv  kch  xà  miiiiuxa  p.6vov  ïaa  bûvavxcn  xaîç 
u'fûuç  U>UX°ÛÇ    r\  éq>aTTTÔ,ueva   P|   xiuumeva.    /'.  G.  t.  XWV,  p.  589. 

(2)  Oratio  in  S.  Cyprianum,  18  :  xt'^v  xûjv  bcnuôviuv  xaOaipeaiv,  xrçv 
xûjv  voaujv  KaxdXucnv,  xr]v  xoO  liiXXovToç  TrpÔYviuaiv,  a  rrdvxa  bû- 
vaxui  Kuirpiavoû  Kai  n  koviç  utxà  xf|ç  rtiaxeuuç  ibç  ïaaaiv  oi  TreTreipa- 
pivoi.    P.  G.  I     XXXV,  p.  [192. 

j  Grégoii  1  m  Nvssk,  Oratio  m  S.  Theodorum  :  eî  bè  Km  Kovtv  tic 
hm»1  cpépeiv  xr)v  érfiKei|aévr)v  xq  éirupavelq  r\\ç  (n'mrmjaeujç,  bw- 
pov  «)  \o\k  \ap.{$dv€Tai  Kai  (iiç  K€l|ir|\lOV  t)  ■())  (dp ..i.upiôexui.  P.  G. 
t.  XLVI,  p.  740. 

t    oratio  in   SS.  Bernicen  et  Prosdocen,  7  :    au|uiT\c/.KW|uev  aùxiDv 
-[Kaiç    "    bùvavxai    t"p    Kai   0f|Kai    luapxûpuiv    rcoMriv    f'x"v 
•Vivmuv.    u'nTTTfi'    ""v    Kiù   rà   àarQ    tuiv   ui/pTÙfiiiiv   TTo\\r]v    ê'xet  xt']v 
tffxOv.  P.  G.  t.  L,  p.  640. 

Oratioin  SS.  Iuventinum  et  Maximivum ,  3  :   ouvexûtç  rolvuv   aù- 
émxuipidZuJiUEv,   Kai  xfjç   \dpvaKOç   àitTdiiLieOa,    Kai  ptxà    rriaxe 
ujç    xoîç    Xeujmvoiç    m'mnv     irepnr\eKdJpe0a/    (va    eùX.O"rîav    Tivà    éru- 
(jTTfxau')Meea  éKeîôev.  /'.  G.  t.  L,  p.  576. 


l'invocation  des  martyrs.  141 

cœur,  prenez  sur  le  tombeau  une  eulogie,...  embrassez  le 
cercueil,  demeure/  cloué  à  la  châsse.  Ce  n'est  pas  seule- 
ment des  os  tles  martyrs  mais  de  leurs  tombeaux  que 
découlent  les  bénédictions.  Prenez  l'huile  sainte,  oignez- 
vous-en  tout  le  corps,  la  langue,  les  lèvres,  le  cou,  les 
yeux,  et  vous  ne  ferez  jamais  naufrage  dans  l'ivrognerie  » 

—  c'est  le  vice  que  l'orateur  sacré  avait  entrepris  de  com- 
battre '.  S.  Augustin  connaît  également  l'huile  du  san- 
ctuaire des  martyrs  et  rapporte  un  miracle  opéré  par  son 
application  -. 

Parfois  les  fidèles  versent  sur  le  tombeau  des  parfums  et 
des  onguents  dont  ils  emportent  ensuite  une  partie  comme 
des  reliques. Paulin  de  Noie  décrit  le  rite  dans  ses  détails  3. 
Des  miracles  s'opèrent  —  c'est  S.  Augustin  qui  les  rapporte 

—  par  des  fleurs  qui  ont  touché  aux  reliques  *,  ou  encore 
par  le  contact  d'un  vêtement  \ 

Tout  ceci  nous  ramène  à  l'usage  des  brandea  et  de  tout 
ce  qui  rentre  dans  la  catégorie  des  reliques  représentati- 
ves. En  Occident  on  finit  par  attacher  à  ces  intermédiai- 
res la  même  importance  qu'aux  reliques  réelles,  et,  à  en 
juger  par  la  question  posée  par  S.  Grégoire  dans  ses  Dia- 
logues '■,  on  dirait  même  qu'aux  yeux  de  beaucoup  de  gens 


1  Homilia  in  martyres  :  Trcxpdueve  tw  rdqpw  xoû  p.dpTupoç,  ëxxee 
iriTfùç  baKpûuuv  €K€Î,  aûvrpiijjov  rr|v  bidvoiav,  upov  eûXoYÎav  dira 
toû  rdqpou...  TTepiTr\(iKr|0i  xr]v  aopôv,  irpoar|\uu6riTi  rf|  Xdpvaxi  " 
oùxi  ta  ocra  laôvov  tûjv  uaprûpujv,  àk\à  kcù  oi  TOtqpoi  aûrûiv  kou 
ai  Xdpvaxeç  ttoWi'iv  (îpùoucnv  eûXofiav.  Adfîe  ëXaiov  ct-fiov  xai  kci- 
xdxpioôv  aou  ô\ov  to  aû)|ua,  rf\v  -f\wTxav,  rà  xe^>1<  T0V  Tpdxr|- 
Xov,  toùç  ôqpôaXuoûç,  Kai  oùbénoTe  éurreari  eiç  to  vaudyiov  Tf|ç 
iué6riç.    P.  G.  t.  L,  p.  664. 

Dé  civitate  Dei,  XXII,  8,  18. 
13)  Carmen,  XXI,  590-600.  Haktel,  p.  177-78. 
4    De  civitate  Dei.  XXII,  8,  10. 

De  civitate  Dei,  XXII,  8,  16,  17. 
6    Dial.,  IL38,  P.  L.  t.  LXVI,  p.  204. 


142  l'invocation  des  martyrs. 

les  simples  patrucwia  avaient  plus  d'efficacité  que  les  corps 
saints  eux-mêmes.  S'il  fallait  ajouter  foi  à  un  récit  de 
Grégoire  de  Tours,  on  caserait  arrivé  peu  à  peu  à  une 
conception  singulièrement  matérielle  de  la  vertu  des 
saintes  reliques  dont  les  brandea  ou  palliola  s'imprégnaient 
à  leur  contact.  Il  s'agit  du  tombeau  de  S.  Pierre  à  Rome. 
«  Ce  tombeau,  placé  sous  l'autel,  est  un  ouvrage  des  plus 
rares. Celui  qui  veut  y  adresser  des  prières,  ouvre  la  grille 
qui  l'entoure,  s'approche  du  sépulcre,  et,  passant  sa  tête 
par  une  petite  fenêtre  qui  s'y  trouve,  il  demande  ce  dont 
il  a  besoin  ;  ses  prières  sont  aussitôt  exaucées,  pourvu 
seulement  qu'elles  soient  justes.  Désire-t-il  rapporter  du 
tombeau  quelque  relique,  il  y  jette  un  morceau  d'étoffe 
qu'il  a  d'abord  pesé  ;  ensuite,  dans  les  veilles  et  le  jeûne, 
il  prie  avec  ardeur  que  la  vertu  apostolique  daigne  exaucer 
son  désir.  Chose  admirable  !  si  la  foi  de  celui  qui  agit 
ainsi  est  suffisante,  l'étoffe,  quand  on  la  retire  du  tombeau, 
se  trouve  si  remplie  de  la  vertu  divine,  qu'elle  pèse  beau- 
coup plus  qu'auparavant.  Par  là,  celui  qui  la  reprend  peut 
être  assuré  que  sa  prière  a  été  exaucée  '  ».  Cette  page  de 
Grégoire  de  Tours  a  une  teinte  fortement  légendaire,  et  il 
est  difficile  de  se  persuader  que  la  bizarre  épreuve  de  la 
balance  ait  jamais  été  pratiquée.  Mais  que  dire  de  l'état 
d'esprit  qui  n'hésite  pas  à  reproduire  de  pareilles  anecdo- 
tes ? 

Multiples  sont  les  vertus  attribuées  aux  reliques.  Celle 
que  l'on  voit  le  plus  universellement  proclamée,  c'est  leur 
pouvoir  sur  les  démons. 

1  t'.'jà  du   temps  de  S.  Hilaire,  il  se  passait  dans  les  basi- 


1    In  florin  martyrum,  28,   traduction  Bokdier,  p.  74-75.  Voir  aussi 
De  virtutibus  S.  Martini,  I,    11. 


l'invocation  des  martyrs.  143 

liques,  à  ce  que  l'on  racontait,  des  scènes  extraordinaires. 
«Les  ossements  vénérables  des  martyrs,  dit-il,  témoi- 
gnent tous  les  jours  de  notre  victoire  sur  le  diable  ;  auprès 
d'eux  les  démons  mugissent,  les  maladies  sont  chassées  ; 
on  voit  des  hommes  élevés  en  l'air  sans  soutien,  des 
femmes  suspendues  par  le  pied  sans  que  leur  vêtement 
retombe  sur  leur  visage,  les  esprits  brûlent  sans  flammes, 
dans  leurs  tourments  ils  confessent  la  vérité  sans  être 
interrogés  '.  »  La  description  de  S.  Jérôme  dans  sa  lettre 
à  Eustochium  renferme  plusieurs  traits  analogues  Paula, 
dit-il  «  voyait  les  démons  vociférer  dans  les  tourments  ; 
devant  les  tombeaux  des  saints  elle  entendait  des  hommes 
hurler  comme  les  loups,  aboyer  comme  les  chiens,  rugir 
comme  le  lion,  siffler  comme  le  serpent,  mugir  comme 
le  taureau  :  d'autres  agitaient  leur  tête  en  cercle  et  la 
rejetaient  en  arrière  jusqu'à  toucher  le  sol  ;  des  femmes 
étaient  suspendues  par  le  pied  sans  que  leurs  vêtements 
retombassent  sur  leur  visage  *.  »  D'après  S.  Jérôme  ces 
étranges  spectacles  avaient  lieu  à  Sébaste  au  tombeau  de 
S.  Jean-Baptiste.  Il  est  bien  étonnant  que  les  détails 
caractéristiques  les  plus  importants  communs  à  S.  Hilaire 
et  à  S.   Jérôme   se   retrouvent   dans  Sulpice   Sévère,  à 


(1)  Contra  Constantium  imp.,  8  :  Diabolum  enim  per  vos  vicimus. 
Sanctus  ubique  bcatorum  martyrum  sanguis  exceptas  est  et  veneranda  ossa 
quotidie  testimonio  sunt,  dum  in  liis  daemones  mugiunt,  dum  aegritudines 
defclluntur,  elevari  sine  laqueis  corpora  et  suspensis  pede  feminis  vestes 
non  defluere  in  faciem,  uri  sine  ignïbtis  spiritus,  confiteri  sine  mterroga- 
tione  vexatos,  agere  omnia  non  minus  envi  profectu  examinantes  quant 
incremento fidei.  P.  L  .  t.  X,  p.  584-S5. 

(2)Epistula  C  VIII  ad  Eustochium,  13:  Namque  cernebat  variis  daemones 
rugire  cruciatibus,  et  ante  sepulchra  sanctorum  ululare  domines  more 
luporum,  vocibus  latrare  canum,  /réméré  leonum,  sibilare  serpentitm, 
mugire  taurorum  ;  altos  rotare  caput  et  post  tergum  terrain  vertice  tangere, 
suspensisque  pede  feminis  vestes  non  defluere  in  faciem.  P.  G.  t.  XXII; 
p.  889. 


/ 


144  l'invocation  des  martyrs. 

'  propos  de  S.  Martin  '  et  soient  répétés  par  Paulin  de  Noie 
dans  une  de  ses  descriptions  de  la  basilique  de  S.  Félix  '-'  : 

His  etiam  potiora,  tamen  spectata  prof abor, 

ante  alios  illitm,  eut  mèmbra  vetusiior  hostis 

obsidei,  ad  sacripia  limina  martyr  is  aegra 

excussum  de  plèbe  rapi  admotumque  sacratis 

ante  fores  sancti  cancellis  corpore  verso 

suspendi  pedibus  spectantem  tecta  supmis, 

quodque  magis  mirum  aique  sacrum  est,  nec  in  ora  relapsis 

vestibus  ut  rigidis  aut  ad  vestigia  sutis 

corporis  omne  sacrum  casto  velatur  operto  -. 

On  s'exposerait  à  de  graves  erreurs  en  prenant  à  la 
lettre  de  pareils  témoignages  où  L'on  découvre,  sans  hési- 
tation possible,  une  dépendance,  souvent  verbale,  par 
rapport  à  une  source  commune,  d'origine  indéterminée. 

Mais  quels  que  soient  les  détails  de  ces  scènes  d'éner- 
gumènes,  elles  se  renouvelaient  souvent  en  présence  des 


Dialogus  111,6,2:  «  Vidi  quendam  ad pr optante  Martino  in  aéra 
raptum  manibus  extensis  in  sublime  suspendi,  ut  nequaquam  solum  pedi- 
bus attingeret.  Si  quando  autem  exoreizandorum  daemonum  Martinus 
operam  recepisset,  neminem  manibus  adtrectabat,  neminem  sermonibus 
nu  repabat,  sicut  plerumquepef  clericos  rotatur  turba  verborum,sed  admo- 
tis  energunti  ros  iubebat  àbscedere,  ac  foribus  obseratis  in  medio 

siae  cilicio  circumtectus,  cinere  respersus,  solo  stratus  orabat.  Tum 
vero  cemeres  miseros  diverso  exitu  perurgueri  :  1ms  sublatis  in  sublime 
pedibus  quasi  de  nube  pendere,  nec  tamen  vestes  deflueie  in  faciem,  ne 
■ ,  t  verecundiam  nudata  pars  corporum  :  at  in  parte  alia  videres  sine 
interrogatione  vexutos  et  sua  crimina  confitentes  ».  Halm,  p.  204. 
Paulin  de  Périgueux,  Vita  s.  Martini.  V.  428-432,  Petschenig, 
p.  1-22,  dépend  évidemment  de  Sulpice  Sévère. 

x   '   irmenXXlll,  82-90,  Hartel,  p.  197.  Voici  un  autre  trait  qu'on 
a  déjà  lu   daiiN  S.  Jérôme  : 

i  um  captiva  intra  deprensi  <  orpora  Christum 
in  sancto  fulgeti  mantque  probantque 

membrorum  incussu  tremuli  capitumque  rotatu 
tormentisque suis.  'Carmen  XIV,  30-33,  ibid.,  p.  47). 


l'invocation  des  martyrs.  145 

reliques  des  martyrs.   S'adressant  au  peuple  le  jour  de  la 

translation    solennelle    des    saints    Gervais   et    Prot 
S.  Ambroise  lui  rappelle  ce  qui  vient  de  se  passer  :  «  Y 
avez  entendu,  dit-il,  les  dénions  crier,  avouer  aux  martyrs 
qu'ils  souffrent  d  nés  intolérables  et  leur  dire  :  qu'êtes- 

is  venus  nous  tourmenter  cruellement  *  ?  »  Chrysos- 
tome  décrit  la  terreur  qu'inspirent  aux  démons  les  reliques 
des  saints.  Ils  fuient  leurs  tombeaux,  ce  qu'ils  ne  font 
point  pour  les  morts  ordinaires.  Souvent,  on  voit  les  pos- 
sédés dans  le  voisinage  des  sépulcres.  Mais  quand  ces 
sépulcres  renferment  les  os  d'un  martyr,  ils  fuient  comme 
devant  un  feu  intolérable  et  proclament  à  haute  voix  la 
force  qui  les  flagelle  *. 

«  Amenez  un  possédé,  dit-il  ailleurs,  à  ce  sépulcre 
sacré  où  sont  les  restes  du  martyr  —  il  s'agit  de  S.  Julien 
—  et  vous  le  verrez  reculer  et  s'enfuir.  Comme  s'il  fallait 
marcher  sur  des  charbons  ardents,  il  s'élance  aussitôt  à 
l'extérieur,  sans  même  oser  jeter  les  yeux  sur  la  châsse3.  » 


1  '  Epist.  XXVI.  16  :  et  nutic  audistis  clamantes  daenwnes  et  confitt 
martyribus  quod  poenas  ferre  non  possint  et  dicentes  :  quid  veHistis  ut  nos 
tant  graviter  torqueatis  ?  P.  L.  t.  XVI.  p.  1024.  S.  Ai  Justin  raconte  le 
môme  fait.  Confess.,  IX,  7  :  cum  enim  prolata  et  effossa  digno  cum  honore 
transferrentur  ad  Ambrosianam  basilicam,  nonsolum  quos  inmundi  vexa- 
bantspiritus  confessis  eisdcm  daeinonibus  sanabantur.  Knôll,  p.  209. 

Oratio  de  S.  Droside,  2  :  TTwç  Tn.v  kôviv  aÙTiûv  beboÎKaaiv  oî  bai- 
inoveç  ;  ttiûç  kgù  toùç  TCtcpouç  qpeû-fouaiv  ;  oùbè  -f  dp  éireibn.  vexpoùç 
(poPoûvTGti  bai|uov€ç  toûto  irâaxouaiv.  'Iboù  -fàp  uupioi  vexpoi  ttciv- 
xaxoû  ti'iç  •ff\q,  KÙKeivoiç  ,uèv  Trpoaebpeûouai,  kcù  ttoMoùç  dv  Ibr]  tic 
bamoviùvTaç  év  épn.uiaiç  biaTpifSovTaç  Kai  Toiqpoiç  ■  evOa  bè  twv 
laapTÛpwv  6axâ  KaxopâipuKTai,  diç  d-rrô  irupôç  tivoç  Kai  KoXdaewç 
dqpopnrou  cpeÛYOucri,  Tr]v  evbov  uaariZouaav  aÛTOÙç  bûvauiv 
uerà  Xaurcpâç  dvaKripÛTXovTeç    cpaivfiç.  P.  G.  t.  L,  p.  686. 

(3)  Laudatio  S.  Iuliani,  2  :  Aapùiv  -fdp  riva  bamovwvTa  kk'i 
iaaivô|Li6vov  eîadT«"fe  trpôç  tôv  utiov  rd<pov  éKtîvov,  êv6a  toû 
udpxupoç  tô  Xeivyava,  Kai  dvpei  irdvTiuç  diroTTn.bûjvTa  Kai  qpeù-fovTa. 

Cuit.  Mart.  10 


146  l'invocation  des  martyrs. 

Partout  où  les  démons  rencontrent  des  corps  de  martyrs 
ils  s'enfuient,  saisis  d'une  terreur  sacrée  '.  C'est  au  pou- 
voir  des  reliques  de  S.  Babylas  que  l'on  attribue  le  silence 
de  l'oracle  d'Apollon  à  Daphné  -.  Ce  que  l'on  voyait  à  Milan 
et  à  Antioche  se  reproduisait  en  Espagne  : 

Cerne,  quant  pal 'a  m  féroces  hic  domentur  daemones, 
qui  lupino  capta  rictu  dévorant praecordia  3  ; 

et  dans  la  basilique  de  S.  Léonce  à  Tripoli,  les  possédés 
venaient  chercher  leur  libération  '. 

Après  les  délivrances  de  possédés  et  les  convulsions 
d'énergumènes  viennent  les  guérisons.  Une  des  premières 
dont  il  soit  fait  expressément  mention  est  celle  de  l'aveu- 
gle guéri  sur  le  passage  des  saints  corps  trouvés  par  S. 
Ambroise  s.  S.  Grégoire  de  Nysse  relate  le  miracle  arrivé 
clans  la  petite  ville  d'Ibora.  Un  soldat  était  atteint  au  pied 
d'un  mal  incurable,  qui  le  faisait  boiter.  Il  entra  au  sanc- 
tuaire des  Quarante  martyrs,  et  implora  leur  secours.  La 
nuit,  il  voit  en  songe  un  homme  vénérable  qui  lui  demande: 

Vous  boitez,  et  vous  voulez  être  guéri  ?  Donnez,  que  je 


KctBomep  yàp  àvSpdKwv  u^Muiv  émpaïveiv,  oûtuuç  éS  aÛTwv  €Ù0^wç 
erriMerai  tujv  TrpoOûpuuv  oûbè  irpôç  Tqv  GrjKrjv  aù"rr]v  àva(S\éi|jai 
xnXuniv.  /'.  (',.  t.  L.,  p.  669-70. 

i<  Homilia  l  m  s  V.  Maccabaeos,  1  :  KaBdirep  yàp  \r|axapxoi  Kai 
TO|afîujpûxoi  éireibùv  ibiumv  ôir\a  ttou  Kei)ueva  fîaa'AïKd,  edipaxa  Kai 
àoveiba  Kai  Kprivoç,  XPUOÛJ  Trâvra  KaxaXauTTÔueva,  dircnTribujaiv 
eôGùuuç,  ku'i  oûbè  TTfioaeXOeîv  oùbè  dipaaSai  xoXuûim  péyav  ùepo- 
pibuevoi  Kivbuvov  el  ti  toioûtov  xo\p.r)aaiev,  oîjxuu  br\  Kai  baipoveç 
'  r|0ivo  Xqaxapxoi,  ÔTroimep  ûv  ibtnai  iuupxûpujv  adiuaxa  Keipeva, 
bpuTTfTeùouai  Kai  àiroirribiûaiv  eûO^ujç.  P.  G.  t.  L,  p.  618. 
2   /'  ■  >ylam  et  contra  Iulianum,  14,  P.  G.  t.  L,  p.  554. 

(3)  Prudence,  Pcristeph.,  1,97-98. 
(4    RaabEj  l'itnis  der  Ibcrer  (Leipzig,  1895),  p.  104. 
(5)Am  bist.XXIl,  2,  17.  P.  L.  t.   XVI,  pp.  1019,  1024   ; 

USTiN.  Confess.,  IX,  7,  Knôll,  p,  209,  ;  De  civitutc  Dei,  XXII,  8,  2. 


l'invocation  des  martyrs.  147 

puisse  toucher  votre  pied  ».  Et,  toujours  durant  le  songe 
(ôvap),  il  le  tira  fortement.  Il  se  Ht  en  réalité  (ÙTrap)  un 
bruit  comme  celui  d'un  os  déboité  remis  violemment  en 
place,  si  fort  que  ceux  qui  dormaient  là  furent  brusquement 
réveillés,  en  même  temps  que  le  soldat  lui-même  qui  se  mit 
à  marcher  naturellement  comme  jadis  '.  S.  Grégoire  de 
Nysse  ajoute  qu'il  a  vu  1  le  miracle  »,  mais  il  ressort  du 
contexte  qu'il  tant  entendre  «  le  miraculé  »  et  qu'il  a 
entendu  de  sa  bouche  le  récit  du  prodige.  Curieux  exemple 
du  manque  de  précision  si  fréquent  dans  les  textes  du 
même  genre  % 

Les  miracles  les  plus  nombreux  et  les  plus  célèbres  de 
l'époque  primitive  sont  ceux  qui  furent  opérés  par  les  reli- 
ques de  S.  Etienne  après  l'invention  de  415. 

I2n  418,  des  reliques  de  S.  Etienne  arrivèrent  dans  l'île 
de  Minorque.  L'évêque  Sévère  a  laissé  une  relation  de 
l'événement  et  de  la  conversion  en  masse  des  juifs  de 
l'île  :'.  Cet  écrit  circulait  déjà  lorsque  l'évêque  d'Uzalum, 
ville  située  aux  environs  d'Utique,  reçut  à  son  tour  une 
part  du  trésor  sacré  ;  on  le  lut  au  peuple  le  jour  même  de 
la  translation  solennelle  :  Eodem  namque  die  in  qnoingressae 
sunt  ecclesiam  beati  Slephani  reliquiae,  in  ipso  principio  cano- 
nicarum  lectionum,  epistola  ad  nos  quoque  delata  cuiusdam 
sancti  episcopi,  Sivzri  nomins,  Minoncensis  insulae,  de  pulpiio 
in  aures  ecclesiae  cum  ing&nti  favore  recitata  est  *.  Après 
l'église  d'Uzalum,  ce  sont  celles  d'Aquae  Tibilitanae  '■',  du 


ni  Laudatio  in  sanctos  AV.  martyres,  P.  G.  t.  XL VI,  p.  784. 

2  TaÛTr|v  t^v  Bauuuroupfiav  fihov  éfiû,  aÙTw  tw  âvÔpiimw 
•trepiTuxùJv  É'Euf  féWovn  npôç  ircivraç  kcù  xr|pÙTTOVTi  Tt'iv  uapTÛpwv 
eùep-feaiav.  Ibid. 

(3)  BHL.  7859- 

14)  BHL.  7860,  c.  2. 
i  De  civitate  Dei,  XXII.  8,  Hoffmann,  t.  II,  p.  604. 


148  l'invocation  des  martyrs. 

Castellum  Sinitense  aux  environs  d'Hippone  ',  de  Ca- 
lama  -,  d'Hippone  enfin  \.  qui  s'enrichirent  d'une  part  des 
reliques  du  premier  martyr  et  qui  élevèrent  des  memoriae 
en  son  honneur. 

Partout  ce  fut  un  grand  concours,  et  la  confiance  des 
fidèles  fut  récompensée  par  des  miracles.  Mais  les  sanc- 
tuaires qui  acquirent  une  plus  grande  célébrité  furent  celui 
d'Uzalum,  dont  les  miracles  lurent  écrits  en  deux  livres 
par  ordre  de  l'évèque  Evodius  4,  celui  de  Calama,  ville 
épiscopale  de  Possidius,  l'ami  et  le  biographe  d'Augustin  ; 
c'est  par  ce  dernier,  qui  donne  quelques  échantillons,  que 
nous  savons  qu'il  s'y  faisait  des  miracles  en  très  grand 
nombre  5.  Enfin  il  v  a  la  msmoria  d'Hippone  ,;  où  se  passè- 
rent des  faits  miraculeux  importants,  dont  Augustin  lui- 
même  fut  témoin  ou  qui,  du  moins,  eurent  lieu  dans  son 
voisinage. 

S.  Augustin  qui,  depuis  longtemps  —  \\  n'ignorait  pas 
les  merveilles  opérées  par  les  saints  de  Milan  Gervais  et 
Protais7  —  avait  l'attention  attirée  sur  les  faveurs  céles- 
tes obtenues  par  l'intercession  des  martyrs,  ne  pouvait 
s'empêcher  de  les  comparer  aux  miracles  rapportés  dans 
les  livrer  siint\  et  de  constater  qu'ils  étaient  bien  moins 
connus  et  moins  appréciés.  Grâce  aux  écritures  canoni- 
ques, disait-il,  les  miracles  d'autrefois  sont  dans  la 
mémoire  de  tous  ;  ceux  d'aujourd'hui  sont  à  peine  connus 
de  tous  les  habitants  de  l'endroit  où  ils  s'opèrent.  Le  plus 

(1)  De  civitatc  Dci,  XXII.  8,  H01  1  MANN,  t.  II.  p.  605. 

(2)  lbid.,  p.  605-606. 

(3)  Ibii.,  p.  '  oj-fioS. 
.    BHL.  7860-7862. 

(51  De  civitatc  Dci,  I.  C,  p.  608. 

rrons  plus  loin  s'il  y  a  lieu  de  distinguer  deux  mnioriae  à 
Hippone. 
(7)  Con/ess.  IX,  7  ;  De  civitutc  Dci.  I.  c,  p    596. 


l'invocation  des  martyrs.  149 

souvent,  surtout  dans  les  grandes  villes,  ils  arrivent  à  la 

connaissance  du  petit  nombre  :  et  quand  on  les  raconte, 
on  a  quelque  peine  à  les  taire  accepter  '.  Et  pourtant,  il 
s'en  produit  en  telle  quantité  qu'on  en  remplirait  des 
volume 

Frappé  de  cette  sorte  de  défaveur  si  peu  justifiée,  il 
chercha  le  moyen  de  donner  aux  miracles  contemporains 
une  notoriété  égale  à  celle  des  miracles  canoniques,  et 
d'appuyer  en  quelque  sorte  les  témoignages  d'un  brevet 
d'authenticité.  De  là  naquit  l'idée  des  libelli,  qui  étaient 
des  relations  destinées  à  être  lues  au  peuple.  On  n'a  pu 
recueillir,  dit-il  à  propos  des  sanctuaires  de  Calama  et 
d'Hippone.  tous  les  miracles  qui  s'y  sont  opérés,  sed  ian- 
tuiii  de  quibus  libelli  dati  sunt  qui  recitareniur  in populis.  Et  il 
ajoute  aussitôt  :  id  vainque  péri  voluimus,  cuin  vider  émus 
antiquh  similia  divinarum  signa  virtutum  etiain  nostris  tempo- 
ribusfrequentari7'.  Il  résulte  de  ces  dernières  paroles  que  la 
pensée  d'authentiquer  les  miracles  en  les  faisant  consig- 
ner dans  les  libelli,  appartient  à  S.  Augustin,  et  c'est  bien 
lui  qui,  d'accord  avec  l'évêque  Evode  d'Uzalum,  amena 
une  miraculée,  nommée  Petronia,  à  écrire  un  libellus  sur 
le  cas  de  sa  guérison  :  Petroniam...  hortati  suniiis,  volente 
supradicto  loti  episcopo,  ut  libellitm  daret,  qui  recitarciur  in 
populo  ;  et  oboedientissime paruit  '. 

On  est  tout  naturellement  désireux  de  savoir  comment 
fonctionnait  cette  institution,  dont  Augustin  attendait  de 
si  grands  résultats.  Il  y  revient  assez  souvent  dans  le  cha- 
pitre de  la  Cité  de  Dieu  plusieurs  fois  rappelé. 

H    De  civitate  Dei,  1.  c,  p.  596. 
(z\  Ibid.,  p.  607. 

(3)  Ibid.,  p.  608. 

(4)  Ibtd.,  p.  608-609. 


150  l'invocation  des  martyrs. 

C'est  surtout  dans  le  récit  du  miracle  opéré  à  Hippone, 
en  425,  durant  les  fêtes  de  Pâques,  en  faveur  d'un  certain 
Paul  de  Césarée  et  de  sa  sœur  Palladia,  qu'il  accumule  les 
détails  *.  Mais  nous  avons  mieux  qu'une  simple  relation  de 
ces  événements  '-'.   Parmi  les   sermons  de  S.   Augustin,  il 
s'est   conservé   tout  un  petit   dossier  sur   l'événement   du 
lourde   Pâques3   et  au  milieu  de  la  série   des  allocutions 
prononcées  parl'évêque  d'Hippone  en  cette  circonstance, 
nous  trouvons  le  texte  même  du  libellas  de  Paul  de  Césarée 
sous  ce  titre  et  avec  cette  introduction  :  Exemplar  libelli  a 
Paulo  dati  Augustino  episcopo,  Rogo,  domine  beat issime  papa 
Augustine,  ut  hune  libellum  meum,  quem  ex praecepto  luo  obtuli, 
sanctaeplebiiubeasrecilari  l.  Suit  le  récit  circonstancié  dont 
nous  connaissons  les  grandes  Lignes  par  le  résumé  de  la 
Cite  de  Dieu. 

Maudits  par  leur  mire,  que  le  désespoir  finit  par  con- 
duire au  suicide,  les  dix  enfants  dont  se  compose  la  famille 
sont  successivement  saisis  par  le  même  mal  mystérieux  : 
tout  leur  corps  est  agité  d'un  violent  tremblement.  Ils 
quittent  leur  ville  natale,  Césarée  de  Cappadoce,  et  se 
dispersent  pour  aller  chercher  dans  les  celeberrima  sancio- 
rnm  loca  un  remède  à  leurs  maux.  Le  second  des  sept  frères 
obtient  sa  guérison  de  S.  Laurent  à  Rave nne,  ad gloriosi 
martyris  Laurent»  memoriam   quae  aptid    Ravennam  imper 


li   De  civitate  Dei,  XXII.  8,  I  loi  1  mann,  II.  p.  609-613. 

(a)M.HARNACK  dans  son  travail  Das  ursprùngliche  Motiv  der  Abfas- 
sungvon  Mârtyrer-  und  Heilungsakten  in  dey  Kirche,  Sitzungsberk  hte 
di  r  K    Pri  ussischen  Akadi  mij   i>i  r  Wis  m  11  n,  1910,  p.  106- 

I25,  pécialement  du  chapitre  XXII,  8,  du  De  civitate  Dei, 

mais  il  ;,  oui  '    uments  qui  vonl  suivre,  ainsi  que  le 

sermon  ccr.xxxvn  (k-  S.Augustin  et  les  deux  livres  .].  Miracles  d'Uza- 
lum. 

(3)  Scrm.  cccxx-cccxxiv,  P.  L.  t.  XXXVIII,  p.  1442-47. 

(4)  P.  L.  t.  c,  p.  1443. 


l'invocation  des  martyrs.  151 

collocata  est  '.  Lui  Paul,  Le  sixième,  et  sa  sœur  Palladia, 
vont  partout  sans  éprouver  aucun  soulagement.  Leurs 
pérégrinations  les  (.(induisent  à  Ancône,  ubi '•  per  gloriosissi- 
mum  martyrem  Stephanum  mulia  miracula  Deus  operatur. 
Mais  S.  Etienne  ne  les  y  exauce  pas,  et  pas  davantage  à 
Uzalum.  Enfin,  le  premier  janvier,  un  vénérable  vieillard 
apparaît  à  Paul  et  lui  annonce  qu'il  sera  guéri  dans  trois 
mois  :  sa  sœur  voit  en  esprit  Augustin  lui-même,  et  Paul 
aussi  reconnaît  l'avoir  vu  souvent  dans  les  villes  qu'il 
a  traversées.  Les  deux  malheureux  arrivent  donc  à  Hip- 
pone  quinze  jours  avant  Pâques.  Paul  va  tous  les  jours 
prier  à  l'endroit  où  est  la  memoria  de  S.  Etienne.  Le  jour 
de  Pâques,  comme  il  se  tenait  à  la  balustrade,  il  tombe 
subitement  et  perd  le  sentiment.  En  revenant  à  lui,  il  con- 
state que  le  tremblement  a  disparu.  Unie  itaquc  tanio 
beneficio  non  ittgraius,  dit-il  en  terminant,  hune  libellum 
obtuli,  in  quo  etiam  quae  de  nostris  calamiiatibus  ignorabatis 
et  quod  de  mea  incolumitate  et  sainte  cognovistis,  exhibui  ;  ut 
et  pro  mea  sorore  orare  dignemiui  et  pro  me  agere  Deo  gratias. 
A  ce  moment.  Palladia  n'est  pas  encore  délivrée  de  son 
mal. 

Le  récit  d'Augustin  dans  la  Cité  de  Dieu  et  les  pièces 
publiées  sous  le  nom  de  sermoues  se  complètent,  et  permet- 
tent de  se  rendre  très  bien  compte  de  tout  ce  qui  s'est 
passé. 

Le  jour  de  Pâques,  au  matin,  il  y  a  foule  â  l'église.  La 
guérison  de  Paul  se  produit.  Des  cris  de  joie  se  l'ont 
entendre.  On  se  précipite  auprès  de  l'évêque  ;  on  lui 
raconte  ce  qui   est  arrivé   et  il  est  forcé  d'entendre  plu- 


(1)  Sans  doute  l'église  de  Saint-Laurent  in  Caesarea, fondée  par  Lau- 
ricius.  Agnellcs,  Lib.  pontif.  ceci.  Ravcnn.,  XX,  M.  G.  Script,  rer. 
langob..p.  298. 


1=12 


l'invocation  des  martyrs. 


sieurs  fois  de  suite  le  même  récit.  Enfin,  avec  la  foule, 
arrive  le  miraculé  lui-même.  Il  se  jette  aux  genoux  de 
l'évéque.  qui  L'embrasse.  Voici  la  suite  :  Procedimus  ad 
populum,  plena  erat  ecclesia,  personabat  vocibus  gaudiorum. 
«  Deo  gratins,  Deo  laudes,  »  nemine  tacente,  liiuc  atque  indc 
clamantium.  Salutavi  populum,  et  rursus  eadeui  ferventiore 
voce  clamabant.  Facto  tandem  sileutio,  scripturaritni  divinarum 
suut  lecta  sollemina.  l 'In  autem  ventum  est  ad  mei  sermonis 
locum,  di.xi  pauca  pro  tempore  et  pro  illius  iucunditate  laetitiae. 

Les  paroles  prononcées  par  Augustin  nous  ont  été  con- 
servées. Il  débute  en  rappelant  l'usage  de  donner  lecture 
des  relations  de  miracles  :  De  miracuhs  Dei  per  oratwnes 
beatissimi  martyris  Stcpliam  libcllos  solemus  audire.  Puis,  en 
désignant  sans  doute  du  s;este  le  héros  du  jour,  il  ajoute  : 
Libellus  lutins  aspectus  est  ;  pro  scriptura  notifia,  pro  charta 
faciès  demonstratur.  Vous  avez  vu  ses  souffrances,  «  lise/  » 
sa  joie,  et  fixe/  dans  votre  souvenir  ce  qui  est  écrit  sur 
ce  livret  vivant.  Puis  il  s'excuse  sur  les  fatigues  de  la 
veille  de  ne  pas  en  dire  davantage  '.  Le  même  jour,  Paul 
de  Césarée  dîna  avec  l'évéque  et  lui  raconta  en  détail  toute 
son  histoire  -'. 

Le  lundi,  après  un  sermon,  dont  nous  n'avons  plus  le 
texte,  Augustin  rappela  la  scène  de  la  veille,  et  ajouta  que, 
malgré  tout,  il  convenait  de  donner  un  libellas,  contenant 
tout  ce  que  Paul  lui  avait  raconté  de  vive  voix.  Et  s'il  plaît 
à  Dieu,  dit-il  en  terminant,  on  le  préparera  pour  vous  le 
lire   demain  ".   Il   n'est    pas  probable   que  Paul   le   Cappa- 


1 1  Scrmo  cccxx,  P.  !..  t.  <  .,  y.  1442. 

1  z    Ih  1  ivitate  Dei,  1. 1  ..  p.  611 

(3)  Dans  |i  /'  civitate  l><i,  S.  Augustin  dil  :  Sequenti  itaque  die  post 
strmonem  redditum  narrationis  eius  libellum  in  crastinum  populo  récitait- 
dum  promi  i   '  lites  après  le  sermon,  portent  maintenant  le 

titre  'le  Sermo  a  c  xxi,  /'.  /..  t.  c.,  p.  1443. 


l'invocation  des  maktvks.  153 

docien   ait    rédigé   de  su  main  le  texte   latin  du   rapport. 

Suivant  sa  promesse,  l'évêque  lit  lire  le  document  à  l'of- 
fice du  lendemain,  et  pendant  la  lecture,  il  lit  monter  sur 
les  degrés  del'exèdre,  d'où  il  parlait  lui-même,  le  frère  et 

sœur  '.  celle-ci  encore  en  proie  au  terrible  mal.  «  Je 
veux,  dit-il.  que  le  frère  et  la  sieur  se  tiennent  en  votre 
présence,  afin,  que  ceux  qui  n'ont  pas  vu  le  frère  se  ren- 
dent compte  de  ses  souffrances  par  celles  de  sa  sœur.  » 

Après  la  lecture,  il  les  pria  de  se  retirer  J  et  se  mit  à 
commenter  le  texte  qu'on  venait  d'entendre  :  des  considé- 
rations morales,  d'abord  sur  le  respect  des  parents,  puis 
sur  le  pèlerinage  d'Ancône  resté  sans  résultat.  A  ce  pro- 
pos, l'orateur  raconte  l'Origine  de  ce  sanctuaire  d'après 
une  légende  populaire,  que  l'on  s'étonne  de  cueillir  de  la 
bouche  d'un  homme  tel  qu'Augustin.  Puis  il  passe  aux 
miracles  d'Uzalum  :  mais  à  peine  a-t-il  commencé  que  des 
cris  partent  de  la  memoria  de  S.  Etienne  :  Dco  gratias, 
Christo  laudes7'.  On  apprend  que  Pal  lad  i  a  vient  d'être  gué- 
rie comme  son  frère.  Lorsque  le  silence  s'est  un  peu  réta- 
bli, Augustin  prononce  quelques  paroles  d'action  de 
grâces.    Le   lendemain   seulement  il    achève  son  sermon, 


(ij  De  civitate  Dei,  1.  c,  p.  611. 
2   De  civitate  Dei.  1.  c  ,  p.  611. 

IX-  tout  l'ensemble  de  ces  récits,   il  ressort  que  la  memoria  de  S. 
Etienne  était  attenante  à  la  basilique  ou,  si  l'on  veut,  à  la  cathédrale 
d'Hippone.  V  en  avait-il  une   seconde  aux  environs  de   !a  ville   ?  La 
réponse  à  cette  question  dépend  de  la  leçon  qu'on  adopte  dans  le  pas- 
suivant  du  De  civitate  Dei.  1.  XXII.  c.  S:  apud  nos  vit  tribunicius 
Eleusinns  super  memoriam  martyrum  quae  in  suburbano  tins  est....  t 
la  lecture  de  Hoffmann,  t.c.,  p.l    7,        DombaRT,  t.  II,  p.  577.  1 
ont  lu  memoriam  martyris,qa\  semble  mieux  d'accord  avec  le  <  • 
I       fait    raconté  à  cet    endroit   continue    une   série   de   miracles  de    S. 
une,  et  dans  le  paragraphe  suivant   il  est  question  des  miracula... 
quae  per  hune  martyrem,   ni  est  gloriosissimum   Stephanum,  facta  sunt  : 
ce  qui  semble  supposer  qu'on  n'a  pas  cessé  de  parler  de  lui. 


154  l'invocation  des  martyrs. 

qu'il  reprend  au  point  où  il  a  été    interrompu   la   veille1. 

Tout  ceci  nous  t'ait  bien  comprendre  ce  qu'étaient  les 
libelliâont  S.  Augustin  recommandait  la  pratique,  et  quels 
avantages  il  en  attendait.  C'étaient  des  témoignages  au- 
thentiques, en  ce  sens  qu'ils  émanaient  de  celui-là  même 
qui  paraissait  le  mieux  renseigné.  C'est  Petroniaqui  rédige 
la  relation  du  miracle  dont  elle  a  été  l'objet  -,  et  si  Paul 
de  Césarée  n'a  probablement  pas  tenu  la  plume,  le  libelle 
a  été  écrit  en  son  nom  et  sous  sa  dictée. 

La  relation  est  soumise  à  l'approbation  de  l'évéquc. 
Quand  Augustin  décida  Petronia,  qui  appartenait  au  dio- 
cèse d'Uzalum,  à  écrire  son  récit,  ce  fut  volente  episcopo, 
lequel  sans  doute  en  prit  connaissance  avant  qu'il  fût  lu 
au  peuple.  Paul  de  Césarée  remet  son  libellus  à  Augustin, 
avec  prière  d'en  faire  donner  lecture. 

Pour  impressionner  davantage  les  assistants,  on  fait  en 
même  temps  comparaître  celui  qui  reconnaît  par  écrit 
avoir  été  l'objet  d'une  faveur  céleste.  La  scène  du  mardi 
fie  Pâques  à  Hippone  n'est  nullement  isolée.  Au  début  du 
"iicl  livre  des  miracles  d'Uzalum,  on  rappelle  ce  qui 
s'est  passé  lors  de  la  lecture  du  premier.  A  chaque  miracle 
on  était  allé  chercher  dans  la  foule  le  privilégié  dont  il 
était  tait  mention  :  Ubi  enim pronuniiaverat  lèctor  quatnlibet 
historiam,  verbi gratia  primiius  de  qttadam  cacca  posica  illumi- 
nata  '.  statim  terminato  sermone,  haet  eadent  persona  requisiia 
m  populo,  et  inventa,  et  in  médium  omnis  ecclesiae  producla, 
admirantibus  et  congratulaniibus,  videbatur  sola  iam  sine  ullo 
comité  ac  duce,  sicttt  prias  solebat,  incedere,  ipsaque  eiiamper 
ruili/s  absidae  conscendens,  universis  eminus  conspicienda 

n  Serti  .,  p.  1446-47  ;  De  civitaie  Dei,  Hoffmann,  t.  II, 

p.  r  : 

(2)  Dr  civitatt  Dci,  t.  c,  p.  608. 

l:l  IL  .  ;  3. 


l'invocation  des  martyrs.  155 

astabat...  Item  cum  de  paraliiico  satiato  multis  atitea  cognito 
■cessit  lectio   '.   continuo  idem  qui  ab  eiusmodi  infirmitate 
rat  airains,  similiter  productus  e  populo  propriis  gradiens 
passibus,  cum  totitis  ecclesiae  mag  nogaudio  cernebatur  '. 

S.  Augustin  a  l'air  de  dire  que  les  libelli  ne  sont  destinés 
à  être  lus  qu'une  fois,  c'est-à-dire,  comme  nous  Le  voyons, 
presque  aussitôt  après  l'événement  même  :  semelhocaudiunt 
qui  adsunt  pluresque  non  adsunt,  ut  nec  illi  qui  adfuerunt  post 
aliquot  dies  quod  audierunt  retitieant :'.  Il  ne  faut  pas  entendre 
la  phrase  avec  cette  rigueur.  Le  saint  docteur  oppose  la 
publicité  des  miracles  canoniques,  constamment  rappelés 
aux  fidèles  par  la  lecture  des  saints  livres,  a  celle,  beau- 
coup plus  restreinte,  des  miracles  modernes.  Il  n'est  pas 
improbable  qu'on  reprenait  quelques-uns  de  ces  hhelli  à 
l'occasion  de  la  fête  de  S.  Etienne,  comme  cela  semble 
tre  pratiqué  à  Uzalum  :  Haec  intérim  de  multis  et  pêne 
infinitis  miraculis  pauciora  decerpsunus.  ne  in praesenti  audito- 
îs propter  festii'ilatem  martyris  de  longi)iquo  advcnientibus 
forsitan  oueri  esse  possemus  \ 

S.  Augustin,  dans  ses  sermons,  rafraîchissait  parfois  la 
mémoire  de  ses  auditeurs  en  tirant  quelque  leçon  d'un 
libellus  présenté  peu  de  temps  auparavant  :  lïgo  ahquando 
memorcr  de  libellis  miraculorum  marlyrum.  quae  in  conspectu 
vestrum  leguntur.  Ante  dies  ledits  est  quidam  libellus  etc.  ''. 
On  peut  croire,  d'après  ce  texte,  que  d'autres  martyrs  que 
S.  Etienne  avaient  la  réputation  d'opérer  des  miracli 
Hippone.  Ht  en  effet,  les  XX  martyrs  y  étaient  également 
invoqués  avec  succès  6. 

1  ci.  ibid.,  ■  .  12. 

2  BI IL.  7861.  c.  1. 

/h  civitate  Dei,  1.  c.  p.  609 

4  BHL.  7860.  c.  15.  2. 

5  Serin,  ccl xxxvi,7,  P.  L.  t.  XXXVIII,   p.  1300. 
161  De  civitate  Dei,  1.  c,  p.  604. 


156  l'invocation  des  martyrs. 

Il  va  sans  dire  que  les  libelli  étaient  conservés  dans  les 
archives  de  L'église.  En  moins  de  deux  ans  S.  Augustin 
en  avait  recueilli  près  de  soixante-dix  à  Hippone  ;  à 
C'alama,  où  L'usage  était  mieux  observé  et  datait  de  plus 
haut,  on  en  avait  incomparablement  plus. 

Nous  ne  savons  si  la  méthode  introduite  par  S.  Augustin 
dans  son  diocèse  et  dans  les  diocèses  voisins  franchit  ces 
étroites  limites  et  passa  à  d'autres  provinces.  Si  on  le 
considère  en  lui-même,  comme  simple  relation  ou  procès- 
verbal,  la  pratique  du  libellus  paraît  si  simple  et  si  utile 
que  l'idée  en  a  dû  venir  un  peu  partout  où  se  produisaient 
des  laits  extraordinaires  dont  la  mémoire  méritait  d'être 
conservée. On  sait  que  les  îduaia  écrits  sur  le  bronze  ou  le 
marbre  dans  les  temples  d'Esculape  rappellent  souvent, 
a  s'y  méprendre. les  récits  de  guérison  de  nos  sanctuaires; 
il  serait  étonnant  que,  de  bonne  heure,  dans  les  loca  sancto- 
rum,  on  n'eût  pas  tenu  registre  des  faveurs  qu'on  y  obte- 
nait. 

La  pensée  devait  surgir  de  réunir  ces  récits  en  collection. 
Elle  était  si  naturelle  que  les  païens  \  avaient  songé  pour 
leurs  pèlerinages.  On  s'occupait,  au  temps  de  Strabon, 
de  mettre  par  écrit  les  guérisons  1  I  les  oracles  du  lemplc 
de  Sérapis  à  Canope  '.  Les  recueils  chrétiens  donnèrent 
naissance  à  un  genre  de  littérature  qui  prit,  au  moyen- 
.  un  immense  développement.  Les  premiers  échantil- 
lons qui  se  soient  conservés  sont  le  chapitre  YIII  du 
livre  XXII  de  la  Cité  de  Dieu,  et  les  (\cu\  livres  des 
miracles  de  S.  Etienne  d'Uzalum.  Nous  y  trouvons  déjà 
cpii  donne  à  cette  classe  d'écrits  sa  phy- 
sionomi  aleur  un  peu  spéciale.  A  peu  près  tous  les 


1    Strabon,  Geogr.,  XVII,  1,17:  ouYTpdcpouai  bé   nvtc  «ai    tùc 

<t\Xni    bi    àpetàç   tiiiv   t'vTi/.n(t((    Xdfiiuv. 


l'invocation  des  martyrs.  157 

genres  de  faveurs  temporelles  y  sont  représentés  :  des 
aveugles,  des  sourds,  des  paralytiques,  des  malades  de 
toute  sorte  sont  guéris,  des  morts  ressuscites,  des  biens 
recouvrés,  des  captifs  délivrés  ;  tantôt  le  miracle  est 
instantané,  tantôt  il  est  le  fruit  de  la  persévérance  :  sou- 
vent le  saint  lui-même  se  montre  à  son  client. 

Déjà  aussi  s'affirme  le  caractère  composite  de  ces  com- 
pilations. A  côté  des  libelli  mis  à  profit  et  par  S.  Augustin 
et  parle  secivtaiie  d'Évode,  il  y  a  des  récits  où  l'imagina- 
tion populaire  joue  un  rôle  incontestable,  et  à  côté  de  nar- 
rations qui  ont  une  allure  documentaire,  on  en  trouve  qui 
rappellent  plutôt  l'anecdote  et  ne  manquent  pas  d'un  cer- 
tain piquant.  L'ensemble  est  d'un  haut  intérêt  pour  la 
connaissance  des  mœurs  du  temps  et  de  la  discipline 
ecclésiastique  '. 

Que  faut-il  penser  de  la  méthode  de  S.  Augustin  et  de 
résultats?    Elle  est    incontestablement  efficace  pour 

donner  aux  faits  une  grande  notoriété  :  elle  l'est  beaucoup 
moins  pour  arriver  à  définir  leur  nature,  et  l'appel  à  la 
foule  est  ce  qui  doit  paraître  aux  hommes  de  notre  siècle 
ce  qu'il  y  a  de  plus  opposé  à  tous  les  procèdes  scientifiques. 
Mais  on  ne  niera  pas  la  sincérité  de  l'effort,  et  une  collec- 
tion de  libelli  originaux,  n'ayant  point  subi  les  déforma- 
tions habituelles  pour  passer  dans  une  compilation,  serait 
pour  nous  un  trésor  inappréciable,  un  document  autre- 
ment sûr  que  la  prose  des  meilleurs  hagiographes.  Mais  il 
nous  manquerait  toujours  quelques  éléments  essentiels, 
dont    Augustin   sentait  déjà  vaguement  la   nécessité,   et 


(1)  Signalons  en  passant,  l'usée  déjà  constaté  dutemp;  de  S.  Augus- 
tin, de  demander  à  certains  martyrs,  sur  leur  tombeau,  la  décision  d'un 
jugement  épineux.  Voir  Augustin,  Epist.  LXXVIII,  P.I..  t.  XXXIII.  p 
36S-69. 


158  l'invocation  des  martyrs. 

auxquels  il  essayait  de  suppléer  de  sou  mieux.  Il  n'y  a 
point  réussi,  et  il  le  constate  avec  quelque  mélancolie: 
setnel  hoc  audiunt  qui  aJsunt  pluresque  non  adsunt,  ut  nec  illi, 
qui  aàfuerunt, post  aliquot  dies  qkod  audiemnt  mente  retineant, 
ix  quisque  reperiaiur  illorum,  qui  ci,  que  m  non  adfuisse 
cognoverit,  indicet  quod  audivit  '.  Malgré  tout,  on  ne  réus- 
sissait pas  à  vaincre  l'indifférence  que  le  public  semblait 
éprouver  pour  les  miracles  modernes.  Quel  que  lut, à  toute 
époque,  le  goût  du  peuple  pour  le  merveilleux,  on  ne  par- 
vint jamais,  même  au  moyen-âge,  à  donner  un  sérieux 
crédit  aux  recueils  de  miracles.  Comme  aux  collections 
de  légendes,  les  théologiens  se  gardent  d'y  puiser,  et  sem- 
blent affecter  de  les  ignorer. 

Nous  ne  pouvons  passer  sous  silence  une  des  formes 
les  plus  remarquables  de  la  dévotion  envers  les  reliques 
desmartyrs,  et  qui  semble,  à  première  vue  du  moins, 
se  rattacher  à  la  croyance  de  l'intercession  des  saints. 
Il  s'agit  de  l'usage,  si  répandu  dans  l'antiquité  chrétienne, 
de  choisir  sa  dernière  demeure  clans  le  voisinage  du  tom- 
beau des  martyrs. 

A  eux  seuls  les  textes  épigraphiques  recueillis  dans 
toutes  les  parties  du  monde  romain  suffiraient  à  attester 
l'universalité  de  cette  pratique  '.  Les  cimetières  de 
Rome  ont  donné  une  moisson  particulièrement  abon- 
dante. Nous  connaissons  des  fidèles  qui  ont  fait  préparer 
leur  tombeau  ad  sancta  Fcl\uitateni~\  :',  ad  santum    Corne- 

1  r  1  /  »  •  1  ivitate  Dci,  1 .  c,  p.  609. 

I  1,    Rossi    ■>   traité   la  m    en   bien  des  endroits  dans  s. m 

ttino  et  ailleurs  ;    Li    Bi  v.i    également,   dans   les  Inscriptions 

chrétiennes  d:  '  1  < •  iule,  n"   j  1  ;.  354,  49.5.  M.  Mârui  1  m,  Epigrafia  cris- 

sa (Milan  a  groupé  les  principales  inscriptions  romaines  qui 

s'\    :  Ht  . 

I  >.  Rossi,  Bullettino,  1863,  p.  21. 


l'invocation  des  martyrs.  159 

lium  ',  ai  ippolytu\m~\  -,  ad  donm[um]  Gaium  "%  antc  douma 
Emerita  itad  domnu[m]  Laurentium  5,  ad  mcsa (mensam)  bcati 
marturis  Laurculi  '■  in  basilica  domni  Felicis  \  ad  sanctum 
Pctrum  apostolum  s,  \ad\  marturc  domina  Castulu  *,  at  Cri- 
scent\ionem] l0,  dans  le  cimitière  de  Cyriaque,  in  crypta  noba 
rétro  sanclus  ",  à  Saint-Paul  (intra  tua)  limina  martyr1". 
A  Catane,  Julia  Florentina  se  fait  enterrer pro  foribu s 
martyrorum  '%  une  autre  à  Tivoli,  in  oratorio  sancti  Alexan- 
dri  ".A  Aquilée,  Leontia  se  confie  dans  la  sancta  beatorum 
vicinia  l5.  Nous  avons  l'épitaphe  de  Cvnegius,  enseveli  à 
Noie,  dans  la  basilique  de  S.  Félix  16.  Le  pieux  désir  de  ce 
jeune  homme  fit  l'objet  d'une  lettre  de  S.  Paulin  à  S.  Au- 
gustin, et  celui-ci  répondit  par  le  fameux  traité  de  cura 
Pro  mortuis  gerenda  l7.  Nous  avons  un  poème  du  même 
évêque  de  Noie  sur  le  jeune  Celsus,  fils  de  Pneumatius,  où, 
rappelant  la  mort  de  son  propre  enfant,  il  ajoute  : 


(1)  De  Rossi,  Roma  sotterranea.  t.  I,  pi.  XXVIII,  2. 

(2)  Roma  sotterranea,  t.  III,  p.  109. 

(3)  Roma  sotterranea,  t.  III,  p.  263  ;   Nuovo  biillcttino  di  archeologia 
cristiana,  1907,  p.  149. 

(4)  De  Rossi,  Inscriptiones  christianae  urbis  Romae,   t.    I,  n.   653. 
L'inscription  est  de  l'année  426. 

(5)  De  Rossi,  Bultettino,  1876,  p.  23. 

(6)  Marucchi,    Xuovo  bultettino  di  archeologia   cristiana,  1900,  p. 
127-41,  et  Xotizie  dcgli  scavi,  1900,  p.  131-32. 

(7)  Aringhi,  Roma  subterranea,  t.  I  (Romae,  1651),  p.  355. 

(8)  Aringhi,  Roma  subterranea,  t.  I,  p.  339. 
191  De  Rossi,  Roma  sotterranea,  t.  III,  p.  421. 

(10)  Xuovo  bultettino  di  archeologia  cristiana,  1907,  p.  125. 

(11)  Boldetti,  Osservazioni  sopra   i  cimiteri  de'  sancti  martiri  ed 
antichi  cristiani  di  Roma,  t.  I  (Roma,  1720),  pp.  53,  57. 

(12)  De  Rossi,  Bultettino,  1875,  p.  26. 

(13)  CIL.  X.  7112. 

(14)  Lupi,  Epithaphium  Severae,  p.  24. 
151  CIL.  V.  1678. 

(16)  CIL.  X.  1370. 

(17)  P.  L.  t.  XL,  p. 591-601. 


160  l'invocation  des  martyrs. 

Qucm  Complutensimandavimus  urbe,  propinquis 
coniunctum  tumulifoedere  martyribus  l. 

Une  femme  du  nom  de  Quinta,  à  Capoue,  a  été  déposée 
auprès  des  martyrs  :  corpus  sanctis  comindavi  2.  Satyre, 
frère  de  S.  Ambroise,  fut  enseveli  à  la  gauche  du  tombeau 
de  S.  Victor  : 

Martyris  ad  laevam  detulit  Ambrosius  3. 

C'est  également  à  Milan  que  l'on  admire  l'inscription  de 
Manlia  Daedalia,  qui  reposait  martyris  adfrontem  4. 

A  Ivrée,  le  prêtre  Silvius  confie  aux  martyrs  son  âme 
et  son  corps  *,  et  à  Verceil, 

sanctorum  gremiis  commendat  Maria  corpus  c, 

tandis  que   le  prêtre    Sarmata     obtient  une   concession 
auprès  des  martyrs  Nazarius  et  Victor  7. 

1  >ans  les  Gaules,  même  recherche  du  voisinage  des  mar- 
tyrs. Flavius  Flori[dus],  à  Lyon,  posions  est  ad  sanctos*.  La 
basilique  des  saints  Gervais  et  Protais,  à  Vienne,  renfer- 
mait le  tombeau  d'une  Foedula,  sanctis  quae  sociata  iaect  9. 
Celui  de  Silvina,  à  Arles,  était  placé  adsanctum  iuartyre[m]i0; 
celui  de  Pantagatus  à  Vaison  auprès  de  martyrs  incon- 
nus ".    Le  sous-diacre  Ursinianus,  de   Trêves,  meruitsan- 


men  XXI,  607-608,  II  m ■  i  >  l,  p.  329. 
.'i  CIL.  X.    (.529.   Mommsen  supplée   sans   raison   aucune  :  corpus, 
sanctis  (simum)  commendavi. 

ii,     Iscrizioni    cristiane    in    Milane,    10.    Cf. 
Amiu    i  essu  Satyri,  P.  I-.  t.  XVI,  p.  1352. 

(4  ,;".  ^3- 

CIL.  V.  0817;  Biici  777- 

IL.  Y.  67  ;j  :  Bii<  HELER,  782. 
CIL.  V.  '.7  ;9  :  Bii<  nia  11,  779. 
(8)  I  'itscriptions  chrétiennes  delà  Gaule,  n.  41. 

nptions,  n.  412. 
I101  nt,  Inscriptions,  n.  528. 

Il)  Ll  Inscriptions,  n.  492. 


l'invocation  des  martyrs.  161 

ctorum  sociari  sepulchris  ',   et  à  Ratisbonne  on  conserve 
l'épitaphe  d'une  Sarmannina,  martyribus  sociata  2. 

A  Salone,  un  fidèle  dont  le  nom  ne  nous  est  point  par- 
venu s'est  lait  préparer  un  tombeau  près  des  martyrs  «  du 
milieu  >.  arcellam  mihi  condedi  ad  medianus  martyres71.  Arte- 
midora  de  Sirmium  veut  reposerai  àomnum  Synerotcm*. 
On  a  trouvé  en  Afrique  l'épitaphe  d'un  Renovatus,  placé 
ad  sanclos,  '  celle  d'une  Secundilla,  enterrée  auprès  des 
reliques  des  saints  Pierre  et  Paul  8  ;  même  mention  pour 
un  entant  à  Castellum  Tingitanum  7.  L'épitaphe  d'une 
religieuse,  placée  à  Satan  en  324,  mentionne  ce  détail  : 
fecit  sibi  ipsa  saiia  san ctorum  mensam  \  Elle  avait  pris  ses 
dispositions  pour  être  ensevelie  tout  près  des  martyrs  9. 

Bien  qu'en  Espagne  les  textes  analogues  soient  moins 
anciens, on  ne  peut  douter  qu'ils  ne  reflètent  une  tradition 
remontant  beaucoup  plus  haut  10. 

La  faveur  si  convoitée  en  O occident,  si  rarement  obte- 
nue, quod  multi  cupiunt  rari  accipiunt  ",  n'est  pas  moins 
recherchée  dans  les  églises  orientales.    S.   Grégoire  de 

(1)  Leblant,  Inscriptions,  n.   293. 

(2)  CIL  III,  5972.  Cf.  Ebner,  clans  Rômische  Quartalschrift,  t.  VI 
(1862),  p.  153-79. 

(3)  CIL.  III,  9546. 

(4)  cil.  m,  10233  ;  cf.  10232. 

15  Monceaux,  Enquête  sur  t '  êpigraphie  chrétienne  de  l'Afrique, 
n.  243. 

(6)  Monceaux,  Enquête,  n.  330. 

(7)  Monceaux,  Enquête,  n.  332. 
Monceaux,  Enquête,  n.  301. 

Mentionnons  encore  ici  ce  texte  de  la  Passion  de  S.  Maximilien 
de  Téveste  (BHL.  5813)  :  Pompeiana  mitrona  corpus  eius  de  indice  eruit 
et  imposita  in  dormitorio  suo  perduxit  ad  Carthaginem  et  sub  monticulo 
Cyprianum  martyr em  secus palatium  condidit,  et  ita  post  xm  diem  eadem 
matrona  discessit  et  illic  posita  est. 

1 10)  Hùbner,  Inscriptiones  Hispaniae  christianae ,  n.  158 
11    De  Rossi,  Inscriptiones  christianae  L'rbis  Romae,  t.  I,  n.  319. 

Cuit.  Mart.  » 


IÔ2  l'invocation  des  martyrs. 

Nazianze  réserve  à  sa  mère  et  à  son  frère  une  place  à  côté 
des  saintes  reliques  '.  S.  Grégoire  de  Nysse  dépose  les 
corps  de  ses  parents,  auprès  des  Quarante  martyrs,  afin 
qu'au  jour  de  la  résurrection  ils  se  lèvent  avec  ces  puis- 
sants protecteurs  -.  C'est  aussi  la  préoccupation  du  soli- 
taire Jacques, qui  recueille  partout  des  reliques  des  prophè- 
tes, des  apôtres,  des  martyrs  et  les  place  dans  une  châsse 
pour  demeurer  auprès  d'eux  et  ressusciter  avec  eux  \ 
Un  enfant  du  nom  d'Octemus,  à  Nicomédie,  précisas  a 
medicoic  postus  est  ad  martyres  '.  A  Constantinople,  Eusé- 
bie,  diaconesse  des  Macédoniens, voulut  être  enterrée  avec 
les  reliques  des  Quarante  martyrs  5.  Les  fouilles  de  Tana- 
gre  en  Béotie  ont  livré  l'épitaphe  d'un  chrétien  qui  met 
son  tombeau  sous  la  protection  d'un  martyr  dont  le  nom 
est  inconnu  G. 

Dans  le  principe,  c'est  le  corps  même  du  martyr  qui 
devient  le  centre  d'un  groupe  de  tombes  privilégiées. 
Lorsque  l'usage  se  généralisa  de  rendre  à  une  partie 
quelconque  des  restes  sacrés  ou  même  à  des  reliques 
représentatives  les  mêmes  honneurs  qu'aux  saints  corps, 


(i)  Carminu,  II,  20,  76.  P.  G.  t.  XXXVIII,  pp.  20,  50.   Cf.  Carm.  II, 
102,  125. 
(21  Oratio  III  in  SS.  XL  martyres,  P.  G.  t.  XLVI,  p.  784. 

(3)  Théodoret,  Religiosa  historia,  xxi,  Scun.ZK,  p.  1251.  On  peut 
encore  rappeler  ici  une  inscription  trouvée  à  Kara-Samsoun:  loi  udxap 
TTpobpoue  dvé6n.aev  éauTÔv  àirorpiif^v  Trâvriuv  obuvripuûv  tùv  Trpùç 
ai  Toicpov  eùpduevoç'  TeTdpxrj.  Grégoire,  dans  Budetin  de  correspon- 
dance hellénique,  1909,  p.  4;  Studia  l'ontica,  t.  III,  n.  13.  Cf.  Analect. 
Bolland.,  t.  XXX,  p.  335. 

(4)  CIL.  III.  14188.  L'inscription  est  bilingue,  et  n'est  pas  sans 
offrii  quelque  difficulté.  La  phrase  que  nous  transcrivons  répond  au 
k'rec  T,un.0iç   ûttô  îaTpoO   éuaprûpiaev.  Cf.  Analect,  Iiolland.  t.   XXX, 

P«  335- 

5)  SozoMENE,  Hist.  ceci.,  IX,  2. 

(6)  L.  Duchbsne,  dans  Bulletin  de  correspondante  hellénique,  t.  III, 
(1879),  p.  144-46. 


l'invocation  des  martyrs.  163 

la  faveur  d'être  associé  aux  martyrs,  sociatus  martyribus, 
argit  du  même  coup  et  se  constate  dans  des  basiliques 
qui  n'ont  jamais  possédé  un  tombeau  de  martyr. 

A  quelle  pensée  répondait  le  pieux  empressement  des 
chrétiensà  se  taire  octroyer  la  prérogative  de  ce  glorieux 
voisinage  ?  Est-ce  l'espérance  de  ressentir  plus  complète- 
ment les  effets  du  patronage  des  saints?  Obéissaient-ils 
inconsciemment  au  sentiment  moitié  religieux  moitié  mon- 
dain qui  poussait  déjà  les  riches  égyptiens  à  ambitionner 
l'honneur  d'être  ensevelis  à  Abydos,  près  de  la  tombe 
d'Osiris  '  ?  Est-ce  une  simple  manifestation  de  la  piété 
reconnaissante,  semblable  à  celle  qui,  au  cimetière  de 
Glasnevin  groupe  les  grandes  familles  d'Irlande  au  pied 
de  la  tour  ronde  qui  abrite  les  restes  du  libérateur  ? 

La  question  préoccupait  déjà  les  anciens, et  les  réponses 
que  l'on  peut  recueillir  à  travers  leurs  hésitations  ne  sont 
pas  concordantes.  Au  dire  d'Eusèbe,  Constantin,  en  se 
faisant  préparer  un  tombeau  au  milieu  des  cénotaphes 
de  la  basilique  des  apôtres,  espérait  profiter  des  prières 
qu'on  y  ferait  en  leur  honneur  -.  D'autres,  comme  S.  Gré- 
goire de  Xysse,  semblent  rattacher  la  pratique  à  des  idées 
spéciales  sur  la  résurrection  des  corps3. Celles  que  Maxime 
de  Turin  énonce  à  ce  propos  sont  assez  vagues  :  Ideo  hoc 
a  maioribus  provision  est  ut  sanctorum  ossibus  nostra  corporel 
socicmus,  ut  dum  illos  tartarus  metuit,  nos  poena  non  tangat, 
dum  illos  Chnstus  illuminât  a  nobis  tenebrarum  caligo  diffu- 
giat  *.  Pour  justifier  la  coutume,  Paulin    de  Noie  semble 

i|  Plltarque,  De  hideet  Orisidc,  20:  év  xe  'Apûbiy  toùç  €Ûbai- 
uovctç  tûjv  AifUTTxiujv  Kai  buvaToùç  ,ud\iaTa  edTrrea6ai  (Xé-fouaiv) 
cpi\oTiuou|aévouç  ôfiOTciqpouç  eîvai  toû  aiuuaToç  'Oaîpiboç. 

(2)  Vita  Constantin!,  IV,  60. 

(3)  Plus  haut,  p.  i6_>. 

(4)  Homilia   in   natal 7  SS.   martyr um    Taurincnsium,   P.  L.  t.  LVII. 
p.  426. 


164  l'invocation  des  martyrs. 

n'avoir  trouve  qu'une  raison  de  sentiment.  Il  faut  présu- 
mer que  les  bons  chrétiens  qui  travaillent  à  procurer  cet 
avantage  à  ceux  qu'ils  aiment  ne  s'agitent  pas  en  vain  '. 

S.  Augustin,  à  qui  il  soumet  la  difficulté,  ne  fait  appel 
à  aucune  raison  subtile  pour  la  résoudre,  et  montre  bien, 
dans  le  traité  qu'il  a  composé  à  cette  occasion,  qu'il  n'at- 
tache pas  grande  importance  au  choix  de  la  sépulture. 
«  Le  seul  avantage  que  je  crois  voir  à  être  enseveli  près 
des  martyrs,  dit-il  en  concluant,  c'est  que  les  fidèles,  en 
recommandant  le  défunt  à  leur  patronage,  le  font  avec- 
plus  d'ardeur '-'.  »  C'était  là  un  médiocre  encouragement. 
On  devine  d'ailleurs  les  inconvénients  qu'il  pouvait  y  avoir 
à  se  rendre  facilement  aux  sollicitations  d'une  piété 
trop  peu  discrète,  qui  amenait  à  troubler  la  cendre  des 
morts,  cineres  vexare piornm,  comme  disait  le  pape  Damase3, 
et  d'où  naissaient  sans  doute  des  compétitions  regret- 
tables. Dès  lors  on  comprend  que  l'on  se  soit  employé  à 
calmer  des  ardeurs,  d'ailleurs  très  malaisées  à  satisfaire, 
comme  on  le  voit  dans  l'épitaphe  du  diacre  Sabinus  à 
Saint-Laurent-hors-les  murs  : 

Nil  iuvat,  immo  gravât,  tumulis  haerere  piorum, 
sanctorum  meritis  optima  vita  prope  est  ; 

corpore  non  opus  est,  anima  tendamus  ad  illos, 
quae  bene  salva  potest  corporis  esse  salus  *. 

Leçon  bien   profitable  et   répondant   à    plus   d'un  genre 
d'excès  dans  la  dévotion  . 

Des  questions  analogues  surgissent  tout  naturellement 

(i)  Augustin,  De  curapromortuisgerenda,  1,  P.  L,  t.  XL,  p.  592. 
(21  De  cura  pro  mortuis  gerenda,  îz,  P.  L.   t.  c,  p.  610.  Voir  aussi  De 
octo  Dulcitii  quaestionibus,  II,  2,  P.  !..  I    c,  p.  157. 
{},)  Iiim,  Damasi epigrammata,  w.  u. 
(^)  BiicHiîLER,  Carmina  latina  cpigraphica,  1423,  5-8. 


l'invocation  des  martyrs.  165 

à  propos  d'un  autre  usage  qui  peu  à  peu  s'introduisit  dans 
l'église  et  se  généralisa  au  point  de  devenir  une  loi  sous 
laquelle  nous  vivons  encore,  nous  voulons  parler  de  l'adop- 
tion, par  les  chrétiens,  des  noms  de  martyrs  ou  d'autres 
saints.  Est-ce  un  acte  de  piété  inspiré  par  l'amour  et  le 
respect  du  martyr  ;  ou  bien  une  démonstration  suggérée 
parla  préoccupation  de  sanctifier  tous  les  détails  delà  vie 
chrétienne;  est-ce,  primitivement,  comme  ce  fut  plus  tard, 
l'expression  du  désir  de  s'assurer  la  protection  spéciale  du 
martyr,  et  le  nom  exprime-t-il  les  relations  de  client  à 
patron  que  le  fidèle  entend  établir  entre  lui-même  et  le 
saint  de  son  choix  ? 

Cette  fois  encore  on  constate  que  l'évolution  historique 
n'est  point  la  résultante  d'un  principe,  et  que  l'histoire  ne 
se  reconstitue  pas  avec  la  logique  d'un  théorème.  L'usage 
du  nom  chrétien  semble  s'être  introduit  sous  l'empire  de 
pensées  assez  diverses,  suivant  les  pays  et  les  circonstan- 
ces. Mais  il  est  certain  que  le  sentiment  qui  domine  tous 
les  autres,  est  celui  d'une  tendre  vénération  pour  celui 
dont  on  adopte  le  nom.  Le  plus  ancien  texte,  celui  de 
Denys  d'Alexandrie  (-(-265),  qui  constate  que  les  noms  de 
Paul  et  de  Pierre  étaient  fréquents  chez  les  fidèles  de 
son  époque,  énonce  cette  supposition  qu'anciennement 
il  dut  en  être  de  même  du  nom  de  Jean,  que  l'on  pre- 
nait sans  doute  par  amour  pour  l'apôtre,  par  admira- 
tion, par  une  sorte  d'émulation,  et  par  le  désir  d'être 
aimé  du    Seigneur   comme  Jean   l'avait  été1.    C'était  par 

1  Dans  ErsÈBE,  Hist.  ceci.  \  II. .  25,  14  :  ttoWoùç  bi  lijuovûuouç 
'kutivvn.  tûj  àiroaxôXiu  voui£w  -fefovévai.  0Ï  bià  xr\v  TTpàç  ^Keîvov 
cifÙTTriv  Kui  tûj  0uuucicc-iv  kcù  £r|\oûv  àTcmn.ftfîvcù  fe  ômoîujç 
aÛTÛj  poû\erj9ai  ùtto  Kupiou,  kcù  Tr\v  éTrujvuuiav  xnv  aÙTn.v 
ncmclaavTO,  uJOTrep  kcù  ô  TTaûXoç  tto\ùç  kcù  bf\  kcù  ô  TT^Tpoç  év 
toîç  tiûv  TTiaTiûv  naiaiv  ôvopctéc-Tai.  Ce  texte  semble  n'avoir  pas  tou- 
jours  été  bien  interprété.  Denys  d'Alexandrie  ne   constate  pas  que 


i66  l'invocation  des  martyrs. 

haine  pour  l'idolâtrie  que  les  martyrs  égyptiens  de  Pales- 
tine  s'étaient  donné  des  noms  bibliques  ;  ceux  d'Elie,  de 
Jérémie,  d'Isaïe,  de  Samuel,  de  Daniel  remplaçaient  des 
noms  de  divinités  '.  Il  ne  faudrait  peut-être  pas  citer  ici, 
comme  on  le  fait  souvent,  l'exemple  du  peuple  d'Antioche, 
qui  donnait  aux  enfants  le  nom  de  l'évêque  Mélèce  '-'.  Cela 
se  passait  du  vivant  du  saint,  et  n'est  au  fond  qu'un  reflet 
de  la  popularité  du  pasteur  et  une  manifestation  d'un 
caractère  passager  3.  S.  Jean  Chrysostome  lui-même 
constate  que  ses  contemporains  donnaient  un  peu  au 
hasard  les  noms  aux  enfants  :  oi  vûv  aTrXuùç  mi  ujç  èru- 
\e  tùç  TTpoo"n,Yopiaç  ttoioûvtcu.  Mais  il  engage  les  parents  à 
préférer  même  aux  noms  des  ancêtres  ceux  des  hommes 
illustres  par   leurs  vertus  et  jouissant  d'un   i^rand  crédit 

«  les  homonymes  de  l'apôtre  Jean  sont  nombreux  »,  mais  pense  qu'il 
y  en  a  eu  beaucoup,  pour  les  raisons  qui  de  son  temps  faisaient  adop- 
ter les  noms  de  Paul  et  de  Pierre.  Le  nom  de  Jean,  à  en  juger  par  les 
monuments,  ne  devint  populaire,  qu'au  cours  du  IY<  siècle,  plus  tard 
même  dans  certaines  régions.  Voir  Bayi  i.  Luis  Bulletin  de  correspon- 
dance hellénique,  t.  I  1 1877),  p.  40S  ;  Gori,  Inscript.  Etrur.,  t.  III.  p.  322. 
(1)  Euskbe,  De  tnartyribus  Palaestinae,  XI.  8.  Un  texte  de  Procope 
de  Gaza,  Comm.  in  Isaiam,  c.  XLIV,  que  Ton  cite  parfois  à  propoî 
de  la  question  présente,  n'esl  autre  chose  qu'une  allusion  au  fait  rap- 
porté par  Busèbe  ;  mais  Procope  généralise,  et  à  l'entendre  on  dirait 
qu'il  s'est  présenté  plusieurs  fois.   /'.  G.  t.  LXXXVII,  p.  2401. 

3  Jean  Chrysostome,   Laudatio  S.    Meletii  :  To  uaibiov  ëKaaxoç 
tô  éctUTOÛ   àïrô   t?)ç  TTpoan.Topiuç  fcKa\eîxe  Tn.ç   éxeivou.   P.    G.  t.  L, 

P-  5»?- 

l  -s    Grégoire    de   Naziai  -i  .  Oratio  XXXVII,  17: 

Kaixoi  Kui  TTéTpov  nuiû,  àW  oùk  àKo6ui  fTeTpiavôç,  Kai  TTaOXov, 
ITauXiavoç  ot   oùk  r|Kouaa,   P. G. t.  XXXVI,   p.  301,   n'a  rien  avoir 

la  question  qui    nous   0  -   Il  ne  s'agit   pas  du  nom  de  Pierre 

ou  de  Paul  ;  mais  d'un  titre  dérivé  de  ces  noms,  <  omme  xpiOTiuvoç  de 
Xpicrrôç.  En  Cappadoci   l'habitude  de  prendre  un  nom  chn  mble 

s'être  introduite  lentement.   Macrinc,  la    sœurde  S.   Basile,  avait 
annoncée  dans  un  soi  ois   le   nom  de   Thècle.    Néanmoins  on  lui 

donnalenom  de  sa  grand' mèn   ;  rel  (ôvoua  tô  KtKpuuutvov) 

elle  port  de  Thècle.  Grégoiri    dj    Nysse,    I  itu   S.  Mmrinac, 

P.  G.  t.  XLV1,  j  .  961. 


l'invocation  des  martyrs.  167 

auprès  do  Dieu  '.On  le  voit,  l'orateur  fait  ici  intervenir 
les  avantages  de  l'intercession  des  saints. C'est  aussi  l'idée 
exprimée  par  Théodoret  :  on  donne  aux  enfants  des  noms 
de  martyrs  pour  leur  assurer  une  protection  et  une  sauve- 

irde  '. 

Le  relevé  méthodique  des  noms  chrétiens  dans  l'anti- 
quité éclairerait  beaucoup  l'histoire  de  la  pratique  dont  il 
est  question  ici.  et  serait  particulièrement  important  pour 
constater  les  progrès  de  la  dévotion  à  certains  martyrs 
et  la  diffusion  de  leur  culte.  La  méthode  a  été  appliquée  à 
un  petit  nombre  de  noms  et  a  donné  de  bons  résultats  s. 
Elle  devrait  être  généralisée. 

Un  nom  qui  ne  devra  pas  être  oublié,  et  qui  n'est  pas 
celui  d'un  martyr  déterminé  mais  un  témoin  de  l'honneur 
rendu  à  tous  les  martyrs,  c'est  celui  de  MapTÛpioç,  Mar- 
tyrius,  Martyria,  très  fréquent  à  partir  du  IVe  siècle.  Un 
coup  d'ceil  dans  les  recueils  d'inscriptions  le  fait  découvrir 
sur  tous  les  points  du   monde  romain,   à  Rome  *,  à  Mi- 


l)  Homil.  in  Genesim,  XXI,  3,  P.  G.  t.  LUI,  p.  179. 

(2    Graecarum  ajicct.  curatio,  VIII,  67,  R.\EDER,p.  218. 

(3)  Pour  les  saints  Cosmc  et  Damien,  P.  M  A  AS,  dans  Byzantinische 
Zatschrift,  t.  XVII  1 1908',  p.  604  ;  pour  S.  Georges,  le  même,  dans 
Krumbacher,  Dey  heilige  Georg  (Mùnchen,  1911),  p.  317-20.  Voir  aussi 
les  remarques  intéressantes  de  De  Rossi  sur  les  noms  de  Pierre  et 
Paul,  BulLttino.  1867.  p.  6-8. 

(41  De  Rossi,  Roma  sotterranai,  t.  III,  p.  283  :  Marturius  ;  p.  452  : 
domus  heterna  Marturies  ;  Bullcttino,iS8o.p.  29  :  locus  marturiae  ;  Mai, 
Scriptorum  veterum  nova  collectio,t.  V,  p.  442.  n.  5:  Martyriae  ;  Maran- 
goni.  Acta  S.  Victor is,  p.  8g:  Martyrio  ;  Odericus,  Dissertationes  et 
adnotattones.  p.  339,  n.  9  :  Aureliae  Martyriae;  Martcchi,  Monumcnti 
del  museo  cristiano  Latcranensc,  tav.  LXX1V,  paretc  VII,  16  :  Marturus; 
par.  VII,  32  :  Marturio  ;  tav.  LXXI,  par.  VI,  20:  Martura.Dans  la  gale- 
rie lapidaire  du  Vatican,  parcte  XXXVIII  :  Marturus;  parcte  XLY1  : 
Martyria  in  pace.  Nuovo  bullettmo  di  archeologia  cristiana,  t.  IX 
•l9°5\-  V-  21  :  Alfeniae  Xarctissae]  filic  carisst[mae~\  sigmo)  Martyri.  Il 
s'agit  évidemment  d'une  jeune  fille  qui  avait,  non  pas  la  qualité,  mais 
le  surnom  de  Martyre. 


168  l'invocation  des  martyrs 

lan ',   en  Dalmatie  2,  à   Constantinoplc  3,  en  Sicile*,   en 
Gaule  5,  en  Asie  Mineure  6. 

Les  textes  littéraires  de  tout  genre  en  mentionnent 
beaucoup  d'autres  et  il  suffit  de  rappeler  ici  Martyrius 
L'évêque  Macédonien  7,  Martyrius  l'évêque  de  Marciano- 
polis  et  plusieurs  homonymes  cités  par  Sozomène  8,  un 
prêtre  correspondant  de  T*héodoret  9,  Martyrius  évêque 
d'Acherontia  10,  Martyrius  évêque  d'Antioche  et  Marty- 
rius évêque  de  Jérusalem  ".  Il  y  a  un  Martyrius  parmi  les 
contextores  du  code  Théodosien  '"-'  ;  il  y  a  même  des  martyrs 
de  ce  nom  :  le  compagnon  de  S.  Marcianus,  à  Constantino- 
ple  lî  et  celui  de  Sisinnius  et  d'Alexandre,  mis  à  mort 
en  Anaunie  à  la  fin  du  IVe  siècle  ".La  liste  serait  fort  con- 
sidérable si  nous  voulions  continuer  l'énumération  ,s. 


(i)  CIL.  V.  6241   :  Marcus  et   Marturia  se  vivi  enteront  ;  6246:  hoc 
titulum  Mortifia  viro  suo  Martiniano  contra  votunt  faecit. 

(2)  CIL.    III.    1891  :    Marturius  memoriam  sibi  fecit   ;    6393   :  lui. 
Martyrius  et  Aur.  Procula...  posuerunt. 

(3)  CIL.   X.   3309   :    hic  positus  est   Iulius  Marturius  cibis   Constan- 
tmopolitanus. 

(4)  Kaibel.   Inscriptiones  graecae  Siliciae  et  Italiac,  151  :    i\  Oew  koù 
Xpiarôt  Mctpxùpioç  évOcîbe  kôtiu. 

(5)  Leblant,   Inscriptions  chrétiennes  de  la   Gaule,  n.   255  :  titulum 
posuerunt  Martyrius  et  Silvia. 

(61  CKi.  8872   :  MapTÙpioç   n  tMo'fiKiiiTUToç   iTxoXaaxiKÔç  ;  Heber- 
Wii.hei  m,  Reisen  in  Kilikien,  p.  21,  n.  52  :   (ivutuvouto  n,  ^axapia 
khi  OeooepeOTciTri  Mupxupiç  év  tt]   àfioTdrn,   reaaapaKoarQ. 

7)  So«  RATE,    HtSt.  cal..  IV ,    I  i,  22. 

(8)  Sozomlnk.  Hist.  ea  ,'.,  VII,  9,  1.  :  III,  n,  2  ;  IV,  3,  1  ;  VII,  10,  1. 

t.  xx,  S(  mi  1./1  .  t.  IV,  p.  1081. 
io)  I  hiei  .  Epistulae pontificum  Rom.,  p.  386. 
(11)  M  ,  Chronica  minora,  t.  III,  pp.  558    560. 

121  Cod.  Theodos.,  I,  1.  6,  Mommsen,  p.  .:  1 
I13   BHG».  1029. 

BHL.  7794,  7795. 
(15)  Il  v  ;i   dans  la  coi  1  edi    Symmaqu<  an/rugis  optimae 

Martyrius.  Voir  Episl.  IV,  22;  \  II.  64.  M;n    ;<  rait-ce  bien  un  chrétien? 


CHAPITRE  V. 

LES  PRINCIPAUX  CENTRES  DU  CULTE 
DES  MARTYRS.  L'ORIENT. 

Rien  ne  serait  plus  intéressant  qu'une  statistique  exacte 
du  culte  des  martyrs  dans  le  monde  romain  à  la  fin  du 
V]  siècle,  alors  que  toutes  ses  formes  sont  fixées  dans  une 
tradition  séculaire,  et  qu'il  n'est  point  atteint  encore  par 
les  grands  bouleversements  qui  s'annoncent.  Quelle  était, 
à  ce  moment,  dans  chaque  diocèse,  la  succession  des 
t'êtes  ?  Quels  étaient  les  sanctuaires  dédiés  aux  martyrs  ': 
Quelle  était  l'importance  du  trésor  des  reliques  éparses 
dans  la  catholicité  entière  ?  Il  serait  bien  désirable  que 
l'on  donnât  à  ces  questions  une  réponse  précise. 

Mais  combien  nous  sommes  loin  d'être  pleinement  ren- 
seignés.  On  peut  dire  qu'aucun  martyrologe  local  ne  nous 
parvenu  dans  un  état  complètement  satisfaisant.  Le 
férial  romain  n'est  point  sans  lacunes  et  ne  vaut  que  pour 
la  première  moitié  du  IVe  siècle.  Celui  de  Carthage 
moins  ancien  et  relativement  abondant  ;  mais  il  ne  nous 
e^t  point  parvenu  en  son  entier.  Quant  à  celui  de  Tours, 
au  Y"  siècle,  il  s'en  tient  aux  toutes  grandes  fêtes  '. 

Si  nos  compilations  martyrologiques  étaient  plus  homo- 

i    Rappelons  que  ce  document  a  été  inséré  par  Grégoire  de  Tocrs 
dans  YHist.  Franc.  X,  31. 


170  CENTRES   DU   CULTE   DES   MARTYRS. 

gènes  et  faites  exclusivement  de  matériaux  de  première 
main,  nous  pourrions  essayer  de  reconstituer  quelques 
listes  locales.  Mais  le  mélange  de  l'élément  littéraire 
avec  l'élément  traditionnel,  sans  compter  l'état  de  confu- 
sion dans  lequel  s'est  effectuée  la  transmission  des  princi- 
paux martyrologes,  rendent  cette  tâche  presque  toujours 
impossible,  et  les  résultats  que  l'on  peut  en  attendre  sont 
illusoires  et,  à  tout  le  moins,  incomplets.  Voilà  pour  les 
l'êtes. 

En  ce  qui  concerne  les  basiliques,ilfaut  se  rappeler  qu'el- 
les ne  sont  pas  toujours  désignées  sous  le  vocable  des  mar- 
tyrs dont  elles  abritent  les  reliques,  et  l'importance  de  ces 
reliques  est  souvent  difficile  à  apprécier.  En  Occident,  on 
dédie  les  églises  avec  des  objets  sanctifiés  au  simple  con- 
tact du  tombeau  ;  en  Orient  on  ne  craint  pas  de  détacher 
des  parcelles  du  corps  saint,  et  on  désigne  ces  fragments 
en  des  termes  qui  créent  de  véritables  confusions.  On  pos- 
sède le  martyr  là  où  l'autel  cache  ses  reliques,  quelles 
qu'elles  soient,  tel  est  du  moins  le  langage  courant  de  cer- 
taines contrées  '. 

Chercher,  dans  ces  conditions,  à  retracer,  avec  le  détail 
désirable,  un  tableau  du  culte  des  martyrs  au  seuil  du  moyen 
à'^c  est  une  entreprise  à  laquelle  il  faut  renoncer  si  l'on  ne 
veut  point  tirer  des  documents  plus  qu'ils  ne  sauraient 
donner,  ou  accepter,  comme  des  résultats  acquis,  ce  qui 
ne  peut  dépasser  les  limites  de  la  conjecture  et  dissimuler 
les  énormes  lacunes  de  notre  information. 

Il  faudra  donc  se  restreindre.  Si  l'on  sL  rappelle  que 
dans  l'antiquité  le  culte  de  chaque  martyr  s'organise 
autour  de  son  tombeau,  que  les  premiers  à  garder  sa 
mémoire   sont  les  fidèles   qui  ont  vu  de  leurs  yeux  sa   fin 

1    Plus  haut,  p.  75. 


l'orient.  171 

héroïque,  on  est  amené  à  concevoir  l'histoire  du  culte  des 
martyrs  comme  celle  des  centres  isoles  où  il  a  pris  nais- 
sance et  d'où  il  a  rayonné  inégalement  clans  diverses  par- 
ties du  monde  chrétien.  Ce  point  de  vue  aboutirait  à  dres- 
ser la  statistique  des  églises  qui,  les  premières,  ont 
consacré  par  une  commémoraison,  l'anniversaire  de  la 
mort  d'un  martyr.  et,subsidiairement,la  liste  des  sanctuai- 
res principaux  qui  se  glorifiaient  de  posséder  un  corps 
saint.  L'église  de  Carthage  a  été  la  première  à  solenniser 
l'anniversaire  de  S.  Cyprien  qui  fut,  depuis,  gardé  par 
tant  d'autres  églises.  La  basilique  de  S.  Laurent  in  agro 
Vcrano  a  été  comme  le  foyer  d'où  la  dévotion  au  saint 
diacre  a  rayonné  parle  monde  entier. 

Si  nous  bornons  notre  ambition  à  ne  visiter  en  esprit 
que  ce  que  nous  appellerions  les  églises-mères,  pouvons- 
nous  seulement  nous  flatter  de  n'en  omettre  aucune  qui 
vaille  la  peine  d'être  mentionnée? Pour  certains  pays  notre 
documentation  se  réduit  à  très  peu  de  chose,  et  parfois  le 
hasard  fait  surgir  du  sol  une  inscription  avec  le  nom  d'un 
martyr  authentique,  ou  révèle,  dans  un  texte  jusque  là 
négligé,  un  épisode  sanglant  des  persécutions,  sans  nous 
livrer  la  page  correspondante  où  nous  cherchons  la 
preuve  du  culte. 

Parfois  aussi,  pour  certains  martyrs,  c'est,  dans  l'infor- 
mation, l'abondance  stérile.  Ainsi,  nous  constatons  qu'au 
début  du  Ve  siècle  S.  Cosconius  était  honoré  avec  ses 
compagnons  à  Nicée,  à  Nicomédie,  ailleurs  encore. et  qu'il 
avait  trois  fêtes,  le  19  janvier, le  23  février,  le  2  septembre1. 
Mais  laquelle  correspond  à  la  date  de  la  déposition  et  quel 
est  le  lieu  du  martyre  ?  Impossible  de  le  décider.  Et  la 
circonspection  s'impose  d'autant  plus  que, parfois, le  centre 

1   Elles  sont  indiquées  dans  l'abrégé  syriaque  et  dans  l'hiéronymicn. 


172  CENTRES   DU    CULTE    DES   MARTYRS. 

primitif  du  culte  d'un  martyr  se  trouve  dépossédé  par 
une  succursale  dont  la  vogue  rapidement  grandissante 
fait  oublier  les  origines.  Quelles  hésitations  n'ont  point 
épouvées  les  érudits  qui  ont  essayé  de  fixer  le  point 
de  départ  du  culte  des  saints  Cosme  et  Damien  '  !  Malgré 
tout  l'éclat  de  la  découverte  des  reliques  de  S.  Etienne,  on 
ne  voit  point  que  ce  soit  à  Jérusalem  que  le  premier  mar- 
tyr ait  reçu  les  hommages  les  plus  empressés.  Les  sanc- 
tuaires d'Uzalum,  de  Calama,  d'Hipponc  paraissent  avoir 
joui,  dès  le  début,  d'une  tout  autre  célébrité  et  cela  fait 
comprendre  qu'une  large  diffusion  du  culte  puisse  être 
dans  bien  des  cas,  un  élément  d'incertitude. 

Il  faut  bien  s'entendre,  d'ailleurs,  lorsqu'on  parle  de 
centres  de  culte,  et  le  mot  ne  peut  pas  toujours  se  prendre 
au  sens  propre.  Certains  sanctuaires,  semblent  n'avoir 
pas  été  des  foyers  de  propagation  ;  la  dévotion  au  martyr 
n'a  eu  aucun  rayonnement  au  dehors,  et  le  culte  est 
demeuré  strictement  local.  Nous  n'en  chercherons  pas 
moins  à  déterminer,  même  alors,  le  lieu  de  la  sépulture 
et  de  constater  la  célébration  de  la  fête. 

Très  rarement  il  pourra  suffire  de  recourir  aux  marty- 
rologes Leur  témoignage  a  besoin  d'être  contrôlé  et  trop 
souvent  le  moyen  de  contrôle  fait  défaut  -'.On  le  cherche 
d'instinct  dans  les   itinéraires  des  pèlerins  %   et  c'est  là 

(1)  Pi  1  bner,  1  osmas  und  Damian  (Leipzig,  1907)*  p.  38-83;  P.Maas, 
clans   /•  Zeitschrift,  t.  XVII,  p.   6114-608  ;  Deubner,  dans 

ologische  Wochenschrift,  1910,  p.  1286. 
z    Voir  notre  travail  sur  Le  témoignage  des  Martyrologes  clans  Ana- 

IM    I  .   BOLI  AND.,  I.  XXVI,  ] 

Comme  il  sera  plus  d'une  f« » i  -  question  dans  < :e  qui  va  suivre   du 

\   I      ria,  dit  autrefois   Peregrinatio  Silviae,  que  l'on  s'ac- 

cordail  à  datei  de  la  fin  du  H  ,nous  devons  faire  remarquer  qu'on 

a  ch<  emmenl  à  abaisser  cette  date  jusque  vers  le  milieu  du  Vie 

Voii  Meisti  r,  dans  Rheinisches Muséum,  N   F    t.  LXIV,  p.  337- 

iji.  Le  nouveau  système  a  trouvé  des  adhérents  mais  aussi  des  contra- 


l'orient.  173 

une  source  précieuse  de  renseignements  à  condition  qu'on 
ne  s'y  fie  pas  aveuglément.  Ceux  qui  lesont  rédigés  sont  de 
pieux  touristes  que  leurs  bonnes  intentions  n'ont  pas  mis 
à  l'abri  de  toute  erreur  ni  protégés  contre  les  entreprises 
peu  scientiriques  des  guides  et  des  sacristains.  Les  inscrip- 
tions, les  chroniques  et  autres  textes  historiques  où  l'ab- 
sence de  toute  arrière-pensée  est  souvent  manifeste,  don- 
nent en  général  des  informations  bien  plus  sûres. 

\Sn  rapide  tableau  comme  celui  qui  va  suivre  ne  pouvant 
être  sans  cesse  entrecoupé  de  discussions,  il  sera  plus 
rarement  fait  appel  à  un  genre  de  textes  hagiographiques 
assez  nombreux  qui  n'offrent  aucune  prise  à  la  critique  et 
dont  les  meilleures  données  ne  peuvent  être  acceptées  que 
sous  bénéfice  d'inventaire.  Les  légendes  seront  donc  rare- 
ment interrogées.  Les  lacunes  que  notre  exposé  présen- 
tera de  ce  chef  seront,  croyons-nous,  plus  apparentes  que 
réelles. 

Nulle  part  les  documents  dignes  de  foi  ne  nous  permet- 
tent de  remonter  aussi  haut  dans  l'histoire  du  culte  des 
martyrs  qu'en  Asie  Mineure  ;  nulle  part  non  plus  on  ne  le 
voit  si  tôt  parvenu  à  son  entier  développement. On  sait  que 
le  premier  témoignage  parfaitement  explicite  que  nous 
ayons  à  produire  provient  de  la  province  d'Asie.  Les  fidè- 
les de  Smyrne  recueillent  pieusement  les  restes  de  leur 
évèque  Polycarpe  mort  sur  le  bûcher,  leur  donnent  une 
sépulture  digne  de  son  rang  et  établissent  un  anniver- 
saire '.  Moins  de  cinquante  ans  plus  tard,  Polycrate 
d'Éphèse  signale,  parmi   d'autres  tombeaux  glorieux,   à 

dicteurs.  Voir  Analect.  Bolland.  t.  XXXI,  p.  346.  La  nature  des  recher- 
ches que  nous  poursuivons  n'exige  pas  que   le  problème  soit  préalable- 
ment résolu. 
(i)  Martyr ium  Polycarpi,  18. 


174  CENTRES   DU    CULTE    DES   MARTYRS. 

Smyrne,  avec  celui  de  Polycarpe,  celui  de  Thraséas,  mar- 
tyr d'Euménie  *.  A  Smyrne  également  appartient  le  mar- 
tyr Pionius,  dont  la  passion  est  bien  attestée  sans  que  l'on 
parvienne  à  relever  des  traces  distinctes  de  son  culte  *. 
Son  inscription  au  martyrologe  hiéronymien  (10  et  12 
mars)  ne  semble  pas  refléter  une  tradition  liturgique.  C'est 
Eusèbe  qui,  selon  toute  vraisemblance,  est  la  source  de  la 
mention  •"'. 

Ephèse  est  surtout  célèbre  par  le  tombeau  de  S.  Jean,  à 
qui  Polycrate  donne  les  titres  de  martyr  et  de  docteur  '. 
De  bonne  heure  on  y  construisit  une  basilique,  que  la 
pieuse  Ethéria  se  proposait  de  comprendre  dans  son  itiné- 
raire \  Cette  basilique,  rebâtie  par  Justinien  ,!,  fut  visitée 
par  des  foules  de  pèlerins  jusque  bien  avant  dans  le  moyen 
âge  7.  D'assez  bonne  heure  leur  attention  se  trouva  parta- 
par  d'autres  sanctuaires  ;  et  ce  qui  montre  bien  avec 
quelle  réserve  il  faut  consulter  leurs  relations,  à  quel 
point  leurs  relevés  sont  capricieux  et  incomplets,  c'est  que 
Théodose,  passant  par  Ephèse,  a  tout  d'abord  été  frappé 
par  les  Sept  Dormants, dont  il  sait  les  noms  et  l'histoire,  et 
fort  médiocrement  par  la  basilique  principale  qu'il  ne  juge 
même  pas  digne  d'une  mention  \   En  revanche,  il  nous 


1    Eusèbe,  Hist.  ceci.,  V,  24,  4.  Cf.  Liohtfoot,  Apostolic  Fathcrs, 
part.  II,  t.  I,  p.  494. 

z  Passio  Pionii,  BHG*.  1546. 

(3)  Duchesnk,  dans  Acta  s  s.  novembris,  t.  II,  p.  [lxvii]. 
141  Eusèbe,  Hist.  eccl.  III,  31,3  :  kuî   ^dp-ruç  k<ù  bibdaKotXoç,  outoç 
év   'Ecp^aw  K€Koi|ur|Tai. 
151  Gbyer,  Itmcra  Hicrosolymitana,  p.  7t. 
6)  Procope,  De  ucJif.y ,  1  ;  Hist.  arcana,  éd.  Bonn,  p.  25. 
7    Vita  s.  Lazari  Galesiotae,  c  29,  Acta  SS.  nov.  t.  III,  p.  518  et  pas- 
sim. 

(8)  In  pruvinciu  Asia,  civitus  Eplieso  ubi  sunt  septem  fratres  dormien- 
tesctcatulus  Vivicanus  ud  pedes  evrum.  Geyek,  Itmcra,  p.  148. 


l'orient.  175 

signale  le  tombeau  de  S.  Timothée  :  ibi  est  sa/ictus  Timo- 
theus,  discipulus  domni  Pauli  '. 

Il  y  avait  dans  le  voisinage  du  temple  d'Apollon  Didy- 
méen  à  Milet,  des  sanctuaires  de  martyrs  que  l'empereur 

Julien  lit  détruire  *.  On  ne  nous  dit  pas  expressément  qu'ils 
y  avaient  leurs  tombeaux,  mais  cela  ne  manque' pas  de 
probabilité.  Sozomène  rappelle  à  cette  occasion  que  Julien 
avait  de  même  à  Daphné  pris  ombrage  de  S.  Babylas,  à 
qui  il  attribuait  le  silence  de  l'oracle  d'Apollon.  Or,  il 
s'était  arrêté  au  parti  de  se  débarrasser  du  corps  du  saint 
martyr  3.  On  peut  croire  qu'il  redoutait  pour  l'Apollon 
Didyméen  un  voisinage  pareil. 

A  Aphrodisias  de  Carie  on  honorait  le  29  ou  le  30  avril 
Diodote  (d'autres  lisent  Diodore)  et  Rodopianos  connus 
parle  martyrologe  syriaque  du  30  avril  et  par  une  Passion 
qui  a  laissé  des  traces  dans  divers  recueils  *. 

C'est  à  Pergame  qu'il  faut  chercher  le  premier  mar- 
tyr d'Asie,  Antipas,  célèbre  par  ce  texte  des  livres 
saints  :  'AvTuraç  ô  uapiuç  uou  ô  ttio~tôç,  ôç  cureKTccvGri 
TTap'  ùuîv  *.  André  de  Césarée,  dans  son  commentaire  sur 
l'Apocalypse,  nous  dit  qu'il  a  lu  le  récit  de  son  martyre: 
oÛTrep  dvéYVuuv  tô  uaptûpiov  6.  Si  cette  pièce  est,  comme  le 

:    Geyer,  Itincra,  p.  148. 

(2)  Sozomène, H«/.  ceci.,  V,  20. Une  inscription  trouvée  à  Milet,  CIG. 
8S47,  porte  ces  mots  :  kcù  toO  àyiou  udp-rupoç  'Ovriai-rrirou.  Ce 
martyr  n'est  nommé  nulle  part  ailleurs.  Appartiendrait-il  en  propre  à 
Milet  ? 

(3)  Sozomène,  Hist.eccl.,  V,  19. 

(4)  Résumé  dans  les  synaxaires  grecs  au  29  avril.  Synax.  eccl.  CP., 
p.  638  ;  version  latine  dans  le  manuscrit  de  Rouen  U.  42,  Analecta 
Bolland.,  t.  XXIII,  p.  256-57. 

(5)  Apoc.  2,  13. 

(6)  Commentarius  in  Apoc.,  c.  V,  P.  G.  t.  CVI,  p.  237.  Sur  l'époque 
d'Arethas,  voir  Diekamp,  dans  Historisches  Jahrbuch,  t.  XVIII  (1897), 
pp.  1-36,  602. 


176         CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

pensait Papebroch,  celle  que  nous  possédons  encore  ',  on 
peut  en  lire  que  vers  la  fin  du  Ve  siècle  il  existait  à  Pergame 
une  basilique  de  S.  Antipas  -.  Elle  était  peut-être  debout 
lorsque,à  si  m  tour,Aréthas  commentait  l'Apocalypse;  mais 
on  n'a  aucun  témoignage  à  ce  sujet 3  et  cela  importe  peu. 
Il  est  infiniment  probable  que  le  culte  de  S.  Antipas  ne 
remonte  pas  à  l'époque  de  la  persécution  dont  il  fut  la  victi- 
me,et  qu'on  l'organisa  plus  tard  lorsque  l'église  de  Pergame 
recueillit  ses  souvenirs.  Il  y  a  plus  de  vraisemblance  que 
le  célèbre  groupe  Carpus,  Papylus  et  Agathonice  ait  été 
honoré,  aussitôt  après  le  martyre,  par  l'église  de  Pergame. 
Nous  lisons  encore  l'antique  récit  de  leur  passion  ',  celui-là 
sans  doute,  qu'Eusèbe  lui-même  a  lu  et  incorporé  dans  sa 
collection  ''.  On  aimerait  à  trouver  dans  le  martyro- 
loge svriaque  ou  dans  l'hiéronymien  un  reste  du  calendrier 
de  Pergame.  La  formule  du  compilateur  èk  twv  dpxaiwv 
uapTÛpuuv,  nous  ramène  à  Eusèbe  qu'il  a  consulté  c.  Et  le 
vieux  texte  est  bien  sobre  de  détails.  Nous  y  voyons  seule- 
ment que  les  chrétiens  enlevèrent   secrètement  les  corps 

(1)  BHG-.  138,  n.  4  :  tô  \eivpava  aÙTOû...  ^v  Twbe  tùj  tôttuj  Kcrré- 
0r|Kav   év  TTep'fduw,  ëvGa  auviôvTeç  Tàç  irpoaeuxàç  émTe\oûu.ev. 

(2)  Le  P.  A.  Dutat.  I  n  prétendu  tombeau  de  S.  Luc  à  Ephèse  restitué 
à  Ut  mémoire  de  S.  Antipas  (Paris,  1883),  p.  83,  cite  la  phrase  suivante 
du  commentaire  cPAréthas  :  'AvThraç  o  uâpruç  év  TTep-fduuj  éuap-rû- 
pnaev,  ou  kcù  tô  uapTÙpiov  eioéxi  auj£eTm  iI'.G.  t.  CVI,  p.  536), 
en  interprétant  le  mot  uapTÙpiov  flans  le  sens  de  sanctuaire  et  conclut 
que  «  d'après  Aréthas  le  martyrium  ou   le   sépulcre   d'Antipas  était 

ire  à  Pergame,  dans  le  courant  du  Xe  siècle,  un  objet  de  véné- 
ration dont  l'authenticité  ne  Faisait  aucun  doute.  »  Comme  dans  le 
texte  d'André,  uapTÙpiov  signifie  le  récit  du  martyre.  Nous  ne  discu- 
teron  1  l'opinion  du  même  auteur  sur  l'existence  à  Ephèse  d'un 

oratoire  de  S.  Antipa      1        est  de  tout  point  insoutenable. 

^03.   Le  martyr  Pa  I  .  dans  le  Chronicon 

Paschalc,  DlNDORF,  p.  258,  n'est  autre  que  S.  Papylus. 
(4)  Htst.  eccl.,  IV,  15. 

5    L    syriaque  au  13  avril,  le  texte  latin  au  12  et  au  13  avril. 
BHG*.  138;  voir  Act.  SS.  aprilis  t.  II,  p.  4,  n.  2. 


l'orient.  177 

des  suppliciés  et  Ls  gardèrent  à  la  gloire  du  Christ  et  ù 
l'honneur  des  martyrs  '. 

Le  groupe  Pierre,  André.  Paul,  Dionysiaest  rattaché  à 
Lampsaque  parle  martyrologe  hiéronymien   (15  mai)  et 

par  la  Passion  dont  il  nous  est  resté  une  rédaction  latine  '-'. 
I.  s  deux  témoignages  semblent  indépendants.  Tel  n'est 
pas  le  cas  des  documents  concernant  S.  Théagène,  de 
Parium  dans  l'Hellespont.La  notice  du  martyrologe  13  jan- 
vier 1  est  empruntée  à  un  vieux  texte  dont  nous  possédons 
deux  recension  latines  •"  sans  compter  des  traces  certaines 
de  l'original  grec  '.  Cette  Passion  sous  toutes  ses  formes 
manque  d'autorité.  Peut-être,  cependant,  a-t-elle  gardé 
quelques  minces  éléments  historiques  et  l'attache  topogra- 
phique ne  serait-elle  pas  à  dédaigner.  Mais  qui  nous  dira 
si  la  villa  Adamanti,  <>ù  le  martyr  a  été  enseveli  et  honoré, 
au  dire  de  l'hagiographe,  se  trouvait  réellement  dans  le 
voisinage  de  Parium  ':  Nous  la  retrouverons  bientôt  dans 
un  autre  document  également  dépourvu  d'autorité. 

L'Abrettène  est  une  division  de  la  Mysie  ayant  pour 
capitale  Ancyre,   'AfKupa  Iibi"|pà  '.  C'est  le    nom  de   cette 

jion  qu'il  faut  reconnaître  dan^  une  notice  de  l'hiérony- 
mien  au  17  septembre  :  in  Britannia  Sucratis  fi.  Le  saint  est 
mêlé  à  diverses  légendes,  celle  de  S.  Théodore  de  Perge, 

11  BHG^  293.  n.  47. 
2    BHL.  6716. 
[3)  BHL.  8106,8107-8. 

4  Synax.  eccl.  CI'.,  p.  368.  Cf.  Delehaye,  Les  légendes  grecques  des 
saints  >;.  .  p.  23;  P.  Franchi  uii'  Cavalieri,  Note  agriografiche, 

fasc.  30,  Stcdi  e  testi,  XXI  (Roma,  ig><ji.  p.  101-105. 

15  Voir  Th.  Wiegand,  Reisen  in  Mysien  dans  Mittheii.ungen  des 
k.  d.  AKCHàOL.  Instituts,  Athenische    Abtcilung,   t.   XXIX   (uj"4  • 

P-  3"-39- 

(6i  D.  Sekrcvs,  La  patrie  de  S.  Socrate,  dans  Analect.  Bolland., 

t.  XXX,  p.  442-43- 

Cuit.  Mart.  >2 


178         CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

en  Pamphylie,  qui  se  rencontre  dans  les  recueils  le  21  sep- 
tembre et  le  ig  avril  ',  et  celle  de  Su  Théodote  i,  qui  porte 
ordinairement  la  date  du  17  ou  du  18  septembre  •",  parfois 
celle  du  23  octobre  '.  La  Passion  de  Ste  Théodote,  dont  la 
date  la  mieux  attestée  coïncide  avec  celle  du  martyrologe, 
fait  mourir  S.  Socrate  à  Ancyre.  On  a  naturellement  pensé 
à  la  ville  la  plus  célèbre  de  ce  nom,  Ancyre  deGalatie.il  y  a 
lieu  de  croire  qu'il  s'agit  de  l'Ancyre  moins  célèbre 
d'Abrettène.  i'n  aqueduc  inauguré  en  488  à  Zénonopolis, 
ûbpcrfuj-fiov  toû  dfiou  (aûprupoç  XuuKpaTouç.  par  l'évêque 
Firminianus,  et  dont  l'inscription  nous  est  parvenue  5, 
montre  que  le  culte  du  martyr  Socrate  était  en  honneur 
dans  une  ville  d'Asie  Mineure  dont  la  position  n'est  pas 
déterminée,  mais  qui  était  vraisemblcment  située  en 
Abrettène  n.  Zénonopolis  pourrait  bien  être  un  nom  d'em- 
prunt, que  la  capitale  aurait  porté  à  partir  du  règne  de 
Zenon  jusqu'à  une  époque  indéterminé 


(1   Synax.  ceci.  CP.,  pp  65,  614. 

(2)  Publiée  en  latin  dans  Act.  SS.  oct.  t.  X,  p.  12-16.  Le  texte  grec 
inédit  dans  le  manuscrit  2  du  Musée  Mcerman-Westreenen  de  La 
1 1 

ceci.  CP.,  p.  51.  Le  ménoioge  de  La  Haye  indique  le  18 
septembre. 

Synax.  eccl.  CP.,  p.  157. 

Nous  l'avons  publiée  dans  les  Analect.  Bolland.,  t.  XXX,  p.  316. 
'a  malheureusement  pas  été  en  mesure  de  nouj  en  dire  la   prove- 
nance précise. 

M.        ruys  l'ait  aussi  entrer  en  ligne  de  compte  une  notice,  qu'il 

;;  ci  qui  ne  sciait  qu'une  répétition  de  l'autre  :   In 

Muuritania   Socrati.  [1  est  claii  is  la  plume  ribes    Abret- 

toni.t  a  pu  donner   :  .  bien  Maurit  im.i.  M  lis  dans  le  texte  celte 

rubi  S  te,  et  comme  il  va  le  même 

jour  un  1 fric  lins,  ou  peul  douter  de 

gitimité  du  rapprochement  Mauritan   ■        ratis.  Nous  croyons  que 

rublet  17  nbrc-17  octobre  ne  s'explique  pas  nécessairement 

entité   des  la       mière  s'exprimant   par  XV  h.d.   oct. 

l'autre  p  ii  .VI  7  kzl.  n. 


L'ORIENT.  179 

La  Bithynie  est  une  terre  de  martyrs.  C'est  à  Nicomé- 
die  qu'éclata  la  persécution  de  Dioctétien,  et  elle  y  lit  an 
grand  nombre  de  victimes.  Eusèbe,  qui  a  fait  an  récit,par- 
lV.is  très  détaillé,  des  événements  de  cette  période  terrible, 
et  qui  suit  avec  une  pieuse  attention  les  combats  et  les  souf- 
frances des  martyrs,  ne  cite  que  les  noms  des  personnages 
le-  plus  en  vue,  l'évéque  Anthime,  les  dignitaires  du  palais 
Pierre.  Gorgone,  Dorothée.  Pour  les  autres,  il  semble 
affecter  de  ne  point  les  nommer,à  ce  point  qu'il  ne  nous  dit 
pas  même  quel  est  cet  homme  qui  eut  l'audace  de  protes- 
ter, en  le  lacérant,  contre  i'édit  des  empereurs  et  affronta 
les  supplices  avec  un  courage  surhumain1.  Ce  silence  a 
paru  si  extraordinaire  que  plusieurs  ont  tenté  d'y  sup- 
pléer.Lesuns  ont  prononcé  le  nom  de  Jean  -  ;  d'autres  ont 
pensé  qu'il  s'agissait  du  grand  saint  Georges,  plus  tard 
défiguré  parla  légende  ".  Avec  beaucoup  de  vraisemblance 
on  a  pense  qu'il  fallait  reconnaître  ce  héros  anonyme  dans 
l'Euethios  que  le  martyrologe  syriaque  enregistre  sous  la 
rubrique  Nicomédie,  au  24  février,  date  initiale  de  la  per- 
sécution '. 

En  revanche  nous  sommes  renseignés  par  Eusèbe  sur  les 
précautions  imaginées  par  l'ennemi  pour  empêcher  les 
chrétiens  d'honorer  leurs  martyrs.  Les  corps  des  chambel- 
lans impériaux. qui  avaient  déjà  reçu  une  sépulture  décente, 
furent  déterrés  et  jetés  à  la  mer.  D'autres  martyrs  furent 
directement  soustraits  à  la  vénération  des  fidèles.  Embar- 
qués en  masse,  ils  furent  noyés  dans  les  dots. 

1    Ecsèbe.  Ilist.  eccl.,  VIII,  5,  6. 

z)  Adon  au  7  septembre,  puis  Usuard.  Voir  Sollerius,  Martyrolo- 
gium  L'sii.uài  \\  519  ;  Tillemont,  Mémoires,  t.  V,  p.  600.  Récemment 
enore  M.  Cumont,  Studia  pontica,  t.  III  (Bruxelles,  1910),  n.  254.  a 
proposé  cette  identification. 

(3   Papebroch,  dans  Actu  SS.  aprilis,  t.  III.  p.  106-108. 

4)E  Schwartz,  Eusebius  Wtrke,t.  II, 3,  p.  94. 


iSo         CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

Dans  quelle  mesure  réussit  ce  calcul  barbare  et  impie, 
et  quels  sont  les  martyrs  dont  l'église  de  Nicomédie  garda 
la  mémoire  '  ?  A  première  vue,  mitre  information  sur  ce 
point  ne  laisserait  rien  à  désirer.  On  admet,  en  effet,  que  le 
martyrologe  oriental  que  représentent  pour  nous  l'abrégé 
syriaque  et  le  martyrologe  hiéronymien  a  été  rédigé  à 
Nicomédie.  Dans  la  liste  syriaque,  cette  église  n'est  pas 
nommée  moins  de  34  fois.  On  pourrait  croire  qu'il  suffit 
d'aligner  ces  anniversaires  pour  obtenir  le  calendrier 
authentique  de  Nicomédie  dans  la  seconde  moitié  du  IVe 
siècle. 

Il  y  aurait  quelque  imprudence  à  accepter  pareille  resti- 
tution avec  une  confiance  absolue.  Le  rédacteur  s'expri- 
me de  façon  à  laisser  entendre  que,  même  pour  Nico- 
médie, il  a  puisé  à  des  sources  littéraires  -.  Mais  ceci 
doit  être  exceptionnel  et  il  y  a  apparence  que  beau- 
coup de  notices  reflètent  une  tradition  liturgique.  Ainsi 
pour  les  martyrs  qu'Eusèbe  se  contente  de  citer  comme 
ayant  souffert  à  Nicomédie,  nous  pouvons  accepter  sans 
défiance  les  dates  du  martyrologe  :  il  en  est  de  même  des 
saints  Dasius,  Gaius  et  Zoticus  \  pour  lesquels  l'accord  du 
férial  avec  la  Passion  est  décisif'.  Le  nom  d'Hesychius, 
malgré  les  répétitions  sous  diverses  rubriques  et  à  diverses 


(1)  Nmis  mentionnons  ici  l'ins  »n  biliwgue  CIL.  III.  14188,  trou- 

vée à  quelque  distance  de  Nicomédie,  et  où  est  mentionné  un  enfant  du 
nom  d'Octimus,  te  postus  est  ad  mar titres,   en  gre    ëuapTÛpr|0*ev.   L< 

dont  il  est  question  nme  on  l'a  pensé,  les  saints 

Dorothé   ,  G01    on  .   de  la  ition  de  Dioclétien  ?   Il   se- 

d'autant  plu  firmer  que  le  sens  de  l'inscription  est 

moins  clair.  Voir  Beurlier,  dans   Bulletin  de  la  soc.  tics  Antiquaires  de 

Fran  p.  224-27. 

.:    L     15  août  et  1     .■ 

!i  o  tobre  n'a  p  iphi- 

quc.  Celle  d<  est  fournil  iloge  hiéronymien. 

19-'. 


l'orient.  181 

dates  ',  semble  pouvoir  être  retenu  pour  Nicomédie  au 
i  mars,  avec  le  martyrologe  syriaque.  La  Passion  des 
SS.  Guria  et  Shamona  cite,  parmi  les  victimes  de  la  gran- 
de persécution,  Hesychius  à  Nicomédie*.  Il  est  d'ailleurs 
à  remarquer  que  la  liste  de  l'abrégé  n'est  pas  homogène. 
Ainsi,  au  24  janvier,  S.  Babylasest  rattaché  à  Nicomédie, 
alors  qu'il  appartient  certainement  à  Antioche.  Ce  n'est 
pas  nécessairement  une  erreur  ou  une  confusion. 
I.'  glise  de  Nicomédie  avait  sans  doute,  comme  tant 
d'autres,  accueilli  dans  son  calendrier  des  martyrs 
étrangers. 

Le  plus  célèbre  de  ses  martyrs  propres  est  l'évêque 
Anthime, dont  le  culte  prit  une  grande  extension.Justinien 
lui  dédia  une  basilique  près  de  Constantinople  :'  et  on  lui 
bâtit  des  sanctuaires  jusqu'en  Italie  *. 

La  légende  attribue  également  à  Nicomédie  S.Pantéléé- 
mon,  fameux  parmi  les  saints  guérisseurs  ;  elle  précise 
même  l'endroit  de  sa  sépulture,  une  propriété  de  la  ban- 
lieue appartenant  à  un  scolastique  Adamantius s.  Nous 
connaissons  déjà  un  personnage  de  ce  nom  par  la  légende 
de  S.  Théagène,  et  le  j-ôle  qu'on  lui  attribue  est  bien 
fait  pour  autoriser  les  soupçons.  Nous  examinerons 
plus    loin  sur  quels    indices  on    serait    tenté  de    reven- 


(1)  Le  syriaque  au  19  mai  à  Constantinoj  le,  au  29  niai  à  Antioche  ; 
au  26  août  ailleurs  encore. 

2  Rahmani,  Acta  SS.  confessorum  Guriae  et  Shamonae  (Romae,i889), 
p.  5  ;  O.  von  Gebhardt  et  E.  von  Dobschutz,  Die  Akhn  der  Edesse- 
nischen  Bekenner  Gurjas,  Samonas  und  Abibos,  Texte  und  Untersu- 
chungen,  t  XXXVII,  2  (Leipzig,  rgii),  p.  6-7. 

(3)   Procope,  De  aedif.,    I.  6.  D'autres  sanctuaires  sont  cités    par 
M.  I.  Gedeon,  Bu£ctvTiv6v  éoproXô-fiov  (Constantinople,  1S99,  p.  165. 

1  Dans  le  martyrologe  hiéronymien,  le  n  mai,  nous  lisons  :  Romac 
via  Salaria  miliario  vigesimo  secundo  natale  sancti  Antimi.  Voir  HHL. 
581  ;  Dr:  Rossi,  Bulkttino,  1S80,  p.  107  ;  1883,  pp.  76,  i_>5. 
51  Passio  S.  Panteleemonis,  BHG-.  1414,  c.  28. 


[82  CENTRES   DU    CULTE   DES   MARTYRS. 

cliquer  pour  la  Syrie  les  origines  d'un  culte  qui  fut 
florissant  en  Litbynie  '. 

Il  est  question,  dans  la  Passion  de  S.  Lucien,  d'un  sanc- 
tuaire voisin  de  Nicomédie,  appelé  tuùv  vrnriujv  renfer- 
mant la  tombe  de  deux  jeunes  victimes  de  la  persécution 
de  Dioclétien  '.  Le  récit  a  des  allures  trop  légendaires  pour 
être  pris  au  sérieux.  On  le  dirait  imaginé  dans  le  but 
d'expliquer  un  vocable  populaire  dont  la  signification 
se  serait  effacée. 

S.  Lucien  figure  au  calendrier  de  Nicomédie  et  appar- 
tient à  cette  ville  par  son  martyre  "'.  Mais  cette  capitale 
ne  garda  pas  son  corps,  qui  fut  transféré  à  Drepanum. 
dont  Constantin  changea  le  nom  en  celui  d'Hélénopolis  en 
l'honneur  de  sa  mère.  Eusèbe  ne  nous  renseigne  pas  sur 
la  sépulture  de  Lucien,  et  en  parlant  d'Hélénopolis,  il 
mentionne  bien  la  basilique  des  martyrs,  mais  sans  pro- 
noncer aucun  nom  *.  C'est  Jérôme  le  premier  qui  nous 
apprend  où  se  trouvait  son  tombeau  :  sepultusque  Ileleno- 
poli  Bithyniae  s.  Rien  n'indique  que  les  reliques  de  S. 
Lucien  aient  d'abord  été  enterrées  à  Nicomédie  pour  être 
ensuite  amenées  à  Drepanum.  L'époque  des  translations 
t  pas  venue  et  l'on  doit  supposer  que  le  saint  corps, 
pour  être  soustrait  à  la  profanation,  ou  pour  toute  autre 
raison  que  nous  ignorons,  a  été  aussitôt  transporté  par 
des  amis  rie  l'autre  côté  du  détroit.  Vnc  translation  solen- 

i    Dans  l<-  martyrologe   hiéronymien  la  notice  du  23  avril  et  alibi 
ti  Pantulimonis  est  bien   vague  el   n'appartienl  sans  di 

tion   primitive.   On    n'ose    se    prononcer  sur   celle  du 
28  juillet:   in  Nicomediu    1    :    Vicopolis)  Pantaleonis. 
■    l 'ita  et  passio  S.  I  u  iani,  BHG2.  997,  n.  7. 
1  11,  //  VIII,  1.',.  2  ;  IX,  6,3. 

14    I  ita  (  onstantini,  IV.  61  :    xùvTaûOu   tiû   tidv  p.upTÛpu)V  n'iKTrp 
piui  évbiaTpujiaç.    Heiki  t  .  p.  142. 

illustribus,  lxxvii,   Richardson,  p.  42  ;  Chronicon  pas- 
un.  327,  DlNDORF,  t.  I,  p.  527. 


l'orient.  183 

nclle  aurait  laissé  un  souvenir  et  la  légende  n'aurait  pas 
explique  la  présence  d'un  martyr  de  Nicomédie  à  Hélé- 
nopolispar  le  prodige  classique  du  dauphin.  Le  martyro- 
loge de  NicOmédie  enregistre  S.Lucien  à  sa  véritable  date, 
le  7  janvier  '.  Il  est  bien  étrange  qu'il  figure  la  veille  sous 
la  rubrique  Hélénopolis  '.  Si  encore  c'était  le  lendemain 
ou  un  des  jours  suivants,  on  prendrait  cette  date  pour  celle 
delà  déposition.  On  ne  peut  s'empêcher  de  penser  que  le 
texte  laisse  à  désirer  en  cet  endroit. 

PourNicée  le  martyrologe  syriaque  renferme  deux  noti- 
—  Cosconius  avec  son  groupe  au  19  janvier  et  au  27 
Polycarpe  —  se  rapportant  vraisemblablement  à  des  mar- 
tyrs étrangers.  L'hiéronymien,  au  g  juin,  porte  assez  clai- 
rement :  in  Xicaca  civitate  Diomedis.  Le  nom  et  la  date  sont 
nés  par  le  synaxaire  de  Constantinople  "  ;  la  légende 
confirme  la  lecture  du  nom  de  la  ville  l.  Il  faut  probable- 
ment assigner  de  même  à  Nicée  le  groupe  de  Théodote 
avec  ses  enfants,  à  qui  Justinien  éleva  une  église  dans 
l'Hebdomon  s.  Le  martyrologe  syriaque,  au  2  septembre, 
semble  le  rattacher  à  Nicomédie.  Mais  le  texte  présente 
dans  la  notice  de  ce  jour  une  lacune  et  laisse  de  la  place 
pour  une  autre  rubrique  topographique.  A  la  même  date 
l'hiéronymien  écrit  Nicomédie.  Mais  que  de  fois  il  commet 
des  confusions,  lorsque  les  noms  ont  une  syllabe  initiale 
ommune.  D'ailleurs,  au  2  août  on  constate  l'hésitation  : 
iiia  cita  T'aeodotae  cuiu  trib.  plus  suis  ..  ci  alibi  Nicetae 
Nicotn.  Il  n'est  guère  douteux  qu'il  ne  faille  lire  in  Bithynia 
civitate  Xiceae  Thcodotae  cuni  tribus  /dus.  Xicetas,  Xicomc- 

1    .1  Nicomédie  le  prêtre  Lucien. 

(2)  On  a  lu  à  Héliopolis  le  prêtre  Lucien.  Il  faut  certainement  corri 
à  Hclcnof>olis.  L'erreur  s'explique  aisément  par  la  paléographie. 
3  Synax.  ceci.  CP.,  p.  : 

BHG*.  548-552. 
(5    Pkocope,  De  aedif.,  I,  4. 


184  CENTRES   DU    CULTE   DES   MARTYRS. 

dia  représentent  l'un  et  l'autre  Nic[ea\ .  La  légende,  évi- 
demment indépendante  du  martyrologe,  se  prononce  éga- 
lement pour  Nicée  '. 

L'abrégé  syriaque  ne  marque  pour  Chalcédoine  que 
deux  anniversaires  :  Séleucus  l'Egyptien  au  17  septembre 
et  l'évêque  Adrias  au  13  octobre.  Les  deux  martyrs  sont 
inconnus  d'ailleurs.  Tout  ce  que  l'on  peut  dire  au  sujet  du 
premier,  c'est  que  la  présence  d'un  égyptien  sur  une  liste 
de  Bithynie  n'a  pas  de  quoi  nous  étonner  extrêmement. 
Eusèbe  assure  que  beaucoup  d'égyptiens  souffrirent  le 
martyre  en  différentes  villes  et  provinces-.  Mais  Chalcé- 
doine est  plus  célèbre  par  le  tombeau  de  Stc  Euphémie  3. 
Astère  d'Amasée  a  décrit  la  basilique,  fameuse  clans  les 
annales  ecclésiastiques  4.  Il  y  en  avait  une  autre  dédiée  à 
S  Bassa,  signalée  au  Ve  siècle  :;.  Dans  les  signataires  du 
concile  de  Constantinople  sous  Menas,  en  536,  il  est  fait 
mention,  comme  dépendants  de  Photin,  évêque  de  Chalcé- 
doine, des  monastères  de  Stc  Bassa  èv  tûj  'l|uepïuj,  des 
Quarante  martyrs,  de  S.  Epimaque,  de  S.  Platon,  de 
S.  Thomas  (deux),  de  S.  Julien,  de  S.  Théodore  tujv  If.uX.u- 
kîuuv,  de  S.  Etienne  tujv  Aùba,  de  S.  Christophe  tujv 
TapuXXiou  '. 

A  Chalcédoine  se  rattache  aussi  l'église  élevée  par 
Rufin,   ministre   de  Théodose   en   l'honneur  des  apôtres 

1    BHG     1781. 

3]  I  h, t.  ceci.,  VIII,  6.  10.  La  remarque!  1  de  M.  II.  Achelis,  Die 
Martyr  ologien,  p.  41. 

iSurleculti        -     I  à  Chalcédoine  et  ailleurs,  voir  Acta 

SS.  bris  t.  Y,  p.  255-63. 

BHG».  623.  Cf.  J.  Pargoirb  /  ainte- Euphémie  et  Rufinianes 

dans  1  <  hos  d'<  >rii  nt,  ton,  p.  107  uo. 

5)   I'héodori  le  lecteur,  I,  20.,  P.   G.  t.  LXXXVI,  p.  176.  Sui  un 
autre  souvenir  du  culte  de  St'  Ba  sa,  Pargoire,  dan    Échos  d'Orient, 
i9°3»P-  3I5-I7- 
(6)  Hakdouin,  A(  :  iliorum,  t.  II,  p.  1300-1301. 


l'orient.  185 

Pierre  et  Paul,  et  dédiée  avec  des  reliques  venues  de 
Rome  '.  La  solennité  eut  lieu  en  septembre  394.  Une 
inscription  récemment  retrouvée  constate  que  l'évêque  de 
ChalcédoineEulalius  commença  en  450  une  église  en  l'hon- 
neur de  S.  Christophe. et  qu'elle  fut  dédiée  le  22  septembre 
452  '-'.  On  a  fait  remarquer  que  c'est  le  plus  ancien  monu- 
ment daté  du  culte  de  S.  Christophe.  Ce  n'est  pas  à  dire 
que  S.  Christophe  soit  un  martyr  indigène  de  Bithynie.  La 
notice  du  martyrologe  hiéronymien  au  25  juillet  le  place 
ailleurs  :  in  Lieux  ciuitate  Samo  natale  Cristofori.  La  locali- 
sation est  difficile  à  déterminer.  En  tout  cas  elle  ne  procè- 
de pas  de  la  légende  bien  connue  et  plus  que  suspecte  de 
S.  Christophe.  La  KaTâ0ecnç  de  l'inscription  est  la  déposi- 
tion des  reliques,  venues  d'ailleurs.  Le  monastère  tujv 
TapuXXiou  se  constitua-t-il  dans  le  voisinage  de  l'église? 
Nous  ne  pouvons  l'affirmer  que  par  conjecture. 

L'église  de  S.  Autonomus.  dans  laquelle  se  réfugia 
l'empereur  Maurice  \  était  située  sur  la  côte  de  Bithynie1. 
L'histoire  du  martyr,  dans  le  récit  popularisé  par 
Métaphrastc.  ne  mérite  certainement  aucune  créance  '. 
Il  semblerait  exagéré  d'étendre  la  réprobation  aux  deux 
derniers    chapitres   de   la  Passion,  consacrés  à  l'histoire 

1  Callimci  de  Vita  Hypatii  liber  <  Leipzig, 1S951  p.  18  ;  Valladii  histo- 
ria  Luusiaca,  11.  Cf.  Butler,  p.  34. 

2  L.  DccHF.sNE.  Inscription  chrétienne  de  Bithynie,  dans  Bulletin  de 
correspondance  hellénique,  t.  II  11878),  p.  289-259:  lùv  ©eCù  cme-réOn. 
tù  BeuéXia  toû  |uapTupiou  xoO  cVfiou  Xpiarocpôpou....  kcù  ^févero 
r]  KardSeaiç  év  ivbiKTiwvi  e'  Tr\n.pinjuévn,  ur|vi  afTrTeufipiiy  k(V  ûira- 
xda   ZTTopaKÎou    kcù    'EpKouXavoû    twv  XauTTpoTtmuv. 

(3)  Théophylacte  Simocatta,  Hist.,  VIII,  9,  9  ;  13,  3,  De  Boor, 
pp.  301,309. 

4  Nkiiiioku  Caiiisik.  Hist.  eccl.,  XVIII.  401,  P.  G.  t.  CXLVII, 
p.  408.  Cf.  Z.  A.  Sideropoulos,  Naôç  toû  iepo^tipTupoç  Aùtovomou, 
dans  cE\\n,viKÔç  cpi\o\<rnKÔç  cïûMoïoç,  TTapapr.  toû  \Z'  t6(liou  (Con- 
stantinople,  1SS7).  p.  122-24. 

(5)BHG«.  198. 


186       CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

du  sanctuaire,  et  qui  ont  peut-être  pour  source  partielle 
une  inscription  commémorative,  mentionnant  comme 
fondateur  l'empereur  Anastase  et  une  année  du  règne  de 
Justin  comme  date  de  la  fondation.  L'auteur  de  la  Passion 
a  visité  L'église  et  a  vu  les  reliques  du  saint,  qu'il  a  trou- 
vées  remarquablement  conservées. 

En  Paphlagonie,  Amastris  et  Gangra  '  sont  spéciale- 
ment liées,  l'une  au  souvenir  du  martyr  Hyacinthe,  l'autre 
à  S.  Callinicus.  Sur  S.  Hyacinthe  nous  ne  possédons  que 
des  textes  de  date  relativement  récente,  un  panégyrique 
de  Nicétas  le  Paphlagonien  célébrant  un  des  grands  patrons 
de  son  pays  -'  et  des  notices  de  synaxaires.  On  y  trouve 
ht  mention  du  tombeau  du  martyr,  qui  était  le  théâtre  d'un 
miracle  perpétuel  ".  Le  tombeau  de  S.  Callinicus  fut 
s  isité  par  le  pèlerin  Théodose  *,  et  c'est  dans  sa  basilique 
que  lut  enseveli  S.  Macedonius,  patriarche  de  Constanti- 
nople  '. 

L'hagiographie  de  la  Galatie  se  concentre  presque 
exclusivement  sur  Ancyre.  Le  grand  martyr  S.  Platon  est 
inscrit  au  martyrologe  oriental  à  la  date  du  22  juillet.  Il 
avaità  Ancyre,  au  témoignage  de  S.  Nil  6,  son  sanctuaire 


Une   inscription  de  Paphla  (Kaladschik),  dédicace  métrique 

édée  du  nom  du  donateur,  mentionne  une  église  de  martyr  sans 

nommer  celui-ci  :  'AiAoïôuupiç.   Mùprupoç   d6\o<popn.oç  ÔXov  Koaun.- 

0  vn,ôv.  E.  Legrand,  'l.m-   Bulletin   de  correspondance  hellénique, 
t.  XXI  1 1  Ht.j .,  p.  101,  n.  22. 

757- 
\cta  SS.  iuL  t.  IV,  pp.  230.  231,  note  d. 
i    Ibiest  sanctus  martyr  Galenicus.  Gi  -,  1  k.  Itinera,  p.  114. 
Landol  Iditam.,  XVII,  255,   M.  G.  auct.  antiq.   t.  II, 

De/unctus autem  apud  Gangras positusest  m  tanplo  sancti  marty- 
illinici  uixt.i  reliquias  nus  maltas  sanitates  efficiens  ;  Theophanis 
;t., ad ann. 6008,  lu  Boor,  p.  161-62. 

1  /  pist.  i.  III.  178.  !'.(,.  t.  LXXIX,  p.  2<j2. 


l'orient.  187 

que  visita  plus  tard  le  pèlerin  Théodose  ',  et  son  culte  se 
répandit  au  loin,  puisque  sous  Justinien  Constantinople 
vit  s'élever  une  église  sous  son  vocable  '-'.  Moins  célèbre 
sans  doute  est  le  martyr  Antiochus,  frère  de  S.  Platon  ; 
mais  nous  savons  que  vers  la  fin  du  VIe  siècle,  on  célébrait 
sa  fête  le  16  juillet  à  Ariastasiopolis  de  Galatie  ".  S.  Gemel- 
lus,  d'après  le  récit  de  sa  passion  ',1a  commença  également 
à  Ancvre.  et  nous  ne  manquons  pas  de  preuves  de  réta- 
blissement de  son  culte  en  Galatie  '. 

Le  martyrologe  oriental  nomme  d'autres  martyrs  d' An- 
cvre au  30  (31)  août,  au  4  septembre,  au  16  (14)  septembre. 
Ils  ne  sont  pas  cités  ailleurs  et  il  ne  nous  reste  même 
aucun  moyen  d'établir  avec  certitude  les  séries  de  noms 
formant  groupe  fi.  Au  23  septembre  l'abrégé  syriaque 
ajoute  «  les  enfants  devenus  martyrs  dès  le  sein  de  leur 
mère.  »  On  a  émis  l'opinion  que  c'était,  à  Ancvre,  la  fête 
des  saints  Innocents  7.  Le  même  abrégé  indique,  le 
15  septembre,  en  Galatie,  Sélcucus  et  cinq  compagnons. 
L'hiéronymien  permet  de  préciser  et  d'écrire  Ancyre  en 
Galatie.  Mais  nous  continuons  à  ignorer  qui  était  Sélcu- 
cus. 

Le  martyre   de   Bousiris  et   de  Basile,  à   Ancyre,    est 


:  Geyer,  limera,  p.  144.  Autre  monument  de  son  culte  en  Galatie, 
Vita  S.  Theodori  Siceotae,  BHG*.  1748,  Theophilus  Ioannu,  pp.  412, 
416,  452. 

(a)  Procope,  De  aedif.  I,  4.  Cf.  plus  haut  p    184. 

131    Vita   S.  Theodori  Siceotae,   Theophilus  Ioannu,  p.  476. 

141  Synaxariitm  ceci.  CP.,  p.  295. 

(5)  Vita  S.  Theodori  Siceotae,  Theophilus  Ioannu,  p.  369. 

(6)  M.  Ramsay,  The  thousand  and  one  Churclies  (London,  19091,  p.  514, 
a  rapproché  ces  notices  d'une  inscription  <>ù  il  a  lu  le  nom  de  Taiavôç, 
et  a  conclu,  par  une  suite  de  raisonnements  subtils,  à  l'existence  d'une 
ville  que  le  culte  de  S.  Gaianus  avait  fait  dénommer  Gaianopolis.  Sur 
cette  fantaisie,  voir  Analect.  Dolland..  t.  XXIX,  p.  435-40. 

(7)  Erbes,   dans    Zeitschrift  fur  Kirchev^cschichte,    1904,  p.  347. 


l88         CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

dûment  attesté  '.  Le  premier  survécut  à  ses  tourments,  et 
bien  que  son  non;  soit  entré  dans  les  svnaxaires  -,  on  peut 
se  demander  si  son  église  d'origine  l'a  honoré  comme 
martyr.  Sans  une  homélie  de  Proclus  ~,  Clément  d'Anevre 
se  perdrait  pour  nous  dans  le  nuage  de  la  légende  '.  Il 
manque  àThéodote  et  à  son  groupe  s  une  attestation  his- 
torique de  eette  valeur. 

Il  s'en  faut  de  beaucoup  que  nous  puissions  nous  rendre 
compte  des  honneurs  rendus  à  tous  les  martyrs  de  Phrygie 
dont  le  nom  nous  est  parvenu.  D'abord  ce  groupe,  presque 
unique  dans  les  annales  de  la  persécution,  des  habitants 
d'une  ville  entière,  exterminés  pour  avoir  refusé  l'encens 
aux  idoles,  n'a  laissé  de  trace  que  chez  les  historiens  ,;  ; 
de  même  Adauctus,  fonctionnaire  impérial  de  haut  rang  '  : 
de  même  encore  Sagaris,  évêque  de  Laodicée  qui,  au 
toignage  di  Polycrate,  souffrit  le  martyre  dans  sa  ville 
épiscopale.  Il  ne  figure  dans  aucun  martyrologe.  Laodii 
de  Phrygie  eut  d'autres  martyrs  que  l'abrégé  syriaque 
annonce  le  26  juillet  et  dont  l'histoire  devait  être  intéres- 
sante, s'il  faut  en  juger  parce  qui  reste  de  la  notice. 

Euménie  peut   se  glorifier  d'avoir   produit   le   martyr 
Thraséas.  Mais  il  souffrit  à  Smyrne  \  Deux  autres  martyrs 

Sozomi  M  .  //.'../.  e>  t  !..  Y,  II. 
2    Au  21  septembre.  Synax.  eccl.  CI'.,  p.  66. 

connaît  que  par  une  version  que.    BJ I'  >. 

(  \  .1,7.  .S  V.  ian.  t.  II.  p.   458-83. 

(5    BHG*.  C782.  Cf.  Analect.  Bolland.  t.  XXII,  p.  320-28  ;  P.  Franchi 
m  11  ri,  (  .        uni  atti  di  martiri,  Nuovo  bul- 

DI  AR<  HEOl  OGIA  (  RISTIANA,   I9O4,  p.  -.7-37. 

e,  Hist.  eccl.,  III,  15  ;  Sozomène,  Hist  eccl.,  V,  n. 
,  Hist.  eccl.,  VIII,  [i,  2.  Rufin  dans  sa  traduction,  lui  donne 
•  il  n'y  a  null  n    Eusèbe  :  <  uius 

in  confessiont  <  hristi  constantiam  omnis  populus  secutus,  boni  ducis  exem- 
ple- sumtnarum  vere parlium per  maytyrium  consecutus  estpalmam. 
1.  /  '     .  eccl.,  V,  18, 14  ;  24,  4. 


l'orient.  189 

originaires  d'Euménie,  Gaius  et  Alexandre,  versèrent  leur 
sang  à  Apamée  du  Méandre1.  Le  martyrologe  syriaque, 
au  27  octobre,  met  ensemble  Thraséas,  Polycarpe,  Gaius 
et  huit   martyrs    anonymes,   sous  la    rubrique   Euménie. 

Il  est  possible,  à  la  rigueur,  que  cette  ville  ait  réuni 
en  une  seule  commémoraison  ceux  de  ses  entants  qui 
axaient  eu  l'honneur  de  donner  leur  sang  pi  air  le  Christ. 
La  présence,  dans  le  groupe,  du  nom  de  Polycarpe  rap- 
pelle tn>p  le  texte  cité  par  Eusèbe  pour  écarter  le  soupçon 
d'un  simple  emprunta  l'Histoire  ecclésiastique.  Resterait 
à  savoir  d'où  vient  la  date  du  27  octobre. 

On  a  cru  pouvoir,  sur  la  foi  d'une  inscription,  grossir  la 
liste  des  martyrs  d'Euménie  de  cinq  noms  cpii  ne  se  lisent 
nulle  part  ailleurs.Un  père  de  famille,  Aurelius  Alexandre, 
élève  un  monument  à  ses  enfants  Eugénie,  Marcclla,  Ale- 
xandre, Macedo  et  Nonna  toîç  fXuKUTÛTOtç  TéKvoiç  toîç 
ùttô  é'va  xaipov  ovn,0eîo"iv  tô  Tfjç  lix)\)ç  uépoç  -.  Il  n'y  a 
lien  dans  cette  phrase  qui  dépasse  l'expression  de  l'espé- 
rance chrétienne,  et  une  même  catastrophe  — accident  ou 
maladie  contagieuse  —  a  pu  enlever  à  Alexandre  ses  cinq 
enfants  sans  qu'il  soit  nécessaire  d'imaginer  quelque 
épisode  marquant  de  la  persécution  en  Phrygie. 

Pour  Hiérapolis  le  martyrologe  ne  cite  que  Cyriacus  et 
Clauclianus.au  23  octobre,  mais  avec  une  note  cpii  diminue 
p< air  nous  la  valeur  propre  de  la  mention  :  ex  tuùv  ùpx«iuuv. 
La  même  ville  se  glorifiait  de  posséder  les  tombeaux  de 

1  Eusèbe,  Hist,  ceci.,  \7,j6,2z.  Cf.  K.J.  Neumann,  Dir  r ùmische 
Staat  und  die  allgemeine  Kirchibis  auf  Dioklctian.x.  I  Lcipzig,i8go),  pp. 
68.  283. 

u  CIG.  9-'66  :  Ramsay,  Th:  Ciliés  and  Bishoprics  of  Phrygia 
(Oxfunl,  1897),  p.  731.  Cf  Cavedoni  (1  ms  Opuscoli,  religiosi,  letterari  <• 
morali,  t.  XVIII  Modena,  1860),  p.  175.  L'opinion  de  Cavedoni  a  été 
suivie  par  De  Rossi,  Ramsay  et  autres.  Voir  Analecla  Bollun.l., 
t.  XXX,  p.  337. 


190  CENTRES   DU    CULTE   DES    MARTYRS. 

L'évangéliste  Philippe  et  de  ses  tilles  '.  L'hiéronymien  en 

l'ait  fui,  au  22  avril  -'.  L'inscription  suivante  trouvée  à  Hié- 
rapolis  est  un  souvenir  de  la  basilique  :  Eùxévioç  ô  è\ûxio"- 
toç  dpxibiÛKOVOç  kcù  èqpeOTuuç  toO  crfiou  kui  èvbôSou  ùttocj- 
tôXou    Kai   GeoXÔYOu   OiXîttttou  •"'. 

Cinq  notices  du  martyrologe  syriaque  représentent 
Synnada  de  Phrygie  ;  trois  d'entre  elles —  30  juillet,  21 
août,  20  septembre  —  avec  la  mention  ék  tûjv  dpxaiuuv. 
Celle  du  20  septembre  nomme  S.  Dorymédon,  lequel  entre 
dans  un  groupe  très  connu  avec  Trophime  et  Sabbatius, 
les  héros  d'un  récit  hagiographique  qui  nous  est  parvenu 
sous  une  douille  forme  '.  On  a  trouvé  récemment  à  Syn- 
nada (Tchilbut-Cassaba)  un  reliquaire,  sarcophage  de- 
taille  réduite,  sur  lequel  est  gravée  l'inscription  suivante  : 
wbe  ëva  Tpocpiuou  roû  udpTupoç  baréa  ■  tîç  uv  bè  Taûia 
tù  oOTéa  èKpuXrj  ttotê  tarai  aÙTLÙ  rrpôç  tôv  Oeôv :i.  Les 
noms  de  Macedonius  et  de  Tatianus,  au  19  juillet,  sont 
ceux  de  deux  martyrs  de  Meros,  dont  la  légende  paraît 
avoir  inspiré  l'auteur  de  la  Passion  de  S.  Laurent  6. 
On  peut  conjecturer  avec  quelque  vraisemblance  qu'ils 
furent  jugés  et  exécutés  à  Synnada.  De  là  la  rubrique 
topographique  du  martyrologe. 

i       1  be,  Hist.  ceci.,  III,  31. 

2  X  kl.  mai  in  Frigia  >  ivitate  Hirapoli  i'Iulip/u  apostoli.  Voir  aussi  le 
1  mai  et  Dui  m  ns  Acta  SS.  nov.  t.  II,  p.   [lxxviii].  Le  calen- 

driei    gothique   annonce   le     15    novembre    l-'/lippaus   apanstaulus   in 

rupulai.  Voii  Analect.  Bolland.,  t.  XXXI,  p.  276-77. 

;i  E.  A.  Gakdner,  dans  Journal  of  Hellenic  Studies,  t.  VI  (1885),  p. 

(4)  BHG*.  1853,1854.  Voir  aussi  1855,  malheureusement  fragmen- 
tai)   . 

i  G    Mi  Ni'i  r..  dans  Bulletin  de  correspondance  hellénique,  t. XXXIII, 
,  .  p.343  ;  Ramsay,  .  I  martyr  ofthe  Third  <  'entury,  dans  Exposi  roR, 
jun  .  1910,  1  '        litalect.  Bolland.,  1.  XXX,  p.  336. 

Socrate,    Hist,  eccl.,  III,  75.  Sozomène,   Hist.  eccl.f  V,  11.  Cf. 
Analect.  Bolland.,  t.  XXXI,  p.  264. 


L'ORIENT.  igi 

Prymnessos  a-t-elle  élevé  une  basilique  à  Ste  Ariadne  ? 
Nous  l'ignorons  '.  Cotyée  est  célèbre  par  le  culte  de  S. 
M  lias,  qui  n'est  nullement  un  martyr  de  Phrygie.  La 
dévotion  doit  être  d'importation  égyptienne  -'. 

Le  seul  nom  que  nous  trouvions  à  recueillir  dans  le 
martyrologe  syriaque  pour  la  Lycaonie  est  celui  de  Zoïlos, 
au  23  mai.  Une  inscription  découverte  à  peu  de  distance  de 
Derbé  (Gudelisin)  nous  fait  connaître  qu'un  S.  Paul,  sans 
doute  un  martyr  local,  était  honoré  dans  cette  ville  : 
Noùvvoç  Kal  OùaXépioç  6KÔcr,ur|crav  TTaûXov  tôv  uûpiupav 
MVi'i.uriç  x«Plv  "•  ()n  assure  que  ce  marbre  remonte  au  IIIe 
siècle.  En  est-on  bien  certain  '  ? 

Sur  le  territoire  de  Kanna  (Genna)  cité  obscure  de  Ly- 
caonie, autrefois  siège  d'un  évêché  5  une  inscription  a 
révélé  l'existence,  à  une  époque  difficile  à  déterminer, d'une 
fondation  en  l'honneur  d'un  S.  Thyrsus  :  ôpoi  toû  àfiou 
kcù  évuôEou  udpTupoç  Oûpcrou  ,;,  qu'il  faut  se  borner  à 
naler. 

A  Iconium.  l'inscription  suivante  sur  une  colonne  anti- 
que révèle  l'existence  d'un  saint  Mannis,  dont  le  nom  n'a 
pas  été  rencontré  ailleurs  :  Mulktiîç  bickovoç,    uîôç  Nn,criou 

1    BHG».  165. 

(2)  Analect.  Bolland.  t.  XXVI,   p.  464. 

13 1  Ramsay  dans  Expositor,  VII  ser.  1. 1.  1 1906),  p.  550  ;  Studies  in  the 
history  ard  art  of  Eastern  Provinces  of  the  Roman  Empire  (Aberdeen, 
1906),  p.  60-62. 

4)  Il  faut  mentionner  en  passant  le  problématique  tnonasterium  S. 
Mile  cui  est  vocabulum  Tannaco,  qnod  in  Lycaonia  est  provincia  consti- 
tution, dont  S.  Crié-. .ire,  dans  son  registre,  est  seul  à  avoir  gardé  le 
souvenir,  Registrum  VI,  14. 

5  Ramsay,  dans  Jakreshefte  des  oesterr.  urchaeologischen  Instituâtes, 
t.  VII  11904^,  Beiblatt,  p.  101. 

(6)  T.  Callandbr,  dans  Studies  in  ths  history...  of  the  East.rn  Pro- 
vinces, p.  163.  L'éditeur  n'a  réussi  à  reconnaître  pour  l'avant  dernier 
mot  que  la  forme  loboTepoç  Nous  proposons  uûpxupoç  ou  iepojudpTupoç. 
V  tir  Analect.  Bolland.  t.  XXVI,  p.  465 


ig2         CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

TTouttXîou  Trpe<jf3uTépov  JlcraupouTTÔ\euuç,  eùHduevoç  ÙTrèp 
éaUTOÛ  KUÎ  TOÛ  OIKOU  ttUTOÛ  èKapTTOcpôpncTev  T0V  KÎova 
€IÇ    TÔV    UTIOV     MûtVVlV    '. 

L'Isaurie  ne  figure  dans  le  martyrologe  syriaque  qu'à  la 
date  du  14  juillet,  avec  un  S.  Zenobius  qui  n'est  pas  néces- 
sairement différent  de  celui  d'Antioche  -'.  Mais  cette  pro- 
vince se  distinguait  par  un  sanctuaire  célèbre  entre  tous, 
la  basilique  de  Sle  Thècle,  qui  s'élevait  à  l'endroit  appelé 
Meriamlik  près  de  Selefkie,  c'est-à-dire  Séleucie  "  et  qui 
attira  de  bonne  heure  une  grande  foule  de  pèlerins. La  pre- 
mière mention  que  nous  en  ayons  est  dans  Grégoire  de 
Nazianze  '.  Marana  et  Cyra,  deux  saintes  femmes  de  Syrie 
allèrent  en  pèlerinage  à  Sainte-Thècle  '",  de  même  Ethé- 
ria  ''.  Tarasius,  un  des  correspondants  de  S.  Isidore  de 
Péluse,  aimait  à  le  visiter7,  et  l'on  sait  qu'il  s'y  faisait 
de  nombreux  miracles  8.  C'était  vraisemblablement  uj>e 
une  basilique  sans  tombeau.  La  légende  qui  représente 
sainte  Thècle  disparaissant  à  l'intérieur  du  rocher  qui 
s'ouvre  pour  la  recevoir  est  une  explication  de  cette  parti- 

(i)  Ramsay,  dans  Bulletin  de  correspondance  hellénique,  t.  VII  (1883), 

P-  3I5- 

2    I  .  Ihst.  ceci.,  VIII,  13,  3. 

C'est  à  peine-  si  les  ruines  de  cet  édifice  fameux  ont  été  reconnues 
par  la  misssion  archéologique  qui  a  étudié  Séleucie,  Heberdey-Wil- 
iii-.i.m,   Reisen  in   1  dans    Denkschriften  der  k.   k.    Akademie,  t. 

XLIV  (1896  ,  pp.  100,  105-108.  Nous  attendons  les  résultats  d'une  nou- 
velle exploration.  Voii  E.  Herzfeld,  Eine  Reise  durchdas  Westliche 
KUikien,  I'ej  erm ann's  Geographischs  Mitteilungbn,  1909,  p.  25-34  ; 
m.  dans  Jahrbuch  des  kaiserlich  deutschen  Archaeologischen  Instituts, 
arch.  A:,  ■  .    1.  p.  441-50. 

j    (  inn/ni,  II,  547-49  :    npiirov  uèv   f|\9ov  eiç  lÉXeÛKemv  (pvfàç, 
TÔv    TiapOevujva  rf)ç   doibiuou    KÔpqç    0tK\uç.  /'.   G.   t.  XXXVII,   p. 

7.  Cf.  Orat.  XXI,  22.    P.  G.  t.  XXXV,  p.  1105. 

5  ahist.,  xxixfScHULZE,  t.  III,  p.  1291. 

.  Itntcru,  p.  69. 

7    Isidore  de  Péli  se,  Epist.  1, 160,  /'.  G.  t.  LXXVIII,  p.  289. 
Voir  le  recueil  de  Basile  de  Séleucis,  BHG*.  1718. 


L'ORIENT.  193 

cularité  '.    Basile  de  Séleucie  répète  encore  cette  fable  et 
»ute  que  la  terre  se   referma  sur  Thècle  précisément  à 
l'endroit  où  se  trouve  l'autel  -'. 

Le  culte  de  Ste  Thècle.  grâce  surtout  au  récit  fameux  qui 
de  bonne  heure  popularisa  son  nom,  ne  pouvait  manquer 
de  prendre  une  très  large  extension.  D'après  les  notices 
de  Phiéronymien,  elle  aurait  été  célébrée  à  Nicomédie  le 
22  lévrier,  le  20  décembre  à  Iconium,  sans  compter 
d'autres  indications  à  diverses  dates.Selinus  lui  avait  élevé 
une  basilique  ■",  de  même  Dalisandos  ;  et  à  ce  dernier  sanc- 
tuaire s'était  attachée  une  légende  étrange,  d'inspiration 
toute  païenne.  On  prétendait  que  la  veille  de  la  fête  locale, 
durant  la  nuit, on  pouvait  voirSte  Thècle  quitter  Séleucie, 
traverser  les  airs  sur  un  char  de  feu  et  faire  son  entrée  à 
l'église  de  Dalisandos  pour  retourner,  après  la  clôture  des 
solennités,  à  sa  basilique  principale.  Et  pour  souligner  les 
rapports  étroits  que  la  tradition  des  Actes  de  Thècle 
établissait  entre  la  martyre  et  S.  Paul,  on  ajoutait  que 
l'apôtre  aussi  quittait  Rome  de  la  même  façon  le  jour  où 
sa  fête  se  faisait  à  Tarse  '.  Nous  ne  poursuivrons  pas 
plus  loin  les  recherches  sur  le  culte  de  celle  qui  reçut  le 
nom  de  protomartyre  '. 

(1)  Th.  Zahn  a  déjà  fait  la  remarque.  Voir  Gottingische  gtlthrte 
Anzeigen,  1S77,  p.  1293. 

P.  G.  t.  LXXXV,  p.  560  :  fcKoiui'-|9ii  |uèv  d»ç  6  tto\ùç  kuî  à\)y 
Géarepoç  Xôfoç,  oùbauwç  ■  ëbu  bè  l\hau  Kai  ÛTreian.\9e  xf\v  ff\v, 
outw  tûj  ©eu  boluv,  biajTiîvai  té  aùrr)  kgù  ÛTToppa-frivai  ti'iv  ^f\v 
<?Keivr|v,  ëv  ujirep  tottuj  f\  Qeia  KCti  iepà  Kai  XeiToup-fiKoç  Tr^irn/fe 
TpâiTCLa,    èv  TTepiarûXtu  kuî  ap  ruporpe-fTeî  Ku8ibpu,uévn   kùkXuj. 

(31  Miracul.i  S.  Theclae,  BHG-.  1718,  e.  xi 

14    M/racu'.i  S.  Theclae,  BHG-.  17 18,  c.  x. 

(5)  Voir  Aciu  S  s.  Sept.  I .  VI,  p.  546-6S.  Il  y  a  beaucoup  à  prendre  et  à 
laisser  dans  l'exposé  de  Lucius,  Dit  Anfàngc  des  Hciligenkults,  p.  205- 
214. 

Cuit   Mart.  13 


194  CENTRES   DU    CULTE    DES   MARTYRS. 

L'hagiographie  de  vS.  Conon  nous  conduit  en  Pam- 
phylie  '  ;  mais  nous  n'y  découvrons  aucun  vestige  de  son 
culte.  Un  S.  Conon  était  honoré  clans  l'île  de  Chypre,  où 
l'on  constate  l'existence  d'un  hospice  et  d'un  aqueduc  toû 
crfiou  Kôvuuvoç -,  et  il  paraît  avoir  été  partout  populaire  en 
Syrie. comme  l'attestent  plusieurs  couvents  placés  sous  son 
vocable  et  la  fréquence  du  nom  de  Conon  dans  le  pays*. 
Sur  la  Porta  Appia  à  Rome  se  trouve  inscrite  une  invo- 
cation à  S.  Conon  '.  A  la  Pamphylie  aussi  appartiennent 
les  saints  Papias,  Diodorus  et  Claudianus  !i  ;  mais  il  nous 
manque  à  l'égard  de  ces  martyrs  le  contrôle  des  données 
indépendantes.  Il  n'en  est  pas  de  même  de  S.  Nestor, 
dont  nous  avons  la  Passion  ,;,  appuyée  par  la  mention  de 
l'hiéronymien  au  25  février  :  in  Pamphilia  natale  Xestoris. 
Le  culte  des  saints  Cosme  et  Damien  pénétra  également 
dans  cette  province.  Une  église  sous  leur  vocable  est 
citée  parmi  les  constructions  de  Justin ien  T. 

Les  plus  célèbres  martyrs  de  Cilicie  sont  les  saints 
Tarachus,  Probus  et  Andronicus,  que  le  martyrologe  hié- 
ronymien  cite  (Anazarbo  Ciliciae)  au  n  octobre,  leur  date 
traditionnelle,  et  à  d'autres  dates  encore  difficiles  à  expli- 
quer \  In  évêque  île  Mopsueste  du  Ve  siècle,  Auxentius, 
bâtit    une    basilique  en  leur  honneur  hors   des  murs  de  sa 

n.  BHG*.  361. 

e,  De  aedif.,  Y,  9. 
(3)  Nôi  Di  ki  .  dans  Zeitschrift  der  deutschen  morgenlandischen  Gesell- 
''''.  lS75>  P-  435- 

.    H.  Grisar,   Rom  beim  Ausgung  der  Antiken  Welt   (Freiburg  im 
1).  1901),  p  540. 
(5  '!'■■  PP-443.  9^6;  I'.  Franchi  de'  Cavalieri,  Osscr- 

uni  atti  di  martiri,  <1  ins  N  lettino  ni   ar- 

CHBOLOOtA  CRISTIANA,   UJ0\,  p.  8-l6. 

(6  BHG».  1328. 

.;    ocope,  Deaedif.,  Y,  g. 

Le  5  avril  in  Ctltcit  ;  h  xj  /«  Tarso  Ciliciae, 


l'orient.  195 

ville  épiscopale  ;  Anazarbe  Lui  fournit  les  reliques  '.  Le  7 
mai  4.85,  Martyrius,  évêque  tic  Jérusalem,  plaça  sous 
L'autel  du  monastère  de  S.  Euthyme  tics  reliques  des  trois 
saints  J.  11  nous  reste  une  homélie  de  Sévère  d'Antioche 
prononcée  en  515  en  leur  honneur  "'.  Tout  ce  que  nous 
savons  de  S.  Marin,  martyr  d'Anazarbe,  dépend  de  ses 
Actes,  document  de  mince  autorité  '. 

Aegae  de  Cilicic  était  un  lieu  de  pèlerinage  important. 
Les  Actes  de  S.  Thalélée  placent  son  martyre  dans  cette 
ville  p.  On  ne  peut  douter  de  l'exactitude  de  cette  localisa- 
tion. Sévère  d'Antioche  visita  la  basilique  et  y  prêcha  6. 
Le  culte  du  saint  se  propagea  ailleurs  ;  un  des  monas- 
tères de  Jérusalem  était  placé  sous  son  vocable  ', 
ainsi  qu'une  église  de  Bithynie  8.  Claudius,  Asterius, 
Xeon,  dont  nous  avons  également  des  Actes  abrégés  <J, 
figurent  au  martyrologe  hiéronymien  le  23  août  ,0.  Les 
saints  Cosme  et  Damien  eurent  à  Aegae  un  sanctuaire 
important  "  :  une  des  Légendes  des  martyrs  va  jusqu'à  rat- 
tacher leur  groupe  à    cette  ville  '-.  On  y  honorait  égale- 


(1)  Passio  S.  Nicetae.c.  8,  dans  Analect.  Bolland.,  t.  XXXI,  p.  214. 

(2)  Vita  S.  Euthymii,  Analecta  graeca,  p.  93. 

(3)  W.  Wright,  Catalogue  of  Syriac  mamiscripts  in  the  British 
Muséum,  p.  539. 

il    BHG*.  1171. 

BHG*.  1707,  1708. 
(6)  Wright,  Catalogue  of  Syriac  mamiscripts  in  tlie  British  Muséum 
p.  542  :  Mai,  Scriptorum  veterum  nova  collectio,  t.  IX,  p.  758. 
171  Pkocope,  De  aedif.,  V,  9. 
(81  Vita  S.  Auxentii,  BHG4.  199,  c.  31. 
'9   Synax.  te  cl.  CP.,  au  30  octobre,  p.  178. 

(10)  Le  manuscrit  d'Echternach  :  In  provincia  Cilicia  civitate  Egas 
Claudi,  Asteri,  Domninae.  Le  manuscrit  tic  Berné  les  annonce  la  veille. 

(11)  Bien  que  le  nom  d'.\  1e  et  ceux  de  Cosme  et  Damien  figurent 
dans  l'hiéronymien  au  27  septembre,  il  n'est  pas  certain  qu'il  faille  les 
réunir  pour  former  la  notice  Acgas  Cosinae  et  Damiani. 

(12)  BHG-.  378,  379.  C'est  la  légende  dite  arabe. 


196  CENTRES    DU    CULTE    DES    MARTYRS. 

ment  les  saints  Zénobius  et  Zénobia  '  dont  la  légende  a 
une  grande  analogie  avec  celle  des  deux  saints  guéris- 
seurs. Il  est  probable  que  les  hagiographes  ont  constitué 
ce  second  groupe  en  voulant  orner  l'histoire  de  S.  Zéno- 
bius, le  prêtre  médecin  martyrisé  à  Antioche  t  et  dont 
le  culte  fut  sans  doute  importé  en  Cilicie.  A  Mop- 
sueste,  on  prétendait  avoir  reçu  le  corps  de  S.  Nicétasle 
Goth.  L'évêque  Auxentius  s'était  imprudemment  engagé 
à  donner  une  partie  de  ses  reliques  à  l'église  d'Anazarbe 
en  échange  d'autres  reliques.  Une  intervention  céleste 
l'empêcha  de  s'acquitter  ~\ 

S.  Julien  au  témoignage  de  S.  Jean  Chrysostome  *  est 
un  martyr  de  Cilicie  II  fut  tourmente  dans  plusieurs  villes 
de  cette  province  avant  d'être  précipité  à  la  mer.  On  ne 
dit  pas  en  quel  endroit  eut  lieu  ce  dénouement.  Il  est  cer- 
tain qu'à  Antioche  on  prétendait  avoir  son  corps,  sans  que 
l'on  puisse  deviner  comment  il  y  est  arrivé.  Toujours  est-il 
qu'il  y  avait  dans  la  capitale  syrienne  une  église  célèbre 
dédiée  à  sa  mémoire. 

Dans  le  martyrologe  hiéronymien  se  détache  d'une 
reconnaissable  au  28  mars  la  mention  in  Tarso 
Ciliciae  Castor is}  qui  reparaît  au  27  avril.  La  répétition 
s'explique  aisément  par  une  distraction  du  compilateur  ■', 
mais  rien  ne  nous  guide  dans  le  choix  de  la  date,  rien  non 
plus  ne  nous  renseigne  sur  le  saint.  Le  g  mai  est  annoncé 
in  Tarso  Ciliciae  Afrodisi.  On  a  cru  reconnaître  ce  martyr 
dans  l'Aphrodisius  qui  figure  sur  une  inscription  de  Séleu- 


(i-  BHG*.  1S84,  1885. 

(2)  ]  ,  1  h  -t.  a  1 .'.,  VIII,   x$. 

.  8,  Analect.  Bolland.,  1.  XXXI,  p.  214. 
l)BHG  n.2,  3. 

(5)  Les  deux  dates  s'expriment  respectivement  par   V  kal,  a-pril.  et 
V  kal.  mai. 


l'orient.  197 

cie  '.  Illusion  d'épigraphiste  qu'une  meilleure  lecture  a 
fait  évanouir  -'. 

On  ne  sait  trop  à  quelle  ville  il  faut  rattacher  le  groupe 
célèbre  de  Cirycus  et  Julitte.  Leur  légende  actuelle,  qui  a 
passé  dans  les  synaxaires  grecs  au  15  juillet,  les  fait  mourir 
.1  Tarse  '.  D'après  l'hiéronymien,  au  16 juin,  ils  appartien- 
draient à  Antioche  :  Antiochiae  Cirici  et  Iulittac  matris  dus 
tt  aliorum  CCCCIIII.  La  notice  semble  ne  pas  avoir  fait 
partie  du  martyrologe  primitif,  et  dépend  vraisemblable- 
ment d'une  légende  qui  a  également  fourni  l'annonce  du 
14  mai  :  Sanctorum  quadringentorum  quattuor  mariyrum  qui 
citai  sancto  Ciryco  passi  sutit.  Cette  légende  n'est  pas  celle 
que  nous  lisons  aujourd'hui  ;  celle-ci  ne  sait  rien  des 
quatre  cent  quatre  compagnons.  Nous  ne  chercherons  pas 
à  en  éclaircir  l'origine.  Mais  il  est  certain  que  la  Passion  des 
SS.  Cirycus  et  Julitte,  sous  toutes  ses  formes  4,est  dépour- 
vue de  toute  autorité.  Ce  que  l'on  ne  peut  nier  c'est  l'exten- 
sion du  culte  de  S.  Cirycus  parle  monde  chrétien.  La  Sy- 
rie %  la  Palestine  fi,  le  Pont  \  la  Lydie  \  l'Italie  >,  la  Gau- 


(1)  Langlois,  Voyage  clans  la  Cili  ie  (Paris,  1S61),  p.  189,  l'a  publiée 
avec  la  restitution  suivante  :  6n,Kn,  TrapaoTaxiKn.  'Aqppocuaiou  npoexo- 
u  dprupoç]  tou.  Pour  lui  Aphrodisius  est  •<  le  premier  martyr  de  la  foi 
chrétienne  à  Séleucie  ». 

I21  CIG.  9212  :  9r)Kn,  Trapaa'x  axixn.  'Acppobiaiou  irpoç  xô  uvn,- 
[a8n.vai  aù]xoû.  Il  n'est  plus  question  de  martyre  ici. 

j:  Synax  ceci.  CP.,  p.  821. 

(4  BHG*.  314-31S  :  BHL.  1801-1S08;  BHO.  193, 194. 

5  A  Sekmîyeh  :  ôpoi  àauXiaç  x^û  âïiou  udpxupoç  Kripûxou,  Publi- 
cations ofthe  American  arch.  expédition  to  Syria,  part  III,  298. 

(6)  Mapxûpiov  xoû  d"fiou  Kupii<ou.  à  l'est  de  Jaffa,  CIG.  8842  ; 
vaoç  xoû  crfiou  Kn,puKoO  év  OaaiXaibt,  Pratitm  spirituelle,  xcu,  P.  G. 
t.  LXXXVII.  p.  2949. 

(7)  Studia  Pontica,  t.  III.  n.  19. 

(8)  Naôç  âYnou  Kupn.KOu  à  Aigai,  Keil-Premerstein,  t.  II,  n.  209. 
17/(7  .S'.    Athanasii  ep.   Xcaf.,  c.  8,   M.  G.  Script,    rcr.    langob. 

p.  448.  Cf.  Ad.  SS.  iun.  t.  III,  p.  23.  Nous  réservons  les  questions  de 


I98         CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

le  ',  l'Espagne  '-'  lui  avaient  élevé  des  sanctuaires,  dont  le 
vocable,  il  faut  bien  le  remarquer,  n'est  point  partagé  avec 
Ste  Julitte.  Cirycus  est-il  un  martyr  isole  que  les  hagio- 
graphies auraient,  de  leur  autorité,  associé  à  Stc  Julitte  — 
carnous  rencontrerons  ce  nom  parmi  les  martyrs  d'Antio- 
cbe.  Leurs  audaces,  même  dans  l'antiquité,  ne  connais- 
saient point  de  bornes,  et  précisément  les  Actes  des 
SS.  Cirycus  et  Julitte  furent  parmi  les  écrits  de  ce  genre 
qui  méritèrent  la  solennelle  réprobation  de  l'église  s. 

Les  grands  sanctuaires  du  Pont  sont  ceux  de  S.  Phocas 
et  de  S.  Théodore.  S.  Phocas,  dont  le  nom  est  cité  par 
Grégoire  de  Nazianze  ',  et  qui  devait  acquérir,  surtout 
parmi  les  gens  de  mer,  une  renommée  presque  universelle, 
avait  sa  basilique  à  Sinope  Astère  d'Amasée  y  fit  le  pané- 
gyrique du  saint,  et  nous  apprend  que  ses  reliques  furent 
particulièrement  recherchées*.  On  a  vu  qu'il  était  honoré 
à  Constantinople,  peut-être  à  Rome  \  Une  basilique,  ter- 
minée en  496,  et  dont  on  a  trouvé  les  ruines  dans  le  village 
de  B  ilân,   en  Syrie,   lui   était  dédiée  '.  Il  est  assez 

date.  A   rappeler  le  nom  de  Serra    San  Quirico  d'une  commune  des 
Marches. 

11  (Arvernis)  Monasterium  beati  Quirici  (Cirici),  Grégoire  de 
I  :  rs,  Hist.  /•>.,  II,  ai,  22  ;  Vital  Patrum,  ut.  A  Marseille  :  Monaste- 
rium Sancti  Curici  ;  Leblant,  Inscriptions  chrétiennes  de  la  Gaule, 
n.  545.  I.  cuit  S.  Cyricus  (Cyr,  Cirgues  etc.)  a  laissé  des  traces 
visibles  dans  la  toponymie  de  la  France.  Voir  Joanne,  Dictionnaire 
graphique  et  administratif  Je  lit  France,  t.  VI,  p.  4083. 

B  dédiée  avec  les  1  tints   parmi   les- 

quels Quiricus,  Hubner,  Inscriptiones  Hispaniae  christianae,8$. 

(3)  Decretalis  de  recipiendis  et  non  recipiendis  libris.  Tuner,  Epistulae 
rotnanorum  pontificutn,  p.  459. 
(4    (  armina,  II.  3,  79,  P.  G.  t.  XXXVII,  p.  1485. 
40. 
Plus  haut,    p.  75.   Sui  S.   Phocas  el  son  culte,   voir  C.  Van  m 
-t.  Analect.  Bolland.,  t.  XXX,  p.  252-95. 
7   H.  Pognon,  Inscriptions  sémitiques  de  la  Syrie,  de  la  Mésopotamie 
et  de  la  région  de  Moss  -,  1907),  p.  60-61. 


l'orient.  199 

probable  qu'il  avait  sa  fête  à  Antioche,  le  5  mars,  annon- 
cée en  ces  termes  dans  l'hiéronymien  :  Antiochiae passio 
sancti  Focatis. 

S.  Théodore  a  été  loué  par  S.  Grégoire  de  Nysse  en 
présence  de  son  tombeau.  Le  nom  de  la  ville  n'est  pas 
indiqué,  et  l'on  s'est  demandé  s'il  fallait  le  placera  Ama- 
sce,  où  le  saint  souffrit  le  martyre,  ou  à  Euchaïta,  lieu  de 
pèlerinage  célèbre  durant  tout  le  cours  du  moyen  âge  '.On 
peut  affirmer  que  la  basilique  décrite  par  Grégoire  de 
Nysse  ne  se  trouvait  pas  à  Amasée  -  ce  qui  n'empêche  que 
cette  ville  ait  possédé,  au  moins  depuis  le  règne  d'Ana- 
stase  (491-518),  une  église  dédiée  à  un  martyr  qui  lui  appar- 
tenait à  tant  de  titres".  S'il  peut  y  avoir  encore  quelque 
cloute  sur  l'emplacement  d'Euchaïta  *,  on  ne  peut  hésiter 
à  lui  attribuer  la  gloire  d'avoir  gardé  durant  des  siècles  le 
tombeau  d'un  des  saints  les  plus  populaires  de  l'église 
grecque. 

Amasée  honorait  spécialement  un  de  ses  évêques, 
le  martyr  Basileus,  dont  elle  paraît  avoir  possédé  les  reli- 
ques \  Le  martyrologe  oriental  (18  août)  attribue  encore 
à  Amasée  un  saint  Philantes  et  trois  compagnons  sur  les- 
quels on  n'a  point  d'autres  détails  ,;. 


(i)BHG-.  1760.  Cf.  Les  légendes  grecques  des  saints  militaires,  p.  11-17. 

(2)  P.  G.  t.  XLYI.  p  744  :  tv)  uuGeuouévr]  MTrpî  tiûv  6ewv  vaôç 
r)v  Im  Tfjç  nnfpoTTÔXeujç  'Auaaeiaç.  Ce  n'est  pas  ainsi  que  l'on  parle 
de  la  ville  où  l'on  est.  [1  est  vrai  que  B.  Keil,  dans  J  Stkzygowski, 
Kleinusien,  ein  Neuland  der  Kunstgeschichte  (Leipzigj  1903),  p.  78, 
corrige  un.TpcnTOX.6UJc  en  ckpoTTÔXeiuç,  sans  apporter  aucun  témoi- 
gnage manuscrit.  Cela  ne  suffit  pas  à  autoriser  la  conclusion  que  le 
panégyrique  fut  prononcé  à  Amasée  ou  tout  prés  de  là. 

(3)  Anderson-Cumont-Grégoire,  Studia  Pontica,  t.  III,  n.  101. 
Ibid.,   202-207.  Cf.    Analeci.  Bolland.,  t.  XXX.   p.  335    Sur  une 

ise  de  S.  Etienne.  Bull,  de  corresp.  hellénique,  t.  XIII,  p.  294. 
151  BHG*.  239-240. 
(6)  Nous  mentionnerons  ici   l'inscription  suivante  trouvée  à  Dabali, 


200  CENTRES   DU    CULTE   DES   MARTYRS. 

Pour  la  plupart  des  historiens  qui  racontent  la  mort  de 
vS.  Jean  Chrysostome  à  Comane,  dans  le  Pont,  ses  derniers 
moments  sont  précédés  d'une  vision  de  S.  Basilisque, 
martyr  de  Comane  '.  La  légende  transforme  ce  saint  en 
un  parent  de  S.  Théodore,  et  il  est  fait  mémoire  de  lui  le 
3  mars  et  le  22  mai  '-'.  Le  texte  le  plus  ancien  qui  le  con- 
cerne, celui  de  Palladius,  lui  donne  le  titre  d'évêque.  Les 
termes  dans  lesquels  la  vision  de  S.  Jean  Chrysostome  y 
est  racontée  méritent  d'être  pesés  :  kcct'  aÙTnv  bè  tùv 
vÛKTa  TTapécriq  aÙTÛJ  ô  toO  tôttou  ékéivou  uâpTUç,  BaOïXio- 
koç  ôvoua  aÙTÛJ,  ôç  uap-rupeî,  èmOKOTioç  wv  Koucxvujv,  èv 
NiKOunbeia  èrri  MaHiuiavoû,  âua  AouKiavw  tûj  èv  Biôuvia 
upecrpuTépiu  ôvTi  'Avnoxeiaç  ".  Pour  bien  comprendre  ces 
lignes,  il  faut  lire  le  contexte  d'où  il  ressort  que  S.  Lucien 
d'Antioche  apparaît  en  même  temps  que  S.  Basilisque  ; 
Palladius  n'affirme  donc  pas  que  ce  dernier  fut  martyrisé 
en  même  temps  que  S.  Lucien,  mais  il  le  fait  mourir  à 
Nicomédie,  ce  qui  cadre  bien  mal  avec  le  titre  de  «  martyr 
du  lieu  »  qu'il  lui  a  donné  tout  d'abord. 

Basiliscus  serait  plutôt  un  martyr  de  Nicomédie,  et  il 
faudrait  imaginer  une  translation,  bien  peu  vraisemblable, 
pour  le  rendre  à  Comane.  Bollandus  semble  avoir  vu  juste, 
en  supposant  que    le  texte  de  Palladius  a  besoin  de  correc- 


au  nord  de  Kerkennis-Kalé  :  "Qpoi  TTKpK^x^tvTeç  k«th  9eîov  Otama- 
ua  T"i  '  "fini:  uiipTuaiv  TTpoKOTriu)  k<ù  lumvvi.  Studia  Puniica, 
t.  III,  11.  254.  (  leux  martyrs  ne  peuvent  être  identifiés  avec  certi- 
tude. Cf.  Analcet.  Bolhutd.,  t.  XXX.  p.  356. 

Pau  idius,  Dialogus  de   Vita    S.   loannis    Chrysostomi,  11,   P. G. 

t.  XLVII,  p.  38;  Sozomène,  Hist  eccl.  VIII,  28;Théodori  i  .  Ilist.  ceci., 

(.  ;  Marcellinus  Co  n       I  hron.  ad  ann.  403,  M.  G.  auct.  antiq. 

t.  XI,  p.  67.  Soi  rate  (VI,  21)  ne  parle  pas  de  la  vision.  Les  biographes 

postérieurs  sont  cités  dans  li  3  Act.  S'.V.  martii,  t.  I.  p.  237. 

Y  ii  Les  légendes  grecques  des  saints  militaires,  p.  41-42;  p.  202- 
213  :    li  ta  SS.  t.  c,  p.  237-41  ;  Synax.  ceci.  CP.,  pp.  503,  699. 

P.G.      XLVII,  p.  38. 


L'ORIENT.  20I 

tion  '.  Celle  qui  s'offre  tout  naturellement  à  l'esprit 
est  si  simple,  que  l'on  hésitera  à  peine  à  l'adopter.  Elle 
consisterait  à  rapporter  à  Lucien  l'indice  topographique 
èv  NiKoui-|ùeiu,  retouche  d'autant  plus  probable  qu'elle  fait 
disparaître  L'opposition  de  Nicomédie  et  de  la  Bithynie  que 
présente  la  phrase  actuelle.  Nous  restituons  donc  S  Basi- 
lisque  à  Comane,  dont  il  était  évêque, comme  l'affirme  Pal- 
ladius,  et  après  lui  Marcellin  dans  sa  chronique.  Que  les 
hagiographes  aient  fait  de  lui  un  soldat,  il  n'y  pas  là  de 
quoi  nous  étonner  outre  mesure.  Ils  sont  coutumiers  de 
travestissements  *,  et  il  n'y  a  pas  lieu,  pour  ce  fait  de 
distinguer  deux  martyrs  du  nomde  Basilisque,  l'un  évêque, 
l'autre  militaire  :'. 

S.  Hermias,  d'après  sa  Passion, aurait  également  reposé 
à  Comane,  mais  aucun  autre  texte  ni  aucun  monument  ne 
confirment  cette  donnée  '. 

Le  culte  du  patron  de  Trébizonde,  S.  Eugène  a  une 
attestation  plus  ancienne  que  sa  Passion  s.  C'est  le  nom  de 
Saint-Eugène  donné  à  l'aqueduc  construit  pour  cette  ville 
par  Justinien  fi. 

Lorsque  Grégoire  de  Nysse,  pour  détourner  ses  compa- 
triotes du  pèlerinage  aux  saints  lieux  de  Palestine  faisait 
valoir  le  nombre  des  autels  de  la  Cappadoce  et  se  deman- 
dait si  en  aucun  lieu  du  monde  on  en  comptait  autant  " ,  on 
peut  croire  qu'il  songeait  spécialement  aux  sanctuaires 
des  martyrs  dont  la  contrée  était  parsemée.  Les  écrits  des 

(i)  Act.  SS.  martii,  t.I,  p.  137,  n.  12. 

(2)  Les  légendes  grecques  des  saints  militaires,  p.  112. 

(3   Comme  le  fait  Tili.kmont,  Mémoires,  t.  V,  p.  73O. 

(4)BHG«.744. 

BHG*.  609.  Cf.  Synax.  eccl.  CP.,  aoian.,  p.  406. 
(6)  Procope,  Deaedif.,  III,  6. 

17-  Epist.   2  :    oùk   ûv    tic  Toadbe  Trrionç     axebôv  Tf|Ç   oiKouiaévriç 
èEupi6,u>ioaiTO  0uaiaaxripia.  P.  G.  t.  XLVI,  p.  1012. 


202         CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

pères  Cappadociens  nous  offrent  le  tableau  d'un  culte  sin- 
gulièrement intense,  et  nulle  part,  avant  la  lin  du  IVe 
siècle,  on  ne  rencontre  plus  de  ferveur  et  plus  d'enthou- 
siasme dans  la  célébration  des  fêtes  des  martyrs.  Césarée 
de  Cappadoce  apparaît  très  fréquemment  dans  le  martyro- 
loge oriental.  Il  faut,  il  est  vrai,  faire  la  part  des  confu- 
sions qui  ont  attribué  à  cette  ville  des  noms  qui  reviennent 
à  Césarée  de  Palestine  '.  Le  Gordianos  du  2  mars  est 
incontestablement  S.  Gordius,  célébré  par  S.  Basile  dans 
un  panégyrique  que  tout  le  monde  a  lu  -'.  Ce  martyr  était 
originaire  de  Césarée.  y  avait  souffert  pour  la  foi  et  son 
sanctuaire  se  trouvait  hors  les  murs,  TTpOTTÔXeuv  KÔfJuov, 
comme  l'appelle  S.  Basile.  Un  jeune  martyr  du  nom  de 
Cyrille  dont  il  nous  reste  des  Actes  assez  brefs  r'  doit  être 
celui-là  même  que  le  martyrologe  annonce  au  28  ou  au  29 
mai  '.  Le  prêtre  Dius,  qui  apparaît  à  deux  dates  voisines 
vers  le  milieu  de  juillet  ;',  avait  probablement  une  basili- 
que ou  un  monastère  près  de  Basilica  Therma,  à  Kara- 
Yakoub,  où  l'on  a  trouvé  l'inscription  suivante  :  f  opoi  toû 
ûfiou  Kai  èvb6£ou  udpTupoç  Aiou  TTapao"x€9évTeç  napà  toû 
€Ùo"e(3eOTorrou  fnuuùv  fJaorXéujç;...  'louariviavoû  6. 

Au    19    novembre,     le    syriaque    nomme,    sans    indice 

d,  le  chorévêque  Maximus,  le  prêtre  Lucien  et  Carte- 

rius.  D'après  l'hiéronymien  il  faudrait  suppléer  in  Caesarea 

Cappadociac,  et  la  Passion  de  S.  Carterius  ne  permet  guère 

(i)  Par  exemple  l'hiéronymien  aux  3,  12,  13,  20  novembre,   au  8  juil- 
let. 

a)  1  M',     703. 

MU  .  80 

Au  2<j  mai,  ni  I   u  area  <   ippadociai  <  irilli  ;   le  syriaque  au  28.  Il 
ité  dans  les  deux  martyroloj       tu   [novembre. 
(51  Le  martyrolog  qui   au  11  el  [3  (14)  juillet. 

6  1   dans  Revue  des  études  grecques,  t.  XV  (1902),  p.  321.  La 

copie  portail  6  tôttoç.  C'esl  l'éditeur  qui  propose  de  corriger  en  ôpm 
toû.  Cf.  Studia  Pontica,  t.  III,  p,  227. 


l'orient.  203 

d'hésiter  quant  à  ce  dernier  nom  '.  Maxime  est  inconnu, 
le  prêtre  Lucien  fait  songer  à  Antioche  ou  à  Nicomédie  -'. 
Faudrait-il  dire  que  le  19  novembre  on  taisait  en  même 
temps  à  Césarée  la  mémoire  d'un  martyr  indigène  et  de. 
deux  étrangers  ?  Timothée  et  Polyeucte,  au  20  mai,  ramè- 
nent un  cas  analogue.  L'hiéronymien  semble  exiger  ici 
encore  la  rubrique  in  Caesarea  que  le  syriaque  passe  sous 
silence.  Mais  comment  savoir  si  ce  sont  des  martyrs  pro- 
pres ou  s'il  faut  les  identifier  avec  des  homonymes  honorés 
ailleurs3?  Le  Veronicius  ou  Veronicianus  du  24  novembre, 
de  même  que  Germain  et  Théophile  nommés  en  compagnie 
de  Cyrille  au  3  novembre  semblent  n'avoir  pas  laissé 
d'autres  traces. 

La  tête  de  S.  Marnas  est  marquée  dans  l'hiéronymien 
au  17  août  :  Caesareac  Cappadociac  Main  mac  mouachi. 
C'était,  à  ce  qu'il  semble,  la  fête  principale  de  Césarée. 
Lire  l'homélie  de  S.  Basile  4.  On  sait  que  Julien  et  sou 
frère  Gallus  rivalisèrent  de  magnificence  pour  élever  sur 
le  tombeau  du  martyr  une  grande  basilique  5.  S'il  faut  en 
croire  Xicétas,  il  y  avait  également  à  Nazianze  une  église 
dédiée  à  S.  Marnas  \  Il  est   certain    que   S.  Grégoire  ne 


(1)  BHG-\  296,  297. 

2]  La  mention  du  martyrologe  hiéronymien  au  7  juin:  Caesarea 
Cappadociae  Luciani  martyiis  n'est  pas  de  nature  à  écarter  définitive- 
ment cette  conjecture.  La  confusion  VII  idus  iun.  ave:  VU  idus  tan. 
qui  est  le  jour  de  S.  Lucien  d'Antioche  est  trop  naturelle  pour  qu'on 
n'en  tienne  pas  compte. 

(3)  La  notice  des  synaxaires  au  19  décembre,  Synax.  ceci.  CP.,  p. 
327,  ne  tranche  pas  la  question.  Timothée  serait  un  diacre  d'une  église 
de  Mauritanie,  Polyeucte  un  martyr  de  Césarée.  Sur  ce  point  il  appuie 
la  donnée  de  l'hiéronymien. 

(4)  BHG-'.  1020. 

5   Les  textes  ont  été  réunis  par  Tillemont,  Mémoires,  t.  V,  p.  359. 

6)  In  Gregorii  orat.  XLIV  [al.  XLIII),  P.  G.  t.  CXXVII.  p.  1411  : 
liane  autan  orationem  in  urbe  quittent  Nazianzena  scripsit  Gregorius, 
verum  m  sancti  martyris  Mamantis  templo  urbi  vicino  pronuntiavit.  Le 


204         CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

prononça  pas  son  homélie  à  Césarée.  Le  culte  du  martyr, 
très  florissant  dans  la  région,  en  franchit  promptement  les 
frontières.  On  le  trouve  implanté  à  Constantinople  proba- 
blement dès  le  règne  de  Léon  I  '.  Ste  Radegonde,  au  VIe 
siècle,  obtint  un  doigt  de  S.  Marnas.  Le  biographe  assure 
qu'on  alla  le  chercher  à  Jérusalem,  quod  Hierosolymis  sua 
sancta  quiesccrent  membra  -.  Il  n'y  a  pas  lieu  d'imaginer 
une  translation  du  saint  corps  en  Palestine.  Personne  n'en 
a  jamais  rien  su,  et  le  pèlerin  Théodose  le  trouve  toujours 
à  Césarée  :  ibi  est  sanctus  Mammes*.  Au  XIe  siècle  Nicétas 
semble  assurer  qu'il  y  est  encore  '.  Jérusalem  est  sans 
doute  une  erreur  de  l'hagiographe  qui  amis  le  nom  d'une 
ville  pour  un  autre  s. 

Au  i5marsl'hiéronymien  annonce  inCappadociaLongini. 
Il  faut  rapprocher  de  ce  texte  un  passage  de  S.  Grégoire 
de  Nysse  d'où  il  résulte  que  de  très  bonne  heure  les  Cap- 
padociens  se  décidèrent  à  identifier  le  centurion  de  l'évan- 
gile avec  un  de  leurs  premiers  évoques0.  La  notice  du 
19  mars,  Caesareae  Cappadociae  Theodori  presbyteri  est 
isolée. 

texte  original  de  Nicétas  est   inédit.    Nous  citons  la   traduction   de  J. 

Bilius. 

m  Voir  J.  Pargoire,  Les  Saints-Mamas  de  Constantinople,  Bulle- 
tin de  l'institut  archéologique  russe  de  Constantinople,  t.  IX, 
fia,  1904),  p.  261-316. 

Vita  S.  Radegundis  a.  Baudonivia,  BHL.  7049,  c.  20. 

I  ;  1  Geyer,  Itinera,  p.  144. 

I  P.  G.  t.  CXXVII,  p.  14 ;,4  :  '  '>'<>  enint  circiter  ab  urbe  stadio  tcmplum 
martyri  constructum  est  quod  il  la  ipsa  Ammiaquae  cum  aluerat,  singulari 
magnificentia  eo  loco  aedificasst  fertur. 

(5)  Tillemont,  t.c  ,  p.  360-61,  propose  d'admettre  un  Ma  m  mes  de 
|         ilem  distint  I  de  1  1  lui 

(6>  l  ■  17  01  IVUffoiroTauÎTai...  irdvTUJV  éboxiuaaav  tôv  0wuâv 
tic  émoraaiav  éauriûv  TrpoTiuôrepov  Kai  Tîtov  Kpn,Teç  kcù  lepo- 
aoXuuÎTrn  'IdKloPov,  Kai  >i""-"  oi  KuTiTTobÔKai  tôv  txcxTÔvTapxov, 
tov  iit\  toO  ird8ouç  jr\v  0€ÔTnTa  toû  Kupiou  ôuo\o-rnac<VTa-  ?•  Cj- 
t.  XLVI,p.  1061. 


l'orient.  205 

S.  Eupsychius,  martyr  sous  Julien,  auquel  est  associé 
parfois  le  nom  de  Damas,  était  célébré  àCésarée  probable- 
ment le  7  septembre  '  avec  une  solennité  remarquable-'. 
S.Basile,  dans  ses  lettres,  en  parle  fréquemment :  et  la 
correspondance  de  S.  Grégoire  de  Nazianze  a  gardé  l'écho 
du  discours  prononcé  dans  une  de  ces  réunions  par  l'évê- 
que  de  Césarée  '.  Le  culte  de  Stc  Julitte  est  attesté  par 
l'homélie  bien  connue  du  même  S.Basile  5  ;  celui  de  S.  Mer- 
cure, dont  la  légende  mérite  si  peu  de  créance  6,  par  le 
pèlerin  Théodose  7. 

Césarée,  qui  était  si  bien  partagée  déjà,  reçut  encore  les 
dépouilles  de  martyrs  étrangers.  Nous  l'apprenons  par  la 
correspondance  de  S.  Basile  avec  Ascholius  et  Soranus 
relative  aux  reliques  de  S.  Sabas  le  Goth  8.  La  ville  eut 
aussi  sa  basilique  des  XL  martyrs  de  Sébaste  '. 

L'église  de  Tyane  en  Cappadoce  fut  illustrée  par  le 
martyre  de  S. Oreste  La  Passion  "'  raconte  que  son  corps, 
jeté  dans  les  flots,  fut  recueilli  par  les  fidèles  et  enseveli  sur 
la  montagne  voisine  de  la  ville,  où  il  continua  à  guérir  les 
malades.  Serait-ce  en  cet  endroit  que  se  trouvait  cette 
basilique  de  S.  Oreste,  dont  les  revenus    appartenaient  à 


li'    Le    texte  des  lettres   de   S.    Basile  indique  respectivement   les 
dates  du  7  et  du  15  septembre  iEpist.   100,  Epist.  176,  P.  G.,  t.  XXXII, 
pp.  505,  653).   La  première  est  celle  des  synaxaires,  et  semble  devoir 
être  retenue   Synax.  ceci.  CP.,  p.  23. 
(2)  Sozomène.  Hist.  eccl.,  V ,  ir. 

j   Epist.  ioo,  142.  2co,  176,  P.  G.  t.  XXXII,  pp.  505,  592,  653,  736. 
41  Epist.  58,  P.  G.  t.  XXXVII,  p.  113-118. 

HHG*.  972. 
(61  Les  légendes  grecques  des  saints  militaires,  p.  91-101. 
(7)  Geyer,  Itinera,  p.  144. 

Voir  Anilect.  Bolland.,  t.  XXXI,  p.  288. 

Gaudentics   Brixiensis,  Tr.  XVII,  P.  L.  t.  XX.  p.  965  :  in  ipsa 
enim  maxima  Cappadociac  civitate  quae  appîllatur  Caesarea,   ubi  habent 
iidem  beatissimi  martyres  insigne  martyrium. 
(iojBHG*.  13S3. 


206  CENTRES   DU    CULTE   DES   MARTYRS. 

lise  de  Césarée,  au  témoignage  de  S.  Grégoire  de 
Nazianze  '  ? 

A  Arianza  on  célébrait,  le  22  du  mois  de  Dathousa,  date 
qui  correspond  au  29  septembre,  une  fête  de  martyrs. 
Nous  ignorons  malheureusement  leurs  noms  -. 

Les  pères  Cappadociens,  particulièrement  S.  Basile  et 
S.  Grégoire  deNysse,  ont  été  les  grands  propagateurs  du 
culte  des  XL  Martyrs,  que  les  récits  hagiographiques  ' 
comme  le  martyrologe  hiéronymien  4  et  toute  la  tradition 
font  mourir  à Sébaste  d'Arménie. On  sait  que  leurs  reliques 
furent  disséminées  en  plusieurs  endroits  :i.  Qu'il  en  soit 
resté  une  bonne  part  à  Sébaste  c'est  ce  qu'il  est  naturel 
de  supposer.  Théodose  se  contente  de  dire  en  parlant  de 
cette  ville  :  ubi  sinit  quadraginta  martyres  B.  S.  Basile  les  a 
célébrés  à  Césarée  7,  S.  Grégoire  de  Nysse  dans  une  basili- 
que qui  n'est  point  celle  de  Sébaste  8  et  qui  n'est  probable- 
ment pas  le  petit  sanctuaire  d'Ibora,  dans  le  domaine 
familial ''.  Rien  n'indique  que  Zéla,  où,  d'après  leurs  der- 
nières volontés,  les  martyrs  devaient  reposer  "',  ait  été 
seulement  privilégié  clans  le  partage  des  reliques. 

1  i  Oratio  in  laudem  Basilii  Magni,  c.  68.  (581,  P.  G.  t.  XLVI,  p.  571. 
.■   Grégoire  de  Nazianze,  Epist.  122,  P.  G.  t.  XXXVII,  p.  216. 

Bl  I'  r*.    1201,  1202. 

!     9  mai     :  In  Armenia  Sebastia  militum  XL.  Dans  les  manuscrits 
B,  W,  1(   nom  de  la  ville  est  de\  enu  un  nom  de  saint,  Scùastiunus. 

(5)  Ce  n'esl  pas  ici  11  lieu  de  disent-  1  1-  s  témoignages  assez  peu  con- 
cordants de-  Pa  ms  et  des  panégyriques.  Voir  Basile,  /'.  G.  t.  XXI, 
p.  522;  Grégoire  de  Nysse,  /'.  G.  t.  XLVI,  p.  784. 

(61  I  ltlHifU,  p.  144. 

i7,  BHG*.  1205. 
(8)  BHG*.  1208. 

/'.  G.  t.  XLVI.  j».  784. 
1  .  /  tamentum  XLmartyrum,  BHG*.  1203,  1  :  ûrcô  fn,v  ttôXiv  Z\\- 
Xiuv  f'v  nu  x111!»'1!'  Eotpetu.  L'opinion  exprimée  à  ce  propos  par  M. 
Cumont,  dan-,  Analect.  Bolland.,  t.  XXV,  p.  241  a  été  contredite  par 
M.  I'.  Franchi  de'  Cavalieri,  Note  agiografiche,  fasc.  30,  Studi  e 
testi,  22  (Roma  1909),  p.  68. 


l'orient.  207 

Le  martyr  Athénogène,  simplement  nomme  avec  le  titre 
de   chorévêque,  clans  le  martyrologe  syriaque  (24  juillet), 

est  rattaché  à  Sébaste  d'Arménie  par  l'hiéronymien,  qui 
concorde  sur  ce  point  avec  les  récits  hagiographiques  '. 
C'est  évidemment  cet  Athénogène,  qui  peu  avant  de 
subir  le  martyre  du  feu,  remit  à  ses  disciples  une  hymne 
que  loue  S.  Basile  '-'.  S.  Grégoire  l'Illuminateur  se  procura 
de  ses  reliques,  comme  aussi  des  reliques  de  S  Jean-Bap- 
tiste, et  établit  à  Bagauan  3  une  lete  annuelle  en  l'honneur 
des  deux  saints,  pour  remplacer  la  fête  païenne  des  dieux 
hospitaliers,  tuùv  SevobtKTÙiv  Geuùv,  qui  se  célébrait  jusque- 
là  dans  le  pays  '.  Une  ampoule  représentant  un  saint 
portant  un  livre  avec  l'inscription  :  ci  fie  'AOevoffévn] 
prouverait  que  ce  martyr  a  été  honoré  en  Egypte    . 

Grégoire  de  Xysse  assista  à  Sébaste  à  la  première  com- 
mémoraison  de  l'évêque  Pierre  (f  392)  son  propre  frère, 
qui  se  célébra,  dit-il,  en  même  temps  que  la  mémoire  des 
martyrs  ,;.  On  songe  tout  naturellement  à  la  troupe  des 
Quarante,  dont  la  fête,  à  Sébaste,  est  marquée  dans  l'hiéro- 
nymien  le  9  mars,  et  l'on  est  amené  à  rapprocher  de  cet 
anniversaire  cette  autre  mention  cpii  ligure  au  26 du  même 
mois    :   in  Sebasiia  Pétri  episcopi  7.   Les   deux  dates   sont 

(1)  BHG-'.  197;  Synax.  eccl.  CP.,  au  17  juillet. 

(21  De  Spiritu  Sancto,  73,  P.  G.  t.  XXII,  p.  205.  On  se  demande  com- 
ment Bun>nius,  et  après  lui  Tillemont,  Mémoires,  t.  II,  pp.  iz$,  632, 
ont  pu  prendre  en  considération  l'identification  d'Athénogène  avec 
Athénagore. 

(31  Sur  cette  ville,  voir  P.  de  Lagarde,  dans  Abhandlungen  der  k. 
Gcsellschaft  der  Wissenschaften  zu  Giittingen,  t.  XXXV  (iSSy,  p.  138. 

4  Agathasge,    Vita  S.  Gregorii,  BHG-.  712,  ce.  142,  150. 

5  Lefebvre,  Recueil  des  inscriptions  grecques  chrétiennes  d'Egypte, 
n.  718. 

(6)  Epist.  t,  P.  G.  t.  XLVI,  p.  1001. 

7  La  rédaction  du  ms.  E,  bien  que  défectueuse,  donne  à  penser  que 
les  XL  martyrs  étaient  associés  à  Pierre  de  Sébaste  :  et  aliorum  XL  m 
S'bus  Pétri  episcopi. 


2o8         CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

malheureusement  un  peu  éloignées  pour  vérifier  la  coïnci- 
dence marquée  par  S.  Grégoire  de  Nysse.  De  plus,  il  se 
plaint  de  l'excessive  chaleur  qu'il  faisait,  ce  qui  nous 
transporte  dans  une  autre  saison.  Aurait-on  t'ait,  à  Sébaste, 
une  double  commémoraison  des  martyrs,  l'une  en  hiver, 
l'autre  en  été,  par  exemple  le  27  août,  date  à  laquelle 
les  Quarante  reparaissent  dans  l'hiéronymien  ?  Question 
malaisée  à  trancher.  Notons  ici  qu'en  rentrant  dans  sa 
ville  épiscopale,  S.  Grégoire  passa  par  un  endroit  nommé 
Andumocina  où  il  trouva  Helladius  avec  d'autres  évê- 
ques,  qui  célébraient  en  plein  air,  près  d'un  martyrutm, 
une  fête  de  martyrs,  les  mêmes,  peut-être,  que  ceux  qu'il 
venait  de  vénérer  à  Sébaste  '. 

La  tradition  littéraire  place  en  cette  dernière  ville 
d'autres  martvrs  dont  les  Actes  ont  été  beaucoup  lus; 
ainsi,  S.  Biaise,  évêque  -,  et  le  groupe  du  13  décembre 
Eustratius,  Auxentius,  Eugenius,  Mardarius  etOreste3, 
souvent  désigné,  plus  tard,  sous  le  nom  des  cinq  saints. 
Les  récits  qui  les  concernent  sont,  pour  nous,  les  seuls 
monuments  attestant  leur  culte  à  une  époque  malheureu- 
sement indéterminée. 

Une  autre  ville  d'Arménie,  Xicopolis,  semble  avoir  été 
illustrée  également  par  une  phalange  de  martyrs  qui  rap- 
pelle ceux  de  Sébaste,  Les  Quarante-cinq  martyrs,  que  les 
synaxaires  grecs,  s'inspirant  de  la  légende,  mentionnent 
le  10  juillet  ',  ont  laissé  des  traces,  malheureusement  trop 
peu  reconnaissables  -•  quelques  noms  défigurés  —dans 
l'hiéronymien  ''.    Le  11   août,  celui-ci  annonce  également 

(1)  Iipist.  1  :  éqpiataïaai  'Avbou,uoxivoiç.  P.  G.  t.  XL-VI,  p.  1001. 
ï]  BHG     «76. 
(3)BHG«.  646. 
I4:  Syn  i\.  d  <  l.  (  P.,  p.  811. 

15)  Le-  10 juillet:  in  Armenia minore civitate  Nicopoli  Milionis  Diome- 
dis  etc. 


l'orient.  209 

Xicopoli  passio  miiltoYum  martyrum,  tandis  qu'à  la  même 
date  le  syriaque  ne  mentionne  que  le  seul  Paulos.  Justinien 
fonda  à  Nicopolis  Le  monastère  des  XLY  martyrs  *.  On 
regrette  que  S.  Basile  n'ait  pas  cru  devoir  préciser  davan- 
tage ce  qu'il  écrit  à  Eusèbe  de  Samosate  au  sujet  d'une 
réunion  où  il  devait  rencontrer  les  évêques  Mélèce  et 
Théodote  de  Nicopolis.  Le  lieu  désigné  était  Ocqrfauoûv 
tô  xwpiov,  et  l'occasion  une  fête  des  martyrs  qui,  vers  le 
milieu  du  mois  de  juin,  y  amenait  tous  les  ans  une  foule 
considérable  2.  Nous  en  sommes  réduits  à  nous  contenter 
de  ces  vagues  indications  3. 

Voici  encore  un  groupe  considérable,  celui  des  Trente 
trois  martyrs  de  Mélitène,  dont  la  Passion  place  l'anniver- 
saire au  7  novembre  *,  et  dont  l'antiquité  du  culte  est 
attestée  par  la  Vie  de  S.  Euthyme  5.  Ils  ne  sont  pas  dis- 
tincts des  Cinquante  martyrs  —  Plotinus  et  quarante  neuf 
autres  -  annoncés  dans  le  martyrologe  syriaque  au 
21  novembre.  Plus  célèbre  encore  est  S.  Polyeucte,  égale- 
ment cité  dans  le  martyrologe  oriental,  où  il  revient  plu- 
sieurs fois,  le  7  janvier  et  le  14  février  comme  appartenant 
à  Mélitène,  le  22  janvier  sous  la  rubrique  Nicomédie,  le 
20  mai  ou  le  22  mai  sous  Césarée  de  Cappadoce  6.  Il  était 


(1)  Procope,  De  aedif.,  III,  4. 

12)  Epist.  95,  P.  G.  t.  XXXII,  p.  489  :  àirdoeiEdv  té  f|uîv  xpôvov 
uèv  Tf|ç  auvTuxiaç  tù  \xiaa  toû  irpomôvroç  unvôç  iouviou,  tôttov 
bè  Oap-fauoûv  {al.  <J>apua-f-oûv)  Tô  xwpiov  éiriarmov  pap-rûpwv  ttc- 
piqpaveia  Kai  TroXuavepumia  auvôoou  xnç  kotô  ë-roç  ÏKaarov  uap' 
aùxoîç   Te\ouuévnç. 

(3)  Il  n'est  pas  bien  sûr  qu'il  faille  reconnaître  Nicopolis  dans  des 
noms  comme  Xeochepoli,  Nicapoli  au  martyrologe  hiéronymien  le  6 
mars.  La  liste  des  noms  est  à  comparer  avec  celle  du  28  février. 

(4)  BHG*.  749,  750.  Voir  Acta  SS.  nov.  t.  III,  p.  325-38. 

(5)  Analectagraeca,  p.  12. 

(6)  La  première  date  est  commune  à  Fhiéronymien  et  au  syriaque. 

Cuit.  Mart. 


2IO  CENTRES   DU    CULTE    DES    MARTYRS. 

titulaire  d'une  basilique  que  signale  aussi  l'auteur  de  la 
Vie  de  S.  Eut hy me'1.    L'inscription   toû   erriou  TToXùoktoç 

r 

sur  deux  lampes  provenant  d'Egypte  autorise  à  penser 
que  le  martyr  de  Mélitène  était  connu  et  honoré  dans  ce 
pays  *.  Le  martyrologe  syriaque  au  19  avril  et  au  3  mai, 
l'hiéronymien  aux  mêmes  dates  ainsi  qu'au  13  et  au 
27  avril  et  à  des  dates  voisines  annoncent  des  martyrs  de 
Mélitène  appartenant  peut-être  à  un  groupe  unique  qu'il 
est  malheureusement  impossible  de  reconstituer.  Pierre 
de  Mélitène  est  un  des  martyrs  cités  au  début  de  la  Passion 
des  saints  d'Edesse.  Malheureusement  nous  ne  le  trouvons 
que  là  3. 

Si  nous  poursuivons  notre  pèlerinage  aux  tombeaux  des 
martyrs  par  la  Phénicie,  la  Palestine,  la  Syrie,  nous  ren- 
controns d'abord  Arca,  ou  Césarée  du  Liban,  et  Ortho- 
sias,  qui  se  font  remarquer,  au  Ve  siècle,  par  des  inven- 
tions de  reliques,  celles  de  S.  André  d'une  part,  celles  des 
SS.  Luc,  Phocas  et  Romanus  de  l'autre  *.  Mais  les  san- 
ctuaires où  on  commença  à  les  honorer  ne  jouirent  que 
d'une  célébrité  restreinte.  Les  foules  se  portaient  à  la 
ilique  du  principal  martyr  de  la  Phénicie,  S.  Léontius, 
a  Tripoli  :  tôv  èv  TpurôXei  Trpoo"Kuvn.TÔv  oîkov  toû  àyiou 
kcù  KOtMivÎKOu   udpTupoç   Aeovriou  '.    Parmi  les   voyageurs 


L'hiéronymien  seul  mentionne  Polyeucte  au  22  janvier  et  au  22  mai  ; 
le  syriaque  seul  au  20  mai. 

1  r)  Analect  1  1,  pp.  6,  12. 

2  Lefebvre,  Recueil  des  inscriptions  grecques-chrétiennes  d'Egypte, 
un.  737,  738.  Sur  la  pi  emière  une  partie  seulement  de  l'initiale  du  nom 
csi  lisible,  et  l'on  croil  lire  ToXuoktoç. 

Gebhardt-Dobschùtz,    Die    Akten  der  Edessenischen    Bekenner 
Gurjas,  Samonas  und  Abibos,  p.  6.7. 

(4]  Vita  Pétri  Hiberi,  BHO.  955,  Raabb,  p.  mo. 

(5)  Libellas  monachorum  ai  Menant,   Hardoi  in.   Concilia,  t.  II.  p. 

I38É 


L'ORIENT.  211 

illustres  qui  le  visitèrent,  il  faut  compter  Pierre  l'Ibérien  ', 
Mélanie  la  jeune  '-',  Sévère  d'Antioche  qui  y  reçut  le  bap- 
tême *,Antonin  '.  Au  12  juin  l'hiéronymien  annonce  Tripoli 
Magdaletis,  au  24  décembre  in  Tripoli  natale  Luciani,  deux 
saints  qu'aucun  texte  parallèle  ne  permet  d'identifier.  A 
Sidon,  il  y  avait,  au  temps  de  Mélanie  la  jeune,  un  san- 
ctuaire de  S.  Pbocas,  que  l'on  prétendait  occuper  l'empla- 
cement de  la  maison  de  la  Chananéenne  de  l'évangile  s. 

Deux  persécutions  au  moins  donnèrent  des  martyrs  à  la 
Palestine.  Celle  de  Valérien  fit  un  certain  nombre  de  vic- 
times dont  Eusèbe  a  conservé  les  noms.  D'abord  Priscus, 
Malchus  et  Alexandre,  qui  furent  jetés  aux  bêtes  à  Césa- 
rée  6,  ensuite  Marinus,  un  militaire  7.  Nous  n'avons  pas 
d'indices  certains  de  leur  culte.  La  seconde  série  est  celle 
des  martyrs  de  la  grande  persécution,  auxquels  Eusèbe  a 
consacré  le  livre  bien  connu,  qui  nous  est  parvenu  sous 
une  double  forme.  Césarée  est  le  théâtre  de  la  plupart  des 
supplices  rappelés  dans  ce  récit.  Mais  il  y  eut  aussi  des 
exécutions  à  Gaza,  à  Tyr,  à  Ascalon.  Romain,  qui  périt 
dans  les  tortures  à  Antioche,   y  figure  par  exception  en 

(1-  Vita  Pttri  Hiberi,  Raabe,  p.  103. 

(2)  Vita  Melaniae  iun.,  BHG*.  1241,  c.  52. 

(3)  Vie  de  Sévère  par  Zachariek  Scolastique,  Patrologia  orient alis, 
t.  II,  pp.  79,  92. 

(4)  Geyer,  Itinera,  p.  159. 
BHG».  1241,  c.  57.   * 

(6)  Hist.eccl.,Va,  12. 

Hist.  ceci.,  VII.  15.  Au  chapitre  suivant  Eusèbe  raconte  l'histoire 
du  sénateur  Astyrius,  qui  rendit  les  derniers  devoirs  à  Marinus,  mais 
il  ne  dit  pas  qu'il  subit  lui-même  le  martyre.  Rufin  ajoute  ce  détail, 
dont  on  n'est  pas  obligé  d'admettre  l'exactitude  :  honorem  quem  mar- 
tyri  dctulit  contmuo  ipse  martyr  adsequitur.  C'est  grâce  à  cette  phrase 
qu'Astyrius,  ou  Asterius  est  entré  dans  les  martyrologes  latins  du 
moyen  âge  au  3  mars,  Ad.  SS.  martii,  t  I  p.  224.  Les  Menées  le  men- 
tionnent au  7  août  :  6  ôaioç  'AoTépioç  ô  auïK\r|TiKÔç.  ticpei  TeXei- 
oûtcu.  Leur  source  doit  être  Eusèbe,  lu  trop  rapidement. 


212  CENTRES   DU    CULTE    DES    MARTYRS. 

qualité  de  Palestinien    II  y  a  de  plus  les  confesseurs  con- 
damnés aux   mines.  On  est  d'accord  pour  dire  que  l'inser- 
tion, à  leurs  dates  respectives,    dans  l'hiéronymien,    des 
martvrs   de  Palestine,  n'est  pas  l'écho  d'une  tradition  de 
culte  et  que  cette  compilation  est  ici  tributaire  d'Eusèbe. 
Il  est  vrai  qu'Eusèbe  n'est  pas   absolument   muet  sur  les 
honneurs  rendus  aux  martyrs,   et  le  passage  qui  s'y  rap- 
porte —  il  s'agit  du  principal  groupe  de  Césarée,  Pamphile 
et  ses  compagnons  —  est  particulièrement    intéressant. 
Dans  la  courte  rédaction  de  son  livre,  il  se  borne  à  dire  que 
les  corps  des  suppliciés  reçurent  la  sépulture   habituelle, 
Tfj    o"uvr|0ei    TrapebôBn.    Tacpf]  '.  L'autre   rédaction  ajoute 
à  cette  phrase  :  «  Déposés  dans  des  temples  magnifiques  et 
placés  dans   des  oratoires  pour  être   l'objet  du   perpétuel 
souvenir    et    du    culte  du   peuple  de  Dieu,  »  Tfj  cruvn,6ei 
TrapebôGn    Taqpfj,     vauùv     oïkoiç     TrepixaMéorv     àîroTeBévTa 
èv  iepoîç  ie  TTpoo"£UKTn,pioiç    etç    a\n,o"rov    uvrianv  tw    toû 
Oeoû  Xaw  xiiaào'Bai   Trapabibôjueva  -.    On   a   tiré    de    cette 
addition  une  conclusion  importante,  c'est  que  la  recension 
brève   du   De   martyribus  Palaestinae  serait  antérieure  à 
l'autre  et  non  pas  seulement   un   abrégé  comme  on   l'avait 
pensé.  La  première    aurait  été    écrite  aussitôt  après    la 
chute  de  Maximin  avant   que  les  chrétiens  eussent  eu  le 
temps  de  bâtir  des  basiliques  ou  des  chapelles.  La  seconde 
de  l'époque  où  rien  ne  s'opposait  plus  à  l'accomplisse- 
ment de  ce  pieux  devoir  \ 

Le  texte  semble  dire  qu'un  dépose  les  saints  corps  dans 
des  édifices  déjà  existants,  et  l'addition  n'aurait  plus,  dès 
l<>rs. la  portée  qu'on  voudrait  lui  attribuer  Mais  le  lait  n'est 
guère  vraisemblable  et  la  phrase  un  peu  vague  d'Eusèbe, 

lu  Dr  mari.  Palaest.,  XI,  28. 

i2>  Demart.  Palaest. ,  ibid.,  libell.  prolixior,  Schwartz,  p.  945.   I.  24. 

iji  S<  hwartz, Eusebius  Werke,  t.  Il,  3,  p.  i.x. 


l'orient.  213 

admet,  à  la  rigueur,  l'interprétation  proposée.  Elle  éta- 
blit du  reste,  avec  la  dernière  clarté,  que,  dans  le  diocèse 
d'Eusèbe,  et  de  son  vivant  enore,  les  honneurs  ecclésias- 
tiques turent  rendus  à  la  glorieuse  troupe.  Nous  savons, 
par  une  autre  source,  qu'il  y  avait  à  Césarée  une  église  de 
S.  Procope,  le  premier  martyr  de  Palestine,  église  que 
l'empereur  Zenon  fit  rebâtir  en  484  '.  Antonin  le  pèlerin 
cite  trois  noms  de  saints  dont  les  corps  sont  conservés  à 
sarée  :  Pamphile,  Procope  et  Corneille  -.  C'est  évidem- 
ment du  centurion  Corneille  qu'il  veut  parler  S.Jérôme 
ne  parle  pas  de  ses  reliques  et  se  contente  de  noter  que  sa 
maison  avait  été  transformée  en  église  3.  Contrairement 
à  ce  qu'on  a  pu  penser  ',  il  n'existe  aucune  trace  d'une 
basilique  spécialement  dédiée  au  martyr  Adrien. 

Scythopolis  était  la  patrie  d'adoption  de  S.  Procope. 
C'est  là  qu'il  avait  exercé  les  fonctions  de  lecteur  et 
d'exorciste.  On  lui  érigea  une  chapelle  dans  la  résidence 
épiscopale  5.  Qui  était  S.  Basile  titulaire  d'une  église  à 
Scythopolis   '    et  faut-il   croire    le    pèlerin    Théodose  qui 


lu  Chronicon  pascale,  Dindorf,  t.  I.  p.  0-04  :  àvaveûiaaç  kcù  tôv 
oIkov  toû  erriou  TTpoKOTriou.  Quelques  lignes  plus  haut,  il  a  été  parlé 
de  l'incendie  toû  àrîou  TTpopou.  Il  faut  évidemment  corriger  en 
TTpoKomou.  On  n'honorait  à  Césarée  aucun  saint  du  nom  de  Probus. 

(i)  Geyer,  Itinera,  p.  190. 

(3)  Epist.  118  ad  Eustnchium.  8  :  inqua  Cornclii  domiim    Christi  vidit 
«iam.Et  il  ajoute  :  et  Phïlippi  aediculas  et  cubicula  quattuor  virgmutn 

proplutarum.  P.  L.  t.  XXII.  p.  882.  Ces  localisations,  dont  il  y  a  tant 
d'autres  exemples  dans  les  récits  des  pèlerins, sont  suggérées  par  la  lec- 
ture de--  Actes,  10,  1  et  21,  8,  9. 

(4)  Dans  une  inscription  publiée  par  BaTIFFOL,  Revue  biblique  t.  I 
(1895 1.  p.  73-74.  il  e>t  question  de  la  construction  ou  de  la  restauration 
tijùv  paOuiûv  toû  'Abpiaviou.  M.  Chabot,  Byzantinisihe  Zeitschrift, 
t.  Y  (1896),  p.  [60-62,  a  cru  que  le  mot  désignait  la  basdique  d'un 
martyr.  Le  langage  ecclésiastique  n'a  pas  admis  les  mots  de  cette 
formation,  et  ii  s'agit  ici  d'un  édifice  païen 

(5)  CYRILLI  SCYTHOPOLITAN!    Vlt.l    S.  Sabac.   CoTELIER.    p.  34'j. 

16)  Dans  la    Vita    Euthymii,    Analecta    gkaeca,  p.  31.     il    est   l'ait 


214         CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

assure  qu'il  y  subit  le  martyre,  ibi  donnais  Basilius  marty- 
rizatus  est  '  ?  On  ne  peut  guère  hésiter  devant  le  témoi- 
gnage, certainement  indépendant,  des  synaxaires,  qui 
annoncent  le  5  juillet  Basile  et  soixante  compagnons  mar- 
tyrs à  Scythopolis  2. 

Nous  avons  dit  que  Sébaste,  ou  Samarie,  se  glorifiait  de 
posséder  le  tombeau  de  S.  Jean-Baptiste,  et  rappelé  les 
difficultés  que  soulèvent  ces  prétentions  3.  Antonin  de 
Plaisance  vénère  à  Joppé  la  jeune  Tabitha  des  livres 
saints  :  ibi  iacet  sancta  Tabitha  quae  et  Dorcas  dicitur  '.  A 
l'est  de  Joppé,  à  Medjdel-Yaba,  une  inscription  rappelle 
une  église  dédiée  à  S.  Cirycus  5.  A  Gérasa,  on  signale,  en 
464,  une  èKK\n.o"ia  tujv  àxiujv  Trpoqpnjwv,  ctfTOOTÔXwv,  uap- 
xùpujv  c  ;  en  559  une  église  de  S.  Théodore  7.  Lydda,  ou 
Diospolis,  est  devenue  la  ville  de  S.  Georges.  Nous  n'avons 
pas  de  témoignage  très  ancien  permettant  d'y  localisera 
coup  sûr  son  tombeau  8.  Mais  c'est  bien  à  Diospolis  et 
pas  ailleurs  que  les  pèlerins  se  rendent  pour  le  vénérer, 
et  Antonin  qui  les  y  renvoie,  Diospoli  civitatem  quae  anti- 
quitus  dicitur  Azotus,  in  qua  requicscit  sanetns  Georgius  mar- 
tyr 9,  ne  trouve  pas  de  contradicteurs. 

Les  grands  souvenirs  de  la  vie  et  de  la  passion  du  Christ 
devaient  laisser  à  Jérusalem  moins  de  place  qu'ailleurs  à 
un  culte  particulièrement  intense  des  martyrs.  On    n'ou- 

mention    d'un    prêtre    toû    év    XkuSottôXh    aepaaiuiou     oi'kou     toû 
nfiou    udpTupoç  BaaiXeiou. 

11)  GeYER,  limera,  p.  137. 

(21  Synax.  ceci.  C'P.,  p.  800. 

(3)  Rci-in,  Ilist.  ceci.,  XI,  27,  28.  Voir  plus  haut,    p.  98-99. 

(4)  GeYER,  Itincra,  p.  190. 

5   Revue  biblique,  t.  II  '1893),  p.  211. 

6)  Mittheilungen  des deutschtn  Palaestitta-Vereins,  1901,  p.  65. 
17)  Mittheilungen,  t.  c.  pp.  41,  f>4 . 

(8)  Les  légendes  grecques  des  saints  militaires,  p.  47-50. 

(9)  Geyer,  Itincra,  p.  176. 


l'orient.  215 

blia  pas,  toutefois,que Jacques  le  Juste,  premier  évêque  de 
Jérusalem,  avait  par  sa  mort  rendu  témoignage  à  la  véri- 
té Ml  fut  enseveli  près  du  temple  et  H égésippe ajoute  que  sa 
stèle  s'y  trouvait  encore  J.  Au  I\'L  siècle  déjà  on  montrait 
sa    chaire   épiscopale s  que    l'on     vénéra   plus   tard   dans 

Jise  de  la  Sainte-Sion*.  Au  VI'  siècle, une  église  passait 
pour  occuper  l'emplacement  de  sa  maison  :  quac  fuit  do- 
mus  sancti  lac*  :.  Son  successeur  Syméon,  fils  de  Klopas, 
était,  comme  lui.  mort  martyr  '.  Mais  rien  n'indique  qu'ils 
aient  été.  à  une  époque  relativement  reculée,  l'objet  des 
honneurs  liturgiques.  La  tradition  relative  à  la  sépulture 
de  Jacques  se  modifia.  Théodose  signale  son  tombeau  au 
mont  des  Oliviers  et  dans  la  même  memoria  se  trouvent 
S.  Zacharie  et  le  vieillard  Syméon  6. 

Les  deux  illustres  évêques  ne  furent  donc  pas  plus  favo- 
risés que  le  premier  de  tous  les  martyrs,  qui  les  surpas- 
sait en  même  temps  par  l'éclat  incomparable  qui  rejaillis- 
sait sur  lui  du  récit  des  Actes.  Le  culte  local  ne  commença 
pour  S.  Etienne,  à  ce  qu'il  semble,  qu'à  partir  de  l'inven- 
tion des  reliques  en  415  7.  La  fondation  de  la  basilique  de 
S.  Ltienne  par  Eudocie  —  elle  fut  dédiée  le  15  janvier 
460  —  acheva  de  l'organiser  sur  le  modèle  universel  8. 

Les  saints  Innocents  ne  furent  pas  totalement  négligés. 
Non  loin  de  la  basilique  voisine  de  Bethléem,  où  l'on  mon- 
trait les  tombeaux  du  roi-prophète  et  de  son  fils  Salomon, 


1  )  HÉGÉsn  1 1  .  dans  Eusèbe,  Hist.  ceci.,  II.  23,  4-18  ;  IV,  22,  4. 
121  Dans  Eusèbe,  Ilist.  eccl.,  II,  18. 
131  Eusèbe,  Hist  ceci.,  VII.  19. 

Geyer.  binera,  p.  108. 
5'  Hégésippe,  dans  Eusèbe,  Hist.  eccl.,  III.  32  ;  IV.  22.  4. 
(6)  GtYKR.  Itinera,  p.  142. 
7    Plus  haut   p.  96. 

18)  Ct\  M.  J.  Lagrange,  Saint    Etienne  et  son  sanctuaire  à  Jérusalem 
|Paris,  1894  ,  p.  41-155. 


2l6         CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

on  fit  voir  à  Antonin  de  Plaisance  les  reliques  de  ces  fleurs 
des  martyrs  :  in  ipso  loco  habent  monummtum  et  omnes  in 
unum  requiescunt  et  aperitur  et  videntiir  ossa  ipsorum  '. 

Avant  le  VIIe  siècle,  Jérusalem  n'eut  plus  d'autres 
saints  propres  dont  le  martyre  soit  sérieusement  attesté, 
l'n  récit  dépourvu  de  valeur  historique  -  fait  mourir  sous 
Numérien  dans  la  ville  sainte  le  groupe  Justus  et  Abun- 
dius,  que  la  tradition  liturgique,  en  dehors  de  l'Espagne, 
ignore  absolument3.  Les  sept  martyrs  de  l'abrégé  syriaque 
au  ii  mars  sont  entièrement  inconnus.  S  Isicius,  dont  le 
corps  était  vénéré  près  de  la  porte  Majeure  ',  paraît  être 
un  confesseur,  et  sainte  Pélagie  dont  on  montrait  la  cellule 
au  mont  des  Oliviers  et  dont  on  prétendait  posséder  le 
corps  s  ne  fut,  si  l'on  en  croit  sa  légende,  qu'une  martyre 
de  la  pénitence. 

Mais  le  mouvement  intense  des  pèlerinages  ne  pouvait 
manquer  d'importer  des  dévotions  étrangères,  en  même 
temps  que  l'on  prétendait  raviver  de  vieux  souvenirs 
locaux.  Parmi  les  anciens  sanctuaires  dont  il  est  fait 
mention  on  compte  un  martyr iurn  avec  des  reliques  de  S. 
Jean-Baptiste,  6  un  oratoire  bâti  par  Mélanie  la  jeune  où 
sont  déposées   des   reliques   du   prophète  Zacharie,  de   S. 

(i)  Geyer,  Itinera,  p.  178. 
2    BHL.  4596. 

Pour  l'Espagne,  voir  le  calendrier  de  Cordoue  de  961,  Férotin, 
/  t  liber  ordinum  en  usage  dans  l'église  Wisigothique  et  Mozarabe  d' Es- 
pagne <  Paris,  1904),  p.  491. 

I  Antonin  dans  Geyer,  Itinera.  p.  177.  Cf  G.  Mercati  dans  Revue 
biblique,    N.  S.   t.    IV  (1907).    p    79-90;    Analect.    Rolland,  t.   XXVII, 

p.  21 

5)  Antonin  :  Cellula ubi  fuit inclausa  veliacet  S.  Pelagia incorpore. 
Geyer,  p.  170. 

■  Pâli  admis, Historia  Lausiaca,  Butler,  1. 1,  p.  133,  et  t.  II,  p.  212 
82.  Il  y  eut  aussi  un  important  monastère  de  S.  Jean-Baptiste  près 
du  Jourdain  fondé  par  Anastase  I.  Voir  Vailhé,  Répertoire  alphabétique 
des  monastères  de  Palestine  (Paris  1900),  p.  31. 


l'orient.  217 

Etienne  et  des  Quarante  martyrs  de  Sébaste  '  ;  un  autre 
dédié  à  S.  Menas  par  Eudocie  *.  Puis  c'est  une  église 
dédiée  à  S.Julien  vers  450  par  une  dame  du  nom  de  Fia- 
vie  5,  une  église  des  saints  Cosme  et  Damien  l,  un  monas- 
tère de  S.  Georges  '.  un  autre  de  S.  Thalélée,  un  autre  de 
S. Pantéléémun, celui-ci  dans  le  désert  du  Jourdain6,et  près 
de  Bethléem  le  monastère  de  Saint-Serge  7.  A  Bethpha^ré 
Théodose  visite  une  église  de  Sainte-Thècle,  et  semble 
croire  que  son  corps  y  repose  :  ubi  sancta  Thecla  est  '.Dans 
un  couvent  de  femmes, Antonin  de  Plaisance  voit  un  crâne 
dans  un  reliquaire  d'or  et  de  pierres  précieuses,  quae  dicunt 
quia  de  sancta  martyre  Theodote  esset 9. 

Les  trois  martyrs  égytiens  qu'on  honorait  à  Ascalon  et 
dont  Antonin  de  Plaisance  n'a  pas  retenu  les  noms  '"  sont 
Ares,  Promus  et  Elie.  Eusèbe  a  raconté  leur  supplice  ". 

Nous  savons,  en  général,  que  Gaza  et  Majuma  avaient, 
malgré  la  petite  distance  qui  les  séparait,  leurs  têtes    reli- 

(1)  Vita  Melaniae  iun  .  BHG-.  1241.  c.  58. 
j    Vita  S.  Euthymii,  dans  Analecta  gkaeca,  p.  67. 

3  Vita  S.  Tkeognii,  dans  Analect.  Rolland.,  t.  X,  p.  114. 

4  Moschus,  Pratum  spirituelle,  c.  127,  P.  G.  t.LXXXVII,  p.  2990. 
Cf.  Vailhé,  Répertoire  alphabétique  des  monastères  de  Palestine,  p.  16. 

5  Vita  S.  loanni  Silcntiarii,  BHG-,  897.ee.  4,5.  Procope,  De  aedif., 
V,  9.'  parle  d'un  monastère  toû  àyiou  rprpfopiou.  On  peut  avoir  des 
doutes  sur  l'exactitude  de  cette  leçon,  et  se  demander  s'il  ne  faut  pas 
corriger  Teujp-fiou.  Sur  un  monastère  de  Saint  Geo  onde  au 
Vie  siècle  à  Jéricho,  voir  P.  Aisel  clans  Revue  biblique,  19:1,  p.  286-89, 
et  S.  Vailhé,  dans  Échos  d'Orient,  1911,  p.  231-32. 

61  Procope,  De  aedif.,  V,  9. 

-    Moschus,  Pratum  spirttuale,  182,  P.  G.  t.  LXXXVI1,  3054. 

•     Geyer,  Itinera,  p.  146.   Dire  qu'il  s'agit   ici  de  la  martyre  homo- 
nyme dont  parle  Eusèbe,  De  mart.  Palacst.,  ni,  1,   iv,  1,  f\   kuQ'  n.uâç 
©éK\a  serait  une  conjecture  sans  fondement. 
(9)  Geyer,  Itinera,  p.  -.74. 

1  io)Ibi requieseunt  très fratres  martyres  ae<*yptii: propria  quidem  nomi- 
na  habent  sed  vulganter  aegyptu  vocantur.  Geyer,  Itinera,  p.  180. 

11     De  mart.  Palaestmae,  c.  x. 


2l8  CENTRES    DU    CULTE    DES    MARTYRS. 

gieuses  distinctes,  et  que  chacune  d'elles  commémorait,  de 
s.. ii  côté  ses  martyrs  et  sus  évêques.  '  Gaza  en  particu- 
lier eut  des  martyrs  durant  la  grande  persécution  et  sous 
Julien  Eusèbe  nomme  Timothée,  Paul,  Valentine  avec 
une  vierge  anonyme.  -'  Des  monuments  hagiographiques 
de  date  récente  donnent  parfois  à  celle-ci  le  nom  d'Enna- 
tha,  qui  parait  provenir  d'une  confusion.  D'autres  l'appel- 
lent Oen,,  et  ce  doit  être  son  nom  véritable  3.  Le  martyr 
Timothée  avait  à  Gaza  sa  basilique,  dans  laquelle  repo- 
saient également  les  reliques  de  S.  Major  —  un  saint 
sur  lequel  on  a  quelques  détails  '  —  et  celles  de  sainte 
Théé,  la  compagne  de  Valentine  s. 

Dans  la  distribution  des  sièges  épiscopaux  faite  aux  per- 
sonnages apostoliques  par  le  faux  Dorothée  et  ses  émules, 
celui  de  Gaza  est  échu  à  Philémon,  l'ami  de  S.  Paul. 
Le  14  février  les  synaxaires  font  la  mémoire  xoû  à-pou 
iepouàpiupoç  0t\n,uovoç  tmOKÔTTOu  rà£n,ç  ''.  Théodoret  ne 
•  onnaît  encore  rien  de  ces  inventions.  11  se  borne  à  dire 
(pie  Philémon  était  de  Colosses,  et  que  sa  maison  était 
encore   debout  uéxpi   toû    TrapôvTOç  7. 

Sozomène,  Ilist.  ceci.,  V,  3. 
j    De  mart.  l'alaest..  ce.  Il,  viu. 

(31  Dans   les  synaxaires,  au    10  février,  se  lit    la  notice  des   saints 

Ennatha,  Valentine  et  Paul.  Fa-  15  juillet  celle  de  Paul,  Valentine,- 0er|, 

martyrs  égyptiens  à   (  Cetl      dernière  date   est   exacte.  Les 

s'expliq  :xte  d'Eusèbe  que  le  compilateur  a  lu 

idement.  Au  26  février  <m  1  une  Oen,  seule,  sans  notice 

ins  attache  locale. 

Synax.  ceci.  CP.,  au  15  .  p.  467. 

5    Marci    diaconi    \'ita   Porphyrii  <  .  éTiope69n,u6v  èn\  tô 

(IflOV      LUtpTWplOV      T0Û    évbÔSOU      UiipTUpOÇ      TlUOGéOU,    év    LJj     ÙTTÔKevt- 

tcu  Kfù  ft\\a  XeUpava  Maîoupoç    napTupoç  k<ù  o>m     6uoXoYnTpfaÇ- 

II  S     I  i  .mine  mai  t\  i   de    Gaza  dans 

Shamonae,   Gebhardi  Dobschutz,    Die  Aktett 
d,r  1  u  r  Gurjas,  Samonas  unit  Abibos,  p.  6-7. 

.  (  /'.,  pp.  46Ï  .  7 
imcntum  epist.  ad  Philem.,  S<  m  ,  III.  p.  711. 


l'orient.  219 

Eusèbe,  Nestabus,  Zenon  et  Nestor  furent  victimes  de 
la  fureur  populaire  sous  la  réaction  de  Julien.  Un  de  leurs 
parents,  Zenon,  qui  avait  reçu  leurs  reliques,  devint   évê- 

que  de  Majuma  et  leur  bâtit  une  basilique,  où  furent  dépo- 
sés ces  précieux  restes.  On  la  rencontrait  sans  doute  en 
allant  de  Majuma  à  Gaza,  Trpô  toû  dcFTeoç  '.  Il  est  à 
remarquer  que  les  deux  basiliques  principales  de  Gaza 
n'étaient  pas  dédiées  aux  martyrs  du  pays.  Les  deux 
monuments  importants  dont  Choricius  a  laissé  une  des- 
cription très  précieuse  pour  les  historiens  de  l'art  avaient 
comme  titulaires  l'un  S.  Serge  l'autre  S.  Etienne  '-'.  Sur 
Majuma  nous  n'avons  que  cette  maigre  indication  d'Anto- 
nin  :  Exindc  venimus  in  civitatem  Maioma  Gazis  in  qua 
requiescit  sanctus  Victor  martyr  3. 

Beaucoup  de  martyrs  de  Syrie  sont  connus  par  les  écri- 
vains ecclésiastiques,  qui,  malheureusement,  sont  la 
plupart  du  temps  très  avares  de  détails.  Théodoret  cite, 
parmi  les  martyrs  dont  la  fête  a  remplacé  les  solennités 
païennes,  Pierre,  Paul,  Thomas,  Serge,  Marcel,  Léonce, 
Antonin,  Maurice1.  Sauf  Pierre  et  Paul,  qui  déjà  alors 
appartiennent  à  l'église  universelle,  tous  les  noms  bien 
connus  qui  figurent  dans  cette  énumération  sont  propres 
à  la  Syrie  ou  à  des  provinces  limitrophes.  S.  Léonce 
est  évidemment  le  martyr  de  Tripoli  ;  nous  retrouve- 
rons S.  Thomas  à  Edesse,  S.  Serge  à  Rosapha,  les 
saints  Marcel,  Antonin,   Maurice  à   Apamée. 


(1)  Sozomène,  Hist.  eccl.,  V,  9.  —  Procopc  de  Gaza  écrivant  à  Dio- 
dore,  Eplst.  47,  fait  allusion  à  la  fête  des  martyrs  qui  se  célébrait  -rrap' 
fmîv.  Il  nous  est  impossible  de  dire  de  quels  martyrs  il  était  question. 
P.  G.  t.  LXXXVII,  p.  2756. 

2   Choricii  Gazaei  Otationcs,  éd.  Boissonade,  p.  84-86. 

(3)Geyer,  Itinera,  p.  180 

(4)  Graecarum  affectionum  curatio.  vin,  6g,  Raeder,  p.  219. 


220  CENTRES    DU    CULTE    DES    MARTYRS. 

S'il  fallait  s'en  tenir  à  quelques  anciennes  éditions  de 
Théodoret,  il  y  aurait  à  ajouter  un  nom  à  la  série.  Pan- 
téléémon  devrait  être  intercalé  entre  Léonce  et  Antonin  '. 
On  voit  sans  peine  les  conséquences  de  cette  simple 
insertion.  Elle  amènerait  à  conclure  que  S.  Pantéléémon 
est,  comme  les  autres  saints  de  la  liste,  un  compatriote 
de  Théodoret,  et  que,  si  sa  légende  et  les  textes  qui  en 
dépendent,  lont  de  lui  un  martyr  de  Nicomédie,  c'est 
que  cette  légende  a  pris  naissance  dans  un  sanctuaire 
de  Bithynie,  devenu  promptement  le  rival  du  sanctuaire 
primitif,  disparu  de  bonne  heure  sans  laisser  de  traces. 
Mais  on  reconnu  que  le  kcù  TTavTeXeiîuovoç  n'est  qu'une 
interpolation,  et  rien  ne  donne  à  penser  qu'elle  ait  eu 
quelque  portée  spéciale  dans  la  pensée  de  son  auteur  ; 
il  n'a  fait  autre  chose  que  compléter  Théodoret  en  ajou- 
tant à  la  liste  un  saint  de  son  choix.  Des  lors  nous  n'avons 
pas  à  en  tenir  compte,  et  S.  Pantéléémon  n'a  plus,  pour 
nous,  aucune  attache  spéciale  avec  la  Syrie.  Tous  nos 
documents  nous  ramènent  au  littoral  Bithynien  où  J  usti- 
nien  lit  rebâtir  la  basilique  du  saint  -  en  même  temps  qu'il 
restaurait  le  monastère  fondé  sous  son  vocable  à  Jéru- 
salem 3.  On  sait  que  la  ville  impériale  consacra  plusieurs 
■  ^hses  l  à  un  martyr  dont  le  nom  invitait  à  la  confiance. 
Malheureusement,  aucune  personnalité  distincte  ne  se 
dégage   de  su  légende. 

Les  martyrs   dont  nous  axons  appelé  les  noms  ne  sont 
pas  les  seuls  dont   Théodoret    s'occupe.   Ailleurs    H    i  m 
Julien.  Romain,  Timothée  \  en  d'autres  occasions,  I)en\  s. 

i  Schulze,  Theodoreti  opéra,  t.  IV,  p.  933.  Mais  voii  /'.  a . 
t    LXXX1I1  p.  1033. 

z\  Proi  "i  1  .  /'<  aedif.,  I,  9. 

;    I  l'H  ope,  De  aedif.,V, 

i   '  i   Du<  vngi     (  ":;  tantinopolis  christiana,  p.  132 

5;  Episi    1    -.s        1      ,  t.  V,  p.  1318. 


L'ORIENT.  221 

Julien  et  Cosmas  '.  comme  des  noms  familiers  à  ses  cor- 
respondants ou  à  slS  lecteurs.  Julien  et  Romain  étaient 
spécialement  honorés  à  Ântioche,  Timothée  pourrait  être 
le  martyr  de  Gaza.  Denys  était  un  martyr  indigène.  Julien 
Sabas  allant  par  Cyr  à  Antioche,  s'arrêta  dans  sa  basi- 
lique -'.celle-là  même,  à  ce  qu'on  peut  croire,  qui  a  récem- 
ment livré  l'inscription  suivante  : 

êwç  tube  Karacpù-fiov 
toû  à-pou  Aiovucriou 
Ktrrà   6eîov  Tpàuua 

toû  eùo~e(3eo"Ttrrou 

'AvaGTaaiou    pacriXé- 

ujç  riuuùv  y  àunv  3. 
Quant  à  Cosmas,  il  ne  peut  être  que  celui  du  groupe 
fameux  Cosmc  et  Damien.  Ces  martyrs  avaient  leur  basili- 
que dans  la  ville  épiscopale  de  Théodoret,  qui  en  parle  '.La 
célébrité  de  ce  double  tombeau  attira  la  munificence  de 
Justinien,qui  construisit  à  Cyr  une  grande  basilique3. Théo- 
dose dit  expressément  que  cette  ville  est  le  lieu  du  martyre 
et  de  la  sépulture  des  deux  saints,  d'accord  en  cela  avec 
d'autres  témoignages. Peu  de  martyrs  ont  acquis  plus  rapi- 
dement une  renommée  aussi  universelle6. On  fait  remonter 
à  la  première  moitié  du  Ve  siècle  la  fondation  de  l'église  èv 
toîç  TTauXivou  à  Constantinople  et  d'une  autre  eîç  tô  ZeOf- 

i   Epist.  144.  Schci.^e,  t.  V,  p.  1242. 

(2)  Religiosa  historia,  n,  Schclze,  p  1135. 

(31  F.  Ccmont,  dans  Comptes  rendus  des  séances  de  l'Académie  des 
inscriptions  et  belles-lettres.  1907,  p.  447-56.  Cf.  Analect.  Bolland.,  t. 
XXVII,  p.  88-89. 

(4    Epist.  ///  ad  magistrum  miliium,  Schulze,  t.  v,  p.  787. 

(5    Procope,  De  aedif ,  II,  11. 

6)  Le  travail  le  plus  important  et  le  plus  complet  sur  le  culte  deux 
saints  est  celui  du  P.  Stilting,  Act.  SS.  sept.  t.  VII,  p.  438-69,  com- 
plété sur  quelques  points  par  P.  Maas,  dans  Byzantinische  Zcitschrift 
t  XVII  (1908),  p.  604-609. 


222  CENTRES   DU    CULTE   DES   MARTYRS. 

uct'.  Une  troisième  et  une  quatrième  sont  signalées  sous 
le  règne  de  Justin  -.  Le  premier  de  ces  sanctuaires  éclipsa 
bientôt  tous  les  autres  au  point  de  faire  presque  oublier  la 
basilique  principale,  celle  de  Cyr.  A  Rome,  le  pape  Sym- 
maque  (498-514)  construisit  un  oratoire  des  saints  Cosme 
et  Damien  3  et, peu  après,  Félix  IV  (526-530)  leur  dédiait  la 
basilique  du  Forum,  toujours  debout  et  ornée  de  sa 
belle  mosaïque  '.  Ce  sont  aussi  des  mosaïques  du  commen- 
cement du  VIe  siècle  qui  attestent  l'antiquité  de  leur  culte 
à  Ravennes.  En  Cappadoce,  à  Mutalasca,  S.Sabas  (f  531) 
transforma  en  église  des  saints  Cosme  et  Damien,  la  maison 
paternelle  B.  Parmi  les  églises  bâties  par  Justinien  il  y  en  a 
une  en  leur  honneur,  en  Pamphylie  7  ;  une  autre  dont  on 
ne  connaît  pas  le  fondateur,  est  signalée  près  de  Jérusa- 
lem  \  A  Edesse  se  trouvait  une  chapelle  bâtie  en  457  par 
l'évéque  Nonnos  9.  Nous  n'avons  aucun  texte  où  il  soit 
formellement  question  d'une  église  des  deux  saints  à 
Aegae.  Mais  on  ne  peut  guère  douter  de  l'existence  de  ce 
sanctuaire  "'.  Si  nous  ajoutons  à  ces  preuves  déjà  si  nom- 


li)  Preger,  Scriptores  originum   Constantinopolitanarum   (Lipsiae, 
1908 1,  pp.  261,  239. 
I2)  Preger,   t.c,  p.  255  ;  Theopuanis  Chronogr.,  a.  m.  6062,   De 

1         .  P-  343- 

1  I)ichesne,  Le  liber  pontificalis,  t.  I,  p.  262. 

(.)    DUCHESNE,  t.   C,  p.  279. 

5  |  K  ri  m.  Die  Mosaiken  der  christlichen  Aéra,  t.  I  1  Berlin,  1901), 
p.  233.  La  mosaïque  provenant  de  l'église  San  Michèle, et  actuellement 
au  musée  de  Berlin  est  plus  récente  d'un  siècle  environ.  Voir  O. 
Wn  1 1  ,Kôn.  Museett  zu  Berlin. AltcJtristliche  mut  mittelalterliche  Bild- 
werkt .  t.  I     1909),  Tafel   I. 

Vita  S.  Subae,  BHG*.  1608,  c  55. 
(7    Proi  ope,  De  aedificiis,  X ,  9 

Mos<  mis.  Pratumspirit.,  c.  127,  P.  G.  t.  LXXXVII,  p.  2989. 
(91  L.H  \i  1  [er,  Untersuchungen  ùber  die  Edessenische  Chronik  (Leip- 
iSgi),  p.  114. 

Voir  plus  haut,  p.  195. 


l'orient.  223 

breuses  et  que  l'on  pourrait  multiplier  ',  celle  que  l'on  a 
tirée  delà  fréquence  du  nom  chrétien  de  Cosmas  à  partir 
de  la  lin   du  \Y   siècle  *,  on  pourra  se   rendre  compte  de 

l'importance  d'un  culte  qui  a  eu  son  point  de  départ 
dans   une  petite  ville  de  la  Syrie. 

Les  Actes  de  S.  Dometius,  un  martyr  que  l'on  rattache 
à  la  persécution  de  Julien  "',  nous  transportent  également 
dans  les  environs  de  Cyr.  Grégoire  de  Tours  a  entendu 
parler  de  sa  basiliqut 

Mans  une  lettre  à  Théodote,  évéque  d'Antioche,  Théo- 
doret  rappelle  une  fête  de  martyrs  qui  a  lieu  le  quatorze 
d'un  mois  qu'il  ne  désigne  pas  :  tt)  bè  TeaoapetfKaibeKâTn. 
tûjv  KaWivÎKUJV  uapTÛpuuv  èv  MnviTTOiç  tùv  Traviyfupiv 
èmxeXûjv 5.  Les  martyrs  ne  sont  pas  nommés  non  plus, 
mais  il  est  intéressant  de  constater  que  le  ^.décembre  se 
fait  la  mémoire  des  martyrs  Thyrsus,  Leucius  et  Callini- 
cus,  et  c'est  peut-être  à  ce  dernier  que  fait  allusion  l'épi-- 
thète  donnée  aux  martyrs.  Il  est  vrai  que  cette  épithète 
est  classique,  et  que  rien  dans  la  légende  des  trois  martyrs 
n'indique  qu'ils  aient  quelque  attache  spéciale  à  la  Cyrrhes- 
tique  '"'.  Il  ne  s'agit  pas,  en  tout  cas,  de  la  fête  du  14  du 


Nous  rappelons  en  passant  les  mentions  de  Grégoire  de  Tours, 
In  loria  martyr um,  c.  xcvil,  et  de  Fortunat,  X.  10,  11.  Plusieurs 
autres   témoignages   recueillis  par  Stilting  et    Maas  sont  moins  sûrs. 

(2)  Maas, Byzantinische  Zeitschrift,  t.  XVII,  p.  606-607. 

BHG*.56o,  561  ;  M  al  al  as,  CAro».,  Dindorf,  p.  328;  Chronicon  pa- 
schale, Dindorf,  t.I,  p. 550. Dans  ic  martyrologe  de  Rabban  Sliba  Anal. 
Boll.,  t.  XX\'II,  p.  196),  au  24  septembre  il  est  question  d'un  Dometius 
Persa  qui  in  (monte)  Kuros  requiescit.  Si  L'on  a  des  raisons  de  ne  pas 
l'identifier  avec  notre  Dometius  (il  y  a  un  Kuros  dans  le  Tur  Abdin) 
il  faut  au  moins  reconnaître  ici  l'influence  de  ses  Actes,  d'après  les- 
quels il  se  retira  dans  une  caverne  de  la  montagne  près  de  Cyr. 

(4)  In  «loria  martyrum,  xcix. 

I.  Sakkelion,  Toù  uaKcipiwxdTou  OeobaipfiTOu  émaKÔnou  Kûpou 
éiTKJToXai,  Athènes,  1885,  p   33,  n.  41. 

(6   BHG*.  1S45. 


224  CENTRES   DU    CULTE    DES   MARTYRS. 

mois  de  Gorpiée  (septembre)  dont  Théodoret  entretient 
un  autre  correspondant  :  èïKaivia  tujv  corocrroXiKÛJV  koù 
TTpO(pr|TlKUJV    0"n,KÛ)V  '. 

A  l'exception  de  Rome,  il  n'est  peut-être  pas  de  ville 
plus  illustre  dans  les  annales  du  culte  des  martyrs  qu'An- 
tioche.  Elle  a  vu  couler  le  sang  d'un  grand  nombre  des 
siens,  et  S.  Jean  Chrysostome  pouvait  dire  qu'elle  était 
défendue  de  part  et  d'autre  par  un  mur  de  corps  saints  2. 
Et  la  population  avait  pour  ses  martyrs  une  dévotion 
ardente.  Julien  raillait  les  bonnes  femmes  qui  allaient  les 
supplier  de  délivrer  leur  ville  de  sa  présence  3.  Antioche 
eut  des  évêques  qui,  comme  Flavien,  se  distinguèrent  par 
leur  zèle  à  construire  des  basiliques  et  à  célébrer  les  fêtes*. 
Il  suffit  de  parcourir  l'abrégé  syriaque  et  l'hiéronymien 
surtout  pour  se  rendre  compte  de  la  multiplicité  de  ces 
fêtes,  mais  aussi,  hélas,  pour  constater  qu'il  n'est  pas 
toujours  aisé  d'en  indiquer  l'objet  avec  une  entière  préci- 
sion. Pourtant,  les  moyens  de  contrôle  ne  font  pas  défaut, 
et  les  panégyriques  de  S.  Jean  Chrysostome,  prononcés 
à  Antioche,  les  homélies  de  Sévère  !i  et  la  collection  des 
hymnes  qui  porte  son  nom  i;  donnent  une  base  solide  à 
l'hagiographie  delà  capitale  syrienne. 

Il  nous  est  parvenu  encore  un  autre  document  anonyme 

(i)  Sakkelion,  p.  25.  Bpist.  32, 

Homilia  in  coemeterii  appellationem,  1  :  jf\  xoû  OeoO  xôpm  & 
^KÙarr\ç  Tr\eupfîç  n,  ttô\iç  rmuùv  toîç  \eupdvoiç  tiîjv  û-fiwv  Teixfëe- 
tcu.  /'■  G.  1    XLIX,  p.  393- 

(3)  Misopogon,  Hertlein,  t    II.  [1.443 

(41  Chrysostome,  Homil.de  S.  Babyla,^  :  bieTAei  6epaTreùujv  toùç 
udp-rupaç  oiKofumaîç  \«|UTTpaîç,  <?Tru\\r|\oiç  éopxaîç.   /'.  G.  t.  L,  p.  534. 

(5)  A.  Baumstark  s'en  esl  servi  dans  son  travail  Dos  Kirchcnjahr  in 

Antiochien  zwischen  5i2  unJ  518,  Rômische  Quartalschrift,  t.  XII 

(18981,  p.  31-66;  t.  XIII,  p.  305-323.  Cï.Analect.Bolland.,t.XX,  p  213-14. 

I..  YV.  Brooks,    James  of  Edessa  the  hymns  0/ Scverus  of  Antioch 

and  others,  Patrolo<,i.\  orij  m  alis,  t.  VI,  1  ;  t.  VII,  5. 


(RIENT.  225 

connu  sous  le  titre  de  Sermon  d'Eusèbe  sur  les  martyrs  ' 

et  qui  n'a  aucune  chance  d'être  Eusèbe,  étant  visiblement 
un  discours  prononcé  à  Antioche  par  quelqu'un  qui  ne 
connaissait  guère  d'autres  martyrs  que  ceux  de  cette  ville. 
Le  prédicateur  invite  s.  m  auditoire  à  commémorer  les 
saints  dont  les  noms  suivent  :  Asclepiade,  Serapion,  Phi- 
letus,  Zebinas,  Demetrius,  Flavianus,  (Jisez  Fabianus), 
Cyrille,  Sosipater,  André,  Babylas,  Caerealis  (il  faut 
peut-être  lire  Cyrille).  Isabenus  (lisez  Hesychius),  Zeno- 
bius,  Paul.  Marin  us  3  Fronto,  Hippolyte  '-'.  Cette  liste 
est  curieuse,  et  forme  une  sorte  de  contre-partie  du 
martvrologe  syriaque  en  ce  qu'elle  combine  la  liste 
épiscopale  d'Antioche  avec  celle  des  martyrs.  Les  sept 
premiers  noms,  plus  celui  de  Babylas,  sont  des  noms 
d'évéques.  Fabien,  Cyrille  et  Babylas  peuvent  compter 
parmi  les  martyrs  ;  il  est  fort  douteux  qu'il  en  soit  de 
même  des  autre-.  S  -ipater  et  André  ne  sont  point  des 
évêques  ;  mais  on  ne  les  retrouve  dans  aucune  autre  liste. 
Hesychius  est  un  martyr  d'Antioche.  L'abrégé  syria- 
que le  marque  au  29  mai,  l'hiéronymien  au  30  avec 
cette  notice  :  Sici  palatim  qui  multa  tormenta  passas  est.  Le 
nom  d'Hesychius  reparaît  dans  le  syriaque  au  26  août. 
Les  synaxaires  grecs  rappellent  sa  mémoire  au  4  mars  et 
au  10  mai  '  dans  une  notice  qui  pourrait  être  le  résumé 
d'une  Passion  perdue,  dont  il  y  a  aussi  des  traces  dans 
l'hagiographie    latine  *.  Zenobius  est  le  prêtre  de  Sidon 

1    BHO.  700,  L'attribution  à   Eusèbe   remonte   à  Ebedjesu.   Voir 
Assemani,  Bibliotheca  orientalis,  t.  III,  p.  19. 

j    Mon  collègue  le  P.  Peeters  me  tranquillise,  au  nom   de  la  paléo- 
graphie syriaque, sur  la  légitimité  des  corrections,  qui  peuvent  paraître 
bien  hardies,  de  Flavianos  en  Fabianos,  d' Isabenos  en  Isichios. 
(3)  Synax.  eccl.  CP.,  pp.  505,  674. 

(4   Voirparex.  la  Passio  sar.cti  et  beatissimi  Romani  et  comitum  eius 
dans  le  manuscrit  du  British  Muséum  addit.  25600. 

Cuit.  Mart.  15 


226         CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

martyrise  à  Antioche  durant  la  persécution  de  Diocté- 
tien '.  Quant  à  Paulus,  il  n'est  peut-être  pas  différent  de 
Paulinus,  dont  le  nom  se  rencontre  clans  le  voisinage 
d'Hesychius  dans  l'hiéronymien  au  31  mai  -,  et  dans  le 
svriaque  au  25  août,  au  milieu  d'une  suite  ininterrompue 
d'anniversaires  qui  semblent  appartenir  au  calendrier 
d' Antioche  :  le  24,  Marinus,  le  25,  Paulinus,  le  26,  Hesy- 
chius,  le  27,  Sabas  et  Alexandre.  Ceux  du  24  et  du  27 
sont  marqués  in  Antiochia  dans  l'hiéronymien. 

Comme  dans  le  sermon  du  prétendu  Eusèbe,  Marinus 
se  trouve  associé  à  Fronto  clans  l'hiéronymien  au  16 
novembre  :  in  Antiochia  Marini  et  Fro7itonis.  S'il  faut  en 
croire  Malalas,  un  autre  Marinus,  dont  les  reliques  furent 
trouvées  près  de  Gindara,  aurait  été  transféré  à  Antioche, 
et  déposé  clans  la  basilique  de  Saint-Julien  3.  Cela  se 
passait  sous  le  règne  de  Justinien  ;  l'événement  ne  peut 
avoir  été  commémoré  au  martyrologe. 

Hippolyte,  le  dernier  de  la  liste,  est  également  inscrit 
au  martyrologe  syriaque  le  30  janvier,  de  même  qu'à 
l'hiéronymien,  et  clans  celui-ci  avec  la  note  de  antiguis, 
dont  on  connaît  la  portée.  Il  semble  d'après  cela  qu'il  n'y 
ait  plus  lieu  de  se  demander  si  Hippolyte  d'Antioche  est 
un  martyr  local  ou  s'il  n'est  autre  qu'Hippolyte  de  Rome 
honoré  à  Antioche.  Le  compilateur  du  martyrologe  doit 
avoir  trouvé  clans  la  Passion  du  saint,  qui  faisait  partie 
de  la  collection  d'Eusèbe,  l'indication  qui  lui  a  permis  de 
le  rattacher  a  Antioche.  Le  fait  que  le  pseudo-Eusèbe  le 
met  en  compagnie    d'une   série   de    personnages    qui  sans 

(1)  Eusèbe,  Hist.  tccl.,  VIII,  3-  4- 

\i)  Les  trois  principaux  manusi  1  il  portent  bien  clairement  Paulini 
et  hic i  Ce  qui   ferait  h  111  la  lecture  du  premier  nom,  c'est  le 

palatuu  de  la  veille,  qui  aurait  bien  pu  suggérer  cette  l'orme  à  un 
copi 

13   Chronogr.  XVIII,  Dindorf,  p.  452 


l'orient.  227 

conteste  appartiennent  à  la   même  église,  semble  ne   pas 

laisser  de  place  au  cloute. 

Les  martyrs  les  plus  connus  d'Antioche  sont  incontes- 
tablement ceux  dont  l'éloquence  de  S.  Jean  Chrysostome 
a  popularisé  les  noms.  La  plupart  figurent  au  martyrologe. 
S.  Babylas,  au  24  janvier,  est  rattaché  dans  l'abrégé 
syriaque  à  Nicomédie,  mais  dans  l'hiéronymien  à  Antio- 
che.  Par  une  confusion  assez  fréquente  entre  les  nom- 
bres \  le  syriaque  lui  donne  trente  compagnons  au  lieu  des 
trois  enfants  que  connaissait  déjà  S.Jean  Chrysostome  -, 
et  dont  Grégoire  de  Tours  avait  sans  doute  appris  les 
noms  de  son  interprète  syrien  3.  On  reconnaît  dans 
Urbain,  Prilidan,  Epolon,  que  cite  le  vieil  historien  4  les 
saints  Urbanus,  Barbadus,  Apollonius  des  sources  syria- 
ques 5.  On  sait  que  dans  la  suite  les  hagiographes  ont  cru 
découvrir  un  S.  Babylas  martyr  avec  quatre-vingt-quatre 
enfants.  C'est  encore  une  erreur  de  lecture  qui  a  fait 
surgir  cette  troupe  innocente,  et  leur  chef  n'est  autre  en 
réalité  que  notre  célèbre  évêque  6.  On  sait  l'histoire  des 
translations  de  S.  Babylas  7,  et  celle  de  la  basilique,  bâtie 
par  Mélèce  au  delà  de  l'Oronte  8  ;  Evagrius  la  qualifie 
de  Trauue"fé6n.ç, 9. 

(1)  Voir  Analect.  Bolland.,  t.  XXVIII,  p.  408. 

(2)  Il  n'y  fait  pas  même  allusion  dans  son  panégyrique  du  saint 
BHG*.  207,  mais  dans  celui  des  SS.  Juventin  et  Maximin  BHG-.  975, 
c.  1,  il  rappelle  la  fête  de  S.  Babylas  uerà  Traibuuv  Tpiûiv. 

3)  Ingloria  martyrum,  xciv. 

(4)  Hist.  Franc,  I.  30. 

(5)  Voir  le  martyrologe  de  Rabban  Sliba  au  23  janvier,  Analect. 
Bolland..  t.  XXVII,  p.  173,  et  la  note  du  P.  Peeters  expliquant  paléo- 
graphiquement  la  forme  Prilidan  de  Grégoire  de  Tours. 

(6)  Voir  notre  travail  Les  deux  saints  Babylas,  dans  Analect. 
Bolland.,  t.  XIX,  p.  5-8. 

(7)  Plus  haut,  p.  65. 

(8)  BHG*.  207,  c.  3. 

(9)  Hist.  eccl.,  I,  16. 


228  CENTRES   DU    CULTE    DES    MARTYRS. 

On  ne  rencontre  pas  clans  les  martyrologes  les  noms  des 
SS.  Juventin  et  Maximin.  S.Jean  Chrysostome,  dans  le 
panégyrique,  rappelle  à  ses  auditeurs  la  fête  toute  récente 
de  S.  Babylas  '.  La  date  du  4  février,  à  laquelle  le  syriaque 
annonce  un  Maximinus,  pourrait  convenir.  Mais  ce  n'est 
qu'à  condition  de  mettre  sur  le  compte  d'une  distraction 
du  compilateur  le  titre  d'évéque  qu'il  donne  à  ce  Maximi- 
nus. L'hypothèse  ne  s'impose  pas  ;  car  on  sait  qu'il  y 
eut  à  Antioche  un  évêque  de  ce  nom  -'.  Toujours  est-il 
qu'il  ne  faut  pas  songer  à  regarder  comme  primitive 
la  tradition  représentée  par  les  synaxaires  grecs,  où 
S.  Babvlas  est  commémore  le  4  septembre,  les  SS. 
Juventin  et  Maximin  le  g  octobre  \  Les  deux  fêtes 
se  placent  entre  la  troisième  et  la  quatrième  homélie 
sur  Lazare,  série  commencée  par  S.  Jean  Chrysostome  le 
2  janvier  '.  S'il  nous  est  impossible  de  préciser  la  date  de 
la  fête  s,  nous  pouvons  du  moins  constater  que  le  culte  des 
deux  saints  officiers  était  toujours  florissant  à  l'époque  de 
Théodoret6  et  plus  tard,  puisque  Sévère  composa  une 
hymne  en  leur  honneur.  Il  leur  associe  un  troisième  com- 
pagnon, Longinus,  qu'il  est  seul  à  nommer  7. 

Les  témoignages  assez  nombreux  relatifs  à  S.  Barlaam  8 

1     0  uaKdpioç  Ba&ùXaç  irpiûtiv  n.uâç   évxavQu  ue-rà   iraibuiv  Tpi- 
ûjv  auvtVf'JT'  ■   BHG2.  975,  c.  1. 

(2)  El       bb,  Hist.  ceci.,  IV,  24. 

(3)  Syn  •  CP.,  pp.  11,  121. 

i   i>.  :  ontio  IV,  :,  P.  (\.  t.  XLVIII,  p.  1007. 

(5)]  dans  Zeitschrift  fur  Kirchengeschichte,  t.  XXV  (1904), 

p.  360,  commence  par  suppo  la  date  esl  bien  le  4  lévrier,  puis  il 

essaie   d'expliquer    la    coïncider)  comm  deux 

16)  Hist.  III.  15. 

17  ,    James  of  lulcssa    the  Hyniits  0/  Scvcrus,   PatrolO( 

orient  \i.iv  1    VII,  p.  6x1. 
(81  Voir  notre  travail  S.  Barlaam  martyr  à  Antioche  dans  Analect. 

BOLLAND.,  t.  XXII,  p.   I2<J-45- 


l'orient.  229 

ne  tranchent  point  la  question  de  la  date  de  sa  fête  dans 
l'antiquité.  Le  lendemain  du  jour  où  ilprononçait  le  panégy- 
rique du  martyr  '.  S.  Jean  Chrysostome  luisait  remarquer 
que  l'hiver  était  passé  et  qu'on  jouissait  des  beaux  jours 
d'été'-'.  Ce  souvenir  de  l'hiver  semble  mal  cadrer  avec  la 
date  du  14  août  qui  est  celle  du  martyrologe  syriaque; 
mais  avec  l'été  cadre  plus  mal  encore  la  date  des  Grecs, 
16  ou  19  novembre  3.  Celle-ci  n'est  pourtant  pas  abso- 
lument arbitraire.  Trois  saints  d'Antioche  Romanus, 
Barala  (Barilis)  et  Hesychius  sont  marqués  à  l'hiérony- 
mien  au  18  novembre,  et  ce  Baralas,  dont  les  uns  font  le 
compagnon  de  S.  Romain,  est  pour  d'autres  le  martyr 
Barlaam.  Ce  qui  ferait  croire  que  ceux-ci  n'ont  pas  tort, 
c'est  que, sans  parler  de  la  forme  du  nom.  qui  est  l'araméen 
Baralaha.  devenu  Barlaam  *,  la  notice  du  18  novembre 
semble  être,  en  partie  du  moins,  la  répétition  d'une  notice 
du  31  mai,  qui  ne  nous  est  pas  parvenue  au  complet  dans 
le  texte  latin,  mais  dont  il  reste  le  nom  d'Hesychius.  Or, 
on  a  retrouvé,  dans  certains  Prologues  ou  menées  slaves, 
le  nom  de  Barlaam  au  30  et  au  31  mai s.  De  plus,  l'homé- 
lie de  Sévère  en  l'honneur  de  notre  martyr  6  aurait  été 
prononcée  en  515,  un  dimanche,  et  le  seul  dimanche 
possible,  cette  année-là,  était  le  31  mai  7.  Cette  date, 
faut-il   le    dire,    concorde     bien    mieux     que    les    autres 

(il  BHG«.  222. 

(2    Humilia  in  illud  :  Nolo  vos  ignorare,  1,  P.  G.  t.  Ll,  p.  242. 
3   Synax.eccl.CP.,  pp.  227,  236. 
41  P.  Peuters,  S.  Barlaam   du  mont  Casius,  dans  Mélanges  de  la 

FACULTÉ  ORIENTALE,  t.  III  :  Beyrouth,  I909  ,  p.  808-809. 

51  Prologues  de  Khloudov  et  de  Brlo/ersk.  Sur  tout  ceci,  voir 
BoLOTOV,dans  la«  Lecture  Chrétienne  »,  S*-Pétersbourg,  1893,  janvier- 
février.  Cf.  Analect.  Bolland.,  t.  XXII.  p.  136. 

(6>  W .Wrig ht, Catalogue  oj Syriac  manuscriptsin  the  British Muséum, 
P-  539- 

(7)  BOLOTOV,  t.  C. 


230  CENTRES    DU    CULTE   DES   MARTYRS. 

avec  le  témoignage  de  S.Jean   Chrysostome,    corroboré 
par  celui  de  Sévère,  sur  la  saison   où  l'on  était. 

Pas  plus  qu'Eusèbe  ',  S.  Jean  Chrysostome  dans  son 
homélie  -  ne  prononce  les  noms  des  saintes  Bernice, 
Prosdoce,  Domnina,  qui  sont  cités  dans  le  titre,  et  que  la 
date  —  à  peu  près  vingt  jours  après  la  commémoraison  de 
la  Croix— permet  de  retrouver  à  coup  sur  dans  le  martyro- 
loge syriaque  3  au  20  avril 4.  Eusèbe  parle  de  deux  autres 
vierges  qui  auraient  trouvé  la  mort  dans  les  mêmes  condi- 
tions que  nos  saintes  s.  Il  ne  les  nomme  pas  non  plus,  et 
nous  n'avons  pas  le  moyen  cette  fois  de  suppléer  à  son 
silence.  Il  est  permis  de  se  demander  si  son  récit,  qui 
paraît  refléter  une  vague  tradition,  doit  être  pris  en  consi- 
dération. 

Ste  Drosis,  dont  S.  Jean  Chrysostome  a  prononcé  le 
panégyrique  dans  sa  basilique  située  hors  de  la  ville,  et 
remarquable  par  les  tombeaux  dont  elle  était  remplie  6, 
est  évidemment  la  Drusina  du  martyrologe  hiéronymien 
au  14  décembre  :  in  Antiochia  Dfusinae  et  sociorum  dus 
trium  7.  La  Passion  syriaque  de  Stc  Drosis  ne  peut 
compter  parmi  les  monuments  historiques  \  Sévère  a 
prononcé  deux  homélies  en  son  honneur  ,J,    et  une  hymne 

(1)  Hist.  ceci.,  VIII,  12. 

(2)  BHG*.  274. 

(31  Les  derniers  éditeurs  du  martyrologe  de  Wright  ont  lu  'Pwutivioç 
au  lieu  de  Domnina.  L'hiéronymien  cite  les  trois  noms  assez  exacte- 
ment au  15  avril. 

I4I  On  sait  que  les  Grecs, interprétant  la  (rraupoû  uveia  de  la  fête  de 
l'Exaltation  delà  Croix,  au  14  septembre,  font  la  commémoraison  des 
trois  saintes  le  4  octobre. 

(5)  Hist.  ceci.,  VIE,  12,  5. 

161  BHG*.566,n.  1. 

(71  Mal alas,  Chronogr.,  XI,  l'appelle  aussi  Apomvn..DiNnoRi-,  p. 277. 

(8)  H  HO.  265. 

r ,  Catalogue  oj  Syriat    manuscrits  in  the  British  Muséum, 
p.  541,  542.  Cf.  Mai,  Si  riptorum  veterum  nova  colla  lin,  t.  IX,  p.  750. 


l'orient.  231 

à  Su  Drosis    fait   partie    du  recueil  qui   porte  son  nom. 

La  fête  de  Stc  Pélagie  n'a  cessé  d'être  célébrée  à  la  date 

marquée  déjà  dans  le  martyrologe  syriaque,  au  8  octobre. 

La  tradition  dont  S.  Jean  Chrysostome  se  fait  l'écho  ',  et 

que  S.  Ambroise  connaissait,  mais  d'une  façon  confuse 
et  mêlée  à  l'histoire  des  saintes  Bernice,  Prosdoce  et 
Domnina  -.  a  été  fort  embrouillée  par  les  hagiographies 
et  plus  encore,  peut-être,  parles  critiques7'. 

Peu  de  jours  après  le  discours  sur  Ste  Pélagie,  Chry- 
sostome prononça  la  célèbre  homélie  sur  S.  Ignace  *. 
La  date  est  fournie  par  le  martyrologe  syriaque  ;  c'est  le 
17  octobre,  et  non  le  20  décembre  ou  le  29  janvier  qui  sont 
les  dates  actuelles  de  la  commémoraison  du  grand  martyr 
chez  les  Grecs  5.  Le  patriarche  Sévère  prêcha  plus  d'une 
fois  dans  l'église  de  Saint-Ignace  ''. 

Le  martyre  de  S.  Lucien,  prêtre  d'Antioche,  avait  eu 
lieu  à  Nicomédie  ;  son  corps  reposait  à  Drepanum. 
L'église  d'Antioche  n'oublia  point  cette  gloire  qui  était  la 
sienne,  et  célébra  l'anniversaire  de  S.  Lucien  le  7  janvier, 
le  jour  même  de  sa  mort 7.  C'est  à  cette  date  que  fut  pro- 
noncé, en  387,  le  panégyrique  de  S.  Jean  Chrysostome  8. 

On  s'est  demandé  si  l'homélie  sur  les  saints  Egyp- 
tiens '■'  a  été  prononcée  à  Antioche  ou  à  Constantinople. 
Comme  il  s'agit  de  reliques   venues  d'Egypte,  on  a  jugé 


1 1 1  BHG*.  1477. 

2    De  V.irginibus,  III.  7,  33,  P.  L.  t.  XVI,  p.  229. 
13)  Voir  ce  que  nous  avons  dit  des  légendes  de  Ste  Pélagie  dans  Les 
légendes  hagiographiques  -,  p.  223-32. 
141  BHG-.  816. 
(5)  Syna.x.  ceci.  CP.,  pp.  329,  429. 

16)  Wright,  Catalogue  of  Syriuc  manuscrits  in  theBritish  Muséum, 

PP.  536,  540- 

17)  Plus  haut,  p.  183. 
BHG*.  998. 

9   BHG-.  1192. 


232         CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

plus  probable  qu'elles  avaient  été  reçues  à  Constantinople 
où  les  translations  étaient  plus  fréquentes1.  Ce  qui  nous 
porte  à  croire  qu'il  faut  plutôt  se  décider  pour  Antioche, 
c'est  qu'il  nous  est  parvenu  dans  la  collection  des  hymnes 
dites  de  Sévère  une  pièce  en  l'honneur  des  martyrs 
Egyptiens  2. 

Nous  n'avons  rien  à  ajouter  à  l'histoire  de  S.  Julien,  que 
nous  avons  rencontré  parmi  les  martyrs  de  Cilicie  3,  et 
dont  la  présence  à  Antioche  demeure  inexpliquée.  L'ho- 
mélie de  Chrysostome  '  ne  nous  renseigne  point  sur  la 
date,  qui  est  peut-être  le  26  décembre.  L'hiéronymien  ce 
jour-là  annonce  Antiochia  Iuliani,  tandis  que  le  14  février  il 
enregistre  la  fête  à  Egée  :  Egeae  in  Cilicia  Iuliani*.  La. 
basilique  de  S.  Julien,  qui  se  trouvait  hors  ville  6,  est  une 
de  celles  qui  sont  le  plus  fréquemment  mentionnées  parles 
écrivains  ecclésiastiques.  Les  saints  solitaires  Théodore 
et  Aphraat  y  furent  ensevelis  7,  de  même  que  S.  Marinus8; 
Antonin  et  d'autres  pèlerins  la  visitèrent  \  S'il  faut  en 
croire  Grégoire  de  Tours,  elle  fut  brûlée  par  les  Perses  l0. 

La  fête  de  S.  Romain,  diacre  de  l'église  de  Césarée, 
martyrisé  à  Antioche  H,  se  faisait, d'après  l'abrégé  syriaque, 


(1)  Tillemont,  Mémoires,  t.  XI,  p.  144. 

Brooks,  James  of  Edessa  the  hymns  o/Sevcrus.  Patrologia  oribn- 

TALIS  t.  VII,  p.  609. 

(3)  Plus  haut,  p.  196. 

(4)  BHG».  967. 

(5)  Les  synaxaires  grecs  donnent  la  notice  de  S.  Julien  de  Cilicie  au 
16  mars. 

Procope,  DebelL,  I,  196  ;  Malalas,  Chronogr.,  XVIII,  Dindorf, 

p-  45-2 

71  Thkodoret,  Religiosa  hist.  x. 
(8)  Malalas,  1.  c. 

GEYER,    Itincra.    p.    190.    Elle    est   mentionnée  clans    la   Vie   des 
s,'tint>  Andronic  et  A  I  dans  l'histoire  de  S''-  Pélagie. 

(10)  Hist.  Fruncorum,  IV,  60.  D'après  Procope,  elle  lut  épargnée. 
11    El      bb,  De  mari.  Palaest.,  a. 


l'orient.  233 


le  18  novembre.  L'homélie  de  S.  Lan  Chrysostome  sur 
S.  Romain  '  a  suivi  de  près  celle  qu'il  a  prononcée  en 
l'honneur  de  S.  Eustathe  2,  ce  qui  ne  permet  guère  d'iden- 
tifier avec  ce  saint  évêque  l'Eustathe  du  19  juillet  3.  La 
célébrité  du  grand  martyr  que  Sévère  loua  plus  d'une 
fois  dans  ses  homélies,  et  dans  l'église  duquel  il  fut  intro- 
nisé et  célébra  les  anniversaires  de  sa  consécration  ', 
franchit  rapidement  les  limites  de  la  Syrie.  Prudence 
assura  sa  popularité  dans  tout  l'Occident s. 

Comment  était-on  parvenu  à  se  persuader  à  Antioche 
que  l'on  était  en  possession  des  reliques  des  sept  frères 
Machabées  et  de  leur  mère  ?  C'est  ce  qu'il  iaut  se 
demander  avec  S.  Jérôme,  qui  les  avait  déjà  trouvées  à 
Modeim  •.  Mais  pas  plus  que  lui  nous  n'entreprendrons 
de  résoudre  le  problème.  S.Jean  Chrysostome  célèbre,  à 
leur  propos,  les  vertus  des  corps  des  martyrs  " ,  et  fait 
clairement  entendre  qu'il  prêche  en  présence  de  leurs  tom- 
beaux. C'était  sans  doute  clans  la  basilique  dont  S.Augustin 
avait  entendu  parler,  et  à  propos  de  laquelle  il  insinue  la 
vraie  raison  qui  a  fait  fleurir  le  culte  des  Machabées  à 
Antioche  :  in  Ma  scilicet  civitate  quae  régis  ipsius  persécutons 


11   BHG*.  1601. 

(2)  Jean  Chrysostome,  H omilia  in  locum  Iercmiae  :  Domine  non  est 
inhomine  via  eius,  1,  P.  G.  t.  LVI,  p.  154. 

3)  Dans  l'abrégé  syriaque  avec  Théodote.  Les  deux  noms  sont  à 
l'hiéronymien  au  16  juillet. 

(4)  Wright,  Catalogue,  pp.  534.  536,  537.  539. 
5)  Pcristeph.  x. 

16  Sutis  itaque  miror  quomodo  Antiochiae  eorum  reliquias  ostendunt 
aut  quohoc  certo  auctore  sit  creditum.  Larsow-Pakthev,  Onomasticon, 
p.  291.  On  a  cru  tout  concilier  en  disant  qu*ù  Modeim  étaient  les 
tombeaux  des  Machabées  de  la  race  de  Mathatias,  à  Antioche  ceux  des 
sept  frères  martyrs.  Telle  n'était  pas  l'opinion  de  S.  Jérôme  comme  le 
prouve  assez   son  étonnement. 

(7)  BHGV  1008,  1009. 


234         CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

nomine  vocaiur  '.  Un  pèlerin  qui  a  visité  Antioche  y  a  sur- 
tout remarqué  le  sanctuaire  où  se  trouvent  leurs  tom- 
beaux :  fratres  Machahaei  hoc  est  novem  sepulchra  et  super 
unius  cuiusque  sepulclirum  pendent  tormenta  ipsorum  -,  Le 
martyrologe  syriaque  annonce  les  Machabées  au  i  août, 
èv  Kepooreia,  le  quartier  juif  3,  et  les  désigne  sous  le  nom 
de  fils  de  Samounas.  Les  grecs,  clans  les  synaxaires,  les 
appellent  Abibos,Antoninos,Guria,  Eleazaros,  Eusebonas, 
Samona,  Marcellus,  et  donnent  à  la  mère  le  nom  de  Solo- 
monis.  On  a  reconnu  dans  cette  série  les  noms  des  mar- 
tyrs  d'Ldesse.Guria,  Abibos,  Samona.  Ce  dernier,  comme 
on  le  voit,  fait  double  emploi,  et  désigne  tantôt  un  des 
fils,  tantôt  la  mère.  La  liste  svrienne  est  différente  de  la 
liste  grecque  *  ;  de  même  la  liste  arménienne  5,  et  toutes 
peuvent  prétendre  au  même  degré  d'authenticité.  D'An- 
tioche,  le  culte  des  Machabées,  assimilés  aux  martyrs 
chrétiens,  se  répandit  dans  toute  l'église.  Rome  reçut 
de  leurs  reliques  f'.  et  depuis  S.  Grégoire  de  Nazianzc  7 
jusque  S.  Augustin  8  les  plus  illustres  tics  pères  de  l'église 
les  célébrèrent  dans  les  panégyriques  9. 


i     Scrnw  CCCHI,  6,  P.  L.  t.  XXXVIII,  p.  1379. 
121  Antonmi  itinerarium,  Geyer,  Itinera,  p    190.  Il  note  neuftom- 

omptant  ceux  de  la  mère  et   d'Eléazar. 
13)  Malalas,  Chronogr.,  VIII,  Dindorf,  p.  207  ;  Guidi,  Una  desçri- 
zione  Araba  di  Antiochia,   dans   Rendiconti  della    R.  Acc.au    dbi 
Lin(  1  r.  1897,  p.  t6o.  !  f.  M.   cardin.  Rampoi  i  v,  Del  luogo  del  martirio 
e  del  sepolcro  dei  Maccabei  (Roma,  1898Ï,  p.  28     . 

S  Giamil,  Autenticità  ai  antichità  dei  nomi  dei  Vif  martiri 
Maccubei,  dans  Bessarione,  sei  [I,  1. 1  (1901-1902),  p.  448-450.  Voir 
aussi  R.  L.  Bensi       /       outth   Book  of  Maccàbees  (Cambridge,  1895), 

p.  XLIV-LXXII. 

(51  Bessarione.  t.  IX  (1900-1901),  p.  314. 

h    Ros  i,  Bullettino,  1876,  p.  73-75  ;  Rampolla,  t.  c,  p.  57. 
7    BHG».  1007. 

ce,  ceci,  P.  /..  t.  XXXVIII,  p.  1376-85. 
9)  BHO.  p.  276;  Rampolla,  t.  c, p.  21. 


l'orient.  235 

Si  nous  écartons  les  évêques  inscrits  au  martyrologe  et 
les  martyrs  dont  il  a  été  question  jusqu'ici,  de  même  que 
les  mentions  assez  nombreuses  que  l'état  de  l'hiéronymien 
ne  permet  point  de  revendiquer  avec  assez  de  certitude 
pour  Antioche,  il  reste  encore  à  signaler  les  anniver- 
saires suivants  :  le  11  mars,  Agape  ;  le  8  avril,  Maxime  et 
Timothée  ;  le  21  mai,  Proterius  ;  le  1  juin,  Octavius  et 
Zosimus  ;  le  .s  juillet.  Sostratus,  Hesperius,  Glycerius  ; 
le  19  juillet,  Théodote  et  Eustathe  ;  le  27  août,  le 
piètre  Sabas  et  Alexandre  ;  le  3  octobre,  Zachée  ;  le  26 
octobre,  Silvanus  et  Marcianus  ;  le  15  novembre,  Secun- 
dus  et  Orontius  ;  le  20  novembre,  Basile.  Toutes  ces 
dates  sont  empruntées  à  l'abrégé  syriaque.  Celles  du  8 
juillet,  du  26  octobre,  du  15  et  du  20  novembre  sont 
accompagnées  de  la  note  bien  connue  èk  tujv  dpxaiuuv 
uapTÙpwv. 

L'hiéronymien  au  14  janvier  contient  la  courte  notice 
suivante  in  Antioçhia  Cleri  (al.  Luceri)  diaconi  de  antiqtiis 
multis  tormentis passi  et  m  mare  mersi.  A  la  même  date,  le 
syriaque  annonce  à  Nicomédie  le  diacre  Glycerius,  évidem- 
ment le  même  personnage.  On  a  cru  pouvoir  l'adjuger  à 
cette  dernière  ville,  qui  était  baignée  parla  mer,  alors 
qu'Antioche  l'était  par  l'Oronte  et  à  quelque  distance  de 
l'embouchure  '.  Il  s'agirait  de  savoir  si  le  compilateur  a 
fidèlement  résumé  la  Passion,  et  si  c'est  bien  dans  la  mer 
plutôt  que  dans  le  fleuve  -  que  périt  le  diacre  Glycerius  5. 
Remarquer  que   Glycerius,  également  de  antïquis*   reparait 

11)  Dlxhesne  dans  Act.  SS.  nov.  t.  II,  p.  [m]. 

(2)11  se  peut  que  la  traduction  soit  très  littérale  sans  que  pour  cela 
il  faille  s'éloigner  d'Antiochc.  L'évêque  de  Tyr  Tyrannion  souffrit  le 
même  martyre  éir'  'Avnoxeiaç  et  pourtant  Eusèbe  se  sert  de  l'expres- 
sion 0a\ctTTioiç  TrapctboOeiç  (5u0oîç.   Wst.  ceci.,  VIII,  13,  \. 

(3)  Le  diacre  Glycerius  est  mentionné  clans  la  Passion  de  S.  Lucien, 
BHG  -.  997,  mais  elle  lui  attribue  un  rôle  légendaire. 


236         CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

sous  Antioche  au  8  juillet.  Il  se  pourrait  qu'en  janvier 
l'église  de  Nicomédie  ait  célèbre  la  mémoire  de  Glycerius 

d'Antioche,au  même  titre  que  celle  de  Babylas  et  d'autres 
étrangers. 

UnTheotecnus,qui  apparaît  isolé  dans  l'abrégé  syriaque 
au  4  octobre,doit  être  aussi  attribué  à  Antioche.  L'hiérony- 
mien  le  nomme  le  jour  précédent,  in  Antiochia  Theoctisti, 
et  la  tradition  indépendante  des  synaxaires  grecs  fixe  la 
date  et  la  forme  du  nom  d'accord  avec  le  syriaque  '.  Les 
saints  Octavius  et  Zozimus,  que  nous  avons  rencontrés  le 
1  juin,  auraient-ils  quelque  rapport  avec  la  troupe  tûjv 
crpujv  uupiuuv  èv  'AvTioxeiu.  que  les  synaxaires  font  mourir 
sous  Dèce  le  1  ou  le  2  juin  -  ? 

Cyprien  et  Justine,  les  héros  d'un  roman  hagiographi- 
que *  qui  paraît  avoir  circulé  depuis  le  IVe  siècle,  n'ont 
pas  laisse  d'autres  traces  dans  l'histoire.  Je  sais  bien  qu'un 
pèlerin  du  VIe  siècle  cite  Su  Justine  parmi  les  saints  qui 
reposent  à  Antioche  *.  Maison  a  le  droit  de  se  demander 
si  la  légende,  depuis  longtemps  populaire,  n'avait  pas  fini 
par  créer  une  dévotion  et  un  sanctuaire,  et  si  Antonin  a 
voulu  faire  autre  chose  que  iVvn  constater  l'existence. 

S'il  était  prouvé  que  vStc  Justine  fut  en  réalité  une  mar- 
tyre d'Antiochc,  on  pourrait  se  demander  si  l'hagiographe 
cpii  a  forgé  son  histoire  n'est  pas  allé  jusqu'à  Carthage 
chercher  le  compagnon  qu'il  lui  adonné.  S.  Grégoire  de 
Nazianze  '-  et  Prudence  6,qui  ont  confondu  le  grand  évéque 

1  .  CP.,  p.  107.il  ez    étrange    <|u'on  rencontre  le 

même  jour  dans  le  calendrier  Napolitain  du  IXe  siècle  le  même  S. 
Theotegnus  si  peu  connu. 

Syttax.ei  1  l.  <  /'..  pp.  72 r ,  726. 
(31  BHG      ,  =  2  1.59  ;    Blio.   22S-232.   Cf.  Duchesne,  dai      '     letin 
critique,  t.  III  (1S82  .  p.  .•  lG  1  1. 
4  Gz\  er,  Hinera,  p.  190. 
(5)  Laudatioin  S.  Cyprianum,  BHG*.  457. 
6]  Pt  :    tephanon,  xiit. 


l'okient.  237 

africain  avec  le  martyr  d'Antioche,  auraient  vu  juste, 
sans,  bien  entendu,  se  rendre  compte  du  procède.  Et  il  y 
aurait  lieu,  peut-être,  de  rappeler  un  autre  roman  hagio- 
graphique, où  nous  voyons  un  autre  saint  célèbre  associé 
à  une  martyre  d'Antioche,  celui  de  Cirycus  et  Julitte. 
L'identification  n'est  pas  certaine,  mais  les  deux  légendes 
méritent  d'être  mises  en  parallèle  '. 

La  liste  des  martyrs  étrangers  inscrits  au  martyrologe 
d'Antioche  n'est  pas  aisée  à  dresser.  Sévère  prononça  une 
homélie  pour  la  déposition  des  reliques  des  martyrs  Phocas 
et  Procope  dans  l'église  Saint-Michel  -.  On  n'aura  pas  de 
peine  à  admettre  que  ces  saints  sont  les  martyrs  de  Sinope 
et  de  Césarée.  De  ce  qu'on  lit  dans  l'hiéronymien  au  5 
mars,  Antiochia passio  sancti  Focatis,  et  que  Grégoire  de 
Tours  se  sert  à  propos  de  saint  Phocas  de  l'expression 
apud  Syriam  requiescei  3  on  ne  peut  conclure  avec  certitude 
qu'Antioche  ait  eu  un  martyr  de  ce  nom.  Il  est  plus  pro- 
bable qu'elle  admit  de  bonne  heure  dans  son  calendrier 
celui  de  Sinope,  dont  le  culte  se  propagea  si  rapidement. 

En  507  la  synagogue  de  Daphné  fut  saccagée  et  rempla- 
cée par  une  église  de  S.  Leontius  '.  Sévère,  à  qui  des 
souvenirs  personnels  rendaient  cher  le  culte  du  martyr  de 
Tripoli s,  prononça  plusieurs  fois  son  panégyrique  8.  C'est 
encore  dans  son  recueil  d'homélies  que  nous  devons  cher- 
cher à  nous  faire  une  idée  de  la  dévotion  de  l'église  d'An- 
tioche pour  les  saints  étrangers.  S  Thomas,  Ste  Thècle, 
S.  Théodore,    S.  Dometius.  les  SS.   Tarachus  et  Probus, 

(i)  Plus  haut,  p.  197. 

(2)  W.  Wright,  Catalogue  ofSyriac  manuscripts  in  the  British  Mu- 
séum, p.  539. 
13    Ingloria  martyrum,  xcvin. 
(4    Malalas,  Chronogr.,  XVI,  Dindorf,  p.  396. 

(5)  Plus  haut,  p.  211. 

(6)  Wright,  t.  c,  pp.  535,  537. 


238         CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

les  XL  Martyrs,  tous  saints  asiatiques,  y  sont  représentés. 
La  série  des  hymnes  répond  assez  bien  à  celle  des  dis- 
cours, surtout  si  Ton  tient  compte  du  panégyrique  des 
SS.  Sergius  et  Bacchus  prononcé  à  Kinnesrin  '.  Ces  deux- 
martyrs,  S. Menas,  les  martyrs  de  Perse,  Stc  Euphémie,S. 
Pierre  d'Alexandrie  devraient, d'après  les  hymnes,s'ajouter 
à  la  liste  des  saints  de  prédilection  du  peuple  d'Antioche.Et 
il  v  a  lieu  de  croire  que  nous  sommes  loin  de  la  connaître 
toute  entière.  Le  résidu  inutilisable  de  l'hiéronymien 
renferme  probablement  des  débris  de  noms  qui  fai- 
saient partie  du  document,  et  on  ne  peut  douter  que  des 
martyrs  aussi  authentiques  et  aussi  en  vue  que  Tyrannio, 
l'évéque  de  Tyr  2,  n'aient  été  inscrits  dans  les  fastes  de 
l'église  d'Antioche  au  même  titre  que  le  prêtre  Zénobius. 
On  n'en  retrouve  aucune  trace,  et  c'est  ce  qui  permet  de 
dire  qu'il  y  a  de  graves  lacunes  dans  notre  information. 

La  lettre  de  Sérapion  d'Antioche,  citée  par  Eusèbe  3, 
suivie  de  deux  suscriptions  l'une  d'un  Aurelius  Cyrinius 
l'autre  d'un  évêque  Aelius  Publius  :  Aùpn.\ioç  Kupivioç 
uâpTuç  èppwo~0ai  ùuôtç  euxoucu...  A'Ouoç  TToùttXioç  'IoùXioç 
ùttô  Ae^eXTOÛ  KoXujviaç  xfjç  OpotKiiç.  Il  est  à  peine  douteux 
qu' Aurelius  prend  le  titre  non  de  simple  témoin  mais  de 
martyr,  comme  l'a  déjà  entendu  Rufin.  Il  aurait  donc 
souffert  pour  la  foi,  et  survécu  à  l'épreuve.  Ce  titre 
aurait-il  suffi  à  le  désigner  à  l'attention  du  compilateur 
de  l'hiéronymien?  Il  n'est  pas  interdit  de  le  penser.  Au 
12  novembre,  nous  rencontrons  la  notice  Maurili 
(Mauroli,  Mauruli),  Publi,  qui  a  passé  dans  certains 
martyrologes   sous   une  forme  qui  rappelle  mieux  les  per- 

(1    Wright,  t.  c,  p.  537.  Voir  plus  loin,  p.  243. 
2    1  e,  Wst.  eccl,,  VIII,  13.  3,  4. 

ji  fltst.  ceci.,  V.  19.  3- 


l'orient.  239 

sonnâmes  d'Eusèbe  :  Atiruli,  Publii  ',  ce  qui  nous  autorise 
à  croire  que  la  vraie  leçon  est  Aureli,  Publi.  Il  est  vrai  que 
dans  certains  manuscrits  ces  deux  noms  sont  rapprochés 
delà  rubrique  in  Africa,  mais  on  sait  que  pareille  rencon- 
tre est  souvent  fortuite  dan^  nos  textes  actuels,  et  ne 
saurait  être  regardée  comme  décisive.  Baronius  l'a  pensé, 
et  n'a  pas  hésité  à  substituer  in  Asia  à  la  mention  de  l'Afri- 
que. Il  regarde  l'Aurelius  et  le  Publius  du  12  novembre 
comme  les  deux  signataires  de  la  lettre  de  Sérapion,  mais 
sans  apporter  aucune  preuve  de  culte-.  Le  fait  seul  que  les 
deux  noms  proviendraient  du  livre  d'Eusèbe,  suffirait  à 
montrer  qu'il  ne  saurait  être  question  ici  d'un  culte  tradi- 
tionnel. 

Les  martyrs  d'Apamée  Maurice,  Marcel,  Antonin  ne 
sont  pas  seulement  connus  par  des  légendes  et  des  noti- 
ces de  martyrologes  3.  Théodoret,  nous  l'avons  entendu, 
est  un  témoin  du  culte  dont  ils  étaient  l'objet  en  Syrie  ',  et 
pour  S.  Antonin  nous  avons  encore  le  mémoire  des  moines 
d'Apamée,  daté  de  536,  qui  cite  xov  o~e(3dcruiov  oikov  toû 
KaXXivÎKOu  uâpiupoç    'Avtuuvîvou  s. 

Ce  qui  attirait  surtout  les  pèlerins  à  Émèse,  c'est  le  chef 
de  S.  Jean-Baptiste  que  l'on  prétendait  y  avoir  trouvé  en 
452  6,    que     Sévère,    le    futur   patriarche,  allait   y   véné- 


11  Par  exemple  dans  le  pseudo-Bède  de  Cologne,  P.  L.  t.  XCIV, 
p.  1102. 

(2)  Notes  au  Martyrologe  Romain  du  12  novembre. 

(3)  Passio  S.  Mauricii  et  soc,  BHG-.  1230  ;  Synax  eccl.CP.,  21  février, 
p.  481  ;  Piissio  S.  Marcelle,  BHG-.  1026,  1027  ;  Synax.,  14  aug.  p.  891, 
S.  Antonin  figure  dans  les  synaxaires  le  7,  le  9  et  le  10  novembre,  pp. 
201,  208,  209. 

(4)  Plus  haut,  p.  219. 

(5)  Hardouin,  Concilia,  t.  II,  p.  1389. 

(6)  Plus  haut,  p.  100. 


240  CENTRES   DU    CULTE   DES   MARTYRS. 

rer  '  et  qu'Antonin  de  Plaisance  y  voyait  encore,  missus 
in  doleo  vitreo.  '-'  Il  y  avait  aussi  dans  la  ville  une  basilique 
de  S  Etienne  et  une  autre  de  S.Julien  3.  Pour  identifier 
ce  saint,  nous  n'avons  qu'une  légende  d'une  autorité  con- 
testable *.  Elle  l'associe  à  l'évêque  Silvain,  dont  Eusèbe 
garantit  le  martyre  '',  au  diacre  Luc  et  au  lecteur  Mocius. 
Julien  serait  un  enfant  d'Émèse  où  il  exerçait  la  profession 
de  médecin. 

Un  saint  Menios  au  23  juillet,  Héracléon  et  le  prêtre 
Diodore  au  9  octobre,  inscrits  au  martyrologe  syriaque, 
c'est  tout  ce  qui  nous  reste  du  lérial  de  Laodicée.  Les  mé- 
nologes  et  les  synaxaires  confondent  en  un  seul  groupe 
Marc  d'Aréthuse  et  Cyrille  d'Héliopolis  du  Liban.  S.  Gré- 
goire de  Nazianze  fi,  Sozomène  '  et  Théodoret 8  attestent 
la  glorieuse  confession  de  l'évêque  Marc  ;  l'horrible  sup- 
plice du  diacre  Cyrille  est  raconté  par  Théodoret. Sozomène 
ne  nomme  pas  Cyrille  mais  rapporte  le  massacre  d'une 
troupe  de  vierges  dont  Héliopolis  fut  en  même  temps  le 
théâtre. La  commémoraison  des  saints  Marc  et  Cyrille  au  28 
mars  —  et  elle  se  répète  au  18  mai ,J  —  n'est  pas  due  à  une 
antique  tradition  de  culte.  Le  groupement  de  ces  deux 
martyrs,  dont  le  supplice  n'eut  pas  lien  dans  la  même 
localité,  atteste  suffisamment  la  dépendance  littéraire  vis- 


(i|BHO.  1060,  Patrologia  orietttalis,  t.  II,  p.  92. 

121  Geyer,  Uittera,  p.  190. 

(3)  Revelatio capitis  S.  loanttis  Baptistae,    dans  ActaSS.   iun.  t.  IV, 

I1-  724- 

I  Résumé  suffisant  d&nsSynax.  ceci.  ('I'.,  au  6  février,  p. 447.  Texte 

Bl  K  ).  552. 
(5)  Hist.  eccl.,  VIII,  13.3  ;  IX.  G,  1. 

■ira  Iulianum  I,  88,89,  l'Ai.  1.  XXXV,  616-20 
(71  //.  Y,  10. 

181  Hist.  ad..  III,  7,3-6. 

Synax.  ceci.  CP.,  pp.  565,  1001. 


l'orient.  241 

à-vis  des  historiens  qui  les  ont  réunis  dans  un  même  cha- 
pitre. 

S.  Gélasinos,  martyr  à  Héliopolis,  fut  enseveli  à 
Meriammé,  près  de  Damas,  et  une  basilique  s'éleva  sur 
son  tombeau.  Le  fait  est  attesté  par  Malalas  ',  par  la 
Chronique  pascale  -  et  par  Jean  de  Nikiou  3.  Mais  en  réa- 
lité, ces  trois  témoignages  semblent  se  réduire  à  un  seul, 
celui  d'une  Passion  de  S.  Gélasinos,  qui  n'a  pas  laissé 
d'autre  trace. 

La  rubrique  in  Damasco,  est  clairement  exprimée  dans 
l'hién.nvmien  au  20  juillet. Impossible, malheureusement,de 
décider  quels  sont  les  noms  de  martyrs  qui  doivent  en  être 
rapprochés*.  Au  8  septembre  le  manuscrit  de  Berne  semble 
indiquer  pour  Damas  une  sorte  de  fête  de  tous  les  martyrs. 
Mais  ici  encore,  l'énoncé  est  énigmatique  et  pourrait  tout 
aussi  bien  se  rapporter  à  Césarée  s.  Les  autres  sources 
sont  muettes  ou  mentionnent  des  cultes  importés.  Il  y 
avait  à  Damas  une  église  de  S.  Jean-Baptiste,actuellement 
la  grande  mosquée,  où  l'on  prétendait,  comme  dans  quel- 
ques autres  déjà  rencontrées,  posséder  le  chef  du  Précur- 
seur fi.  Justinien  dota  Damas  d'une  église  de  S.  Léonce  7. 
Damas   était    renommé   encore  par  son  église  de  Saint- 


(1)  Chronographia,   XII,  Dindorf,  p.  314. 

(_>)  Ad  an.  297,  Dindorf,  1. 1.  p.  513. 

13)  Zotesberg,  Chronique  de  Jean,  évêque  de  Nikiou,  lxxvii,  dans 
Notices  et  extraits,  t.  XXIV   1S831,  p.  425-26. 

(41  Le  manuscrit  E  porte  in  Damasco  Savini,  ce  qui  est  bien  difficile  à 
accepter.  Les  deux  autres  ajoutent  immédiatement  Maximi,  Iuliani, 
Mugropi,  Cassi,  Paulae  cum  aliis  X,  qui  se  trouvent  plus  loin  dans  E. 

5  In  codent  die  collectio  Ccserea  Cappadocie  et  totius  terreturii  in 
Damasco  multorum  martyrum  corporum. 

16-  Voir  H.  Thiersch,  Pharos  (Leipzig,  1909  ,p.  104-105. 

171  Procope,  De  aedif.,  Y,  9. 

Cuit.  Mart.  lô 


242  CENTRES   DU    CULTE    DES    MARTYRS. 

Thomas  où  il  se  faisait  beaucoup  de  miracles  l ,  et  l'église 
de  S.  Serge,  toû  orfiou  ZepYiou,  toû  émidriv  MaHiMorrou, 
très  fréquentée  au  VIIIe  siècle,  avait  probablement  alors 
un  long  passé  '-'. 

L'exploration  archéologique  de  la  Syrie  a  permis  de 
reconnaître  plus  d'un  sanctuaire  placé  sous  l'invocation 
d'un  martyr.  On  constate  que  les  saints  les  plus  en  vogue 
sont  S.  Georges  %  S.  Quiricus  4,  S.  Conon  3,  S  Théodore  6, 
S.  Léonce  7,  et  surtout  S.  Serge. 

Mais  les  églises  Saint-Serge  de  Bostra 8,  de  Eïtha9,  de 
Deir-el-Kadi  ,0,  de  Busr-el-Hariri  ",  de  Dâr-Kita  '-,  de  Ba- 
biska  ,3,de  Selemîyeh  l*,de  Zebed  '•'',  ne  sont  pour  ainsi  dire 
que  des  succursales  de  la  grande  basilique  de  Rosapha, 
une  des  plus  célèbres  de  l'Orient,  que  Jean  Moschus  met- 
tait  sur  le  même  pied  que  celles  de  Saint-Jean  à  Ephèse, 


1  Mirai  nia  SS.Cyriet  Ioannis.  cxx,  P.  G.  t.  LXXXVII,  p.  3672  : 
éTTeibr)TTep  év  AaucxaKw  buvâueiç  oûtoç  ttoXaùç  éiribeiKvuxai  Kai 
anneîa  ouxvà  TrapdboEa. 

1  Vita  S.  Stephani  Sabaitae,  BHG2,  1670,  c.  61. 
(3)  A  Éaccaea,  Waddington,  Inscriptions  de  Syrie,  2158  ;  à  Eitha, 
..•126;  à  Amra   ..-092  :   Sahwet-el-Khudr,  1981  ;  Nahite,   24i2m  ;  Ezra, 
2498  =  W.  K.  Prentice,  American  archaeological  expédition  to  Syria, 
greek  and  latin  inscriptions,  437*. 

I  AB  istra,  Waddington,  1920,  lisez  KupiKou  au  lieu  de  Kupi(a)- 
koO  ;  à  Selemîyeh,  Prentice, 

^  Dans  le  Hauran  et  ailleurs,  Nôldbke,  Zeitschrift  Jcr  deutschen 
morgenl   G        xhaft,  1S75,  p.  435. 

\  Éaccaea el  a  S..ada,  Waddington,  2159,  23J7. 
\  !  t  à  Doroa,  Waddington,  1915,  2413p. 

1  Waddington,  1915,  1921. 
(9)  Waddington,  2124. 
(10,  Waddingi  on,  2412. 
11)  Waddington,  2477. 
(121  Prentice,  61. 

1  [3     I  [CE,  71. 

(141  Pi  mtinische  Zeitschrift,  t.  XIV,  p.  26. 

151  Prj   .1  pi.  C'est  la  «  trilinguis  Zebedca  ». 


l'orient.  243 

de  Saint-Th  odore  à  Euchaïta,  de  Sainte-Thècle  à 
Séleucie  '.  La  légende  fait  de  S.  Bacchus  le  compagnon 
de  S.  Sergius  '-':  il  est  le  plus  souvent  laissé  clans  l'ombre  s . 
D'après  Antonin  de  Plaisance,  qui  a  probablement  lu  la 
Passion,  les  deux  tombeaux  ne  sont  pas  dans  la  même  loca- 
lité. Il  place  celui  de  S.  Sergius  in  civitate  Tetrapyrgio,  celui 
de  S.  Bacchus  in  civitate  Barbarisso  *.  Nous  ne  pouvons 
discuter  ici  les  questions  de  topographie  et  d'histoire  que 
soulèvent  ces  textes.  Il  est  hors  de  doute  que  S.  Sergius 
reposait  à  Rosapha,  qu'il  s'éleva  sur  son  tombeau  une 
basilique  dont  on  a  retrouvé  les  restes,  qu'il  donna  son 
nom  à  la  ville,  Sergiopolis,  à  qui  son  culte  seul  assura 
quelque  importance  5.  Justinien  l'entoura  de  murailles 
pour  protéger  le  sanctuaire  et  les  richesses  que  la  piété 
des  fidèles  y  accumula  rapidement  °. 

Grégoire  de  Tours  vante  les  ingentia  munera  que  l'on 
apportait  à  la  basilique  en  reconnaissance  des  bienfaits 
reçus  7.  La  liste  complète  des  églises  et  des  monastères 


(1)  Pratiim  spirituelle,  P.  G.  t.  LXXXVII,  p.  3052.  Le  texte  actuel 
porte  tôv  d-fiov  I^pyiov  eiç  tô  Icicpâç,  où  on  n'hésitera  pas  à  recon- 
naître Rosapha. 

(2)  BHG*.  1624, 1625. 

(31  Sévère  d'Antioche  dans  l'homélie  LVII  prononcée  à  Kinnesrin, 
associe  Bacchus  à  Sergius.  Duval,  dans  Patrologia  orientaiis,  t.  IV, 
p.  83-94. 

(4)  Geyer,  Binera,  p.  191. 

(5)  Les  textes  dans  V.  Chapot,  Resapha-Sergiopolis  dans  Bulletin  de 
correspondance  hellénique,  t.  XXVII  (1903),  p.  280-91;  Id.  La  fron- 
tière de  VEuphrate  (Paris,  1907 1,  p.  330;  F.  Sarre,  Rusafa-Sergiopolis 
dans Monatshefte  fur  Kunstwissensehaft,  t  II  (1909),  p.  95-107.  On  trou- 
vera également  des  vues  et  des  détails  de  la  basilique  dans  Neue  Jahr- 
biïcher  fur  dus  klassische  Alterthum,  t.  XV  (1905),  p.  32,  dans  Van 
Berchem-Strzygowski.  Aniida  (Heidelberg,  1910),  p.  274,  et  dans 
Sarre-Herzfeld,  Archiiologische  Reise  im  Eufrat-und  Tigris-Gebiet 
(Berlin,  1911),  t.  I,  p.  136-41,  t.  III,  Taf.  Llll-LXli. 

(6)  Procope,  Deaedif.,  II,  9. 

(7)  In  gloria  mariyrum,  xcvi. 


244  CENTRES    DU    CUETE    DES    MARTYRS. 

construits  en  son  honneur  serait  Longue  à  dresser  '.  Ajou- 
tons à  celles  que  nous  avons  citées  plus  haut  les  églises  de 
Gaza  -',  de  Ptolemaïs,  du  mont  Cisseron  \  de  Constantino- 
pie,  d'Edesse  ',  un  oratoire  entre  Nisibe  et  Dara  :i,  un 
autre  signalé  par  le  biographe  de  Pierre  l'Ibérien  (i.  Une 
église  de  Ravenne  lui  était  dédiée7  et  on  a  trouvé,  jusqu'en 
Nubie,  son  nom  gravé  sur  une  lampe  \  Ce  qui  fait  mieux 
encore  ressortir  la  popularité  dont  le  martyr  de  Rosapha 
jouit,  notamment  en  Syrie,  c'est  la  vogue  extraordinaire 
du  nom  de  Sergius  comme  nom  de  baptême  '•'.  Les  tribus 
nomades  l'honoraient  comme  leur  patron  spécial  '". 

En  Mésopotamie  nous  traverserons  rapidement  Dara  et 


|  1 1  Voir  quelques  noms  de  monastères  de  Mar  Sereins  dans  Wright, 
Catalogue  of  syriac  manuscripts  in  tlic  Britisk  Muséum,  p.  1262-63. 
Une  signature  du  concile  tenu  sous  Menus  nous  en  fait  connaître  un 
autre  :  Oeôbwpoç  btdxovoç  «ai  uovaxôç  uovf|ç  toû  uaxapiou  XepYÎ- 
ou  Tf|ç  iv  TTebidbi.  Hardouin,  Concilia,  t.  II,  p.  1261.  Celui  de 
Theodosiopolis  (Rhesaina)  est  mentionné  dans  les  Actes  de  S.  Dome- 
tius,  BUG*.  360.  c.  6,  8. 

■   Choricii  (îazaei  Orationes,  Boissonade,  p.  84. 

Pkocope,  De  aedif.,  V,  9. 
I    Hallier,  Untersuchungen  iiber  die  EJessenische  Chronik,  Texte 
und  Untersuchungen,  t.  IX.  1  (Leipzig,  1892),  p.  84. 

5    VitaS.  Golinduch,  BHG2.  107,  Papadopoulos-Kerameus,  p.  171. 

(6)  Raabe,  p.ioj.  Voir  aussi  la  note  du  P.Peeters  au  Martyrologe  de 

Rabban  Sliba,  au  14  décembre,  dans  Analect.  Bolland.,  t.  XXVII,  p.  170, 

et  l'article  du  même,    La  Passion  arménienne  de  S.  Serge  le  Stratélate, 

dans  Huschardzan  (Wien,  1911),  p.  c86  92. 

V.ONELLUS,   Liber  pontif.   Ravenn.,  80,  M.  G.  Script,  rer.   lango- 

1  •  334- 
(81  CHi.  8981.  Sur  un  camée  représentant  deux  Césars,  on  a  ajouté 

les  noms  de  Si  rgius  et  Bacchus.  De  Ros  1.  Bullettino,  i8yi,  p.  19. 

I    II  suffit,  pour  s'en  rend]     pte,  de  parcourir  à  ce  point  de  vue 

la  table  de  WRIGHT,  t.  c,  p    1321-22. 

1  HÉOPHYLACTE  SlMO(  A  il  A.  V,  t.  7  :  TOV  (ioiblUOV  iv  (udpTuaiv 
Zfi'pfiov,  iiv  rà  vouabiKÙ  TTpeaPeùeiv  ë0vn,  eiujQacnv.  De  Boor,  p. 
189.  Cf.  V,  ]  sujet  du  culte  de  S.  Sei  Arabes  noma- 

des, voii  P.  1  Huschardzan,  p.  190-91. 


l'orient.  245 

• 

Amicla.  pour  nous  arrêter  un  moment  à  Edesse,  à  Charra 
et  à  Nisibe.  Dara  semble  n'avoir  pas  eu  de  martyrs  pro- 
pres :  depuis  l'empereur  Anastase  S. Barthélémy  y  fut  spé- 
cialement honoré  '  etjustinien  lui  éleva  une  basilique2. 
Il  faut  en  dire  autant  d'Amida,  où  l'on  signale  des  églises 
dédiées  à  S.  Jacques,  à  S.  Cosme,  a  Mar  Péthion,  aux  XL 
Martyrs  ~. 

Deux  sanctuaires  principaux  attiraient  les  foules  pieuses 
à  Édesse  *,  celui  des  saints  Shamona,  Guria  et  Abibus  et 
la  basilique  deSaint-Thomas.Les  martyrs  sont  dans  l'abré- 
syriaque,  Abibus  au  7  septembre,  les  deux  autres  au 
15  novembre.  On  attribue  à  l'évêque  Abraham  (f  360/361) 
la  fondation  de  leur  basilique,  située  hors  les  murs  :i.  Elle 
fut  brûlée  en  503  par  le  roi  des  Perses  Kawâdh.  Au 
Ve  siècle  les  martyrs  d'Édcsse  eurent  également  une  église 
à  l'intérieur  de  la  ville  6. 

Il  est  impossible  actuellement  d'éclaircir  la  question  du 
culte  de  S.  Thomas  en  Mésopotamie. Le  martyrologe  hiéro- 
nvmien,  à  diverses  reprises,  annonce  la  translation  de  ses 
reliques  à  Édesse  \  La  Chronique  d'Édesse   place  au  22 


A  la  suite  d'un  songe  l'empereur  y  envoie  le  corps  de  l'apôtre. 

i         "DORE  LE  LECTEUR,  II,  57,  P. G.  t.  LXXXVI,  p.  212. 

(2)   Procope,    De  aedif.,  II,  2,   3.   Cf.  Théophylactb  Simocatta, 
Hist.,  Y,  3,  2,  De  Boor,  p.  192. 
131  Van  Bbrchem-Strzygowski,  Amida,  p.  165-167. 
4)  A.  Baumstark,    Vorjustinianische  Kirchenbautm   in  Edessa  dans 

ORIENS  CHRISTIANUS,  t.  IV,  p.  164. 

15)  L.  Hallier,  Untersuchungen  iiber  die  Edessenische  Chronik,  p.  96. 

(6)  Voir  Baumstark,  t.c.  p.  171.  Sur  le  culte  des  trois  saints  voir 
Gbbhardt-Dobschutz,  Die  Akten  der  Edesscnischen  Bckenner  Gurjas, 
Samonas  und  Abibos,  p.  lvi-lxvi.  Sur  la  valeur  des  Actes  des  martyrs 
d'Edesse  en  général,  Th.  Noldeke,  Ueber  einige  Edessenische Mârtyrer- 
aktcn,  Strassburger  Festschrift  (Strassburg,  1901),  p.  13-22. 

17'  Au  28  décembre  :  In  Edissa  translatio  Tomae  apostoli.  Au  3  juil- 
let :  translatio  Tome  apostoli  in  Edessa.  Au  _-i  décembre,  ms.  W  :  In 
Mesopotamia  civitate  Edissa  natalis  et  translatio  Thomae  apostoli. 


246  CENTRES   DU    CULTE   DES   MARTYRS. 

août  394  le  transport  du  sarcophage  de  S.  Thomas  «  dans 
sa  grande  église1  ». D'après  Socrate  etSozomène,il  existait 
avant  cette  date  une  église  de  Saint-Thomas,  uap-rûpiov 
XauTipôv,  et  il  s'y  tenait  fréquemment  des  réunions 
liturgiques  «  à  cause  de  la  sainteté  du  lieu  2  ». 

Le  «martyrium  >  de  S.  Thomas,  ubi  corpus  illius  integrum 
positum  est  3,  a  été  visité  par  Ethéria,  et  Grégoire  de  Tours 
s'est  laissé  conter  sur  la  basilique  et  sur  la  fête  de  l'apôtre 
des  histoires  bien  extraordinaires  *. 

Éthéria  a  vu  d'autres  «  martyria  »  à  Edesse,  mais  elle 
oublie  de  les  énumérer.  Nous  savons  par  d'autres  témoins 
sur  quels  saints  se  portait  la  dévotion  des  Edcsséniens.  La 
Chronique  mentionne, en  379,  réalise  de  Saint-Daniel,  qui 
plus  tard  fut  celle  de  Saint-Dometius'';  en  409, celle  deSaint- 
Barlaam6,puis  celle  de  Saint-Jean-Baptiste  à  qui  fut  associé 
le  nom  de  S.  Adai  l'apôtre  7,  celle  des  Suints-Cosme-et-Da- 
mien  dans  l'hôpital  des  lépreux  \  celle  de  Saint-Etienne  *, 
celle  de  Saint-Sergius  à  laquelle  se  joignit  la  chapelle  de 
Saint-Syméon  10. 

On  est  tenté  de  rapporter  à  la  même  période,  antérieure 
à  Justinien,  les  églises  de  Saint-Théodore,  de  Saint-Cyria- 
que,de  Saint-Georges;  et  clans  un  village  voisin,  Charmus, 


(1)  Hallier,  p.  103. 

(2)  Socrate,  Hist.  eccl.,  IV,  18  ;  Sozombne,  Hist.  ceci.,  VI,  18. 

(3)  Geyer,  Itinera,  p.  60. 

(4)  In gloriu  martyruvi,  xxxn. 
15)  Hallier,  p.  z< 

(6)  Hallier,  p.  106. 

(7)  Hallier,  p.  114-115. 

18)  Haï, lier,  p.  114,  A  signaler  dans  Rahmani,  Chronicon  civile  et 
ecclesiasticum(Sch&r{é,ig04),p.  107.  la  mention  de  deux  églises  dis- 
tinctes :  una  quidem  S.  Cosmae...  et  ibi  conditum  est  corpus  eius,  altcra 
S.  Damiano...ei  ibi  position  est  corpus  eius. 

(9)  Hallier,  p.  1 

(10)  Hallier,  p.  120-31. 


l'orient.  247 

on  signale  la  basilique  d'un  S.  Jacob  dont  le  martyre  aurait 
eu  lieu  sous  Julien  '.  On  cherche  en  vain  les  vestiges  d'une 
fondation  à  la  quelle  se  rattacheraient  les  noms  des  saints 
Thuthael  et  Bebaia  et  autres  qui  sont  connus  parles  Actes 
de  S.  Sharbil  ». 

Sur  Charra  nous  n'avons  qu'un  mot  de  l'intrépide  voya- 
geuse Ethérie,  mais  bien  précieux.  Elle  arriva  à  Charra 
le  23  avril,  veille  de  la  fête  de  S.  Helpidius,  qu'elle  appelle 
tantôt  un  moine  tantôt  un  martyr.  Les  moines  et  les  soli- 
taires de  Mésopotamie  y  accouraient  en  foule  L'église 
dans  laquelle  reposait  le  corps  du  martyr,  passait  pour 
occuper  l'emplacement  de  la  maison  d'Abraham  3. 

Quatre  fêtes  de  Xisibe  sont  enregistrées  dans  le  marty- 
rologe syriaque.  Au  23  mai  il  n'est  resté  que  le  nom  de  la 
ville  ;  le  15  juillet  on  y  faisait  la  mémoire  de  l'évêque 
Jacques  ;  le  30  juillet  celle  des  martyrs  Adelphius  et  Gaius 
dont  on  n'a  pas  d'autre  mention.  La  commémoraison  du 
6  avril,  ou  plus  exactement,  du  vendredi  de  la  semaine  de 
Pâques,  est  intéressante.  C'est  la  fête  de  tous  les  martyrs 
de  Nisibe  et  spécialement  de  S.  Hermas.  Ce  saint  devait 
jouir  d'une  certaine  notoriété.  C'est  un  de  ceux  qui  sont 
nommés  clans  la  Passion  des  saints  Gurias  et  Shamonas  * 
et  l'hagiographe  leur  donne  pour  compagnons  des  soldats 
martyrisés  par  le  préfet  Héraclien. 

Nous  devons  laisser  à  d'autres  d'explorer  dans  le  détail 

(1)  Bacmstark,  t.  c,  p.  178-79,  d'après  la  Chronique  de  Rahmani. 
On  peut  être  certain  que  les  deux  couvents  de  Sainte-Barbe  (p.  180)  ap- 
partiennent à  une  époque  beaucoup  plus  tardive. 

1  BHO.  1049-1051  ;  Synax.  ceci.  CP.,  au  5  septembre,  p.  18  ;  cf.  p. 
946. 

(3)  Geyek,  Itincra,  p.  65-66. 

(4)  Rahmani,  Acta  SS.  confessurum  Guriac  et  Shamonae,  p.  5  ;  Geb- 
hardt-Dobschùtz.  Die  Akien  der  Edessenischen  Bekenner  Gurjas,  Sa- 
monas  und  Abibos,  p.  6-7. 


248         CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

la  frontière  orientale  de   l'empire  romain  et  d'en  franchir 
les   limites.    Il    nous   paraît   douteux,   d'ailleurs,    que   le 
moment  soit  venu  de  retracer  les  origines  et  les  progrès 
du  culte  des  martyrs  en   Perse,  en  Arabie,  en   Assyrie.  Il 
convient  cependant  de  donner  une  mention   aux  victimes 
de  la  persécution  de  Sapor  II,  dont  le  souvenir  s'est  perpé- 
tué dans  l'église  grecque  surtout  par  les  ménologes  et  les 
synaxaires  '.  Nous  rappellerons  aussi  qu'au  témoignage  de 
Théodoret,  on  célébrait  les  martyrs  Persans  en   Syrie  et 
qu'on  y  honorait  leurs  reliques  -'.L'histoire  de  Marouthas  3, 
dont  la  ville  épiscopale,  grâce  à  sa  dévotion  aux  martyrs, 
mérita  de  prendre  le  nom  de  Martyropolis  4,  montre  assez 
que  la  mémoire  de  ces   héros  ne  fut  pas  oubliée  dans   leur 
pays  d'origine.   En   Arabie  il    y  eut   des  martyrs  avant 
Eusèbe  s.  Nous  ne  savons  si  c'est  à  ceux-là  que  se  rapporte 
cette   annonce   de    l'hiéronymien  au   1  août  :    In  Arabia 
civitatc    Filadelfie  sinodtes  martyrum  celebratur.  La  grande 
persécution  d'Arabie  à  la  fin  du  VIe  siècle,  nous  mène  à 
une   époque  qui   dépasse   sensiblement   les  limites   de  ce 
travail fi. 

Un  sanctuaire  qui  ne  peut  être  passé  sous  silence,  c'est 
celui  des  Trois-Enfants  à  Babylone,  où  l'on  croyait 
posséder  les  reliques  de  ces  précurseurs  des  martyrs.  C'est 
de  Babylone  que   provenaient  les  Xeiipava  twv  TravGrfiwv 


(1)  Delehaye,  Les  Versions  grecques  des  Actes  des  martyrs  Persans  sous 
Sapor  II,  PATROLOGIA  ORIENTALES,  t.   II,  Paris,  1905;  BHO.,  p.  156. 
z    Ri  '•   iosa  lustoria,  xxiv,  S<  HULZE,  p.  1259. 
(3)  Synax.  eccl.  CF.,  au  16  février,  p.  469. 
(i  Voir  l(     textes  dans  Chapot,  La  frontière  de  VEuphrate,  p.  359. 

Hist.  eccl.,  VIII.  12,  1. 
(6)  E.  Carpentier,  dans  Acta  S\.  oct  t.X,  p.  662-762.  ;W.  Fi  1 .1  ,  Die 
ristcnverfolgung  in    Sûdarabien     und    die   himjarischa-ethiopischm 
Kriege  nach  abessinischer  Ueberlieferung,  Zeits<  hrifi  der  deutschen 

MOi  11    iCHAFT,      t.    XXXV  I  18811,  p.  I-74. 


l'orient.  249 

Tpiiùv  Traibuuv  'Avaviou,  'AZapiou,  MicraiîX,  apportés  à  Con- 
stantinople  sous  le  règne  de  l'empereur  Léon  '  ;  c'est  de 
là  que  le  patriarche  d'Alexandrie  Apollinaire  reçut  la 
main  d'un  des  trois  enfants,  obtenue  par  son  envoyé  dans 
des  circonstances  miraculeuses  *.  Les  reliques  africaines 
des  Très  pueri  n'avaient  sans  cloute  pas  d'autre  prove- 
nance z.  La  commémoraison  du  martyrologe  hiéronvmien 
au  24  avril  :  Babilonia  mag(na)  Ananiae,  Azariae,  Misael 
egressio  de  igné,  ne  rappelle  pas  la  fête  du  sanctuaire.  Elle 
n'appartient  d'ailleurs  pas  à  la  rédaction  primitive. 

11  Vie  inédite  de  S.  Daniel  stylite.  Cf.  Analect.  Bolland.,  t.  XIII, 
p.  406-407. 

(2)  BHG*.  469,  c.  2-4. 

3  Monceaux,  Enquête  sur  Vépigraphie  chrétienne  d'Afrique,  n.  261. 
Cf.  n.  234. 


CHAPITRE  VI. 

LES  PRINCIPAUX  CENTRES  DU  CULTE  DES 
MARTYRS.    L'ORIENT  (SUITE). 

Nous  sommes  incomparablement  mieux  renseignés  sur 
les  persécutions  qui  désolèrent  les  églises  d'Egypte  que 
sur  le  culte  rendu  aux  martyrs  dans  ce  pays.  Eusèbe  leur 
donne  une  large  place  dans  son  histoire. lait  parler  longue- 
ment DenySj  l'évêque  d'Alexandrie,  et  cite  une  foule  de 
noms.  Nous  rencontrons  d'abord  dans  l'entourage  d'Ori- 
gène,  outre  Léonide  son  père,  les  martyrs  Plutarque, 
Serenus,  Héraclide,  Héron,  un  autre  Serenus,  Heraïs, 
Potamienne,  Marcella,  Basil ide  '. 

Sous  Dèce,  il  nomme,  d'après  Denys  -,  Métras,  Quinta, 
Paul.  Sérapion,  Julien.  Cronion,  Besas,  Macaire,  Epima- 
que,  Alexandre.  Ammonaria,  Mcrcuria,  Dionysia  ',  Hé- 
ron, Ater,  [sidore  :,  Dioscore,  Némésion,  Ammon,  Zenon, 
Ptolémée,  [ngenuus,  Théophile,  Ischyrion.  Bien  entendu 
il  ne  dresse  pas  la  liste  des  innombrables  martyrs  morts 

(I)  Ilist.  ceci.,  VI,  1-5. 
1    flist.  ceci.,  VI,  41,  42. 

;i  I ■:.  èbe  annonce  quatre  femmes  martyres,  ci  n'en  cite  que  trois. 

Rufin  supplée  à  ce  nom  resté  dans  la  plume,  et  écrit  et  alla  Ammo- 

1 .  L'aurait-il  trouvé  clans  son  exemplaii 

t     1  ii     lampi    antique  portant    l'inscription    tou    rxYin"   laihuipoç 

prouve  qu'un  sa  Egypte.  Mais  est-ce 

celui-ci  ?  l.i  :  EBVRi  ,   Recueil  des  inscriptions  grecques-chrétiennes 

d'Egypte,  n.  732. 


l'orient.  251 

de  faim  et  de  misère  clans  les  montagnes  et  les  déserts. 
Sous  Dioctétien  il  retient  Philoromus,  un  officier  ',  Philéas 
évêque  de  Thmuis  *,  les  évêques  Peleus  et  Nilus,  marty- 
risés à  Phéno  s,  et  enfin  l'évéque  d'Alexandrie  Pierre, 
avec  les  prêtres  Fauste  ',  Dius,  Ammonius,  et  les  évêques 
Hesychius,  Pachomius,  Théodore5. 

Il  est  certain  que  beaucoup  de  ces  noms  figuraient  au 
martyrologe  oriental,  représenté  pour  nous  par  L'abrégé 
syriaque  et  par  l'hiéronymien.  Sous  les  rubriques  Alexan- 
driae  in  Aegypto  6  ou  Libyae,  sous  la  première  surtout,  ils 
en  contiennent  bien  d'autres.  Quelle  tradition  représen- 
tent ces  mentions  ?  On  voudrait  le  savoir.  Pour  tel  groupe 
cité  dans  Eusèbe,  on  reconnaît  que  le  compilateur  s'est 
servi  du  texte  de  l'historien.  Ainsi,  le  martyrologe  syria- 
que au  19  mars  inscrit  Bassus  et  Serapion,  qui  ne  seraient 
pas  ensemble  si  on  ne  les  avait  trouvés  dans  le  même 
chapitre  d'Eusèbe  "'  ;  au  28  juin  l'hiéronymien  forme  un 
groupe  des  martyrs  cites  par  Eusèbe,  VI,  1-5.  Un  certain 
nombre  de  noms  reviennent  à  plusieurs  dates.  Nemesius, 
par  exemple,  au  20  février  et  au  10  septembre.  En  géné- 
ral, il  est  impossible  de  détacher  les  listes  d'Alexandrie  du 
texte  confus  où  elles  sont  engagées.   Il  serait  bien  hasar- 


(1)  Hist.  ceci.,  VIII,  9,  6. 

(2)  Hist.  ceci.,  VIII.  10,  13. 

(3)  Hist.  eccl.,  VIII,  13,  5. 

(4)  Voir  la  remarque  de  Schwartz,  dans  la  table  s.  v.  Oaûcrroç, 
p.  116. 

5    Hist.  eccl.,  VIII,  13,  7. 

(6)  Dans  le  martyrologe  hiéronymien  la  rubrique  apud  Cyprum 
19  lévrier,  20  février)  est  une  erreur  qui  s'explique  pak'< graphi- 
quement, pour  apud  Aegyptum. 

(7I  K.  J.  Neumann,  Der  rômische  Staat  und  die  allgemeine  Kirchc  bis 
au/  Dioklctian  (Leipzig,  18901.  p.  331  l'a  reconnu.  Achelis,  Die  Marty- 
rologien,  p.  65,  n.  1,  a  combattu  sans  succès,  nous  semble-t-il,  cette 
manière  de  voir. 


252         CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

deux,  d'après  cela,  de  vouloir  faire  le  départ  de  la  tradi- 
tion liturgique  et  de  la  dépendance  purement  littéraire  en 
ce  qui  concerne  les  saints  d'Alexandrie  '.  Sans  doute  il 
est  difficile  de  croire  que  les  noms  ont  été  distribués  sur 
diverses  dates  suivant  le  caprice  du  hasard,  et  des  cas 
comme  celui  de  Faustus,  marqué  au  8  septembre  dans 
les  synaxaires  grecs  2  tout  comme  dans  le  martyrologe 
oriental,  montrent  qu'il  n'en  est  pas  toujours  ainsi. 
Mais  où  commence  l'arbitraire  et  dans  quelle  mesure  le 
rédacteur  a-t-il  eu  accès  à  des  documents  d'un  caractère 
traditionnel  ?  L'exemple  de  S.  Dioscore  est  de  nature  à 
imposer  quelque  réserve.  Il  semble  bien  que  la  triple 
mention  de  ce  martyr  dans  l'hiéronymien  au  18  mai,  au 
17  juin,  au  18  décembre,  c'est  à  dire  aux  XV  kal.  iun.,iul., 
ia)i.,  soit  empruntée  à  une  même  source  qui  donnait  vrai- 
semblablement la  date  XV  kal.  iun.  Cette  source  doit  être  la 
Passion  du  saint  "'.  A  la  première  mention  il  en  est  resté 
une  trace  dans  la  rubrique  topographique  :  in  Avaapoli, 
lisez  Cynopolis,  qui  n'est  ni  le  lieu  du  supplice  ni  celui  de  la 
déposition,  mais  le  lieu  d'origine  du  martyr.  Ce  détail  ne 
peut  provenir  que  d'un  texte  de  la  Passion  *. 

Le  martyrologe  syriaque  au  15  mars  et  l'hiéronymien 
au  19  citent  encore  parmi  les  martyrs  d'Alexandrie  S.  Col- 

(1)  L'auteur  de   la    Passion   dis   SS.    Gurias   et   Samonas,  que  mais 

avons  déjà  citée   plus  d'une  fois,  nomme  parmi  les  martyrs  de   la  per- 

Dio      tien*  Paul  dans  Alexandrie  la  grande  >.  Gebhàrdt- 

DoBSCHUTZ,    p.  6-7.   Aucune   autre   source   ne    ii">i  une   sur  ce 

martyr. 

'.  CP.j  p.  22.  Au  19  septembn  li  yriaque 

annonce    à  Alexandrie    Ca  tor  et  n  autres    martyrs.  La  veille,   le 
synaxaire,  ibid.,  p.   57,   enregistre   un   S.  <  astoi  avei    S1'  Théodora, 
sans  rubrique  topographique.  Ils  étaient  honorés  à  Constantinople. 
I  II        .:o3  e,  f. 
I  e  20  août  1   un  Dioscori des,  prêtre  à  Alexan- 

.  I  '    même  l'hiéronymien,  qui  supprime  la  qualité  de  prêtre. 


l'orient.  253 

luthus  '  qu'il  faut  plutôt  rattacher  à  la  Thébaïde  et  plus 
spécialement  à  Antinoé  -'.  C'est  encore  à  la  Thébaïde  que 
nous  ramènent  les  martyrs  Apollonius,  Philémon  et  leurs 
compagnons3,  dont  Rufin  visita  le  sanctuaire  et  contempla 
les  reliques  '.  Pierre  d'Alexandrie  figure  au  martyrologe 
syriaque  le  24  novembre,  deux  jours  après  à  l'hiérony- 
mien. Rufin  atteste  qu'on  célébrait  sa  fête,  sans  préciser 
la  date  5. 

Les  pèlerins  nous  renseignent  assez  mal  sur  les  sanc- 
tuaires de  l'Egypte.  Parmi  les  saints  d'Alexandrie  dont 
Antonin  a  vénéré  les  reliques,  il  y  a  outre  S.  Athanase  et 
S.  Antoine,  les  saint  Fauste,  Epimaque,  et  l'évangéliste  S. 
Marc'.Cosmas  le  voyageur,  citant  Théodore  d'Alexandrie, 
mentionne  une  église  de  Saint-Victor,  èv  tuj  uyilu  BiKtopi  7. 
Il  s'agit  sans  doute  de  S.  Victor  fils  de  Romanos,  célèbre 


(1)  Synax.eccl.  CP.,  au  19,  18,  14  mai,  pp.  695,  694,  684.  Sur  les 
Actes  du  saint,  BHO.  206,  voir  Uhlemann,  Der  heilige  Coluthus, 
Zeitschrift  fur  die  historische  Théologie,  1857,  p.  264-84.  Une 
inscription  d'Antinoé  avec  invocation  à  S.  Colluthus,  Lefebvre, 
Recueil  des   inscriptions  grecques-chrétiennes  d'Egypte,    n.    191. 

(2)  Palladius,  Historia  Lausiaca,  60,  Butler,  t.  II,  p.  154.  C'est 
probablement  encore  Antinoé  qui  est  nomme  dans  ce  débris  de  notice 
qu'un  seul  manuscrit  abrégé  de  l'hiéronymien  (R  31  semble  avoir 
conservé  au  8  mars  :  Antinum  civit.  pussio  sanctorum  Pitimons. 

(31  Synax.  eccl.  CP.,  au  14  décembre,  p.  307;  BHO.  973. 

Historia  monachorum    Aegypti,    21,    Preuschen,  Palladius    und 
Rufinus,  p.  80-S2.  YoirBHG*.  1514  :  BHL.  6803  ;  BHO.  973. 

(51  Hist.  eccl.,  X  15.  —  Nous  n'essayerons  pas  de  tirer  parti  des 
Actes  des  XXVII  martyrs  égyptiens  (BHL.  65841,  des  Actes  de  S.  Mar- 
cien  et  de  ses  compagnons  (BHL.  5_'6o,  5259  ;  BHG-.  1194",  des  Actes 
de  S.  Marcel  et  de  ses  compagnons  (BHL.  5240).  Ces  pièces  renfer- 
ment des  éléments  qui  ne  sont  pas  à  dédaigner;  mais  elles  devraient 
être  soumises  à  l'épreuve  de  la  critique. 

161  Ibi  etlim  requiescit  sanctus  Atiianasius,  sanctus  Faustus,  sanctus 
Epimachius,  sanctus  Antomnus,  sanctus  Marcus  vel  alui  multa  corpora 
sanctorum.  Geyer,  p.  189. 

(7)Cosmas  Indicopleustes,  Christiana  topographia,  X,  YVinstedt, 
p.  315.  Pius  loin,  p.  316,  il  est  question  d'une  église  de  Saint  Théodore 


254         CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

dans  les  annales  hagiographiques  des  Coptes  '.  Sophrone 
de  Jérusalem  signale  en  passant  un  Mnjpà  toû  àyiou 
uaprûpiov  '.  Nous  avons  rencontré  le  nom  de  ce  martyr 
parmi  ceux  qu'Eusèbe  emprunte  à  Denys  d'Alexandrie. 
Dans  une  homélie  attribuée  a  S.  Cyrille  :>  il  est  question 
des  saintes  vierges  qui  souffrirent  le  martyre  aux  temps 
des  SS.  Cvr  et  Jean,  et  dont  on  montrait  la  source  sacrée, 
Tnv  ûeiav  Trmrnv,  clans  la  basilique  de  Saint-Marc.  L'auteur 
de  la  vie  des  célèbres  Anargyres  donne  aux  trois  vierges 
les  noms  de  Théoctiste,  Théodote,  Eudoxie  *. 

On  peut  s'attendre  à  ce  que  le  progrès  du  déchiffrement 
des  papyrus  trouvés  en  Egypte  nous  révèle  l'existence 
de  plus  d'un  saint  oublié.  Voici  déjà,  dans  des  documents 
écrits  au  Ve  ou  au  VIe  siècle  des  mentions  intéressantes  : 
Trpeopeiaiç  tx\ç  becmoivriç  n,uujv  xn,ç  OeoTÔKOu  koù  tuùv  év- 
bôSuuv  àpxotYTÉXuuv  Kai  toû  œf'xov  Kai  èvbôHou  dTToerrôXou 
Kai  eùaYYeXio*TOÛ  Kai  BeoXÔTOU  'luidvvou  Kai  toû  dYiou 
lepnvou  Kai  toû  ayiou  OiXoHévou  Kai  toû  aYiou  Bn.KTwpoç 
Kai  toû  àyiou  'Ioûotou  Kai  TrdvTwv  tûjv  aYiwv  s.  S.  Philo- 
xenus  est  cité  dans  une  autre  pièce  :  ô  0eôç  toû  irpoo"- 
toitou  fijnujv  toû  dfiou  OiXoHévou  fi  ;  de  même  S.  Justus, 
dont  le  uapTÛpiov  est  désigné,  en  même  temps  que  l'éco- 
nome toû   ayiou   'Ioûcttou  7. 

L'étui  d'un  scribe,  trouvé  à  Antinoé,  nous  a  conservé, 
avec  une  curieuse   représentation  du  saint,  cette  invoca- 


JHO.  1242-1244. 
(21  SS.  Cyri  et  loannis  miracula,  xm,  P.  G.  LXXXVII,  p.  3464. 

I   P.  G.  t.  LXXVII,  p.  1x01. 
(4)  BHG».469,  c.  n. 

51  Hunt,  l'Ite  Oxyrhynchus  Papyri,  Part  VIII,  n.  1511. 

6)  /  1    0  yrhynchus  Papyri.  t.  c,  n.  1150. 

7)  Grenfbll-Hunt,    The  Oxyrhynchus    Papyri-,   pari   VI,  n.    941. 

s.  Justus,  BIIO.  554,    el    E.   O.  Winstedt,   ('optic  lexts  on 
Saint  Théodore   London,  iyio),  p.  171-74. 


l'orient.  255 

tion  :  uyie  OiXôBee,  |5on,6(e)i  tw  boOXiu  aov  TTauiiu  '.  Ce  saint 
Philothée,  dont  on  a  des  Actes  -.  fut  aussi  le  titulaire  de 
plusieurs  églises  ". 

Une  autre  classe  de  documents  nous  fait  connaître 
encore  deux  noms  qu'il  faut  se  borner  à  enregis- 
trer. Les  inscriptions  ô  orfioç  XaKépboç,  r\  àfia  'Av6n,pia 
ont  été  relevées  sur  des  lampes  en  terre  cuite  que  les 
Egyptiens  faisaient  brûler  en  l'honneur  des  saints  et  qu'ils 
conservaient  avec  le  résidu  en  guise  d'eulogies  *. 

Nous  pourrions  allonger  considérablement  la  liste  des 
sanctuaires  d'Egypte  en  puisant  dans  le  livre  bien  connu 
d'Abû  Sâlih  *.  En  admettant  qu'elle  représente  bien  la 
physionomie  du  pays,  au  point  de  vue  de  ses  édifices 
religieux,  au  XIIIe  siècle,  la  compilation  ne  fournit  guère 
le  moyen  de  remonter  aux  origines,  sans  parler  de  la 
difficulté  d'identifier  certains  saints  sous  leurs  noms 
arabes  populaires.  Mais  il  n'est  pas  sans  intérêt  de  con- 
stater à  quels  saints  la  dévotion  copte  est  restée  le  plus 
fidèle  durant  le  cours  des  siècles.  On  y  verra  que  ce  sont 
les  apôtres  avant  tout,  quelques  saints  étrangers  comme 
S.  Georges,  S.  Théodore,  les  SS.  Cosme  et  Damien  et 
surtout  S.  Mercure,  ainsi  qu'un  bon  nombre  de  saints 
qui  sont  bien  du  terroir,  Ammon,  Colluthus,  Dioscore, 
Victor,  Philémon,  Or,  Menas. 

Ce  dernier  nom  nous  amène  à  parler  des  deux  princi- 

(1)  Actuellement  à  Paris,  au  musée  Guimet.  Publié  avec  fac-similé 
par  H.  Omont,  dans  Bulletin  de  la  société  des  antiquaires  de  France, 
1898,  p.  330-32. 

(3)  BHO.,  p.  216. 

13)  Analect.  Bolland.,  t.  XXIV,  p.  396-97. 

4  Lefebvre,  Recueil  des  inscriptions  grecques  chrétiennes  d'Egypte, 
n-  739.  740.  Cf.  De  Rossi,  Bullettino,  1866,  p.  72. 

(5)  Evetts,  The  Churches  and  Monastencs  0/  Bgypt  attributcd  to 
Abu  Sâlih,  Oxford,  1895. 


256  CliNTRES   DU    CULTE    DES   MARTYRS. 

paux  sanctuaires  d'Egypte,  les  plus  célèbres  dans  le  pays, 
les  plus  visités  aussi  par  les  étrangers.  Le  plus  fameux 
est  sans  contredit  celui  de  S.  Menas,  dont  des  fouilles 
récentes  viennent  de  mettre  au  jour  les  restes,  au  milieu 
de  toute  une  ville  que  le  service  du  pèlerinage  a  fait  sur- 
gir autour  de  lui  {.  La  basilique  du  saint,  la  gloire  de  la 
Libye2, était  située  à  neuf  milles  d'Alexandrie3,  et  dépendait 
pour  ainsi  dire  de  la  capitale.  L'hiéronymien  dit,  au  11 
novembre,  in  Alexandria  Minatis.  Un  livre  de  miracles 
attribué  à  Timothée,  évêque  d'Alexandrie,  et  rempli  d'his- 
toires bizarres  4,  renferme  une  foule  de  traits  qui  permet- 
tent de  se  rendre  compte  de  l'importance  du  pèlerinage. 
Le  nombre  considérable  des  fidèles  de  tous  pays  qui  sont 
allés  vénérer  le  tombeau  de  S.  Menas  est  attesté  par  les 
ampoules  à  eulogies  rapportées  du  voyage,  et  dont  de  nou- 
veaux exemplaires  vont  sans  cesse  enrichir  nos  musées  5. 
En  dehors  du  recueil  des  miracles,  tous  les  récits  que 
nous  avons  sur  S.  Menas  font  de  lui  un  martyr  de  Cotyée 
en  Phrygie  ;  on   le   rattache  d'une  façon  assez  artificielle 

r 

à  l'Egypte.  Nous  avons  essayé  de  montrer  ailleurs  6  que 
cette  légende  provient  d'un  pays  où  le  culte  du  saint 
d'Egypte  avait  pénétré  de  bonne  heure  et  donné  naissance 
à  un    sanctuaire   important.   D'ailleurs,  la  Phrygie  n'est 

1  C.  M.  Kaufmann,  Die  Menasstadt  und  das  Nationalheiligtum  der 
altckristlichen  Acgyptcr,  Leipzig,  1910.  Ci'.  Analect.  Bolland.,  t.  XXX, 
p.  120-23. 

•  Tu  Mn.vâ  toO  iidp-rupoç  réiievoç  kcù  Trpô  toO  T6|uévouç  buu|ud- 
tiov,  Trùariç  AipûriÇ  KaGéaTrjKe  qppûotYiua.  Sophrone,  SS.  Cyn  et  loannis 
miracula,  xlvi,  /'.  G., t.  LXXVII,  p.  3596. 

Epiphanii  monachi  édita  et  médita,  Dressel,  p.  6. 
1    I:IHi    1256-1269.  Nous  l'avons  analysé  dans  les  Analect.  Bolland., 
t    XXIX,  p.  12-p; 

•graphie   du  sujet   est   considérable.  Voir   maintenant 
Kaufmann,  Ikonographie  der  Menas- Atnpullen,  C&iro,  1910. 
(6)  Analect.  Bolland.,  t.  XXIX,  p.  5-11. 


l'orient.  257 

pas  seule  à  lui  avoir  élevé  des  églises.  Il  y  en  eut  en  Pales- 
tine ',  à  Rome  -',  à  Constantinople  3,  peut-être  en  Afrique 
où  l'on  eut  certainement  de  ses  reliques*,  et  en  Dalmatie  \ 
L'église  de  Saint-Ménas  de  Constantinople  devint  égale- 
ment un  centre  de  dévotion  assez  notable.  Un  recueil  de 
miracles  et  une  légende  propre,  qui  donne  au  martyr  deux 
compagnons,  non  sans  modifier  profondément  sa  physio- 
nomie, ont  été  rédigés  à  l'ombre  de  cette  église. 

Moins  anciennes  que  celles  du  grand  pèlerinage  de  la 
Maréotide  sont  les  origines  du  sanctuaire  des  Saints-Cyr- 
et-Jean  à  Menouthi,  à  deux  milles  de  Canope.  Le  temple 
d'Isis  qui  s'élevait  dans  cette  localité  avait  longtemps  été 
tort  fréquenté  II  fut  fermé,  et  une  église, dédiée  aux  Evan- 
gélistes,  construite  dans  la  localité.  Mais  cela  ne  suffit  pas 
à  faire  oublier  l'ancien  culte  et  à  étouffer  les  germes  de 
paganisme  qui  subsistaient  encore.  Cyrille  d'Alexandrie 
crut  en  avoir  raison  en  installant  près  de  l'ancien  temple 
d'Isis  le  culte  des  martyrs.  Il  fit  ouvrir,  dans  la  basilique 
de  Saint-Marc,  à  Alexandrie,  le  tombeau  des  saints  Cvr  et 
Jean,  avec  l'intention  de  transporter  un  des  saints  corps 
à  Menouthi.  Il  trouva  les  os  tellement  mêlés  qu'il  lui  fallut 
enlever  les  deux  squelettes.  Il  y  eut  une  translation  solen- 
nelle, à  l'occasion  de  laquelle   Cyrille  prit  plusieurs  fois  la 

1    Vita  Euthymii,  dans  Analecta  graeca,  p.  67. 

(3)  S.  Grégoire  prononça  une  homélie  dans  l'église  de  Saint-Ménas 
sur  la  voie  d'Ostie.  P.L.  t.  LXXVI,  p.  1259. 

3  Voir  les  textes  sur  l'antique  église  de  Saint-Ménas  près  de  l'Acro- 
pole, dans  A nalect.  Bolland.,  t.  c.  p.  4,  où  est  aussi  mentionnée  l'église 
bâtie  par  Justinien  en  l'honneur  des  saints  Menas  et  Menaios,  sur  les- 
quels on  n'a  pas  de  données. 

(4)  Deux  inscriptions  dans  P.  Monceaux,  Enquête  sur  Vépigraphic 
chrétienne  d' Afrique,  IV .  n.  246.  297. 

5)  Voir  Analect  Bolland.,  t.  XVIII,  p.  405. 
Anal  ci.  Bolland.,  t   XXIX,  p.  20-34. 

Cuit.  Mut.  » 


258  CENTRES   DU    CULTE   DES   MARTYRS. 

parole.  Nous  possédons  encore  le  texte  de  ces  allocutions  ' . 
Sur  les  deux  martyrs  on  savait  peu  de  chose.  Les  récits  qui 
nous  sont  parvenus  sont  bien  vagues  et  faits,  on  le  sent, 
sur  des  données  maigres  et  incertaines.  On  dit  que  Cyr 
était  moine,  et  Jean,  soldat*.  Le  premier  exerçait  d'abord 
la  médecine,  et  l'on  montrait  à  Alexandrie,  englobé  dans 
l'église  des  Trois-Enfants,  le  cabinet  où  il  avait  donné  ses 
consultations5—  une  légende  qui  se  forma  sans  doute  lors- 
que les  miracles  de  Menouthi  eurent  établi  sa  réputation 
de  guérisseur  Ce  que  nous  savons  de  l'histoire  de  Menou- 
thi au  cours  du  Ve  siècle  nous  oblige  à  conclure  que  la 
présence  des  deux  martyrs  n'opéra  pas  instantanément 
les  effets  que  Cyrille  en  attendait,  et  qu'il  fallut  d'autres 
interventions  pour  extirper  les  restes  de  paganisme  et  don- 
ner au  nouveau  culte  tout  son  essor  4.  Ce  fut  sans  doute 
au  cours  du  VIe  siècle  que  la  vogue  du  sanctuaire  s'accrut 
dans  de  grandes  proportions.  Dans  les  premières  an- 
nées du  siècle  suivant,  Sophrone  de  Jérusalem,  en  re- 
connaissance de  sa  propre  guérison,  fit  un  recueil  des  mira- 
cles obtenus  par  l'intercession  des  SS.  Cyr  et  Jean  5, 
compilation  considérable  et  infiniment  curieuse  qui  fait 
défiler  devant  nous  la  foule  pressée  des  pèlerins  venus  à 
Menouthi  pour  obtenir  la  guérison  de  leurs  maux.  On  sait 
que  le  nom  d'Aboukir,  qui  n'est  autre  qu'une  déformation 
arabe  de   celui  de  S.  Cyr,  'AppaKÛpoç.  a  remplacé  le  nom 

BHG«.  472-474. 
(2)  BHG*.  476,  c.  11 

BHG*.  469,  c.  2-4.  Le  fondateur  d  lise  serait  l'évêque 

Apollinaire  (f  568). 

I   Les  incidents  sont  racontés  dans  la    Vie  de  Sévère.   Voir  L.  Du- 

chbsnb,  Le  sanctuaire  d'Aboukir,  Bulletin  de  la  so<  [été  archéolo- 

d'Ai  ;  c.  11.  r2.  igro,  p.  3-14.  Cf.  Analect.  liolland.,  t. XXX, 

p.  tP-5"- 

5   BHG*.  477-79 


l'orient.  259 

de  Menouthi  et  demeure  aujourd'hui  encore  le  témoin 
de  la  transformation  accomplie  en  ces  lieux  par  le  culte 
des  martyrs.  On  ne  peut  déterminer  exactement  l'époque 
de  la  ruine  du  sanctuaire.  Les  reliques  des  deux  saints 
turent  transportées  à  Rome,  et  déposées  dans  une  petite 
église,  située  sur  la  rive  droite  du  Tibre,  à  la  hauteur  de 
la  basilique  de  Saint-Paul.  On  l'appelle  encore  Santa 
Passera,  nouvel  et  singulier  dérivé  de  'AP(3aKÛpoç.  D'au- 
tres églises  s'élevèrent  à  l'intérieur  de  la  ville  en  l'hon- 
neur des  saints  Alexandrins  '. 

Xous  ne  pouvons  omettre  de  mentionner  l'île  de  Sainte- 
Iraï,  située  dans  le  fleuve  de  Menouf  (Memphis),  dans  la- 
quelle Anastase,  le  futur  empereur  séjourna  durant  son 
exil.  Lorsqu'il  fut  monté  sur  le  trône,  il  remplaça  la  petite 
église  de  Sainte-Iraï  par  une  superbe  basilique  qu'il  dota 
richement  -.  Quelle  était  cette  sainte  dont  le  nom  revient 
sous  diverses  formes  dans  les  légendes  coptes  ?  Est-ce  la 
sœur  de  S.  Apatir  3,  ou  plutôt  son  homonyme  Ama  Irai', 
qu'avant  de  subir  elle-même  le  martyre  elle  alla  vénérer 
dans  son  sanctuaire  à  Taramôou  de  Memphis  *  ?  Et  celle- 
ci  serait-elle  Ste  Emmerayes  ''  ?  Si  la  tradition  copte  et 
éthiopienne  n'est  pas  ici  comme  trop  souvent,  hélas,  d'une 
absolue  netteté,  on  n'hésitera  guère  à  reconnaître 
la  sainte  de   Menouf  dans   cette    notice    des   svnaxaires 


1,  Duchesne,  t.  c,  p.  12-14  ;  P.  Sinthern,  Der  rumischc  Abbacyrus 
dans  Romische  Quartalschrift,  t.  XXII  [  1908),  p.  196-239. 

2)  Zotenberg,  Chronique  de  Jean,  évêque  de  Nikiou,  LXXXIV,  dans 
notices  et  extraits,  t.  XXIV,  p.  488-89  Cf.  Anulect.  Bolland.  t. 
XXVII,  p.  73. 

I3)  BHO.  73,  74.  Celle-ci  serait  aussi  désignée  sous  le  nom  de 
Mahrail.  Voir  P.  Pekters  dans  Analect.  Rolland.,  t.  XXIII,  p.  482. 
Ajoutons  pour  mémoire  la  martyre  'Hpaiç,  citée  p.  250. 

I    Hyvernat,  Les  Actes  des  martyrs  de  l'église  d'Egypte,  p.  94. 

5    BHO.  376,377- 


260  CENTRES   DU    CULTE   DES    MARTYRS. 

grecs    au    5    octobre    :  Mepoiïbcç    èx  nôXeuuç    Méucpewç  '. 

En  passant  de  l'Egypte  aux  îles  grecques  *  nous  ne 
pouvons  oublier  de  donner  une  mention  de  l'île  de  Chypre, 
qui  figure  deux  fois  au  martyrologe  hiéronymien  — 
disons  mieux,  dans  nos  copies  du  martyrologe,  au  g  et  au 
20  février.  C'est  une  pure  erreur  de  copiste,  et  les  saints 
nommés  sous  cette  rubrique  appartiennent  authentique- 
ment  à  l'Egypte  r>.  Le  culte  de  S.  Barnabe  n'a  pas,  chez 
les  Cvpriotes,  de  racines  dans  la  tradition  antique.  On  en 
connaît  les  origines  relativement  tardives  et  peu  régu- 
lières '.  Malgré  des  Actes  d'une  certaine  étendue,  tout 
demeure  obscur  dans  l'histoire  d'un  martyr  Polychronius, 
honoré  dans  l'île  de  Chypre  s. 

L'île  de  Crète  vénère  spécialement  un  groupe  de  dix 
martyrs,  dont  deux  textes  hagiographiques  racontent 
l'histoire  c.  Les  évêques  de  Crète,  écrivant  à  l'empereur 
Léon,  au  milieu  du  Ve  siècle,  attestent  leur  confiance  en 
ces  saints  protecteurs  de  leur  pays  :  decem  martynbus  pro- 


1)  Svnax.  eccl.  CP.,  p.  112.  Le  30  mai  simplement:  tP|ç  fr(îaq 
udp-rupoç  'lepaiboç,  ib.  p.  717.  Le  5  septembre  (p.  i8),  1rs  synaxaires 
annoncent  une  martyre  égyptienne  du  nom  de  cHpaïç  ;  le  4  mars 
(p.  506)  une  sainte  du   même  nom,  ^ans  mention  de   l'Egypte. 

i-  Les  reeherches  de  M.  H.  Achelis,  Spuren  des  l' rchristentums  au/ 
den  griechischen  Insein,  dans  Zeitschrift  pur  die  neutkstament- 
liche  WlSSENSCHAFT,  I  I  |  iuooi.  p.  87-100,  n'apportent  aucune  contri- 
bution à  l'histoire  du  culte  é  tyrs. 

3)  Saints  de  Chypre  dans  Analecta  Boli  u*D.,t.XXVI,p.»34-35.Une 
partie  des  confesseurs  qui  travaillaient  aux  mines  de  Palestine  furent 
envoyés,  la  septième  année  de  la  persécution,  en  Chypre;  plusieurs 
y  sont  morts,  sans  doute,  mais  nous  n'avons  pas  de  détails  sur  cette 
colonie.  Eusêbe,  De  mari.  Palaest.  xni,  2 
14)  Ibid.,  p.  235-36. 
15  Ibid.,  pp.  175-78,  28.2-83. 

[196,1197  Sur  une  prétendue  translation  d     Dix  martyrs 
à  Constantinople,  voir  Ana         i     'land.,  t.  XVIII,  p.  280. 


l'orient.  261 

vincialibus  '.  Sur  S.  t\  1  ille  évêque  et  martyr  de  Gortyne, 
nous  avons  mieux  que  les  récits  hagiographiques  qui  le 
concernent  -.  La  notice  de  l'hiéronymien,  au  9  juillet, 
Cyrilli  episcopi  igiu  traditi  ',  s'éclaire  par  cette  mention  des 
synaxaires  les  plus  anciens,  à  la  même  date  :  KupîMou, 
àpxiemcrKÔTTOu  KpiixiiÇ  unipoTToXiTou  roprûvriç  '.  S.  Tite 
n'est  pas  un  martyr.  Il  convient  toutefois  de  mentionner 
son  église,  qui  remonterait  au  VIe  siècle s. 

Les  actes  de  S.  Isidore  ne  laissent  pas  que  de  présenter 
d'assez  grandes  difficultés  6.  On  ne  peut  nier  l'antiquité  de 
son  culte  dans  l'île  de  Chio,  puisque  sa  basilique  y  était 
déjà  célèbre  au  temps  de  Grégoire  de  Tours  7  ;  les  Afri- 
cains vénéraient  ses   reliques  8. 

La  Grèce  occupe  bien  peu  de  place  dans  l'histoire  des 


1    Hardouin,  Concilia,  t.  II,  p.  767. 

(2)  BHG*.  467;  Synax.  cal. CF.,  au  5  septembre  et  au  i4Juin,  pp.  17, 

750. 

13'   Ainsi  dans  les  manuscrits  B,  W.   Le  ms.  E  porte  simplement 

Cyrilli  episcopi. 

(4]  Synax.  eccl.  Cl'.,   p.  807.   Outre  cette  date,  et  celles  que  nous 
avons  indiquées  plus  haut,  il  est  encore  nommé  au  28  mars,  p.  568. 

151  Gerola,  Monumenti  veneti  neW  isola  di  Creta,  t.  II,  p.  31.  —  Nous 
n'avons  pas  à  nous  occuper  ici  de  S.  Philippe,  évêque  de  Gortyne,  que 
les  anciens  martyrologes  ignorent,  et  qui  apparaît  dans  les  martyro- 
>  historiques  du  IX<=  siècle.  Adon  le  cite  deux  fois,  le  n  avril  avec 
une  notice  tirée  de  S.  Jérôme,  De  viris  illustrions,  xxx,  et  le  8  octobre 
avec  deux  lignes  extraites  de  Rufin,  llist.  eccl.,  IV,  23.  K.  J  Neumann, 
Der  rûmische  Staat  und  die  allgemeine  Kirche,  p.  291,  dit  à  propos  de 
S.  Philippe-  :  «  Sein  Martyrium  ist  herausgesponnen  ausEuseb.  H.  E. 
IV,  23,  5,  et  il  souligne  ces  mots  axe  br\  èui  nXdoxaxç  laaptupou- 
u  i.  v  r)  ç  àvbpa-raGiaiç  Tqç  ûtt'  aùrôv  èKKkr\oiaq.  Il  faut  se  rappeler 
que  les  compilateurs  du  IX'-  siècle  ne  lisaient  pas  le  grec,  que  Rufin 
n'écrit  aucun  mot  qui  puisse  faire  naître  l'équivoque,  et  enfin  que  nulle 
part,  dans  les  martyrologes,  Philippe  ne  porte  le  titre  de  martyr. 
61  BHG2  960,  961   Ci'.  Synax.  ceci.  CP.,  au  14  mai,  pp.  683,  1012. 

(7)  In  gloria  martyrum,  ci 

Monceaux,   Enquête   sur  l'épigraphie    chrétienne   d'Afrique,    IV, 
n.  jôi  :  sanct:  Ucsidori. 


262         CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

persécutions   et   du   culte  des  martyrs.   Athènes  compta 
parmi  eux  son  évêque  Publius,  au  témoignage  de  Denys 
de  Corinthe  '.  Fut-il  honoré   par  ses  fidèles  ?  Nous  l'igno- 
rons .  Les  martyrs  de  Corinthe  Léonide  et  ses  compagnons 
ne  figurent  pas  seulement   au  martyrologe  syriaque  et  à 
l'hiéronymien  à  la  date   du  16  avril    2;  la  tradition   litur- 
gique des  Grecs  est  d'accord  avec  ces  documents,  et  les 
plus  anciens   svnaxaires  les    nomment  à  la  même  date  3. 
Une  tradition  antique  localise  à  Patras  en  Achaïe  la  fin 
delà  carrière  de  l'apôtre  André.  L'hiéronymien  s'en  fait 
l'écho  au  5  février  et  au  30   novembre  *.  C'est  de  là  que 
Philostorge   fait  venir  les    reliques  qui   furent  solennelle- 
ment transférées  à  Constantinople  5.  Paulin  de  Noie,  qui 
obtint  des  reliques  de  l'apôtre  pour  ses  basiliques  de  Fundi 
et  de  Noie  6,  affirme  que  Dieu  donna  ce  trésor  à  Patras  7. 
Sa  basilique  est  une  de   celles  dont  la  renommée  est  arri- 
vée jusqu'à  Grégoire  de  Tours  8.   Ceci  ne  doit   pas  nous 
empêcher  de  rappeler  que  Arka  en  Phénicie   prétendait 
également  posséder  le  corps  de  l'apôtre  !'. 

Le  grand  patron  de  l'Épire  semble  être  S.  Donat,  qui 


(1)  Dans  Eusèbe,  Hist.  ceci.,  IV,  23,  2,  3. 

(2)  Après  les  noms,  malheureusement  défigurés,  les  manuscrits B,  W 
tenl  omnium  in  marc  mersorum,axL 20  juillet, l'hiéronymien  annonce 

encore  in  Chorinto  (in  Choranto)  Cyriaci,  Donati  etc.  que  nous  n'avons 
pas  le  moyen  d'identifier. 

(3)  Synax.eccl.  CP.,  p.  605.  La  notice  dans  d'autres  svnaxaires  le  len- 
demain, p.  609. 

(4)  Au  5  février  :  In  Oriente  Patras  ordinatio  cpiscopatus  sancti  An- 
dreae  apostoli  ;  au  30  novembre:  In  Acltaia  civitate  Patras  natal is  sancti 
Andreac. 

(51  Hist.  ceci.,  III,  2,  /'.  G.  t.  LXV,  p.  481. 

(6)  Epist.  XXXII,  17,  Hartel,  p.  292  ;  Carm.  XXVII,  406,  Hartel, 
p.  280. 

(71  Carm.  XIX,  78,  336,  Hakteî  ,  pp.  121,  130. 

(8)  Ingloria  martyrum  XXXH  ;   I>e  miraculis  h.  Andreac,  XXXVII. 

(9)  Vita  Pétri  Iberi,  Raabe,  p.  <j<j. 


l'orient.  263 

n'est  pas  un  martyr  '.  et  dont  le  nom  est  attaché  à  deux 
châteaux  forts  de  Justinien  *.  Deux  autres  forteresses 
sent  nommées  6  crrioç  lotjSiavôç  et  toû  âxiou  ZapMvou  \ 
Sabinus  Sabinianus  serait-il  un  martyr  delà  contrée  ? 

Un  groupe  de  martyrs,  qui  semble  avoir  été  honoré  le 
18  décembre,  n'est  connu  que  par  l'inscription  suivante, 
trouvée  à  Keserli,  en  Thessalie  : 

MapTÛpw[v]  [Mujjdvvou  Aoukû  'Avbpéou  Aewvibo[u]  xyt] 
uctpTÛpiov  ti]  Trpô  ie'  Ka\[avbwv]  Ma[vouapiou]  un,u  r\Gt... 
nbou  ôut'  aÙTiûv  o"uuT[iipiaç]  '. 

Nous  avons  dit  ailleurs  les  difficultés  que  soulève  la 
question  des  origines  du  culte  de  S.  Démétrius  à  Thessa- 
lonique.  Le  martyrologe  oriental  ne  connaît  point  ce 
martyr,  ou  plutôt  il  le  place  à  Sirmium,  au  9  avril  :  in 
Sirmia  Demetri  diacom  \  On  sait  d'ailleurs  qu'au  Ve  siècle, 
Léontius,  préfet  d'Illyriè,  en  reconnaissance  d'un  bien- 
fait reçu,  bâtit  deux  basiliques  en  l'honneur  de  S.  Démé- 
trius, l'une  à  Sirmium,  l'autre  à  Thessalonique  On  ajoute 
que  cette  dernière  renfermait  le  corps  du  martyr  ;  l'autre 
avait  reçu  des  reliques,  ses  vêtements  teints  de  sang. 
L'emplacement  de  la  basilique  de  Thessalonique  en  pleine 
ville,  les  origines  tardives  du   culte  à  cet  endroit,  l'indice 


(i)  Cf.  Synax.  ceci.  CF.,  p.  1031. 

2   Procope,  Deaedif.,  IV,  4,  Dindorf,  p.  279. 

3)  Ibid  ,  Dindorf,  pp.  277,  279. 

C'est  la  lecture  de  M.  G.  Lampakis,  KaxdXoTOç  kgù  ia-ropia  toû 
Mouaeiou  Tfjç  xPl0"riavlKnÇ  àpxaioXoflaç  (Athènes,  19061,  p.  68, 
avec  un  fac-similé  malheureusement  peu  distinct.  Le  P.  Pargoire, 
dans  Vizantijskij  Vremennik,  t.  X  (1903),  p.  636.  et  A.  E.  Contolkon 
dans  Revue  des  études  grecques  t.  XVII  1904),  p.  3,  lisent  :  MapTÛpiov 
Maidvvou,  Aoukô,  'Avbpéou,  Aeaiviba...  uapTUpn.advTUJv  Trpô  trévTe 
KCtXXavbwv  'lavouapiou.  Le  texte  de  M.  Lampakis  est  plus  fidèle.  A 
noter  surtout  la  différence  de  date. 

5'  Les  légendes  grecques   des  saints  militaires,  p.  107-108. 


264  CENTRES    DU    CULTE   DES    MARTYRS. 

fourni  par  le  martyrologe  porteraient  à  croire  que  le 
tombeau  du  saint  se  trouvait  plutôt  à  Sirmium  et  la 
relique  ensanglantée  à  Thessalonique. 

L'importance  de  cette  ville  expliquerait  que  le  cours  de 
la  dévotion  envers  S.Démétrius  se  soit  plutôt  portée  de  ce 
côté,  et  que  le  sanctuaire  principal  de  Sirmium  ait  fini  par 
n'occuper  qu'un  rang  effacé.  Quoi  qu'on  en  pense,  la  fon- 
dation de  Léontius  à  Thessalonique  imprima  un  élan 
extraordinaire  à  la  piété  des  fidèles.  S.  Démétrius  et  sa 
basilique  devinrent  comme  le  centre  de  la  vie  du  peuple  de 
Thessalonique,  le  patron  et  le  défenseur  de  la  ville,  l'avo- 
cat et  l'intercesseur  auquel  on  a  recours  dans  toutes  les 
nécessités.  Le  saint,  son  sanctuaire,  ses  miracles  ont  été 
l'objet  d'une  foule  d'écrits  qui  témoignent  tous  de  la  con- 
fiance enthousiaste  et  universelle  des  peuples  '.  La  basili- 
que de  S.  Démétrius  a  été, à  partir  du  Ve  siècle  et  durant  le 
cours  du  moyen  âge  un  des  grands  centres  d'attraction  des 
pieux  voyageurs  chrétiens'2. 

Bien  que  la  gloire  de  cet  illustre  martyr  ait  quelque  peu 
éclipsé  celle  des  autres  saints  de  Thessalonique,  elle  n'a 
pas  complètement  effacé  leur  souvenir.  La  même  ville  est 
représentée  dans  le  martyrologe  oriental  par  les  saints 
Fronton  et  trois  compagnons  au  14  mars,  Chionia  et  Agape 
au  2  avril.  Théodule et  Agathopus  au  4  avril.  Le  premier 
de  ces  groupes  n'a  pas  laissé  d'autre  trace.  Il  n'en  est 
pas  de  même  du  second.  Les  Actes  des  saintes  Agape, 
Irène  et  Chionia   ne    nous    renseignent  guère,  il  est  vrai, 

;  BHG8. 496-547.  Sur  la  fête  de  S.  Démétrius  et  sur  les  souvenirs 
^on  culte  à  Thessalonique,  voir  Tafel,  De  rhcssalotiica,  p.  227- 
331;  P.N.  Papageorgiou,  dans  Byzantinische  Zeitschrift,  t. XVII  11908), 
p.  321-81. 

(2)  Sur  la  basilique,  voir  Diehl-Le  Tourneau,  Les  mosaïques  de 
Saint-Démétrius  de  Salonique,  Monv]  ioires  Piot,  t.  XVIII 

lii),  p.  225-47. 


l'orient.  265 

sur  le  culte  des  trois  martyres,  malgré  les  bons  éléments 
que  renferme  ce  récit  '.  Mais  nous  savons  par  une  autre 
source  que  leur  basilique  était  située  près  des  murs  de  la 
ville  *.  Il  existe  également  une  Passion,  de  mince  valeur, 
malheureusement,  des  saints  Théodule  et  Agathopus  3.  On 
montrait  à  Thessalonique  l'endroit  où  les  corps  de  ces 
martyrs  avaient  été  jetés.  C'était  là,  sans  doute,  une  de 
ces  traditions  populaires  très  discutables,  mais  qui  prouve 
que  le  culte  des  deux  saints  était  en  honneur  dans  la  ville  *. 
La  liste  des  martyrs  de  la  persécution  de  Dioclétien  dres- 
sée par  l'auteur  de  la  Passion  des  saints  Gurias  et  Samo- 
nas  comprend  un  saint  Agapetos  de  Thessalonique, 
'ATcarriTÔv  èv  Oeo"0"a\oviKn.  s,  dont  nul  autre  document 
ne  fait  mention.  On  est  tenté  de  se  demander  si  l'hagiogra- 
phe  n'a  pas  voulu  écrire  WfaGÔTTOuç.  Ce  n'est  qu'une  con- 
jecture, évidemment. 

Le  culte  de  Ste  Matrone,  dont  nous  avons  les  Actes  dans 
une  vieille  traduction  latine  6,  n'est  pas  moins  bien  établi. 
Elle  avait  une  basilique  hors  ville  :.  On  nous  apprend 
même  que  le   peuple    de   Thessalonique,   par  crainte   de 


.    BHG*.  34. 

(2)  Miracula  auct.  îoanne  Thessalonic.,  xn.  BHG-.  511:  uéxpi  toû  ae- 
Puauiou  Teu^vouç  twv  xpiwv  àYÎujv  uapxûpuuv  Xiôvnç,  Eipr)vr)ç  kcù 
'A-fcnrr|ç,  ôîrep,  diç  l'axe,  ppaxuxdxw  biaaxn,,uuxi  toû  xf|ç  tt6A.6ujç 
t€Îxouç   àqpéaxn,Kev. 

(3)  BHG*.  1784.  La  date  du  4  avril  est  confirmée  par  les  synaxaircs. 
Synax.  eccl.  CP.,  p.  583. 

(4     Vita  S.  David  Thessalonic. ,  Rose,  p.  13. 

(51  Gebhardt-Dobschutz,  Die  Aktcn  der  Edessenischen  Bekenncr 
Gurjas,  Samonas  und  Abibos,  p.  6  Le  texte  syriaque  actuel  ne  contient 
pas  le  nom  d' Agapetos.  Les  éditeurs  l'ont,  avec  raison,  introduit  dans 
le  texte  sur  la  foi  de  l'ancienne  version  grecque. 

(6)  BHL.  56S8.  Résumé  des  Actes  grecs  dans  Synax.  ceci.  CP.,  au 
27  mars,  p.  563. 

71  Miracula  S.  Demelrii  a.   Ioanne  Thessalonic.  BHG   511,  xn,  : 
tô  irebiov  toû  ae^aaiiiou   vaoû  Tf|ç  xpiaxocpôpou  udprupoç  Maxpûjvnç- 


266  CENTRES   DU    CULTE   DES    MARTYRS. 

livrer  aux  profanations  des  barbares  les  corps  des  mar- 
tyrs, les  avait  soigneusement  enfouis  sous  terre,  si  bien 
qu'à  l'exception  de  celle  de  Su  Matrone,  on  ne  connaissait 
plus  les  châsses  qui  les  contenaient  '.  La  date  marquée 
en  tête  de  la  passion  latine,  VIII kal.  mari,  permet  d'iden- 
tifier avec  notre  martyre  la  Matrona  perdue  dans  une  liste 
très  confuse  du  martyrologe  hiéronymien  au  22  février. 

On  a  exhumé  à  Thessalonique  une  plaque  de  marbre 
avec  cette  inscription  Domesticus  positus  ad  do(mnum) . 
Ioan(nem)  dat  sol(idos)  très  et  semis  pro  memorwm  -'.  Il 
s'agirait,  d'après  cela,  de  la  concession  d'une  tombe  à 
proximité  d'un  martyr  Jean.  Nous  n'avons  aucune  donnée 
certaine   sur   un   martyr  de  Thessalonique   de  ce   nom  5. 

Il  est  question,  dans  un  texte  du  Xe  siècle,  d'un  moine 
de  POlympe  enseveli  àThessalonique  èv  tuj  toû  udpTupoç 
Iujéovtoç  bôuu/.  On  ne  peut  s'empêcher  de  songer  au 
martyr  Sozon  du  7  septembre;  mais  ses  Actes  le  rattachent 
à  la  Cilicie  s. 


Le  sol  de  Byzance  fut-il  arrosé  du  sang  des  martyrs 


«  ? 


Ibid.,  mi,  BHG2.  506:  Ojç  ur)oè  \xè%p\  vuv  -rn>auYwç  unbevôç 
tiiiv  èv  aÛTi]  iu(f>Tupr|cravTwv  àriobôxouç  en.Kaç  YvwaOtïvai  nXnv 
Tf)ç  0€|avoTÔTnç  Kod  Ttavorfiaç  TrapGévou   Maxpiijvaç. 

P.  Perdrizet,  dans  Mélanges  d'archéologie  et  d'histoire,  t.   XXV 

1905),  p.  88. 

!  des  martyrs  (Acta  SS.  iun.  t.  I,  p.  48),  où  M.  Perdrizet, 

p.  89,  trouve  deux  fois  le  nom   de  Jean,  est  une  de  ces  longues 
séries  de  Fhiéronymien  dont  il  faut  désespérer. 
(4)  BHG».  655,  c. 

5  ]:i  IG  .1643,  1644.  Un  autre  texte  de  date  relativement  récente, 
1.,  Vii  d<  S  I  avid  de  Thessalonique,  BHG».  493,0.  2,  mentionne  une 
uovn,  tiiiv  àfiiuv  uapxùpuuv  ©eobiûpou  Kal  Mt-pKoupiou,  et  les  syna- 
xaires,  au   1  e,   donn  ;n   s-   "(,m- 

ninus  de  Th<  ssalonique  parfaitemenl  inconnu  d'ailleui 

dansles  qui  vont  suivre  notre  travail  Saints 

de  Thra  t   i  de  Mésie,  Anale»  1  .  B01  land.,  t.  XXXI,  p.  161-300. 


l'orient.  267 

Un  texte  de  Tertullien  indique  assez  clairement  que 
Caecilius  Capella,  vers  les  débuts  du  IIIe  siècle,  y  sévit 
contre  les  chrétiens  ;  mais  les  victimes  ne  sont  point  nom- 
mées '. 

Dans  son  discours  contre  les  Ariens  prononcé  à  la  fin 
de  novembre  380,  après  que  Théodose  eut  rendu  aux 
catholiques  leurs  églises.  S.  Grégoire  de  Nazianze  attri- 
bue cette  victoire  aux  martyrs  et  se  réjouit  de  la  restau- 
ration de  leur  culte  trop  longtemps  négligé  -.  Ces  martyrs 
sont  sans  doute  ceux  que  Byzance  possédait  en  propre. 
Malheureusement,  rien  ne  laisse  deviner  leurs  noms. 

Deux  martyrs  célèbres  passent  pour  avoir  souffert  à 
Bvzance,  S.  Mocius  et  S.  Acace.  Leurs  légendes  sont  for- 
melles  sur  ce  point  5.  La  fête  du  premier  se  célébrait  le 
11  mai,  date  de  la  fondation  de  Constantinople  ;  celle 
d'Acace  le  8  du  même  mois.  Nous  les  retrouvons,  avec 
quelques  autres,  dans  le  martyrologe  oriental,  dont  les 
notices  suivantes  doivent  ici  entrer  en  ligne  de  compte. 
D'abord  celles  de  l'abrégé  syriaque  : 

10  MAI  :  à  Nicomédie  Akakios  le  martyr. 

11  mai  :  à  Constantinople  Maximus. 

19  mai  :  à  Constantinople,  à  Byzance,  Hesychws  et  d'autres 
martyrs. 

Le  martyrologe  hiéronymien  : 

8  mai  :  Constantinopoli  Agathi  (Agati)  inilitis,  Maximi 
presbyteri. 


1    Tertullien,  Ad  Scapulam.  3,  Oehler,  t.I,  p.  545. 
z]  Orat.  XXXV,  1,  P.  G.  t  XXXVI,  p.  257. 

(3)  Légende  de  S.   Mocius,  Analect.  Bolland.,  t   XXXI,  p.    163-76 
légende  de  S.  Acace,  BHG2.  13. 


268         CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

10  mai  :  Mecae  (Moece.  MoecaeJ...  Acaci...  Mutaci...  Con- 
stantiae  Ma.ximi  (Maximae). 

18  mai  :  Constantinopoli  Efuchi  (Enchi). 

7  juin  :  In  Begantium  (Begarecium)  quae  est  Constantino- 
poli Pauli...  Achaa  (Accadi,  Cachaci)  Moechi  (Mochi,  Mona- 

chi). 

15  juin  :  Constantinopoli  MotiifMuci,  Nuci). 

9  juillet  :  in  Mediolano  Moechi  (Meci,  Monachi). 

16  juillet  :  Mediolano  Mochi  (Moeci,  Mochari). 

Si  nous  écartons  de  cette  liste  l'Hesychius  du  19  (18) 
mai,  un  martyr  dont  nous  ne  connaissons  que  le  nom 
par  cette  unique  source,  et  au  7  juin  Paul,  qui  estl'évêque 
de  Constantinople,  mort  en  exil,  il  nous  reste  trois  noms  : 
Acacius,  Mocius,  Maximus. 

Acacius  est  à  sa  date  véritable  dans  l'hiéronymien  ;  deux 
jours  plus  tard,  Le  syriaque  l'annonce  sous  Nicomédie. 
Avait-il  une  fête  spéciale  dans  cette  ville  ou  y  a-t-il  erreur 
dans  la  rubrique?  Dans  l'hiéronymien  il  est  ce  jour-là 
rapproché  de  Mocius  et  de  Constantinople.  Le  7  juin 
Acace  est  rappelé,  pour  taire  cortège,  avec  Mocius, à  l'évê- 
que  martyr. 

Le  n  mai,  date  traditionnelle  de  la  fête  de  S.  Mocius, 
l'hiéronymien  ne  renferme  aucun  nom  qui  ressemble  à 
celui-là,  et  la  rubrique  Constantinople  ou  Byzance  fait 
défaut.  Mais  la  veille,  on  reconnaît,  au  milieu  d'un  étrange 
desordre,  d'une  part  le  nom  cpii  doit  représenter  Mocius, 
de  l'autre  Constantiae,  qu'il  n'est  pas  téméraire  de  corriger 

I  n  Constantinopoli  En  effet,  ce  nom  est  accole  à  celui  de 
Maximus,  ce  qui  nous  ramène  à  l'abrégé  syriaque,  lequel, 
a  la  date  du  11,  annonce  un    Maximus  de    Constantinople. 

II  est  probable  que  Maximus  n'est  autre  que  Mocius  lui- 
même,  dont  le  nom  a  été  enregistré  sous  cette  forme   dans 


l'orient.  269 

le  martyrologe  oriental.  La  correspondance  du  lieu  et  de 
la  date  n'est  pas  ici  le  seul  indice.  Nous  en  avons  un  autre 
dans  la  notice  du  8  mai,  qui  associe  le  prêtre  Maximus  au 
soldat  Acace.  Or,  d'après  la  légende,  qui  semble  bien 
indépendante  du  martyrologe, Acacius  était  soldat,  Mocius 
était  prêtre. 

On  ne  sait  pourquoi  Mocius  est  encore  nommé  le 
15  juin.  Les  deux  commémoraisons  du  mois  de  juillet, 
in  Mediolano,  doivent  se  rapporter  à  une  translation  de 
reliques  que  Milan  aura  demandées  à  Constantinople. 
Comme  nous  l'apprend  S.  Victrice,  Mocius  comptait  au 
nombre  des  saints  dont  la  réputation  de  thaumaturge  était 
le  mieux  établie  '.  Son  culte  se  propagea  jusqu'en  Es- 
pagne, et  le  calendrier  de  Carmona  2,  le  plus  ancien  du 
pays,  annonce  III  idus  maias  sancti  Crispini  et  Muci 
mar(tyris). 

Les  deux  anciens  martyrs  de  Byzance  avaient  leur 
sanctuaire  propre.  La  construction  de  la  basilique  de 
Saint-Mocius  est  attribuée  à  Constantin  dans  des  textes 
qui  font  honneur  au  premier  empereur  chrétien  de  beau- 
coup d'entreprises  de  ce  genre  3.  Il  ne  faudrait  pas  se 
contenter  d'un  témoignage  aussi  peu  sûr.  Malheureuse- 
ment, Eusèbe,  qui  pourrait  nous  éclairer,  manque  ici  de 
précision.  Il  se  borne  à  mentionner  en  termes  généraux 
les  fondations  de  l'empereur  en  l'honneur  des  martyrs, 
distinctes  de  la  basilique  des  Saints-Apôtres:  Maprupiotç 
ré  ae-ficrrc-iç  Ken  TrepicpaveOTaTOiç  oïkoiç  toîç  )aèv  rrpô  toû 
aerreoç  toîç    6è    èv   aÙTw    tuyx«vouo"i,     b\      ujv    ôuoû    koù 


(1)  De  laude  sanctorum,  xi,  P.  L.  t.  XX,  p.  453. 
(3)  Analect.  Bolland.,  t.  XXXI,  p.  320. 

(3)    Preger,  Scriptores  originum  Constantinopolitanarum ,  p.  214-15 
Theophanis  Chronogr.  ad  an.  5816,  Db  Boor,  t.  I,  p.  23. 


270         CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

tôç  tlùv  .uapTÛpwv  uvn.uaç  èTÎua  '.  Il  est  possible  que  la 
basilique  de  Saint-Mocius  soit  comprise  dans  cette  dési- 
gnation ;  l'on  serait  même  tenté  de  se  demander  si  la  coïn- 
cidence des  èYxaivia  xf)ç  TrôXewç  avec  l'anniversaire  de 
S.  Mocius  au  11  mai  est  purement  fortuite,  et  s'il  n'est 
pas  permis  d'y  voir  un  indice  de  la  dévotion  spéciale 
de  l'empereur  pour  le  martyr  de  Byzance  2.  Retenons 
seulement  que  l'église  de  Saint-Mocius  est  fort  ancienne. 
Ammonius,  qui  mourut  au  conciliabule  du  Chêne,  fut 
enterré  èv  Tf)  Mwxiou  udprupoç  éttujvûiuuj  èKK\n,oia  3. 
Elle  est  mentionnée  de  nouveau  à  l'époque  du  concile 
d'Éphèse  *  et  fut  rebâtie  par  Justinien  sur  un  plan  plus 
vaste. 

On  veut  que  ce  soit  aussi  Constantin  qui  bâtit  Saint- 
Acace.  Ici  encore  les  témoignages  formels  ne  sont  pas  suffi- 
samment sûrs. Le  plus  ancien  est  celui  de  Socrate.  Ilsignale, 
sous  le  règne  de  Constance,  l'église  èv  f\  tô  cruùua  toû 
udpTupoç  'Akcckîou  aTTÔKetrai  s,  comme  celle  où  le  corps 
de  Constantin  aurait  été  transporté  par  Macédonius,  et 
qui  aurait  été  à  cette  occasion  le  théâtre  de  scènes  san- 
glantes. Nous  savons  que  le  saint  corps  reposait  au  lieu 
dit  Xxaupiov,  qui  se  laisse  identifier  sans  trop  de  peine. 
Il  est  raconté  que  les  reliques  de  vS.  Etienne  furent  débar- 
quées â  Constantinople  év  tuj  ZeÛTuern  eiç  tô  iTcxupîov  c. 
On  est  d'accord  pour  placer  le  Zeûrua  entre  les  deux 
ponts  qui  rejoignent  Constantinople  à  Galata  par  dessus 

1  Vita  Cnnstantini,  III,  48,  Heikel,  p.  98. 

2  Ii  faut  dire  que  les  historiens  n'insinuent  rien  de  semblable.  Voir 
Th.  Preger,  Das  Gruendungsdatum  von  Konstantinopel,  Hermès, 
t.  xxxvi    19' >%  p.  336-42. 

ne,  riist.  ceci.,  vin,  17,  5. 

I4   Voir  Ad.  SS.  maii,  t.  II,  p.  621. 

(5)  Hist.  ceci.,  11,38. 

(6)  PassioS.  Stéphane,  BHG*.  1649,  c.  14. 


l'orient.  271 

la  Corne  d'Or  '.  L'endroit  est  situé  en  dehors  de  l'ancienne 
enceinte  de  Byzance,  et  vérifie  la  Loi  générale  qui  place 
dans  la  banlieue  toutes  les  sépultures,  y  compris  celles  des 
martyrs. 

Au  dire  du  même  historien  Socrate,  il  y  avait  dans  la 
capitale  un  autre  sanctuaire,  moins  important,  consacré  à 
la  mémoire  de  S.  Acace.  Un  grand  édiiiee  de  Constanti- 
nople  devait  son  nom  de  Kapua  à  un  noyer  qui  se  voyait 
dans  le  vestibule,  et  auquel,  à  ce  qu'on  racontait,  le  mar- 
tyr S.  Acace  avait  été  suspendu.  Cette  tradition  était 
consacrée  par  un  petit  oratoire  placé  tout  à  côté  *.  Il  fut 
rebâti  et  sans  doute  agrandi  par  le  patrice  Narsès  !. 

Plus  tard,  les  textes  byzantins  citent  fréquemment  une 
église  de  Saint-Acace  sous  le  nom  de  ô  erpoç  'Akûlkioç  èv 
tlù  'EîTTacrKdXijj  ',  sur  lequel  les  topographes  n'ont  pas 
dit  le  dernier  mot s. 

Tels  sont  les  seuls  martyrs  de  Byzance  qui  se  rattachent 
aux  persécutions  romaines6.  Les  troubles  religieux  du  IVe 
siècle  firent  également  des  victimes  que  la  ville  impériale 
honora  comme  ses  martyrs  propres  :  l'évêque  Paul  et  ses 

(1)  J.  Pargoire,  Constantmople  :  la  porte  Basilikè,  dans  Échos 
d'Orient,  t.  XI  11906  ,  p.  31  ;  S.  Salavillë,  Les  églises  de  Saint-Acace 
à  Constantinople,  dans  Échos  d'Orient,  t.  XI I1909),  p.  105. 

(2)  Hist.  eccl.,  VI,  23.  Quelques  archéologues,  tels  que  Mordtmann  et 
Salavillë,  t.  c.,  p.  108,  sont  d'avis  que  Socrate  parle  aux  deux  endroits 
du  même  édifice.  Le  texte  de  l'historien  donne  une  impression  toute 
contraire.  D'une  part  il  s'agit  d'une  éKK\n.<jia,  de  l'autre  d'un  oÎKiaxoç 
eÙKTr)pioç. 

(3)  Preger,  Scriptores  originum  Constantinopolitanarum,  p.    253-5.4. 

(4)  Voir  par  exemple  Synax.  eccl.  CP.,  pp.  369,  661,  664,730,  834, 
933  j  Preger  Scriptores,  p.  214  ;  Ducange,  Constantinopolis  christiana, 
t.  II,  p.  118. 

I51  Voir  Salavillë,  t.  c  ,  p.  107. 

(6)  Nous  avons  dit  ailleurs  ce  qu'il  faut  penser  des  saints  Manuel, 
Sabcl  et  Ismaël,  de  S.  Lucillien  avec  ses  compagnons  et  de  S.  Cal- 
listrate.  Analect.  Bolland.  t.  XXXI,  p.  232-34. 


272  CENTRES    DU    CULTE   DES   MARTYRS. 

familiers  Martyrius  et  Marcien,  connus  sous  le  nom  popu- 
laire de  saints  Notaires  '.  Paul  mourut  en  exil  et  son  corps 
fut  ramené  clans  sa  ville  épiscopale  par  les  soins  de  Théo- 
dose,  qui  le  lit  déposer  dans  l'ancienne  église  des  Macédo- 
niens, dont  Paul  devint  bientôt  le  titulaire  '2.  Les  gens  sim- 
ples, surtout  les  femmes,  dit  Sozomène-",  oublièrent  bientôt 
quel  était  ce  S.  Paul,  et  se  persuadèrent  que  le  corps 
saint  vénéré  clans  la  basilique  était  celui  de  l'apôtre.  Sur  le 
tombeau  de  Martyrius  et  de  Marcien  hors  les  murs  de  la 
ville  s'éleva  une  chapelle  dont  S.  Jean  Chrysostome  com- 
mença la  construction,  et  qui  fut  terminée  par  Sisinnius  '. 
On  voit  que  le  propre  des  saints  de  Byzance  n'est  pas 
très  considérable.  Mais  le  culte  des  martyrs  étrangers  ne 
tarda  pas  à  s'introduire  dans  la  ville  nouvelle,  et,  s'il  faut 
en  croire  certains  documents  dVpoque  tardive,  dont  les 
sources  ne  paraissent  pas  toujours  assez  sûres,  Constantin 
lui-même  aurait  été,  par  ses  constructions,  le  grand  propa- 
gateur de  ces  dévotions  importées.  On  n'hésita  pas  à 
rehausser  par  l'éclat  d'un  patronage  aussi  illustre  les  ori- 
gines d'un  bon  nombre  de  vieux  sanctuaires  de  la  cité  : 
Saint-Agathoniciis.  Saint-Emilien,  Saint-Ménas,  Sainte- 
Euphémie,  Saint-André,  Saint-Philémon,  Saint-Procope, 
Saint-Dion  u  de,Saint-Georges,Saint-Jean-Baptiste,Sainte- 
Thècle  '.  Les  églises  des  Saints-Carpus-et-Papylus  et  celle 
de  Saint-Romain  seraient  l'œuvre  de  l'impératrice  Hélène. 
S'il  est  vrai  que,  de  bonne  heure,  des  voyageurs,  comme 
Aetheria.  ont  été  frappés  par  la  multitude  des  sanctuaires 

i    BHG*.  1029;  Synax.  ceci .  CP.,  ..'5  octobre,  p.  161. 
So<  R  m  1..  Hist.  ceci.,  V,  9. 

;)  Sozom        .  flist.  eccl.,  VII,  10. 

j    S.  ,  Hist.  ceci.,  IV,  3. 

5    '.  Patria  dans  l'édition  de  Preger,  Scriptores  originum  Con- 

stantinopolitanarum,  index  I  phicus.  Vuii aussi  la  Constant 'inopo- 

lis  christiana  de  Ducangb. 


l'orient.  273 

de  Constantinople,  marlyria  quae  ibi plurima  sunt1,  il  est 
bien  difficile  de  démontrer  que,  dès  le  règne  de  Constan- 
tin, les  cultes  non  indigènes  aient  pris  le  grand  essor  que 
supposent  les  listes  des  topographes. 

Le  branle  semble  avoir  été  donné  par  l'introduction  des 
reliques  des  apôtres  André,  Luc  et  Timothée  dont  la  nou- 
velle capitale  s'enrichit  sous  Constance.  Depuis  lors  elle  ne 
cessa  de  chercher  ailleurs  de  quoi  réunir  un  trésor  sans 
rival,  et  nous  avons  vu  la  part  considérable  que  prit 
Constantinople  dans  le  mouvement  des  grandes  transla- 
tions-,Il  n'y  eut  pas  que  les  empereurs  et  les  évêques  pour 
attirera  Byzance  les  trésors  religieux  des  églises  étrangè- 
res. S.  Marcel  l'Acémète,  qui  tenait  tant  à  avoir  des  reli- 
quaires bien  garnis  ",  eut  sans  doute  des  émules,  et  il  est 
assez  probable  que  la  plupart  des  sanctuaires,  qui  couvri- 
rent rapidement  la  capitale  comme  d'un  réseau  serré, 
durent  leur  origine  à  des  envois  de  reliques. 

Pour  achever  de  donner  une  idée  du  culte  des  martyrs  à 
Constantinople  avant  la  hn  du  VIe  siècle,  nous  ferons  sui- 
vre quelques  dates,  de  provenances  assez  mêlées,  et  qui  se 
dérobent  parfois  à  un  contrôle  rigoureux. 

Juliana,  tille  de  Valentinien  (364-375),  bâtit  l'église  de 
Saint-Polyeucte  ',  celle,  probablement,  qui  était  encore 
visitée  du  temps  de  Grégoire  de  Tours  5. 

On  place  sous  le  règne  d'Arcadius  (395-405)  la  con- 
struction   des  églises  de  Saint-Eleuthère  6    et  de   Saint- 

(1)  Geyer,  Itinera  Hierosolymitana,  p.  76. 

Plus  haut,  p.  66-69. 
3    Voir  plus  haut,  p.  76,  n.  1. 
(4)  Patria  CP.,  III,  57,  Preger,  p.  227. 
5     In  çloria  martyrum,  cil. 

161  Patria  CP.,  III,  19,',  Preger,  p.  275.  Il  est  fait  mention  de  cette 
église  dans  Théodore  le  Lecteur,  I,  16,  P.  G.  t.  LXXXVI,  p.  173,  et 
dans  Moschus,  Pratum  spirituaU,  P.  G.  t.  LXXXVII,  p.  3009. 

Cuit.  Mart. 


274         CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

André  '.  Césaire,  qui  fut  consul  en  397,  bâtit  Saint- 
Thyrse-  et  Aurélien,  le  consul  de  l'an  400,  Saint-Etienne5. 
Nous  noterons  ici  la  fondation  d'une  autre  église  de  Saint- 
Etienne  par  Sisinnius,  évoque  des  Novatiens  (f  407),  le 
contemporain  de  S.  Jean  Chrysostome  *. 

Proclus (434-447) fit  construire  l'église  desSaints-Cosme- 
et-Damien  dans  le  Zeugma  3. 

Parmi  les  fondations  de  Pulchérie  (f  453Ï,  on  cite  l'église 
de  Saint-Laurent  6,  et  aussi  Saint-Etienne  du  Palais  7. 
Deux  églises  célèbres,  Saint-Théodore  et  Saint-Jean-Bap- 
tiste turent  bâties  par  deux  consuls,  la  première  *  par 
Sphoracius  (452),  la  seconde  par  Studius  (454)  qui  la  fit 
desservir  par  les  moines  Acémètes  et  donna  son  nom  au 
monastère  qui  s'établit  en  cet  endroit  9.  Anthémius  (467) 
serait  le  fondateur  de  Saint-Thomas  TrXncriov  toû  Bopcu- 
biou  '". 

S.  Marcien,  prêtre  et  économe  de  la  Grande-Église,  fut 
grand  bâtisseur  et  restaurateur  de  monuments  religieux. 
On  cite,  parmi  les  constructions  auxquelles  il  consacra 
son  patrimoine  ",  Sainte-Anastasie,  Saint-Théodore  èv  tûj 
Tevéïpu  '*,  Saint-Stratonicus  èv  tlù  'PriYÎuj,  Sainte-Irène, 
à  laquelle  il  ajouta  une  chapelle  pour  recevoir  les  reliques 

(1)  Chronicon paschalc,  Dindorf,  p.  566. 

(2)  Sozomène,  Hist.  ceci.,  IX,  2. 

;      rHÉODORE  LE  LECTEUR,  fragm.,  P.  G.  t.  LXXXVI.  p.    221. 

(4)  Sozoméne,  Hist. eccl.,  \'III,  24. 

(5)  l1  (tri  1  l   P.  III,  65,  PrEOER,  p.  239. 

rHÉODORi  leLbi  rsuR,  I,  5   P.  G.  t.  LXXXVI,  p.  168. 
17  Thbophanis    Ckronographia,  De  Boor,  t.  I.  p,  87.  Mention  dans 
Théodore  le  Le<  ni  r,  II,  a,  P.  G.  t.  c.  p   184 
(81  Justinibn,  Von  .  III.  1  :  ô  bè  aejkiapioç  oîkoç  toû  à-pou  pdpxu- 
bibpou  irapà  Eq>wpaK(ou  toO  tF|ç  évbôEou  |avr|jar|ç  dviepritBr). 
(9)  Théodore  le  Lecteur,  I,  17,  P.  G.  t.  c,  p.  173. 
to)  Chronicon  paschale,  ad  an.  451,  Dindorf,  t.I..  p.  591. 
ni    VitaS.Marciani,  BHG*.  1032. 
(12)  Cf.  Patria  (P..  III,  43,  Pri  gi  R,  p.  133- 


l'orient.  275 

de  S.  Isidore,  le  martyr  de  Chio  sans  doute.  Il  faudrait 
ajouter  encore  Sainte-Zoé,  où  reposait  le  corps  de  la 
martyre  '. 

Sous  le  patriarche  Gennade  s'éleva  l'église  de  Saint- 
Cvriaque -.  Saint-Théodose  tù  Kap^ouvdpia,  Saint-Jean  xà 
xaXoùueva  'IMou  3  et  Saint-Mamas  *  seraient  du  temps  de 
Léon  I  (457-474).  De  ce  règne  date  de  même  l'introduction 
des  reliques  des  Trois  Enfants  de  la  fournaise,  rapportées 
de  Babylone  *. 

On  rapporte  aux  années  d'Anastase  (491-518)  la  con- 
struction de  l'église  de  Saint-Artémius  èv  Tfj  'OSeict,  où 
furent  transportées  les  reliques  de  ce  saint,  des  églises  des 
Quarante-Martyrs  eîç  KuuvcrravTiavàç,  de  Saint-Thomas  èv 
toîç  'Auavriou6,  de  Sainte-Anastasie  tï)ç  0ap)uaKo\uTpiaç,de 
Saint-Philippe,  de  Saint-Platon  7.  La  fête  des  apôtres 
Pierre  et  Paul  était  depuis  longtemps  célébrée  à  Constan- 
tinople.  Festus,  sénateur  de  Rome,  persuada  à  l'empereur 
Anastase  de  donner  à  cette  fête  une  plus  grande  solen- 
nité 8. 

Avec  Justinien  on  voit  surgir  de  nouvelles  basiliques  et 
les  anciennes  revêtent  un  éclat  nouveau.  Procope,  qui  est 
ici  une  source  incomparablement  plus  sûre  que  la  plupart 


(1)  Sont  mentionnées  comme  existant  déjà  du  temps  de  S.  Marcien, 
l'église  de  Saint-Jean-Baptiste  èv  toîç  Aavin,\  (BHG-.  1032),  et  celle  de 
Saint-Thomas  èv  toîç  'Auavriou.  Théodore  le  Lecteur,  I,  32,  P.  G.  t. 
LXXXVI,  p  177. 

(2)  Théodore  le  Lecteur,  1, 17,  P.  G.  t.  c..  p.  173. 
Putria  CP..  III,  45,  a,  Preger,  pp.  334,  ^27. 

(4)  VoirJ.  Pargoire,  Les  Saint-Mamas  de  Constantinople,  Bulletin 
de  l'institut  archéologique  russe  de  Constantinople,  t.  IX 
(Sofia  1904),  p.  261-316. 

15I  Voir  plus  haut,  p.  248. 

16)  Patria  CP.,  III,  51,  55,  96,  Preger,  pp.,  235,  236,  249. 

(7)  Patria  CP.,  III,  103, 189,  40,  Preger,  pp.  250,  275,  232. 

(8)  Théodore  le  Lecteur,  II,  16,  P.  G.  t.  LXXXVI,  p.  189. 


276  CENTRES   DU    CULTE   DES    MARTYRS. 

des  documents  que  nous  avons  eu  à  citer  pour  les  temps 
antérieurs,  en umère, parmi  les  édifices  sacrés  auxquels  cet 
empereur  attacha  son  nom  ',  Sainte-Zoé,  les  Saints-Pierre- 
et-Paul,  les  Saints-Sergius-et-Bacchus,  les  Saints-Apôtres, 
Saint-Acace,  Saint-Platon,  Saint-Mocius,  Saint-Thyrsus, 
Saint-Théodore  èv  tûj  'Prioiin,  Sainte-Thècle,  Saint- 
Théodote,  Saint- Agathonicus,  les  Saints -Priscus-et- 
Nicolas  *,  les  Saints-Cosme-et-Damien,  Sainte-Irène  •>, 
Saint-Pantéléemon  ',  Saint-Tryphon,  les  Saints-Ménas- 
et-Mineus,  vSainte-Ia.  Il  faut  y  ajouter  Sainte-Théodora s. 
Saint-Mamas  fut  érigé  par  un  chambellan  de  Justinien  e. 

Aux  nombreux  martyrs  déjà  cités,  titulaires  d'églises 
ou  de  monastères,  viennent  se  joindre  encore  les  suivants, 
sig nalés  avant  la  fin  du  VIe  siècle:  S.Cirycus,  S.  Zénobius, 
Ste  Hermione,  S.  Dometius,  S.  Luc  ' ' ,  Stc  Aquilina  8,  S.  Co- 
non  %  S.  Paul,  les  SS.  Probus  et  Tarachus  "'. 

(1)  Procope,  De  aedif.,  I,  3-9. 

(2)  Priscus  (Martyrius)  et  Nicolas  sont  inscrits  comme  martyrs  dans 
les  synaxaires  le  22  septembre.  Synax.  ceci.  CP.,  p.  70. 

(3)  La  dédicace  des  églises  des  Saints-Apôtres  et  de  Sainte-Irène, 
où  l'on  voit  le  patriarche  apporter  en  grande  pompe,  sur  un  char  de  la 
cour,  les  reliques  des  martyrs,  est  rappelée  dans  Procope,  Deacdif., 
I,  2,  4  ;  Malalas,  Chronogr.,  XVIII,  Dindor]  .  pp.  484,  486. 

nalons  ici,  mais  sans  chercher  à  identifier  les  noms,  les  reli- 
ques qui  reposaient  dans  un  oratoire,  dont  parle  Théodore  le  Lecteur, 
ëv8ci  TreTrioTeuxai  dvaTraùea9ai  ,uépoç  iepûiv  \eujmvaiv  xwv  Qeone- 
aiuuv  TTavTaXéovxoç  kuî  Mapivou,  éTTiKu\ouu.évou  toû  tôttou  'Ouô- 
voia.  P.G.  t.  LXXXVI,  p.  2..'5. 
151  Malalas,  Chronogr.,  XVIII,  Dindorf,  p.  492. 

tt-Mamas de  <  onstantinople,  p.  304. 
7   (  oncilium  CP.  sub  Mena,  Hardouin,  Concilia,  t.  II,  pp.  1213,  1232; 
1277  ;  i_m  [333.  \f.  E.  v.  Dobsi  mi!/.  Die  Akten  der  Edes- 

sem^  mner  Gurjas,  Samonas  und  Abibos,  p.  lxii, croit  que  le  mo- 

nastère  tuiv  'A^ifiou  était  placé  sous  le  vocable  de  S.  Habib  d'Édesse. 
On  n'en  a  au<  une  preuvi  .  mis  doute  le  nom  du  fondateur. 

-    -    rnnuoii'  ,  ad  an.  532,  Dindorf,  1. 1,  p.  623. 

(gl  Chronico  île,  ad  an.  602,  Dindorf,  1. 1,  p.  694. 

1    Patria  <  P..  III,  47,  95,  Prbgbr,  p.  235,  249. 


l'orient.  277 

Alors  même  que  certains  sanctuaires  ne  pourraient 
prétendre  à  la  vénérable  antiquité  que  leur  assignent  les 
chroniqueurs,  tout  indique  qu'il  y  eut  de  bonne  heure, 
entre  les  empereurs  et  les  grands  personnages  une  noble 
émulation  pour  doter  la  capitale  d'autant  de  martyria  qu'en 
possédaient  les  villes  les  plus  privilégiées. 

Parmi  les  châteaux-forts  de  Thrace  bâtis  par  Justinien, 
plusieurs  sont  placés  sous  le  vocable  d'un  saint.  Deux 
d'entre  ces  forts  portent  le  nom  toû  orp'ou  0eobwpou, 
équivalent  peut-être  à  OeobwpoÛTroXiç.qui  se  rencontre  éga- 
lement deux  lois  flans  la  liste  de  Procope.  Deux  autres 
sont  respectivement  dénommés  toû  cepou  Tpouavoû  et  toû 
àxiou  MouXiavoû  '.  A  moins  d'une  preuve  du  contraire,  S. 
Théodore  et  S.  Julien  sont  les  saints  d'Euchaïta  et  de 
Cilicie,  parvenus,  dès  l'antiquité,  à  une  renommée  univer- 
selle, que  S.  Trajan  ne  paraît  pas  avoir  partagée. 

Le  nom  de  Trajan  a  même  paru  suspect  à  quelques 
érudits,  qui  ont  cru  opportun  de  rappeler  à  ce  propos  le 
souvenir  de  l'empereur  demeuré  si  célèbre  dans  les  pro- 
vinces Danubiennes,  et  on  a  songé  à  voir  dans  le  qppoû- 
piov  toû  orpou  Tpouavoû  la  traduction  de  castellum  divi 
Traiani  -.  Cette  explication  ingénieuse  part  de  l'idée  qu'il 
n'existe  aucun  saint  de  nom  de  Traianus.  Or,  cette  sup- 
position est  inexacte,  car  Traianus  est  un  saint  du  pays, 
plus  exactement,  un  saint  de  Macédoine.  Yictrice  de 
Rouen  le  mentionne  parmi  les  saints  guérisseurs  les  plus 
réputés  de  son  temps,  dans  cette  phrase  :  Curât  Saturnimis, 
Traianus  m  MaceJoma  '.  Au  31   octobre  on   peut   lire  dans 

(1)  Procope,  De  aedif.,  IV,  11. 

_■  C.  Jirecek  Dus  christliche  Elément  in  der  toppgraphischen  Nomen- 
klatur    der   Balkanlànder,    SnzrNGSBERicHTE  der  k.    Akademie  der 

WlSSENSCHAPTEN,  t.   CXXXVI     lbçj  ,  p.  8 

3   De  lande  sanctorutn,  xi,  P.  L.  t.  XX,  p.  354. 


278         CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

l'hiéronymien  in  Maccdonia...  Saturnini  ;  le  20  ou  le  21 
août  il  v  a  un  Traianus,  sans  mention  de  la  Macédoine. 
Mais  le  nom  de  Saturninus  dans  le  manuscrit  B,  au  21 
août,  pourrait  bien  rappeler  la  rubrique  disparue,  à  moins 
toutefois  qu'il  ne  faille  identifier  ce  Saturninus  avec  un 
saint  de  ce  nom,  qui  figure  parmi  les  martyrs  de  Philippo- 
polis  ',  dont  plusieurs  synaxaires  grecs  font  mémoire  le 
20  août  '.  Quelque  opinion  que  l'on  ait  sur  ce  dernier 
point,  on  ne  saurait  douter  de  l'existence  d'un  saint  Traia- 
nus, honoré  en  Thrace  et  dans  les  pays  voisins. 

L'hiéronymien  au  20  et  au  21  décembre  annonce  in  Tra- 
cia  civitate  Gildoba  Iitli,  notice  qui  se  retrouve  peut-être, 
défigurée,  au  4  juin  Inliae  Galduni.  On  n'a  signalé  jus- 
qu'ici, en  Thrace,  aucune  ville  du  nom  de  Gildoba.  Mais 
ce  n'est  nullement  une  forme  de  hasard  ni  un  nom  de  fan- 
taisie. Gelduba,  est,  d'après  Tacite,  une  forteresse  sur  le 
Rhin  :  castrum  Rheno  impositum  \  D'autre  part,  on  ne  con- 
naît dans  les  pays  rhénans  aucun  martyr  Jules.  Reste  à 
découvrir  la  Gildoba  de  Thrace,  et  à  identifier  le  martyr 
qu'on  y  honorait. 

Bizva,  aujourd'hui  Wiza,  à  l'est  d'Andrinople  *,  a  été 
d'après  un  récit,  qui  a  laissé  des  vestiges  dans  les  méno- 
loges  et  les  synaxaires  s,  le  théâtre  du  martyre  des  SS.  Sé- 
vère et  Memnon  que  l'on  met  en  relations  étroites  avec 
un  groupe  de  trente-huit  saints  martyrisés  àPhilippopolis6. 


(i)  Nous  avons  public  leur  Passion  dans  Analcct.  Bolland.,  t.  XXXI, 

p.  192-94- 

Synax.  eccl.  CP.,  p.  910. 
(3)  Ilist  ,  IV,  26.  Cf.  Hoi  der,  Altceltischer  Sprachschatz,  1. 1,  p.  1994. 
P  ut-être  appelé    au    i  Kdarpov    Bi£ûr|Ç-   Voir  E.   Kalinka,  An- 
tike  Denkmaler  ni  Bulgarien  (Wien,  19061,  p.  116,  n.  122. 
(5)  Synax  eccl.  CP.,  pp.  909,  919. 

irons  publié   leui  Pa     i<>n    in    Analcct    Bolland.,  t.  XXXI, 

p.  192-94- 


l'oRIBN?.  279 

La  Passion  est  sans  valeur  historique,  mais  il  est  difficile 
de  croire  que  tout  y  soit  de  pure  invention.,  y  compris  la 
liste  des  martyrs.  On  voudrait  retrouver  cette  énuméra- 
tion  dans  quelque  autre  document.  Sévère  est  peut-être 
celui-là  même  que  le  martyrologe  oriental  au  23  octobre 
cite  en  compagnie  de  Dorothée.  L'hiéronymien  les  rap- 
porte tous  les  deux  à  Adrianopolis,  ville  que  la  légende 
fait  précisément  traverser  à  Sévère  avant  de  lui  faire 
atteindre  Bi/ya.  D'après  l'abrégé  syriaque,  ce  Sévère 
était  prêtre,  ce  qui  permettrait  de  l'identifier  avec  le 
prêtre  Sévère,  qui  figure  dans  la  Passion  de  S.  Philippe 
d'Héraclée,  martyrisé  à  Adrianopolis1. 

Dans  ce  document  si  important  pour  l'histoire  de  la 
persécution  de  Dioclétien,  S.  Hermès  se  trouve  associé  à 
S.  Philippe.  Les  deux  martyrs  le  sont  aussi  dans  le  marty- 
rologe oriental  au  22  octobre;  mais  c'est  surtout  par  le 
souvenir  de  l'évêque  d'Héraclée  que  l'église  d'Adrianopo- 
lis  conquit  un  rang  illustre  *.  Ce  n'est  certes  pas  par  le 
culte  des  martyrs  Maximus,  Théodote  et  Asclépiodote, 
que  nous  ne  connaissons  que  sur  la  foi  d'un  récit  sans 
autorite3,  qui  les  fait  mourir  dans  un  endroit  appelé 
Xû\tuç,  entre  Adrianopolis  et  Philippopolis. 

Drizipara  (non  loin  du  Karistiran  actuel)  avait  élevé  une 
basilique  au  martyr  S.  Alexandre.  Le  sanctuaire,  qui  gar- 
dait le  corps  du  martyr,  fut  détruit  par  les  Avares  4.  Le 
tombeau  était  richement   orné  de  métaux  précieux  :  il  fut 

(1)  BHL.  6834. 

(2)  L'auteur  de  la  Passion  des  saints  Gurias,  Samonas  et  Abibus  cite 
parmi  les  martyrs  célèbres  <J>iXunrov  év  5Abptavouir6\ei.  La  leçon  man- 
que au  texte  syriaque  actuel,  BHO.  363,  mais  est  suffisamment  attestée 
par  l'ancienne  version  grecque  et  par  la  version  arménienne  BHO. 
364.  Gebhardt-Dobschutz,  p.  6-7. 

(3   HHC-.  1239,  T-'-t0- 
4   Théophylacte  Simocatta,  Histor.  VII,  14,  De  Boor,  p.  270. 


280         CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

pillé  et  le  saint  corps  indignement  profané.  La  malédiction 
du  ciel  tomba  sur  la  famille  du  chef  des  barbares  et  vengea 
l'horrible  sacrilège1.  Ces  quelques  lignes  d'un  chroniqueur 
du  VIIe  siècle  sont  plus  précieuses  pour  nous  que  la  lon- 
gue Passion  de  S.  Alexandre  le  Romain,  ainsi  appelé  parce 
qu'il  était  soldat  à  Rome  lorsqu'il  refusa  de  sacrifier  2;  Si 
elle  présente  quelque  intérêt  au  point  de  vue  de  la  topogra- 
phie, elle  est  sans  aucune  valeur  historique. 

La  Passion  de  S.Agathonicus  s,  dont  l'importance  a  été 
singulièrement  exagérée  4,  fait  mourir  ce  martyr  à  Sélym- 
bria  (Silivri).  Jusqu'au  XIVe  siècle,  au  moins,  cette  ville 
posséda  une  partie  de  ses  reliques.  On  accusait  alors  les 
Latins  d'avoir  enlevé  le  corps  du  saint  de  son  tombeau  et 
de  n'avoir  laissé  à  Sélymbria  que  la  tête  5. 

La  rubrique  Perinthus  ou  Héraclée  revient  assez  souvent 
dans  le  martyrologe  oriental,  mais  pas  toujours  dans  un 
contexte  bien  satisfaisant.  Au  7  janvier  le  syriaque  annonce 
Kvôbivoç,  qui  est  sans  doute  le  Candidus  ou  la  Candida  de 
l'hiéronymien.  Le  Marcianus  du  26  mars  est  tiré  êk  tujv 
àpxaiwv  uapiùpujv.  Au  29  septembre  on  trouve  les  noms 
d'Eutychès,  Génésius,  Sabinus  ;  au  13  novembre  celui 
d'Hédistus  ;  au  14,  Théodote  et  Démétrius,  prêtres  mar- 


(i)  Tm'iOPHYLACTE  SlMOCATTA,  IHst.,    VII,    14,   12  ;     15,2.    De    BoOR, 

71.   Drizipara   semble  avoir  été    désignée   aussi  sous  le  nom  de 
"A-fioç  'A\d£avbpoç  Zouirapwv.  Voir  Theophanis  (  hronographia,  ad 
an.  6051,  De  Boor,   t.  I,  p.  ^34. 
(2)  BHG*.  48,  49. 
(3)BHG*.  39-41. 

r,  Beitràge  zur  Geschichte  der  Legendenliteratur  dans 

JAHRBÙCHER  FUR    PROTESTANTISCHE    THEOLOGIE,  t.  XIII  (1887),  p.    239. 

Cf.  Analect.  Bolland.,t.  XXXI.  p.  -.\(> -47. 

Philothéb  di   Ski  ymbi  [a,  l  audaiio S.  Agathonici,  P.  G.  t.CLIV, 
P-  237- 


l'orient.  281 

tyrs.  Aucun  document  n'est  venu  jusqu'ici  confirmer  ou 
compléter  ces  maigres  données  '. 

La  plus  intéressante  de  toutes  les  annonces  martyrologi- 
ques  qui  se  rapportent  à  Héraclée  est  celle  du  19  novembre 
dans  l'hiéronymien  :  /;/  Eraclea  sanctae  mulieres  ami  viduis 
numéro  XL,  que  nous  retrouverons  plus  loin  dans  le  calen- 
drier gothique,  mais  sous  la  rubrique  Bérée.  La  Passion, 
malheureusement  légendaire  au  premier  chef,  des  Qua- 
rante martyres  *,  confirme  sur  ce  point  l'énoncé  de  l'hié- 
ronvmien. 

Rien  de  mieux  établi  que  le  culte  de  Su  Glycéria  à 
Héraclée  3.  On  rapporte  que  l'empereur  Maurice,  en  591, 
visita  tôv  rXuxepiaç  Tfjç  uàprupoç  vewv  ',  et  en  610  Héra- 
clius  se  rendit  à  Héraclée,  koù  nuSaTO  eiç  tnv  crfiav  TXukc- 
piav  5.  Le  nom  de  la  sainte  est  comme  indissolublement  lié 
à  celui  de  la  ville. L'auteur  de  la  légende  des  Quarante  mar- 
tyres n'a  pu  les  conduire  à  Héraclée  sans  leur  faire  rendre 
hommage  à  celle  qui  de  son  temps  était  la  patronne  du 
lieu  6,  et  son  sanctuaire  est  également  mentionné  clans  la 
biographie  de  S.  Parthénius  de  Lampsaque  7.  Une  inscrip- 


1  II  faut  encore  citer,  au  7  janvier  et  au  14  février  un  Félix,  au  1 
avril, un  Victor,  au  20  novembre  et  au  21  décembre,  unBassus  que  l'hié- 
ronymien semble  rattacher  à  Héraclée. 

2  Publiée  sous  deux  formes  dans  Analect.  Bolland-,  t.  XXXI,  p. 194- 
209. 

Th.  Buttner-Wobst,  Du  Verehrung  der  heiligen  Glykeria,    By- 

ZANTINISCHE  ZEITSCHRIFT,  t     VI.  p.  96-99. 

4  ThÉOPHYLACTB  Simocatta,  Hist.  VI,  I  ;  le  même  auteur  raconte 
longuement  un  miracle  de  la  sainte.  Hist.,  De  Boor.  pp  22.  VI,  il, 
59-62. 

151  Jkan  d'Antioche.  dans  Fragmenta  historicorum  graecorum,  t.  V,i. 
p.  38. 

Analect.  Bolland.,  t.  XXXI.  pp.  203.  208. 

(7.1  B.  Latysev, Menologii  anonym i  byzantini saeculi  X  quae  supersunt 
^etropoii,  19m,  pp.  25,  312. 


282  CENTRES   DU    CULTE   DES  MARTYRS. 

tion  plusieurs  fois  publiée  '  atteste  qu'au  Xe  siècle  on 
croyait  encore  posséder  la  tête  de  Ste  Glycérie  à  défaut  du 
corps,  que  l'on  prétend  avoir  été  transporté  à  Lemnos  -. 
Jusqu'en  484  Trajanopolis  garda  les  reliques  de  S. 
Eustathe,  évêque  d'Antioche,  que  S.  Jean  Chrysostome  a 
célébré  comme  un  martyr  \  L'évoque  Calandion  les  fit 
rentrer  triomphalement  dans  sa  ville  épiscopale  cent  ans 
après  sa  mort,  et  toute  la  population  alla  au  devant  du 
cortège  jusqu'au  dix-huitième  mille  d'Antioche  *.  Théo- 
dore le  Lecteur,  et  après  lui  Théophane  s  placent  à  Philip- 
pes  en  Macédoine  le  lieu  d'exil  de  S.  Eustathe,  et  c'est  de 
là  qu'ils  font  revenir  son  corps  à  Antioche.  Mais  S.  Jean 
Chrysostome,  mieux  informé,  insiste  pour  la  Thrace  :  toû 
crdiuaToç  airroû  TaqpévTOç  èv  OpaKrj...  tôv  uèv  Taqpov  eïvai 
èv  èKetvuj  tlù  pap^apiRLÙ  xwpiuj  6  H  ne  nomme  pas  cette 
localité  barbare,  mais  S.  Jérôme  est  plus  précis  :  pitlsus  est 
in  exilium  Traianopolim  Thraciarum,  ubi  et  usquc  hodie 
conditus  est  7. 

Singidunum,  dans  la  Mésie  Supérieure,  serait  d'après 
une  légende  fort  répandue  \  la  patrie  des  SS.  Hermylus 
et  Stratonicus.   Leurs   corps  auraient  été   retirés  du  Da- 

i  J  II.  MoRDTMANN,dans  Archaeologisch-epigraphiscke  Mittheilungen 
aus  Oesterreich,  t.  VIII  (1884),  p.  227;  Buttner-Wobst,  Byzantini- 
sche  Zeitschrift,  t  c.  p.  97  ;  J.  Strzygowski  dans  JaJireshcftc  des  ôster- 
reichischen  Institutes,  t.  I  -18981.   Beiblatt,  p.  26-27.  Voir  le  fac-similé. 

2  Historia trattslati  corporisS.  Eupliemiae,  y  :  èv  t«p  rf)  vf\ovj  éxei- 
vr]  tô  xf|ç  âfiaç  rXuxepiaç  kot^kêito  Xei^uvov.  Act.  SS.  sept.  t.  V, 
P-  ^77- 

I   P. G.  t.L,  p.  597-909. 
(t   Théodori  11   Lecteur,  II,  1,  P. G.,  t.  LXXXVI,  p.  184. 

(5)  Chronogr.  an.  5918,  De  Boor,  t.  I,  p.  133. 

(6)  P.G.  1.  L,  p.  600. 

17)  De  viris  illustribus,  lxxxv,  Ri<  h  vrdson,  p  44.  Cf.  Acta  SS.  iul., 
t,  IV,  p.  136. 
(8)  BHG».  745. 


l'orient.  283 

nube  par  les  fidèles  et  ensevelis  dans  un  endroit  situé  à 
dix-huit  stades  de  la  ville  d'après  une  version,  à  dix-huit 
milles,  d'après  une  autre.  On  peut  se  demander  si  ce  ne  fut 
pas  en  realité  près  de  l'endroit  appelé  "OktcxPov  dans 
Procope  '. 

Le  groupe  Hermylus  et  Stratonicus  n'apparaît  dans  les 
vieux  martyrologes  ni  cà  la  date  du  13  janvier,  qui  est  celle 
de  la  fête  principale  chez  les  Grecs,  ni  au  4  juin  où  leur 
mémoire  est  rappelée  *.  Dans  l'hiéronymien  il  n'y  a  qu'un 
et  alibi  Hermyli  martyris  au  2  août.  S.  Stratonicus  avait 
à  Constantinople  une  église  dont  on  attribue  la  fondation 
à  S.  Marcien  3. 

Naïssus  (Nisch)  ne  figure  dans  aucune  pièce  hagiogra- 
phique, mais  est  citée  par  S.  Victrice  de  Rouen  parmi  les 
villes  principales  où  les  reliques  des  saints  opèrent  des 
merveilles  :  An  aliter  in  Oriente  Constantinopoli,  Antiochiae, 
Thessalonicae,  Xaiso,  Romae  in  Italia  miseris  porrigunl  medi- 
cinant  '.  Pour  mettre  cette  ville  en  parallèle  avec  les 
centres  les  plus  importants  de  la  dévotion  aux  martyrs,  il 
faut  qu'elle  ait  été  célèbre  par  quelque  grand  sanctuaire. 
Ce  n'est  que  bien  tard  qu'on  prononce, à  propos  de  Naïssus, 
le  nom  du  martyr  Procope5.  On  prétendait  y  posséder  son 
corps.  Mais  quel  est  ce  saint  Procope  ?  Celui  de  Palestine  ? 
On  ne  sait  rien  d'une  translation  de  ses  reliques  en 
M   sie. 

L'exorciste  Hermès,  que  l'abrégé  syriaque  annonce  le 
30  décembre  sous  Bononia  (Vidin),   appartiendrait   à  la 

(1)  Deaedif.,  IV.  6. Cf.  Analect.  Bolland.,  t.  XXXI,  p.  256. 

(2)  Synax.  ceci.  CP..  pp.  387,726.  Le  13  janvier  la  fête  se  célèbre  à 
Constantinople. 

Vitu  S.Marctani,  c.  13,  Papadopoulos-Kekameus,  'AvoîXexTa  iepo- 
ao\v|aiTiKfiç   axaxuoXoTÎaç,  t.  IV,  p  269. 

4)  De  laude  sanctorum,  c.  xi,  P.  L.  t.  XX,  p.  453. 
(5)Ioannis  Cinnami  Epitome,  V,  8,  Meineke,  p.  226-27. 


284         CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

ville  voisine  de  Ratiaria  s'il  fallait  s'en  rapportera  l'hiéro- 
nymien  du  31  :  Retiaria  Hennetis  exorcisiae.  Ce  même  jour 
la  compilation  porte  :  Bononia  Gagi,  Ces  notices  reviennent 
le  1  janvier  et  le  4,  et  cette  fois  nous  lisons:  in  Oriente 
civitate  Bonania  Hermetis,  Aggei,  Gagi.  Il  est  probable  que 
Hermès  appartient  en  propre  à  Bononia  et  qu'il  était 
honoré  aussi  à  Ratiaria.  Gaius  se  rattacbe-t-il  à  l'une. des 
deux  villes,  et  Aggeus  n'est-il  pas  un  dérivé  hiéronymien 
de  Gaius  ?  Deux  questions  malaisées  à  trancher  '. 

Novae,  clans  la  Mésie  inférieure  (près  de  Swischtow) 
était  sans  doute  le  centre  du  culte  de  S  Lupus,  Aoûttttoç;. 
Pierre,  le  frère  de  l'empereur  Maurice,  y  arriva  le  jour 
de  la  vigile  de  la  fête  solennelle  de  ce  martyr  *.  Les  syna- 
xaires  enregistrent  un  Aoûttttoç  le  23  août,  mais  sans  un 
détail 3. 

L'hagiographie  de  Durostorum  (Silistria)  est  relative- 
ment abondante,  et  l'on  y  distingue  tout  d'abord  S.  Aemi- 
lianus,  S.  Dasius  et  les  martyrs  qui  appartiennent  au 
le  de  S.  Jules  4.  Aemilianus  ne  figure  pas  seulement  au 
martyrologe  hiéronymien.  le  18  juillet.  Nous  avons  de  lui 
des  Actes  s  dont  la  rédaction  actuelle  semble  être  le  rema- 
niement d'un    récit   contemporain    r\  et  que   S.  Jérôme  7, 


(1)  Il  va  sans  dire  qu'à  Bologne  d'Italie  on    a  revendiqué  lesmartyrs 
delà  Bologm   de   Mésie.   La  méprise,   presque    inévitable,    il  faut   le 
,aété  relevée   déjà.  F.  Lanzoni,    San  Petronio  vescovo  di 
Bologna  (Roma.  1907),  p.  .278-80. 

.:  Théophylacte  Simoc.ati  \.  Hist.,  VII,  .'..  17,  DeBoor,  p.  249. 
(ji  Syfuix   ea  l.  CP  ,  p.  917. 

rhéodore  ne  doit  pa    être  nommé  ici.  Ce   n'esl   i|u'en  971  qui 
nom  de  la  ville  fut  changé  en  OeohujpoÛTToXiç,  par  ordre  de  l'empereur 
i         ,  ,  Léon  Dia(  n  .  Hist.,  IX,  ta,  P.  G.  t.  CXVII,  p  884. 

(5)BHG*.33- 

■  •.'    t.  Bolland.,  t.  XXXI.   p.  261-63. 

S(  hoene,  Euscbii  chronicorum  Ubri  duo,  t.  II,  p.  196. 


l'orient.  285 

S  .Ambroise  ',  Théodoret  -,  le  compilateur  de  la  Chro- 
nique Pascale  3  ont  probablement  connus.  L'histoire  de 
S.  Aemilianus  doit  avoir  eu  un  grand  retentissement.  On 
en  retrouve  la  trace  en  plus  d'un  endroit  où  l'on  n'irait 
pas  la  chercher  d'abord*.  L'indication  des  Actes  plaçant 
dans  un  endroit  nommé  Gédina  ',  à  trois  milles  de  Duros- 
torum,  le  tombeau  d'Aemilianus  paraît  digne  de  foi. 

La  légende  de  S.  Dasius,  fort  surfaite  6,  place  son  mar- 
tyre à  Durostorum  le  20  novembre,  et  à  cette  date  l'hiéro- 
nymien  a  gardé  son  nom,  Dassi,  sans  rubrique  topogra- 
phique. 11  le  nomme  à  trois  autres  dates  (6  août,  4  et  18 
octobre)  sous  Axiopolis.  L'inscription  du  sarcophage,  con- 
servé à  la  cathédrale  d'Ancône,  tranche  en  faveur  de  Du- 
rostorum :  évtaû9a  xaTÛKeiTou  ô  ârioç  uâpTuç  ActCioç  èvex- 
9eiç  ùttô  AujpocTTÔXou  ' ,  en  même  temps  qu'elle  nous 
apprend  que  les  reliques  ont  été  transférées  en  Italie, 
peut-être  dans  la  seconde  moitié  du  VIe  siècle,  lorsque 
Durostorum  fut  ravagé  par  les  Avares. 

Des  textes  littéraires  étroitement  apparentés  et  d'un 
caractère  historique  incontestable  nous  mettent  en  pré- 
sence de  plusieurs  autres  martyrs  qui  semblent  apparte- 
nir également  à  Durostorum  :  S.  Jules  8,  les  SS.  Nicandre 

11  Epist.  XC,  17,  P.  L.  t.  XVI,  p.  1107. 
(2)  Hist.eccl.,  111,6,  5. 

(j     DlNDORF,  t.  I,    p.  649. 

4  Socrate,  Hist.  ceci.,  III,  15;  Sozombne,  Hist.  ceci.,  V,  11  ;  Gré- 
goire de  Nazianzb,  Contra  Iulianum,  II,  40,  P. G.  t.  XXXV,  p.  716-17. 
Cf.  Analcct.  Bolland.,  t.  c,  p.  263-65. 

(5)  Tribivâ  est  ia  version  du  manuscrit  de  la  Vaticane  866.  Une  autre 
recension  de  ia  Passion,  dans  le  manuscrit  de  la  bibliothèque  Nationale 
de  Paris  1177,  fol.  49*  porte  TiÊibiva. 

(6)  BHG*.  491.  Cf  Analcct.  Bolland..  t.  XXXI,  p.  265-68. 

(71  F.  Cumont,  dans  Analcct.  Bolland..  t.  XXVII.  p.  365-72.  V. 
Schultze,  Die  Katakombcn  (Leipzig,  1882),  s'était  prononcé  contre 
l'authenticité  de  l'inscription,  sans  aucun  motif  plausible. 

■  S   BHL.  4555. 


286         CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

et  Marcien  ',  les  SS.  Pasicrate  et  Valention  i,  Hesychius. 
Ce  dernier  est  cité  clans  les  Actes  de  S.  Jules  et  dans  l'hié- 
ronymien  le  15  (17)  juin  :  in  Dorostoro  natalis  sancti  Isici. 
Au  27  mai,  qui  serait  l'anniversaire  de  S.  Jules  d'après  sa 
Passion,  il  n'y  a  nulle  trace  de  lui  dans  le  martyrologe.  Mais 
le  4  juin,  dans  le  pêle-mêle  des  noms  de  villes  et  de  per- 
sonnes,on  retrouve  des  débris  qui  peuvent  avoir  formé  Du- 
rostoli  Iuli  \  Pasicrate  et  Valention  ne  se  rencontrent  pas 
dans  l'hiéronymien  *.  En  revanche  le  groupe  Nicandre  et 
Marcien  y  figure  plus  d'une  fois  sous  diverses  rubriques. 
Le  26  décembre  c'est  sous  Durostorum  :  Dorostoli,  Mar- 
tiani,  Neandri,  et  c'est  bien  d'eux  qu'il  s'agit  encore  dans 
les  notices  tronquées  du  8  juin  :  Dorostoro  civitate  natale 
sancti  Marci,et  du  17  juin  :  Nicandri  Dorostoli  Isici.L, 'abrégé 
syriaque  nomme  au  5  juin  et  au  10  juillet  un  Marcianus 
avec  des  compagnons,  pour  la  ville  de  Tomi.  Les  notices 
correspondantes  de  l'hiéronymien  montrent  qu'un  des 
compagnons  est  Nicandre.  L'annonce  du  même  groupe 
in  Aegyptu,  au  5  juin,  d'après  une  Passion  :',  doit  reposer 
sur  une  erreur  dont  L'origine  n'a  pas  été  clairement  déter- 
minée ''. 


i   BHG*.  1330;  BHL.6070. 

j  Synax.  ceci.  CF.,  p.  627.  Le  P.  Jaxxing  a  montré  que  très  proba- 
blement les  trois  Passions  étaient  primitivement  réunies  en  une  seule. 
1  S  î.  iun  t.  IV  (1715  ,  p.  198-99.  Mazocchi,  Commentât ii  in  murmo- 
rcuin  Ncapol.  kalendarium  vol.  III  (Neapoli,  1755 1 ,  p.  653-54,  a  émis  la 
même  opinion,  et  récemment  M.  Pio  Franchi  de' Cavalieri,  dans  le 
Nuovo  bullcttino  di  archéologie  cristiana,  t.  X  1 19041,  p.  22-26,  a  repris 
la  démonstration. 

(31  A  la  même  date  on  lit  Iuliae  Galduni,  qui    lait  songer  au  Gildobae 
luh  rencontré  plus  liant,  p,  27S.  Il  v  a  peut-être  ici  un  de  ces  rappro- 
ments  s:  'aie  si  fi  dans  l'hiéronymien. 

'4   1).  Quentin,  Les  martyrologes  historiques,  pp.  265,  335,  semble 

a  croire,  sur  certain  indices,  qu'ils  s'y  trouvaient  au  25  mai. 
5    BHG».  194  :  BHL.  5260. 
(6)  Anulat.  Bolland.,  t.  XXXI,  p.  569-70. 


l'oriext.  287 

Outre  les  deux  groupes  du  5  juin  et  du  10  juillet,  à  la 
tète  desquels  nous  avons  trouvé  S.  Marcianus,  la  ville  de 
Tomi  (Konstantza)  apparaît  encore  clans  Le  syriaque  au 
3  avril  avec  Chrestos  et  Pappos,  dont  nous  n'avons  rien 
à  dire.  Au  15  septembre,  la  notice  de  l'hiéronymien  in  Tho- 
mis  Slratonis,  Vahri,  Macrobi  et  Gordiani  s'éclaire  d'une 
façon  inattendue  par  la  comparaison  avec  celle  des  syna- 
xaires  grecs  au  13  septembre,  où  est  raconté  le  supplice,  à 
Tomi,  de  six  martyrs  MotKpopiou,  'H\eî,  Zlutikoû,  Aoukiccvoû 
koù  OùocXepiavoû  '.  On  a  mis  au  jour,  tout  près  de  Tomi, 
des  basiliques  chrétiennes  avec  crypte  et  confession  '-'.  Il 
est  à  présumer  que  quelques-uns  des  martyrs  cités  y  repo- 
sèrent. Mais  lesquels  ? 

Dans  l'hiéronymien  Axiopolis  (près  de  Tschernawoda) 
est  citée  à  trois  dates  qui  n'ont  pas  de  correspondant  pour 
cette  ville  dans  le  syriaque.  Le  5  août  :  /;/  Axiopoli  Hirenei 
(Herenti,  Hcreniri).  Eracli,  Dasi  ;  le  4  octobre  :  In  Axiopoli 
Dasii  ;  le  18  octobre  :  /;/  Axiopoli  Hermetis  et  Dasii.  Il  n'y  a 
pas  de  doute,  je  pense,  sur  l'identité  de  Dasius,  bien  que 
son  nom  subisse  plus  d'une  déformation  dans  les  manus- 
crits :  Taxi,  Taxa.  Dasilae.  Hermès  est  peut-être  le  saint 
de  ce  nom  que  l'on  se  souvient  d'avoir  rencontré  à  Héra- 
clée. 

L'abrégé  syriaque  annonce  le  12  mai  :  «à  Axiopolis, Cyril- 
le et  six  autres  martyrs.»  Les  compagnons  sont  anonymes. 
Trois  noms  sont  reconnaissables  dans  l'hiéronymien  au  g 
et  au  10  mai  :  in  Axiopoli  Quirilli,  Quindeiet  Zenonis.  Cyrille 
parait  également  au  26  avril  :  in  Axiopli  natale  Ctrilli,et  il  faut 
ajouter  sans  doute  Vindei  (c'est-à-dire  Quindei)sépa.ré  de  ce 
nom  par  quelques  noms  étrangers.  La  basilique  dont  on  a 


1    Synax.  eccl.  CP.,p.  40. 
12)  R.  Netzhxmmek,  Ans  Rumânien  lEinsicdeln,  s.  a.),  p.  104-105. 


288  CENTRES    DU    CULTE   DES   MARTYRS. 

trouvé  les  restes  hors  les  murs  d'Axiopolis  *,  pourrait 
bien  être  le  sanctuaire  de  S.  Cyrille,  bâti  sur  son  tombeau. 
Non  loin  d'Axiopolis  —  vers  Râschowa,  à  ce  que  l'on 
pense  2  —  se  trouvait  une  forteresse  dite  de  Saint-Cyrille. 
Justinien  la  lit  réparer".  On  n'hésitera  pas  à  reconnaître 
notre  martyr  dans  le  protecteur  de  cette  place  de  guerre. 

Du  nom  de  Quindeus,  le  compagnon  de  S.  Cyrille, 
d'après  l'hiéronymien,  il  y  a  peut-être  lieu  de  rapprocher 
le  Chindeus  cité  parmi  les  saints  thaumaturges  par  Vic- 
trice  à  Rouen*  et  de  faire  remarquer  que  dans  le  con- 
texte il  semble  clore  une  série  qui  appartient  à  la  Thrace 
et  à  la  Mésie  :  Mucius  ou  Mocius,  Alexander,  Dalysus,  ce 
dernier  représentant  Dasius.  La  déformation  d'un  nom 
peu  connu  n'aurait  rien  d'étonnant  clans  des  manuscrits 
aussi  défectueux  que  ceux  de  Victrice.  Je  dois  cependant 
ajouter,  pour  qu'on  ne  se  hâte  pas  de  conclure,  que  dans 
un  groupe  de  martyrs  de  Pamphylie,  commémoré  par  les 
Grecs  le  i  août  s,  Kivbaîoç  est  accompagné  de  plusieurs 
noms  (lui  rappellent  la  suite  de  Victrice,  ainsi  'AXéHavbpoç 
et  Aeôvnoç.  Celui-ci  fait  songer  à  Leonida,  qui,  il  faut  le 
dire,  semble  être  pour  Victrice  un  nom  de  femme. 

Dinogetia,  que  l'on  place  aux  environs  de  Garwàn  G, 
se  rencontre  sur  les  listes  hiéronymiennes  au  14  mai  et  au 
1  octobre.  Même  difficulté,  aux  deux  dates,  de  reconnaître 
les  saints  qui  se  rapportent  à  cette  ville.  Il  semble  que  ce 
soit  au  moins  S    Alexandre,  peut-être  celui  de  Dri/ipara. 

Flavien  au  25  mai. Philippe  au  4  juin  sont  placés,  clans  le 

(1)  Netzhammer,  Aus  Rumânien,  p.  288-90. 

2  J.   Weiss,   Die  Dobrudscha  im   Altertum  (Sarajevo,   1911),  p.  44  ; 
Id.,  dans  Wiener  Studien,  t.  XXVII (1905),  p.  301-302. 
I  .  IV,  7. 

41  De  laude  sanctorum,  xi,  P.  L.  t.  XX.  p.  453. 
5    Si.  1  CP.,  p.  860-92. 

(6)  W'kis-.,  Die  Duhrudscha  un  Altertum,  p.  51-52. 


l'orient.  289 

syriaque,  sous  la  rubrique  Noviodunum  (Issâktscha). 
Parmi  les  homonymes  de  la  contrée  on  ne  trouve  à  rappe- 
ler que  S.  Philippe  d'Héraclée  '.  Le  18  mai  le  syriaque 
place  en  Bithynie  Héraclius  et  Paulus,  tandis  que  clans 
l'hiéronymien  la  rubrique  est  Kovioduno.  Il  y  a  des  parti- 
sans de  cette  dernière  leçon  2,  bien  qu'en  réalité  les 
deux  saints  n'aient  pas  été  identifiés. 

Nous  donnerons  ici  un  rapide  coup-d'œil  aux  souvenirs 
des  martyrs  de  l'église  de  Gothie,  dont  le  territoire  est 
malaisé  à  circonscrire  et  qui  se  trouve,  grâce  à  l'organi- 
sation politique  et  aux  circonstances  du  moment,  dans 
des  conditions  fort  spéciales  s. 

S.  Cyrille  de  Jérusalem,  vers  350,  savait  déjà  que  plu- 
sieurs de  ces  barbares  avaient  donné  leur  vie  pour  le 
Christ  *.  S.  Ambroise  en  connaissait  d'autres,  peut-être, 
de  même  S.  Augustin  5.  S.  Jérôme  dans  sa  Chronique,  à 
l'année  371,  signale  la  persécution  d'Athanaric  6,  à  la- 
quelle nous  ramènent  aussi  Socrate  et  Sozomène,dans  les 
chapitres  qu'ils  consacrent  à  l'église  des  Goths  "' .  Mais 
tous  ces  témoignages  sont  conçus  en  termes  généraux,  et 
aucun  martyr  déterminé  n'est  nommé. 

Il  nous  est  parvenu  un  fragment,  malheureusement  peu 

(1)  Plus  haut,  p.  279. 

2    H.  Achelis,  Die  Martyrologicn,  p.  40. 

3'  Nous  résumerons  nos  recherches  sur  les  Martyrs  de  l'église  de 
Gothie,  Analect.  Bolland.,  t.  XXXI,  p.  274-91. 

(4  Catech.  X,  19  :  TTépoai  kcù  T6t0oi  kcù  Trâvreç  oi  et  éOviùv 
uapTupoûcnv  ùirepaiToGvriaKovTeç  toutou,  ôv  aapxôç  ôqp6a\uoîç  oûk 
é8€û>pr|0av.  P.G.  t.  XXXIV,  p.  688. 

51  Ambroise,  Exposttio  evangelii  sec.  Lucam,  II,  37,  P.  L.  t.  XV, 
p.  1565  ;  Augustin,  Decivitate  Dei,  XVIII,  52,  Hoffmann,  p.  356. 

16)  Schobne,  Eusebii  chronicorum  libri  duo,  t.  II,  p.  197. 

7    Socrate,  Hist.  eccl.,  IX ,  ZZ  )  Sozomene,  Htst.  eccl.,  VI,  37. 

Cu't.  M-ul.  iy 


2go  CENTRES   DU    CULTE   DES   MARTYRS. 

considérable,  du  calendrier  des  Goths  de  Thrace  au 
Ve  siècle  l.  C'est  un  document  arien  qui  enregistre  avec 
des  anniversaires  comme  celui  de  l'empereur  Constance 
(3  novembre)  et  celui  de  l'évêque  arien  Dorothée  (6  no- 
vembre), les  fêtes  des  apôtres  Philippe  (15  novembre)  et 
André  (29  novembre)  et  trois  groupes  de  martyrs.  Au 
23  octobre,  un  grand  nombre  de  martyrs  goths  avec  un 
Friedrich.  On  pense  que  ce  sont  les  martyrs  de  la  persécu- 
tion d'Athanaric,  partisans  de  Fritigern. 

Le  29  du  même  mois,  ce  sont  d'autres  martyrs  goths 
qui  souffrirent  dans  une  église  le  supplice  du  feu  ;  ils  sont 
associés  aux  noms  de  Wereka  et  Batwins  Ceci  permet  de 
les  identifier  à  coup  sûr  avec  le  groupe  des  martyrs  que  les 
synaxaires  du 26  mars  placent  sousla  conduite  de  Ba9oûo"n,Ç 
et  OùripKaç,  avec  lesquels  ils  sont  brûlés  dans  l'église  qui 
leur  sert  de  refuge  '-.  Enfin,  le  15  novembre,  notre  calen- 
drier note  les  «  quarante  anciennes  »  à  Bérée.  Ce  sont,  à 
n'en  point  douter,  les  Quarante  martyres  d'Héraclée  que 
l'hiéronymien  annonce  à  la  même  date,  et  que  leur  légen- 
de ■"•  fait  également  passer  par  Bérée. 

A  côté  de  ces  données  du  calendrier  national, nous  avons 
encore  à  citer  les  martyrs  Innas,  Khimas  et  Pinnas, 
dont  il  existe  une  très  courte  légende  ',  S.  Nicétas  et 
S.    Sabas.    Toute    notre   information    sur    S.    Nicétas  le 


[)  Plusieurs  fois  publié,   notamment  dans  Stamm-Heyne,  Ulfilas, 

BlBLIOTHEK    DER    âLTESTEN      DEUTSCHEN     LlTERATUR-DENKMâLER,     t. 

J  (]  ad   H", in.  1908),  p.  J74.  Voir  aussi  Analect.  Bolland.,  t.  XXXI,  p. 
276.  Il   en  existe    une    traduction  avec  commentaire   par  H.  Achelis, 
Dcr  atteste  il  utsche  Kalender,  Zeitsi  hrii  i    fur  die  neutestament- 
lh  he  Wissensi  haï  i,  t.  1    C900),  p.  3  18-335.  L'auteur  fait  remonter 
la  rédaction  du  document  jusqu'à  la  seconde  moitié  du  IV'^  siècle. 
(2)  Sytiiix.  eccl.  CP.,  p.  559. 
Voir  plus  haut,  p.  281. 
I     In  il    ..  Bolland.,  t.  XXXI,  p.  215-10  :  cl   p.  287-88. 


L'ORIENT.  29I 

Goth  provient  d'une  source  unique,  sa  Passion  ',  compi- 
lation curieuse,  qui  malheureusement  n'a  aucune  impor- 
tance au  point  de  vue  de  l'histoire  des  Goths.  Martyrisé 
dans  les  provinces  Danubiennes,  Nicétas  fut  transféré 
à  Mopsueste  en  Cilicie,  où  ses  reliques  furent  jalousement 
gardées.  S.  Sabas  le  Goth,  dont  nous  avons  de  très  beaux 
Actes  -,  rédigés  très  peu  de  temps  après  son  martyre,  ne 
devait  pas  non  plus  demeurer  au  milieu  de  son  peuple. 
Nous  avons  vu  que,  sur  la  demande  de  S  Basile,  ses 
reliques  lurent  envoyées  en  Cappadoce  "'. 

Chersona  est  liée  au  souvenir  de  S.  Clément  pape  très 
probablement  grâce  à  une  confusion  avec  un  martyr 
local  de  ce  nom  *.  Le  pèlerin  Théoclose  se  contente  de  dire 
tbi  domnus  deviens  martyrizatus  est  s.  Au  7  mars  les 
synaxaires  6  résument  la  légende  de  sept  évêques  qui  ont 
évangélisé  la  Scythie  et  Chersona,  et  qui  seraient  presque 
tous  morts  martyrs  7.  L'un  d'eux  s'appelle  Aetherius. 
Serait-il  l'éponyme  de  l'île  vfjcroç  toû  crrîou  At9epiou  située 
à  l'embouchure  du  Dnieper  s?  Quelques-uns  l'ont  pensé 
sans  arriver  à  situer  exactement  cette  île  9.  On  a  relevé 


(1)  Analect.  Bolland.,  t.  XXXI,  p.  209-15  ;  cf.  pp.  281-86,  292-94. 

(2)  Analect.  Bolland.,  t.  XXXI,  p.  216-21  ;  cf.  p.  288-91.  Rappelons 
ici  que,  pour  des  raisons  peu  convaincantes,  cette  pièce  a  été  attribuée 
à  Ulphilas  par  H.  Boehmer-Romundt,  dans  Neue  Jahrbilchcr  fiir 
das  klassische  Alterthum,  t.  XI  (19031,  p.  272-88. 

(3)  Plus  haut,  p.  205. 

(4)  Voir  Duchesne,  Le  Liber  pontificalis,  t.  I,  p.  xci. 
Geyer,  Itinera,  p.  143. 

(6)  Synax.  eccl.  CP.,  p.  517. 

(7)  BHG*.  266. 

(8)  Constantin  Porphyrogknète,  De  administrando  imperio,  IX, 
Bekker,  p.  78. 

(g<  B.  Latysev,  dans  le  Journal  du  Ministère  de  V Instruction  publique 
en  Russie,  t.  CCCXXIII,  p.  73-87.  Cf.  Byzantinische  Zeitschrift.  t.  IX. 
p    2S6-S7 


292         CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

à  Cherson  des  traces  du  culte  de  S.  Phocas,  une  eùXoYÎa 
toû  à-pou  OuuKd  toû  TTTWxeiou  Xepcruùvoç  assez  malaisée 
à  dater,  et  à  l'entrée  d'une  catacombe  cette  inscription 
uvn.ueîov  tv\ç  àf'mç  uâprupoç  'Avacrracriaç ,  du  Ve-VIe 
siècle  ',  se  rapportant  probablement  à  la  martyre  de 
Sirmium. 

Les  martyrs  de  la  Dalmatie  sont  groupés  autour  de 
l'église  de  Salone.  Le  martyrologe  syriaque  nomme,  le 
il  avril,  un  de  ses  évêques  Domnio,  le  18  avril,  deux  de 
ses  martyrs  Septimius  et  Hermogenes.  L'hiéronymien 
ajoute,  le  26  août,  S.  x\nastase.  Une  liste  plus  complète  des 
saints  de  Dalmatie  est  fournie  par  la  mosaïque  de  la  cha- 
pelle de  Saint-Venant  au  Latran,  où  les  reliques  de  ces 
martyrs  ont  été  transportées  au  VIIe  siècle. En  supprimant 
Maurus,qui  appartient  à  l'Istrie,il  reste  les  noms  de  Venan- 
tius,  Anastasius,  Asterius,  Telius,  Paulinianus,  Domnio, 
Septimius,  Antiochianus.  Gaianus.  L'épigraphie  saloni- 
taine  permet  de  dresser  une  liste  parallèle  à  peu  près  com- 
plète *.  Seuls  y  manquent  Anastase,  dont  on  a  des  Actes  5, 
Hermogenes,  et  peut-être  Venantius.  D'après  la  chronique 
Pascale  de  395,  un  S.  Félix  aurait  subi  le  martyre  en  même 
temps  que  S.  Domnio  '.  Ce  saint  aurait  été  plus  spéciale- 
ment honoré  à  Epetium,  localité  appartenant  au  territoire 
de  Salone'1. S. Menas  d'Egypte  a  été  honoré  en  Dalmatie. On 

1  Latysev,  dans  Vizantijskij  Vrementtik,  t.  VI  (1899),  p.  337-369. 
Ci.  1,.  Kurtz,  dans  Byzantinische  Zeitschrift,  1.  IX,  p.  308-310. 

2)  Sur  l'hagiographie  de  Salone  et  sur  les  travaux  de  M^r  Bulic  à 
Spalato,  voii  ti(  les  .S'.  Anastase  martyr  de  SaUrnc,  dans  Analect. 

B01  1  and.,  t.   XVI,  p.  5<s^-5'»>  ;  Saints  d'Isirie  et  de  Dalmatie,  ibid.,  t. 
XXVIII,  ]>■  V  'j-41 1  ',L' hagiographie  de  Salone  d'après  les  dernières  décou- 
vertes an  ;ues,  IBID,,  t.  XXIII,  p.  5-18. 
(3)P.HL.  41.4. 

M.  G.,  auct.  antiq.,  t.  IX.  p.  758. 

5  Voir  Analect.  Bolland.,  XXIII,  p.  15-16. 


l'orient.  293 

sait  qu'une  de  ses  légendes  l'associe  à  deux  personnages, 
Hermogenes  et  Eugraphus  ',  dont  les  noms  ne  sont  pas 
inconnus  à  Salone,  et  L'idée  de  chercher  de  ce  côté  le  moyen 
de  les  identifier  ne  pouvait  manquer  de  se  présenter  '-'.  En 
regardant  de  plus  près,  nous  n'avons  pas  cru  pouvoir  main- 
tenir cette  conjecture  décidément  bien  fragile  3. 

Trois  villes  de  Pannonie,  Sirmium,  Cibalae  et  Siscia 
occupent  une  place  honorable  dans  le  martyrologe  orien- 
tal. Quatre  anniversaires  sont  marqués  dans  l'abrégé 
syriaque  pour  Sirmium.  Au  6  avril,  l'évêque  Irénée, 
dont  nous  avons  des  Actes  ',  et  dont  le  culte  fut  long- 
temps florissant  5  ;  au  g  avril,  Demetrius,  qualifié  de 
cliaconus.  dans  l'hiéronymien,  probablement  identique  au 
patron  de  Thessalonique 6  ;  au  20  juillet,  Secundus  7  ; 
au  29  août,  Basilla,  Basillae  Virginia  dans  l'hiéronymien. 
Celui-ci  ajoute,  au  23  février, S y ne ros  ;  au  26  mars  et  au  11 
mai  Montanus  ;  au  25  décembre  Anastasie.  La  basilique  de 
S.  Syneros  —  dont  les  Actes  sont  connus  sous  le  nom  de 
Passio  S.  Sereni  8,  —  devait  se  trouver  dans  le  cimetière  de 
Sirmium  où  l'on  a  découvert  deux  importantes  épitaphes 
de   chrétiens  enterrés  ad  beatum  Synerotem,  ad  domnum 


(i)BHG*.  1270. 

(2)  Analect.  Bolland.,  t.  XVIII,  p.  406-407  ;  t.  XXIII,  p.  14-15. 

(3)  Analect.  Bolland.,  t.  XXIX,  p.  144-45. 

14-  BHGi.  948.  ;  Synax.  ceci.  CP.,  au  23  août,  p.  917.  Il  est  nommé 
aussi  dans  la  Passio  Pollionis,  BHL.  6869,  c.  1. 

(5)  Th  \cte,    Martyrium  SS.    XV  martyrum,    c.    54,   raconte 

l'histoire  d'un  Bulgare  qui  s'était  rendu  à  tous  les  lieux  de  pèlerinage 
où  les  saints  font  des  miracles,  et  en  particulier  èTrelr\Tr\ae  bè  Kai  tôv 
érriov  Eipn,vaîov,  ttoXùv  Kai  ciùtov  àbôuevov  iv  toîç  ôaûiaacnv. 
P.  G.  t.  CXXVI,  p.  220. 

161  Plus  haut,  p.  263. 

(71  Dans  l'hiéronymien  au  15  juillet. 

(S,  BHL.  7595- 


294         CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

Synerotem  '.  Il  est  difficile  de  décider  entre  les  deux  dates 
assignées  à  Montanus.  Le  manuscrit  de  Berne  au  26 
mars  a  conservé,  exceptionnellement,  sur  ce  saint  une 
notice  d'une  remarquable  précision;  In  Sinnio  Mitnati pres- 
hytcri  de  Singidonas.  Cum  Sirmium  fugisset  conprehensus  est  et 
missus  est  in  fiuvium  ;  nono  lapide  inventum  est  corpus  eius  et 
Maximae  uxoris  ems  -.  La  forme  du  nom,  Montanus,  est 
assurée  par  la  Passio  Pollionis.  où  il  est  fait  mention  du 
prêtre  de  Singidunum  •".  La  leçon  de  l'hiéronymien  :  Sirmi 
Anastasiae,a.u  25décembre,est  Confirmée  par  ce  fait  que  c'est 
à  Sirmium  qu'on  alla  chercher  les  reliques  de  la  sainte 
pour  les  déposer  dans  sa  chapelle  à  Constantinople  *.  Ce 
qui  fut  d'abord  à  Rome  le  titulus  Anastasiae,  devint  peu  à 
peu  l'église  de  Sainte-Anastasie,  dont  la  fête  se  célèbre 
encore  le  25  décembre,  date  de  Ste  Anastasie  de  Sirmium. 
Il  y  a  deux  dates  à  l'hiéronymien  pour  S.  Pollion,  le  28 
avril  et  le  29  mai  ;  elles  s'expliquent  aisément  par  ce  fait 
que  toutes  les  deux  s'expriment  par  un  IV  kalendas.  C'est 
de  la  première  seule  qu'il  faut  tenir  compte,  bien  que  la 
lecture  de  la  seconde  notice  soit  plus  correcte  :  in  Ciballis 
Pollionis.  Au  mois  d'avril  nous  lisons: IV kal.  mai  in  Panno- 
nia  Eusebi  episcopi  Pollionis  Tiballi.  Le  texte  de  la  Pas- 
sion porte  IV  kal.  maiarum,  et  mentionne  en  même  temps 
l'évêque  Eusèbe,  qui  aurait  été  martyrisé  le  même  jour 
plusieurs  années  auparavant  5.  On  peut  douter  de  l'exac- 

11)  CIL  III.  10232-33.  Cf.  DeRossi,  Bullettino,  1884-1885,  144-48  ;  A. 

Hytkek.    Starakrscànsko  grobiste  sv.    Sincrotci   u    Sricmii,  EPHEMl  RIS 

Salonii  \'-a  (Jaderae,  1894),   p.   5-10,  avec  fac-similés  des  inscriptions. 

I.  manuscrits  portent  in   Syrmia    Muiiati   >E.    Montana 

presbyten  et  Maximae  uxoris  cius. 

BHL.686g,  c.  1. 

i  ore  1  E  ].v.i  11  11.  H,  65  :  n.v^xflrl  ^1T0  £epuiou  tô  Xeûyavov 

Tf|Ç   «fiftç   'Avaaraaiaç  Kai    KaTeTfc'Un.    Iv   tlù    uctpTupeîuj     aÙTfiç  tûj 
(ivti   év   toi;  Aouvivou    éufïoXoiç.  l'.G.  t.  LXXXVI,  p.  _'i6. 
5  BHL.  6869. 


l'orient.  295 

titude  de  ce  dernier  détail  :  mais  pour  l'hagiographie,  qui 
confirme  en  cela  la  donnée  de  l'hiéronymien,  il  y  avait  une 
relation  entre  Pollion  et  Eusèbe. 

Le  syriaque  au  28  avril  nomme  Eusèbe,  prêtre  à  Nico- 
médie.  Quoi  que  l'on  puisse  penser  de  ces  indications  con- 
tradictoires, elles  concordent  à  fixer  à  la  fin  d'avril  la  date 
de  S.  Pollion. 

La  notice  de  l'hiéronymien  au  4  juin,  in  Sabaria  civitate 
Pannoniae  Quirini,  se  rapporte  à  S.  Quirinus  évêque  de 
Siscia  ',  dont  le  tombeau  faisait  encore,  au  temps  de  Pru- 
dence, la  gloire  des  urbis  moenia  Sis.:.::  .  dans  la  basilique 
voisine  de  la  porte  de  Scarbantia  3.  On  sait  que  dans  le 
courant  du  Ve  siècle  ses  reliques  furent  transportées  à 
Rome  et  déposées  près  de  la  basilique  de  S.  Sébastien, 
dans  ce  qu'on  a  appelé  la  Platonia  *.  Une  grande  inscrip- 
tion métrique,  encore  en  partie  existante,  atteste  la  dé- 
votion des  Romains  envers  l'évéque  martyr  Pannonien  '. 

Nous  ne  pouvons  passer  sous  silence  les  cinq  sculpteurs 
de  Pannonie,  Simpronianus,  Claudius,  Nicostratus,  Cas- 
torius  et  Simplicius,  martyrisés  sous  Dioclétien,  trans- 
portés eux  aussi  à  Rome,  dans  la  première  moitié  du  IVe 
siècle,  à  ce  qu'il  semble,  et  honorés  jusqu'à  nos  jours,  sous 
le  titre  des  Quatre  Couronnés  *.  D'un  culte  rendu  à  ces 
saints  martyrs  dans  leur  patrie,  qui  n'était  peut-être 
qu'une  patrie  d'adoption,  il  ne  reste  nulle  trace. 

Les  Actes  de  S.  Ursicinus  font  de  lui  un  citoyen  d'une 

•35- 
2}  PerisUphanon,  vu,  3. 

(3    Passif  S  ;:/,  BHL.  7035.  c.  5.  A  comparer  avec  la  Chronique 

de  Jérôme,  ad  an.   2325.  et  Grégoire  de  Tours,  Ilist.  Franc.  I,  35. 

14  A.  De  Waal,  Die  Apost-elçruft  ad  Catucumbas  an  der  Via  Appia. 
Rom.  1S94. 

5   Ihm,  Damasi  epigrammata,  j6*. 

(6)  Act.SS.  nov.  t.  III,  p.  74S-84. 


296  CENTRES   DU    CULTE    DES    MARTYRS. 

ville  d'Illyrie  qui  n'a  pas  été  déterminée  jusqu'à  présent  : 
tô  uèv  ïévoç  dt'Ywv  ix.  tûùv  'IXXupiwv  TTÔXeuuç  Xi(3évT0u,  et 
placent  sa  sépulture  dans  un  endroit  situé  à  22  stades 
de  la  cité,  èv  TrpoaOTeuy  XeYOuéviu  KaXâuuj  '.  La  pièce  en 
elle-même  n'inspire  pas  grande  confiance.  Mais  d'autres 
documents  attestent  la  célébrité  d'un  S.  Ursicinus.  C'est 
un  des  martyrs  dont  S.  Marcel  l'Acémète  obtient  des 
reliques,  et  à  la  place  même  où  le  biographe  en  parle,  il 
signale  l'Illyric  au  nombre  des  pays  qui  ont  contribué 
à  enrichir  l'oratoire  du  pieux  abbé  -'.  Ursicinus  est  un 
des  martyrs  représentés  sur  la  mosaïque  de  Saint-Martin 
in  Caelo  Aureo  de  Ravenne  s.  Sa  fête  se  célébrait  en  cette 
ville  le  13  décembre  d'après  le  martyrologe  hiéronymien: 
Ravennae  Ursicini. 

Nous  achèverons  notre  revue  des  pays  Danubiens  par 
le  Norique  et  la  Rhétie.  La  notice  du  manuscrit  de  Berne 
au  4  mai  :  et  in  Nurico  Ripense  loco  Lauriaco  natale  Floriani 
etc.  n'appartient  pas  à  la  première  rédaction  du  marty- 
rologe hiéronymien  et  est  empruntée  à  la  Passion  du 
saint*.  Le  plus  ancien  texte  précis  que  nous  ayons  au 
sujet  de  S.  Florian  est  du  VIIIe  siècle  :  in  loco  nuncupante 
ad  Puoche,  ubi  preciosus  martyr  Flori anus  corpore  requiescit  3. 
Mais  tout  porte  à  croire  que  le  culte  du  martyr  remonte 
à  la  vénérable  antiquité. 

A  Castra  Regina  (Ratisbonne),  on  a  trouvé  l'inscription 
Sarmannac  quiescenti  in  pacc  martiribus  sociata  6.  On  a  voulu 
conclure  de  cette  formule  qu'il  y  eut  à  Ratisbonne  des 

(i)BHG*.  1861.  ce.  i,  11. 
(a)  BHG-.  1028,  c.  29. 
|)  CIL.  XI.  281. 

BHL.  3054.  Cf.  Krusch,  p.  66. 
g   Monumenta  Boica,  t.  XXVIII,  2,  p.  35. 
CIL.  III.  5972. 


l'orient.  297 

martyrs  dont  ce  serait  là  l'unique  vestige  '.  Le  martiribiis 
sociata  pourrait  signifier  aussi  bien  que  la  défunte  reposait 
auprès  des  saintes  reliques  provenant  de  n'importe  quelle 
église. 

Rien  de  plus  assuré  que  le  culte  de  Ste  Afra  à  Augusta 
Vindelicum  (Augsbourg),  quel  que  soit  le  jugement  à 
porter  sur  les  Actes  de  cette  martyre  '-.  La  notice  in 
provincia  Retia  civitate  Augusta  Afrae  veneriae,  du  7  août, 
est  répétée,  avec  une  légère  modification,  au  9  octo- 
bre. Remarquons  encore  une  fois  que  le  VII  idus, 
servant  à  exprimer  les  deux  dates, explique  cette  répétition. 
La  fête  traditionnelle  se  célèbre  au  mois  d'août  ;  le  pèleri- 
nage était  fréquenté  au  VIe  siècle  : 

Pergisad  Augustam  qua  Virdo  et  Licca  fluentant. 
Illic  ossa  sacrae  vener obère  martyris  Afrae, 
c'est  Fortunat  qui  l'atteste  "'. 


(1)  A.  Ebner,  Du  altestcn  Denkmale  des  Christcnthums  in  Regensburg, 

RoMISCHE  QUARTALSCHRIKT,  t.  VI  (1892),    p.    I53-69. 

(2)BHL.  108,  109. 

(l)Vita  Martini,  IV,  642-43. 


CHAPITRE  VII. 

LES  PRINCIPAUX  CENTRES  DU  CULTE 
DES  MARTYRS.   ROME  ET  L'ITALIE. 

L'hagiographie  romaine  dépasse  en  richesse  tout  ce 
que  la  tradition  des  églises  nous  a  légué  en  ce  genre. 
Nulle  part  les  persécutions  ne  firent  autant  et  d'aussi 
illustres  victimes,  et  il  n'est  pas  de  sanctuaires  de  martyrs 
dont  la  célébrité,  dans  le  monde  chrétien,  ait  égalé  ceux 
de  la  ville  éternelle.  La  liturgie,  l'archéologie,  la  topogra- 
phie, l'histoire,  la  légende  même  en  rendent  témoignage, 
et  les  sources  d'information  sont,  nous  ne  dirons  pas  si 
limpides,  mais  si  abondantes  que  nous  ne  devrions  pas 
songer  à  épuiser  en  quelques  pages  un  pareil  sujet.  D'ail- 
leurs, l'état  présent  de  la  recherche  scientifique  ne  permet 
pas  encore  d<  tracer  un  tableau  suffisamment  achevé 
dans  tous  ses  détails  ;  ce  sera  beaucoup  si  nous  parvenons 
à  produire  une  esquisse  dont  les  contours  ne  soient  pas 
trop  indécis. 

Les  documents  auxquels  nous  aurons  à  puiser  sont  tout 
d'abord  le  férial  de  l'église  romaine,  qui  nous  est  parvenu 
SOUS  une  double  forme  répondant  à  diverses  phases  du 
eloppement  du  culte.  La  première  est  représentée  par 
la  Dcpositio  cpiscoporitin  et  la  Deposiiio  martyrum  du  recueil 
philocalien  de  354,  martyrologe  précieux  parce  qu'il  con- 
state l'usage  officiel  et  qu'il  marque  une  date,  mais  qui 
paraît   n'être  qu'un   extrait,    et   dont    le   texte    n'est   pas 


ROME    ET    L'ITALIE.  299 

intact.  Le  martyrologe  romain  que  l'auteur  de  l'hiérony- 
mien  a  incorporé  dans  sa  compilation,  et  qui  se  laisse 
isoler  dans  ses  parties  principales  '  est  plus  précis  et  plus 
complet.  En  tenant  compte  des  évêques  dont  l'ordination 
figure  dans  la  liste  en  même  temps  que  la  déposition,  on 
arrive  à  conclure  que  le  calendrier  romain  a  été  à  plu- 
sieurs reprises  l'objet  d'une  revision.  Probablement  rédigé 
sous  Miltiade  (311-314),  il  subit  des  retouches  ou  reçut 
des  compléments  sous  Marc  (336),  sous  Libère  (352-366), 
sous  Innocent  (401-417)  ;  il  prit  sa  forme  définitive  peu 
après  la  mort  de  Boniface  (422).  Nous  constatons  ces 
additions  en  ce  qui  concerne  la  liste  des  évêques  -.  Celle 
des  martyrs,  arrêtée  dans  les  premières  années  de  la  paix 
religieuse,  reçut-elle  aussi  des  accroissements  par  la  même 
occasion  ? 

Cela  n'est  nullement  improbable.  Nous  savons  en  effet 
que  Damase  (366-384)  s'occupa  de  remettre  en  honneur 
les  tombeaux  des  martyrs  et  il  y  a  lieu  de  penser  que  ses 
travaux  aboutirent  parfois  à  des  découvertes  que  le  calen- 
drier ne  faisait  pas  pressentir  3.  Il  est  superflu  d'ailleurs 
d'insister  sur  l'importance  de  l'œuvre  épigraphique  de 
Damase  au  point  de  vue  de  l'hagiographie.  Ses  petits 
poèmes,  si  gauchement  versifiés,  outre  qu'ils  renferment 
parfois  la  plus  ancienne  version  connue  de  la  légende  du 
saint,  aident  singulièrement  à  fixer  la  topographie  de  la 
Rome  souterraine.  D'autres  documents  épigraphiques, 
moins  solennels,  viennent  à  propos  compléter  la  série 
Damasienne,  inscriptions  votives  ou  simples  graffiti, 
témoins  irrécusables  de  la  dévotion  du  peuple. 

(1)  Voir  l'essai  de  restitution  du  mois  de  janvier,  Duchesne,  dans 
Act.  SS.  novemhr.  t.  II,  p.  [xlvhi|. 

(2)  Duchesne.  t.  c.  p.  [l]. 

(3)  Plus  haut,  p.  89-90. 


300  CENTRES    DU    CULTE    DES    MARTYRS. 

Tout  le  monde  connaît  Y  Index  oleorum,  les  étiquettes 
des  fioles  d'huile  recueillies  sur  les  tombeaux  des  martyrs 
et  envoyées  à  la  reine  Théodelinde,  et  toute  cette  littéra- 
ture des  itinéraires  dont  plusieurs  reposent  sur  des 
documents  antérieurs  au  grand  mouvement  des  transla- 
tions, représentant  par  conséquent  l'état  des  sanctuaires 
tels  qu'ils  étaient  demeurés  jusque  vers  le  milieu  du  VIIe 
siècle  '.  On  sait  que  les  premiers  corps  saints  enlevés  aux 
cimetières  suburbicaires  pour  être  transportés  dans  l'inté- 
rieur de  la  ville  sont  ceux  des  saints  Primus  et  Felicianus, 
que  le  pape  Théodore  (642-649)  fit  déposer  dans  la  basili- 
que  de  Saint-Etienne.  Quelle  que  soit  l'antiquité  de  ces 
sources,  elles  ne  sont  pas  infaillibles,  et  elles  ont  les 
défauts  de  ce  genre  de  documents,  qui  doivent  toujours 
être  interrogés  avec  certaines  précautions. 

Nous  avons  enfin,  pour  nous  renseigner  sur  les  martyrs, 
le  faisceau  compact  des  légendes  romaines  dont  la  plupart 
furent  rédigées  au  VIe  siècle.  Elles  donnent  parfois  d'utiles 
indications  sur  les  sanctuaires  qui  attiraient  le  flot  des 
pèlerins,  mais  sont  dépourvues  de  toute  valeur  au  point  de 
vue  de  l'histoire  qu'ils  prétendent  faire  connaître2.  C'est 
en  utilisant  convenablement  les  matériaux  si  disparates 
que  nous  venons  d'indiquer,  que  l'on  parviendra  à  recon- 
stituer le  calendrier  romain. Ce  travail  n'est  point  terminé, 


1     Nous  renvoyons  pour  cet  ensemble  de  documents  aux  tableaux  si 
commodes   :  :  ar  De  Rossi,  Roma  Sottcrranea,  t.  I,  p.  176-83.  Le 

catalogue  des  huiles  saintes  publié  récemmenl  par  A.Sepulcri, 

1  pupiri  dtllabusilica  di  Monza  e  le  reliquie  inviate  da  Roma,  Archivio 

STORK  0  LOMBARDO,  1903,  p.  J4I-62. 

(21  Sur  les  légend  unes,  voir  notre  travail  l' Amphithéâtre  Fla- 

vien  et  ses  environs  dans  les  sources  hagiographiques,  dans  Analecta 
Bolland.,  t.  XVI,  p.  309-5J  ;  A.  Dufourcq,  Etude  sur  les  Gesta  Mar- 
tyrum  romains,  Paris,  1900. 


ROME    ET    L'ITALIE.  3OI 

et  nous  ne  pourrons  en   indiquer  que  les  grandes  lignes  '. 

Les  origines  du  culte  des  martyrs  dans  l'église  de  Rome 
sont  relativement  tardives. Au  cours  du  IIe  siècle, lorsqu'en 
Orient  l'usage  de  célébrer  les  anniversaires  des  martyrs 
est  en  pleine  vigueur,  il  n'en  est  question  à  Rome  dans 
aucun  des  documents  écrits  qui  nous  sont  parvenus,  et  la 
tradition  monumentale  est  également  muette.  D'ailleurs, 
l'église  romaine  à  cette  époque  ne  célébrait  pas  les  anni- 
versaires des  défunts  en  général  ;  le  formulaire  des  épita- 
phes  antiques,  d'où  est  exclu  le  jour  de  la  déposition,  est  à 
cet  égard  absolument  concluant.  Aucun  martyr  antérieur 
aux  persécutions  du  IIIe  siècle  —  exception  faite  des  apô- 
tres, et  nous  essayerons  d'apprécier  la  portée  de  cette 
exception  —  n'est  mentionné  ni  dans  le  calendrier  philo- 
calien  ni  dans  l'hiéronymien,  et  leur  silence  montre  assez 
que  le  souvenir  distinct  des  héros  des  premiers  âges 
s'était  effacé  lorsqu'on  commença  à  organiser  le  culte. 
Des  personnages  marquants  dont  le  martyre  ne  fait  aucun 
doute,  n'ont  été  primitivement  l'objet  d'aucune  commé- 
moraison  liturgique.  Ainsi  Flavius  Clemens,  les  deux 
Domitille,  Acilius  Glabrio,  le  pape  Télesphore,  Ptolémée 
et  Lucius,  Justin  le  philosophe  et  ses  compagnons,  le 
sénateur  Apollonius.  Les  plus  anciens  martyrs  cités  dans 
les  fastes  sont  Calliste  (f  222),  Pontien  et  Hyppolyte 
(après  235).  Mais  je  n'oserais  affirmer  que  l'institution  du 
culte  des  martyrs  à  Rome  remonte  aux  jours  de  la  déposi- 


1  Malgré  les  réserves  que  nous  avons  cru  devoir  faire  (Analcct.  Bol- 
land.,  t.  XXI,  p.  89-931  à  propos  du  livre  de  M.  Urbain,  Ein  Martyrolo- 
gium  der  christlichen  Gemeindc  zu  Rom  am  Anfang  des  V  Jahrhundcrts, 
dans  Texte  und  Untersuchungen  zur  Geschichte  der  altchrist- 
lichen  Literatur.  N.  F.,  t.  VI,  n.3,  nous  devons  confesser  qu'il  nous 
a  été  fort  utile. 


302        CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

tion  de  ces  saints  personnages.  Il  suffirait  de  dire  qu'il  a 
été  introduit  par  une  génération  suffisamment  rapprochée 
pour  n'avoir  pas  perdu  leur  souvenir.  Divers  indices 
donneraient  à  penser  que  ce  n'est  guère  que  dans  la 
seconde  moitié  du  IIIe  siècle  que  l'organisation  devint 
sérieuse  et  l'observation  des  anniversaires  un  peu  régu- 
lière. Des  martyrs  de  la  persécution  de  Valérien,  comme 
le  prêtre  Moyse  ',  ne  sont  point  commémorés,  et  la  date  de 
la  déposition  du  pape  Corneille  lui-même  n'est  point  con- 
nue.On  a  joint  sa  fête  à  celle  de  S.Cyprien,  son  illustre  col- 
lègue et  ami, qui  certainement  ne  mourut  pas  le  même  jour. 
Ne  faudrait-il  pas  dater  les  débuts  du  culte  des  martyrs  à 
Rome  de  cette  période  où  nous  le  voyons  en  pleine  vigueur 
dans  l'église  d'Afrique,  avec  laquelle  celle  de  Rome  entre- 
tenait alors  des  relations  extraordinairement  suivies  et 
intimes  ?  Nous  n'insisterons  pas,  faute  d'indices  con- 
cluants, sur  l'hypothèse  de  l'importation  transmarine. 
Le  fait  de  l'origine  tardive  est  mieux  établi. 

On  objectera  sans  doute  la  présence  des  noms  des  apô- 
tres Pierre  et  Paul  dans  la  Depositio  martyrum.  Ne  faut-il 
pas  en  conclure  que  tout  au  moins  ils  faisaient  exception 
à  la  règle  générale,  et  peut-on  s'imaginer  que  le  culte  des 
fondateurs  de  l'église  romaine  n'ait  point  commencé  au 
lendemain  de  leur  mort?  Il  est  incontestable  que  les 
romains  connaissaient,  au  IIe  siècle,  l'emplacement  des 
tombeaux  des  apôtres.  On  a  cité  assez  souvent  ces  paroles 
de  Gaius,   qui   vivait  sous  le  pape  Zéphyrin,  à  Proclus,   le 


i  Cyprien,  Epist.  27,  \  :  28,1  ;  31,  i  ;  32,  1  ;  37*  ;  55-  5  :  presbytero 
Moyse  tutu  adhuc conf essore  nunc  iam  martyre  subscribente.  Hartel,  p. 
627.  Corneille  dans  Ei  Uist  eccl.,  VI,  43,  20  :  Mwafïç.   ô  paKci- 

pioç  pâpTUÇ,  6  TTtxp'     nuiv     tvufxoç     paprupriaciç     Ka\f\v    Tiva    ku'i 
6auuaaT»'iv    uupTwpiav. 


ROME   ET   L'ITALIE.  303 

chef  des  Cataphrygiens  :  «  Quant  à  moi  j'ai  à  montrer  les 
trophées  des  apôtres.  Si  vous  voulez  aller  au  Vatican  ou 
sur  la  voie  d'Ostie,  vous  trouverez  les  trophées  des  fonda- 
teurs de  cette  église  '.  »  Ce  texte  prouve  que  l'on  gardait 
pieusement  la  mémoire  des  deux  grands  «  coryphées  », 
mais  non  pas  qu'elle  était  l'objet  d'une  commémoraison 
liturgique  -. 

L'ensemble  des  textes  qui  se  rapportent  aux  plus  an- 
ciennes manifestations  du  culte  des  saints  apôtres  a  été 
l'objet  de  discussions  compliquées  qui  n'ont  abouti  à  aucu- 
ne solution  entièrement  satisfaisante.  Nous  ne  pouvons 
nous  dispenser  d'en  dire  quelques  mots,  bien  que  nous 
n'ayons  pas  la  prétention  de  clore  le  débat.  Il  s'agit,  en 
somme,  d'expliquer  l'article  du  férial  romain  à  la  date  du 
29  juin.  La  formule  philocalienne  est  celle-ci:.P^n  in  Cata- 
cumbas  et  Pauh  Ostense  Tusco  et  Basso  cons.  [258].  On  lui 
préférera  comme  plus  claire  et  probablement  plus  ancien- 
ne celle  du  martyrologe  hiéronymien,  telle  qu'il  faut  la 
restituer  :  Romae  natale  sanctorum  apostolorum  Pétri  et  Paulin 
Pétri  in  Vaticano  via  Aurélia,  Pauli  vero  via  Ostiensi,  utrum- 
que  in  Catacumbas  Basso  et  Tusco  consulibus  3.  La  date  con- 

1    Dans  Eusèbe,  Hist.  eccl.,  II,  25,  7. 

(2)  Nous  ne  voulons  par  nous  attarder  à  réfuter  les  subtilités  que 
l'on  a  accumulées  pour  essayer  de  démontrer  que  TpÔTiaia  ne  peut  signi- 
fier les  tombeaux.  Elles  ont  été  renouvelées  récemment  par  Guigne- 
bert,  La  primauté  de  Pierre  et  la  venue  de  Pierre  à  Rome,  Paris,  1909, 
p.  304-11,  sans  rendre  la  thèse  plus  plausible.  M.  P.  Monceaux 
l'a  fort  bien  montré  dans  Revue  d'hist.  et  de  htt.  relig.,  1910,  p.  231-33. 

(3'  Voir  Duchesne,  Le  Liber  pontijîcalis,  t.  I,  p.  cv.  Dans  le  manus- 
crit de  Berne  Via  Aurélia  est  placé  immédiatement  après  Romae.  Nous 
supprimons  le  passi  sub  Nerone  entre  Catacumbas  et  Basso.  C'est  certai- 
nement une  interpolation.  M.  Monceaux,  dans  Revue  d'hist.  et  de  Htt. 
telig.,  t.  c,  p.  236,  propose  la  restitution  suivante  :  Passi  sub  Nerone 
Basso  [et  Crasso  cons  an.6i)  translate  in  Catacumbas  Basso]  et  Tusco 
consulibus.  L'hypothèse  est  séduisante,  mais  la  tradition  manuscrite  ne 
lui  donne  aucune  probabilité. 


304        CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

sulaire,  ne  pouvant  être  celle  de  la  mort  des  apôtres, 
doit  se  rapporter  à  un  fait  liturgique  :  une  transla- 
tion de  reliques  ou  l'institution  d'une  fête.  La  première 
explication  semble  trouver  un  appui  dans  une  inscription 
Damasienne  placée  précisément  à  l'endroit  de  la  voie 
Appienne  ad  Catacumbas,  dans  la  crypte  dite  Platoma  ou 
Platon  ia,  ubi  iacuerunt  corpora  sanctorum  apostolorum  Pétri 
et  Pauli  comme  dit  le  Liber  pontificalis  dans  la  Vie  de 
Damase,  et  aussi  les  itinéraires.  Voici  le  texte  de  l'inscrip- 
tion. 

Hic  habitasse  prius  sanctos  cognoscere  debes, 
nomina  quisque  Pétri  pariter  Paulique  requins. 
Discipulos  oriens  misit,quod  sponte  fatemur  : 
sanguinis  ob  meritum  —  Christum  per  astra  secuti 
aetherios  petiere  sinus   regnaque  piorum  — 
Roma  suos  potius   meruit  defendere  cives. 
Haec  Damasus  vestras  référât  nova  sidéra  laudes  '. 

On  conviendra  que  cette  poésie  ne  pèche  point  par 
excès  de  clarté,  et  l'on  ne  s'étonne  pas  de  la  variété  des 
interprétations  qu'elle  a  fait  naître. 

Celle  qui  a  eu  le  plus  de  succès,  c'est  l'histoire  des 
orientaux  qui  tentent  d'emporter  dans  leur  pays 
les  corps  de  leurs  compatriotes,  et  qu'une  inter- 
vention céleste  oblige  à  abandonner  leur  trésor  au 
troisième  mille  de  la  voie  Appienne.  Cette  tradition,  que 
représentent  les  Acta  Petriet  Pauli  2,  la  lettre  de  S.  Gré- 
goire le  Grand  à    l'impératrice   Constantine  *,   les  Actes 

m  Ihm,  Damasi  epigrammata,  26. 

■    BHG*.  1490,  c.87. 
13   Registr.  IV,  30,  Ewald-Hartmann,  1. 1,  p.  264-66. 


ROME   ET   L'ITALIE.  305 

de  Sharbil  '.s'explique  fort  bien  par  une  lecture  super- 
ficielle de  l'inscription,  où  il  est  en  effet  question  de  dis- 
ciples venus  d'Orient  et  d'une  station  des  apôtres  à  tel 
endroit  :  hic.  Il  est  possible  que  le  Liber  pontificalis  et  les 
itinéraires,  tout  en  étant  moins  précis,  soient  les  échos  de 
la  même  tradition.  Tous  ces  documents  d'ailleurs  impli- 
quent l'idée  d'une  translation,  quelles  qu'en  aient  été  les 
circonstances. 

En  partant  de  ce  fait  que  le  hic  habitasse  prius  sancios  se 
rapporterait  à  un  séjour  des  corps  saints  aux  catacombes, 
on  a  essayé  de  donner  une  base  scientifique  à  l'hypothèse 
de  la  translation. 

L'année  258,  dit-on,  est  une  année  de  persécution  2. 
L'édit  rendu,  dès  l'année  précédente,  contre  les  chrétiens, 
portait  défense  de  tenir  des  réunions  et  d'entrer  dans  les 
cimetières.  Ceux-ci  furent  probablement  surveillés  parla 
police  tant  que  dura  la  persécution. 

Les  tombes  apostoliques  du  Vatican  et  de  la  voie  d'Ostie 
devaient  être  les  premières  menacées.  «  La  prudence  com- 
mandait d'en  extraire  les  reliques  des  apôtres  et  de  les 
cacher  en  quelque  endroit  où  la  police  ne  fût  pas  tentée 
d'aller  les  chercher,  où  même  les  fidèles  n'eussent  pas 
autant  de  facilité  de  se  réunir  pour  les  vénérer.  Le  monu- 
ment des  catacombes  satisfait  admirablement  à  cette  con- 
dition. »  Certes,  une  fois  acceptée  l'idée  de  la  translation, 
on  ne  saurait  mieux  harmoniser  des  textes  qui  paraissent 
discordants. 

Mais  l'hypothèse  ne  s'impose  pas,  même  à  la  lecture 
des  vers  de  Damase,  et  elle  se  heurte,  nous  semble-t-il,  à 

(11  BHO.  1049. 

2  Nous  résumons  ici,  presque  dans  ses  propres  termes,  l'argumen- 
tation de  Mgr  Duchesne,  Le  Liber  pontificalis.  t.  I,  p.  evi, 

Cuit.  Mart.  20 


306  CENTRES   DU    CULTE  DES   MARTYRS. 

de  telles  difficultés,  qu'on  ne  saurait  la  regarder  comme 
probable.  S'il  est  une  résolution  que  les  chefs  de  l'église 
ne  devaient  pas  songer  à  prendre,  c'est  bien  celle  de 
transférer  ailleurs  les  corps  des  apôtres.  Punissable  à 
toute  époque,  la  transgression  des  lois  qui  assuraient  le 
respect  des  sépultures  eût  emprunté  aux  circonstances 
une  gravité  exceptionnelle,  et  il  eût  été  bien  difficile  d'ac- 
complir un  tel  acte  en  des  endroits  entourés  d'une  sur- 
veillance spéciale.  Et  puis,  l'idée  d'une  translation  serait- 
elle  venue  à  des  Romains,  que  les  mœurs  et  la  législation 
avaient  pénétrés  d'un  respect  pour  les  morts,  que  nous 
serions  tentés  de  qualifier  de  superstitieux,  et  qui  eut 
une  si  heureuse  influence  sur  la  discipline  du  culte 
des  reliques  ?  D'autant  que,  puisque  la  police  veillait 
à  l'entrée  des  cimetières,  les  tombeaux  n'étaient 
exposés  à  aucune  prolanation,  et  que,  si  l'on  avait 
vu  des  magistrats  dans  les  provinces  refuser  la  sé- 
pulture aux  martyrs,  il  était  sans  exemple,  jusque  là,  que 
l'on  eût  violé  leurs  tombeaux. 

On  suppose  d'ailleurs,  et  logiquement  puisque  S.  Pierre 
fut  rendu  au  Vatican,  S.  Paul  à  la  voie  d'Ostie,  qu'il 
ne  s'agissait  que  de  les  soustraire  temporairement  aux 
entreprises  des  infidèles.  Mais  alors  on  ne  conçoit  plus 
que  L'on  ait  fait  de  l'événement  une  commémoraison 
solennelle.  Le  jour  qui  devait  laisser  une  trace  dans  le 
férial  était  celui  du  retour  triomphal  des  apôtres  à  leur 
demeure  primitive, désormais  abritée  sous  une  somptueuse 
basilique,  et  non  celui  de  l'enlèvement  furtif  commandé 
par  le  malheur  des  temps. 

Le  martyrologe  du  29  juin  n'a  donc  point  gardé,  nous 

nble-t-il.  le  souvenir  d'une  translation,   et    nous  serions 

plus   portes  à   croire  qu'en    tait  les  saints  apôtres    n'ont 

jamais  été  troubles  clans   leur  repos  depuis    le  jour  où  ils 


ROME   ET   L'iTALII  .  307 

furent  déposes  au  Vatican  et  sur  la  voie  d'Ostie.  Mais  alors 
l'anniversaire  ne  peut  être  que  celui  de  l'institution,  en 
258,  d'une  fête  en  l'honneur  des  apôtres. 

Cette  solution  ne  va  pas  non  plus,  nous  le  savons,  sans 
quelques  difficultés.  C'était  bien  le  moment,  pourra-t- 
on dire,  en  pleine  tourmente,  un  bon  mois  avant  le  mar- 
tyre du  pape  Xyste,  d'instituer  une  fête  liturgique,  et  de 
convier  les  fidèles  à  se  réunir  à  des  endroits  interdits. 
L'objection  se  présente  tout  naturellement.  Mais  nous 
sommes  peut-être  trop  mal  renseignés  sur  les  détails  du 
régime  de  la  persécution  pour  trancher  ces  questions.  A 
Cartilage,  on  se  préoccupait  de  régler  le  culte  alors  qu'une 
foule  de  confesseurs  attendaient  le  martyre  en  prison.  Et 
savons-nous  si, après  l'édit  de  257,  une  accalmie  ne  s'était 
point  produite  à  Rome  au  début  de  l'année  suivante,  une 
suspension  momentanée  des  rigueurs,  dont  l'église  aurait 
profité  trop  tôt,  attirant  ainsi  l'attention  des  autorités  et 
provoquant  une  recrudescence  de  sévérité  ? 

On  demandera  encore  la  raison  du  choix  de  la  voie 
Appienne  pour  la  commémoraison  commune  des  deux  apô- 
tres. Il  n'est  pas  impossible  que  leur  souvenir  fût  ratta- 
ché par  la  tradition  à  un  point  précis  de  cette  route  par 
laquelle,  venus  d'Orient,  ils  étaient  entrés  dans  la  ville 
éternelle,  et  qui  sait  si  le  hic  habitasse  prius  sanctos  cognoscere 
debes  ne  doit  pas  être  entendu  sans  métaphore  ?  Ne  serait- 
ce  pas  pour  permettre  à  tous  les  quartiers  de  la  grande 
ville  de  se  rendre  plus  aisément  à  la  réunion  du  29  juin 
que   l'on  a  songé  à  multiplier  les  stations  ? 

Tantae  per  urbis  ambitum 
stipata  tendant  agmina  ; 
trinis  celebratnr  viis 
festum  sacrorum  martyr um  2. 

(1  Ambrcise,  Ilymn.  X.  Steier,  Untersuchungen  ùber  die  Echtli.it 
der  Hymnen  der  Ambrosius,  Jahrbùcher  fur  klassische  Philologie, 
Supplementband  XXVIII,  p.  656.  Cf.  p.  611-17. 


308  CENTRES   DU    CULTE   DES   MARTYTS. 

Nous  ne  chercherons  pas,  d'ailleurs,  à  tirer  des  ren- 
seignements bien  précis  d'un  texte  aussi  obscur  que  celui 
de  Damase.  On  ne  peut  se  méprendre  sur  le  sens  général, 
encore  que  le  détail  des  circonstances  qu'il  reflète 
nous  échappe. 

Le  pontife  répond  aux  Orientaux  qui,  sans  doute,  reven- 
diquaient pour  eux  les  deux  grandes  gloires  de  l'église 
Romaine  :  «  Nous  l'avouons,  c'est  vous  qui  nous  les  avez 
envoyés  ;  mais  ils  sont  devenus  nos  concitoyens  en 
versant  leur  sang  au  milieu  de  nous.  »  Faut-il  aller  plus 
loin  et  lire  entre  les  lignes  des  allusions  aux  pre- 
mières rivalités  entre  les  églises  d'Orient  et  d'Occi- 
dent ?  Ce  serait  peut-être  un  excès  de  pénétration, 
et  il  nous  suffit  de  constater  que  Damase  insiste  sur 
tout  autre  chose  que  la  présence  des  apôtres.  L'on  recon- 
naîtra aussi  que, s'il  avait  voulu  rappeler  le  séjour  de  leurs 
reliques,  la  tyrannie  du  mètre  ne  l'en  aurait  pas  empêché, 
puisqu'il  suffisait,  au  lieu  d'écrire  nomma,  de  dire  :  cor- 
pora  quisque  Peiri  pariter  Paulique  requiris. 

Nous  n'insisterons  pas  davantage.  A  partir  du  moment 
où  nous  constatons  que  la  foule  des  fidèles  afflue  à  Rome 
pour  célébrer  la  fête  des  apôtres,  avec  L'enthousiasme  que 
décrit  Prudence  '  et  que  partageait  un  habitué  du  pèleri- 
nage romain,  Paulin  de  Noie  -,  S.  Pierre  reposait  au  Vati- 
can, S.  Paul  sur  la  voie  d'Ostie. 

S'il  fallait  prendre  à  la  lettre  les  descriptions  de  Pru- 
dence, la  fête  de  S.  Hippolyte  à  Rome,  le  jour  des  ides 
d'août,  l'aurait  à  peine  cédé  en  solennité  à  celle  des 
apôtres.    On    ne  trouve   pas    de   trace    ailleurs   de    cette 

i>  Peristcph.  xn. 
(a)  Epist.  xvn,  i  ;  xvin,  i  ;  xx,  2  ;  xliii,  i  ;  xlv,  i;  IIartel,  pp.  125, 

M4-  l  \5,  irH,  37'J- 


ROME   ET   L'ITALIE.  309 

extraordinaire  popularité  de  S.  Hippolyte,  et  l'on  se 
demande  s'il  n'y  a  pas  quelque  confusion  dans  l'esprit 
du  poète  avec  la  i'éte  de  S.  Laurent,  qui  se  célébrait  trois 
jours  auparavant,  et  presque  au  même  endroit.  L'impor- 
tance de  celle-ci  ne  fait  aucun  doute.  Les  deux  Mélanie 
n'étaient  pas  seules  à  la  garder1,  et  Prudence  n'exagère 
pas.  sans  doute,  lorsqu'il  montre  les  senatus  luminci  et  les 
mlustres  domus  se  prosterner  dans  la  basilique  du  martyr2. 
Partout  on  emportait  de  ses  reliques,  et  il  est  aisé  de 
constater  que  S.  Laurent  est,  dès  l'antiquité,  un  des  mar- 
tvrs  dont  le  culte  a  pénétré  dans  tous  les  pays.  Sa  légende, 
qui  paraît  empruntée  à  l'Orient3,  a  vivement  frappé  les 
imaginations,  et  l'on  crut  de  bonne  heure  avoir  retrouvé 
le  gril,  instrument  de  son  supplice. 

Pour  nous  rendre  compte  de  l'importance  du  trésor  de 
corps  saints  que  cachait  le  sol  de  Rome, 

quam  plena  sanctis  Roma  sit, 
quam  dives  urbaman  solum 
sacris  sepulchris  jloreat  ', 

nous  relèverons,  en  suivant  l'ordre  des  voies  qui  partent 
de  la  capitale,  les  noms  des  martyrs  dont  le  culte  est 
sérieusement  attesté  dans  les  documents  antiques  que 
nous  avons  rappelés,  et  dont  l'identification  n'offre  aucun 
doute.  Nous  croyons  pouvoir  alléger  cet  exposé  de  la  liste 
des  papes,  même  martyrs.  Ils  sont  assez  connus  et  il  n'y  a 
guère  de  doute  sur  le  lieu  de  leurs  sépultures  s. 

:  Vita  S.  Mclaniae  »kk.,BHG-.  1241,  c.  5. 

2  Pa-nteph.,  Il,  516.  521. 

3  Analcct.  Bolland..  t.  XXXI,  p.  264. 
.  Prudence,  Peristeph.,  n,  542-44. 

5    Un  tableau  d'ensemble    dans  Urbain,  Eu:  Martyrologium   der 
christlickai  Gevuindc  zu  Rom,  p.  102-109. 


3IO         CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

Via  Salaria  vêtus.  Indiquons  d'abord  les  articles 
suffisamment  clairs  du  martyrologe  hiéronymien  se  rap- 
portant à  la  voie  Salarienne. 

ii  juin  :  via  Salaria  natale  sanctae  Basillae. 
17  juin  :  ad  Septem  Palumbas   via  Salaria  vetere  sancto- 
rum  Blasti,  Diogenis  '. 

24  juin  :   in  cimiterio  ad  septem  Palumbas  via  Salaria 
vetere  Festi  -'. 

28  août  :  via  Salaria  vetere  in  cimiterio  Basillae  Hcr- 
metis. 

11  septembre  :    via  Salaria   vetere   in  cimiterio  Basil- 
lae sanctorum  Proti  et  Iacinti  3. 

22  septembre   :    via  Salaria    vetere   in   cimiterio   eius- 
dem  Basillae. 

Les  trois  dernières  fêtes  sont  marquées  dans  la  Depo- 
sitio  martyrum,  et  celle  du  22  septembre  est  accompagnée 
d'une  date  Diocletiano  IX  et  Maximiano  VIII  consul.  [304]. 
Nous  ignorons  ht  raison  du  double  anniversaire  11  juin 
et  22  septembre  de  Basilla  ;  mais  les  preuves  du  culte  ne 
manquent  pas.  A  défaut  des  itinéraires  et  de  V Index  oleo- 
rum  nous  aurions  encore  à  citer  ces  inscriptions  domina 
Iiassilla  commandamus  tihi  Crescentinus  et  Micina  i  ;  com- 
mando Bassila  innocentia  Gemelli*.  Il  n'y  a  aucun  doute 
non  plus  au  sujet  des  autres  saints.  Les  pèlerins  citent 
leurs  noms,  et  nous  en  rencontrons  plusieurs  sur  une 
inscription  découverte   dans   l'église   de  Saint-Marcel-in- 

11  Les  manuscrits  placent  Cyriaci  entre  les  deux  noms. 
(2)  Suivi  clans  les  manuscrits  de  Luciue  cum  aliis  XXII  etc.  Je  n'ose- 
rais identifier  Lucia  avec  la  Lucina  de  Y  Index  olcnrum. 

;    \.       manuscrits  B,  W  ajoutent:  qui  fucrunt  doctorcs  christianac 
logis  sanctae  Eugeniae  et  Basillae 
(4.)  Marucchi,  Monumenti  cristiani  dcl  museo   Pio-Lateranense,  tav. 

LI.  17 

(5)  Ibid.,  tav.  LI,  16. 


ROME    ET   L'ITALIE.  311 

Via-Lata  :  Hic  requiescunt  corpora  sanciorum  Iohanni  pres- 
byteri,  Blasti.  Diogeni  et  Longini  marturum  '.  Une  inscrip- 
tion métrique, taisant  allusion  aux  dévastations  des  Goths, 
fut  placée  sur  le  tombeau  du  martyr  Diogène  au  VIe  siè- 
cle ». 

Le  martyr  Jean,  assez  célèbre  pour  avoir  été  à  une  cer- 
taine époque  l'éponyme  du  cimetière  ad  septem  Palumbas 
ad  caput  S.  loliaunis  3,  figurait  probablement  dans  le  mar- 
tyrologe au  24  juin,  avec  Festus,  et  aura  été  absorbé 
par  les  autres  Jean,  le  Précurseur  et  l'Evangéliste,  qui 
sont  commémorés  le  même  jour.  Une  église  de  S.  Her- 
mès à  Antium  *  est  signalée  dans  la  vie  du  pape  Boniface 
(418-422),  et  S.  Grégoire  envoie  à  Chrysante,  évêque  de 
Spolète,  des  reliques  des  saints  Hermès  et  Hyacinthe  " . 
Sa  correspondance  ne  mentionne  pas  moins  de  quatre 
monastères  ou  églises  dédiées  à  S.Hermès  en  Sicile,  en 
Sarclai -ne,  en  Italie  6.  Il  n'est  pas  bien  certain  que  le 
tombeau  de  S.  Hermès  ait  été  orné  d'une  inscription 
Damasienne  7  ;  le  pape  Pelage  (579-590)  y  fit  construire 
une  basilique  8.  Protus  et  Hyacinthe  ont  été  célébrés 
par  le  pontife  9,  et  plus  tard  deux  autres  inscriptions 
métriques  attirèrent  l'attention  des  visiteurs  sur  leur  glo- 
rieuse sépulture  l0.  Nous  ne  pouvons  omettre  de  rappe- 
ler ici  un  fait  unique  dans  l'histoire  des  Catacombes 
romaines. 

1    Gatti.  dans  Bullcttino  commtale,  190g,  p.  113-15. 
2)  De  Rossi,  Inscriptiones  christianae  Urbis  Romac,  t.  II  pp.  83-100. 
;)  Index  coemeteriorutn  dans  De  Rossi,  Roma  sotteranca,  t.  I,p.  176. 
14'  Dui  hesne,  Le  Liber pontificalis,  1. 1,  pp.  227,  229. 

(5)  Regisir.  IX,  49,  Hartmann,  t.  II,  p.  76. 

(6)  Hartmann,  t.  c.  p.  490. 

(71  Ihm,  Damasi  epigrammata,  52. 

(8)  Duchesne,  t.  c.  pp.  309-310. 

(9)  Ihm,  Damasi  epigrammata,  49. 

(10)  Ihm.  Damasi  epigrammata,  96-97. 


312         CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

En  1845,  une  tombe  fut  découverte  par  le  P.  Marchi, 
intacte,  et  portant  cette  inscription  : 

DP     III     IDVS     SEPTEBR 
YACINTHVS 
MARTYR 

Elle  avait  échappé  aux  recherches  lors  des  translations 
du  IXe  siècle  et  l'on  put  vénérer  les  os  carbonisés  du  mar- 
tyr tels  qu'ils  y  avaient  déposés  le  jour  de  son  supplice  '. 

Nommons  encore,  avec  les  itinéraires  et  V Index,  Maxi- 
mum ou  Maximilianus,  qui  est  peut-être  au  martyrologe  le 
26  août,  Herculanus,  Crispus,  Longinus  celui-ci  men- 
tionné sur  l'inscription  de  Saint-Marcel,  et  S.  Liberalis. 
Une  grande  inscription  en  l'honneur  de  ce  dernier  com- 
mence par  ces  vers  : 

Martyris  hic  sancti  Liberalis  membra  quiescunt 
Qui  quondam  in  terris  consul  honore  fuit  2. 

Quel  est  ce  consul  devenu  martyr  ?  On  n'est  point  par- 
venu à  le  déterminer  3. 

Via  Salaria  nova.  Le  martyrologe  donne  la  liste  sui- 
vante : 

31  décembre  :  Via  Salaria  in  cimiterio  Iordanorum 
Donatae  Paulinae  Ruslicianae  Nominandae  Serotiuae 
Saturninae  Ililariae  *. 

10  juillet  :  Felicis  et  Filippi  in  Priscillac  et  in  Iordano- 
rum Martialis  Vitalis  Alexandri. 

et  in  Maximi  Silani  ;  hune  Silanum  martirem  Novati 
furati  sunt. 

(1)  (1  M<archi>,  Monumenta  délie  arti  cristiane  primitive  (Roma, 
184.4),  P-  -'38-72  ;  De  Rossi,  Bulletino,  1894,  p.  21-34. 

■1 1  m  Rossi,  Inscriptiones  christianae  I  rrbis  Romae,  t.  II,  p.  101,  n.  23. 
i        autre  in  on  se  rap]  ne  martyr,  p.  104,  n.  38. 

1.  Bullettino,  1888-89,  P-  54- 
(;  Cf.  Du<  hesne,  dans  Art.  SS.  nov.  t.  II,  p.  [xlvJ. 


ROME    ET    L'ITALIE.  313 

12  août     :    []'ia  Salaria]   Chrysanthi  Dariae    Iasonis 
Mauri  et  militum  LXX  '. 

23  novembre  :  In  cimiterio  Maximi  Felicitatis. 

29  novembre  :  Saturnini  in  Trasonis. 
Nous  empruntons  les  notices  du  10  juillet  et  du  29  no- 
vembre à  la  Depositio  martyrum.  On  sait  que  la  légende  a 
t'ait  des  Sept  martyrs  du  10  juillet  -  ceux  que  nous  avons 
cités,  plus  Ianuarius  enterré  au  cimetière  de  Prétextât 
-  des  frères,  fils  de  Ste  Félicité  dont  la  fête  est  marquée 
au  23  novembre. 

L'hiéronymien  s'en  fait  l'écho  :  Roinae  natale  sanctorum 
germanorum,  et  S.  Grégoire  fait  allusion  aux  g  esta  emenda- 
itora  qui  rapportent  leur  histoire  -'.  La  tradition  primitive 
l'ignore.  Damase  dans  son  inscription  en  l'honneur  des 
saints  Félix  et  Philippe  ne  sait  rien  de  cette  parenté  3  ; 
et  les  trois  vers  qui  se  rapportent  à  Ste  Félicité  sont  d'ori- 
gine douteuse  *.  L'inscription  qui  fut  placée,  par  ordre  du 
pape  Vigile  (537-555),  près  de  la  sépulture  des  saints 
Vital,  Martial  et  Alexandre  5  est  conçue  en  termes  géné- 
raux et  s'applique  à  tous  les  martyrs  6.  Le  pape  Boniface 
(418-422)  construisit  un  oratoire  sur  le  tombeau  de  Ste  Fé- 
licité, près  de  laquelle  il  se  fit  enterrer  lui-même.  Il  orna 
cette  tombe  sainte  en  même  temps  que  celle  de  S.  Silanus, 
dont  les  reliques  avaient   sans  doute  repris  leur  place  pri- 


(1)  Entre  Daria  et  Jason  les  manuscrits  insèrent  Claudii,  Hilariclc. 

2   Homil.  in  evangelia  III,  3,  P.L.  t.  LXXVI,  p.  1087. 

31  Ihm,  Damasi  epigrammata,  47.  Cette  inscription  fait  corps  avec  le 
n.91  qui  doit  la  précéder.  Voir  Duchesne,  dans  Mélanges  Boissicr 
(Paris,  1903).  p.  169-72. 

(4)  Ihm,  Damasi  epigrammata,  41. 

(5)  Il  est  dit  dans  la  vie  du  pape  Symmaque  (498-514)  :  Hic  fecit  cyme- 
terium  Iordanorum  in  vu lins  propter  corpus  sancti  Alcxandri.  Duchesne, 
Le  Liber  pontificalis,  t.  I,  p.  263. 

(6)  Ihm.  Damasi  epigrammata,  89. 


314         CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

mitive  depuis  que  le  pape  Innocent  (401-417)  avait  repris 
aux  Novatiens  plusieurs  de  leurs  églises  '. 

Le  29  novembre, l'hiéronymien  répète  à  côté  de  Saturni- 
nus,  Chrysanthi,  Mauri,  Dariae  et  aliorum  LX  (al.  LXXXII). 
Tous  ces  martyrs  ont  été  célébrés  dans  des  inscriptions 
métriques.  Celles  de  S.  Saturnin,  de  S.  Maurus  (insontem 
puerumj  et  des  soixante  martyrs  sont  de  Damase  *  ;  celle 
des  SS.Chrysanthe  et  Darie  est  d'époque  postérieure  \Ces 
deux  suints  ont  d'ailleurs  joui  d'une  grande  célébrité, 
dont  leur  légende  *  et  Grégoire  de  Tours  s  font  compren- 
dre la  raison.  Le  nom  de  S.  Jason  que  nous  rencontrons 
au  12  août  est  attesté  par  l' Index,  les  étiquettes  des  am- 
poules et  les  itinéraires,  comme  les  autres  noms  que  nous 
venons  de  passer  en  revue. 

De  même  qu'ils  allaient  vénérer  sur  la  voie  Salarienne 
les  Sept  frères,  les  pèlerins  y  avaient  découvert  un 
groupe  de  Sept  vierges  B.  Les  noms  répondent  assez 
bien  à  ceux  de  l'hiéronymien  au  31  décembre.  Mais  nous 
ne  savons  pas  comment  le  groupe  s'est  constitué.  Hilaria 
appartient  à  d'autres  combinaisons  ;  elle  a  son  rôle  dans 
la  légende  de  Chrysanthe  et  Darie.  cle  même  Claudius,  et 
c'est  sous  l'influence  de  cette  tradition  que  Claudius  et 
Hilaria  ont  pénétré  dans  les  martyrologes  au  12  août. 
L'abrégé  De  locis  et  la  Notitia  de  Guillaume  de  Malmes- 
bury  citent  un    S.  Semetrius,  que  certains  manuscrits  de 


1  Du<  hesne,  Le  Liber  pontifiât  lis,  t  I,  p.  227  ;  cf.  p.  229,  n.  13  ;  p. 
521,  n.  108.  —  Signalons  ici  une  inscription  votive  à  S*e  Félicité  :  Pctrus 
et  Pancara  botuposue  ru  nt  martun  Felicitati.  Oderk  1,  Sylloge  veterum 
inscriptionum,  p.  268. 

Iiim.  Datnasi epigrammata,  46  (cf.  88),  44,43. 
;   Iiim.  Damasi epigrammata,  87,  cf.  45. 
i4l  m  IL.  1787  ;  BHG».  313. 

oria  martyrum,  xxxvn. 
Voir  le  De  Locis,  •  1  Guillaume  de  Malmesbury. 


ROME    ET    L'ITALIE.  315 

l'hiéronymien  placent  au  26  mai  sous  la  rubrique  Romae. 
D'après  la  Légende,  Su  Praxède  aurait  enseveli  ce  martyr 
avec  vingt-deux  autres  clans  le  cimetière  de  Priscille,  le 
23  juin  '.  Il  n'est  sans  doute  pas  différent  du  titulaire  d'un 
monastère  romain  dont  il  est  fait  mention  dans  le  Regis- 
tre de  S.  Grégoire  et  dans  le  Liber pcmtificalis  '. 

Bien  que  nous  ne  puissions  pas  fixer  la  date  de  sa  fête, 
le  martyr  Criscentio  appartient  incontestablement  au  lerial 
de  la  voie  Salarienne  Les  itinéraires  le  nomment  Cres- 
centius  ou  Crescentianus.  Le  Liber  pontificalis  place  la 
tombe  du  pape  Marcellin  dans  le  cimetière  de  Priscille 
in  crypta  iuxta  corpus  sancti  Criscentionis  \  Voici  une  inscrip- 
tion du  même  cimetière  qui  se  rapporte  à  ce  martyr  : 
Filicissimus  et  Leopar[da  emerunt  locum]  bisomum  at  Criscent- 
[ionem  martyr em]  wtroitit  *. 

VlA  NOMENTANA.  Nous  suivrons,  avec  le  martyrologe, 
la  voie  Nomentane  dans  toute  son  étendue. 

21  janvier  :  Agnetis  m  Nomentana. 

20  avril  :  in   cimiterio  maiore  via  Nomentana  Victoris 
Fehcis  Alexandri  Papiae  5. 

3  mai  :  Via  Nomentana  miliario    VII  Eventi  Alexandri 
Theoduli. 

9  juin  :  Via  Nomentana  ad  arcus  miliario  ATT'  Primi  et 
Feliciani. 

16  septembre  :  Via  Nomentana  ad  Caprea  in  cimiterio 
maiore  Emerentianetis  Papiae  Felicis  Victorii  Alexandri. 
L'annonce  du  21  janvier   est  empruntée  à  la  Depositio 

1  RHL.  6920. 
(2)  Voir  P.  F.  Kkhr,  Regcsta pontificum  Romanorum,  t.  I,  p.  120-121. 

3     DUCHESNE,  t.  I,  p.  IÔ. 

(4)  Nuovo  bullcttino  di  archeol.  cristiana  t.  XIII  '1907),  p.  125. 
15'   Sur   la    lecture    cimiterio     maiore,   voir    De    Rossi,    Del  luogo 
appcllato  ad  capream  dans  Bcllettino  comunale,  1883,  p.  246. 


316        CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

martyrum.  L'hiéronymien  mentionne  en  outre  Ste  Agnès 
le  27  et  le  28  janvier.  La  signification  primitive  cle  cette 
fête  qui  est  devenue  S.  Agnetis  secundo  n'a  pas  été  tirée  au 
clair.  Nous  pouvons  nous  dispenser  d'insister,  pour  le 
reste,  sur  la  popularité  et  l'extension  du  culte  Ste  Agnès. 
Sa  basilique,  que  les  pèlerins  ne  manquaient  jamais  de 
visiter,  est  comptée  parmi  les  fondations Constantiniennes, 
et  les  papes  Libère,  Symmaque,  Honorius  s'occupent 
successivement  de  l'embellir  et  de  la  restaurer  '  ;Damase  fit 
graver  en  l'honneur  d'Agnès  une  de  ses  plus  belles  inscrip- 
tions que  nous  admirons  encore  -.  Prudence  lui  donna  une 
place  dans  sa  galerie  poétique  "",  et  porta  au  loin  la  gloire 
de  la  jeune  martyre. 

Le  S.  Alexandre  du  3  mai  a  été  confondu  avec  le  pape 
du  même  nom  *.  On  a  retrouvé  son  cimetière  et  sa  basili- 
que avec  ce  fragment  d'inscription  :...]  et  Alexandro  Deli- 
catus  voto  posuit  dedicante  aepiscopo  Urso  *.  Cet  Ursus 
pourrait  être  l'évêque  de  la  ville  voisine  de  Nomentum, 
lequel  vivait  sous  le  pape  Innocent  (401-417).  Les  saints 
Primus  et  Felicianus  reposèrent  ad  arcus  Numentanos  intra 
arenarium,  comme  le  dit  leur  Légende8,  jusqu'au  moment 
où  le  pape  Théodore  leur  assura  un  abri  plus  sûr  à  l'inté- 
rieur de  Rome  7. 

Les  martyrs  du  16  septembre,  qui  tous,  à  l'exception  de 
Ste  Émerentienne  8,  paraissent  également  au  martyrologe 


11  Du<  m    ■■   .  /  e  Liber  pontificales,  pp.  180,  196,  207,  209. 
(3)  Ihm.  Datnasi  cpiçrammata,  40. 

Peristeph.  xiv. 
14    Duc  hesnb,  Le  Liber  pontificalis,  t.  I,  p.  xci-xcii. 
151  De  Rossi,  Inscriptiones  christianae  l 'rbis  Remue,  t.  I,  p.  vu. 

6)   III  IL.  6932. 

7      In.  HESNB,  t.  C.  p.  332. 

Sur  [a  '  r\  |  Émerentienne,  voir  M.  Armellini,  GU  anti- 

miUri  cristianURomA,  18931,  p.  273-84. 


ROME    ET    L'ITALIE.  317 

le  20  avril,  sont  cités  dans  les  vieilles  topographies.  On  les 
retrouve  sur  une  inscription  précisément  avec  la  date  du 
16  septembre  '  : 

XVI  kal.   octob.  marturoro  i^n  cimi] 

teru  maiore  Victoris  Feli[cis] 

Emerentianetis  et  AlexanLdri] 
Papias  seul  fait  défaut.  Ces  martyrs  ont-ils  tous  souffert 
la  mort  le  même  jour,  ou  avons-nous  ici  l'indication  d'un 
anniversaire    commun  des  saints  du  cimetière  majeur  ? 
Nous  n'avons  pas  le  moyen  de  le  décider. 

On  a  rapproché  de  ce  groupe  les  deux  saints  auxquels 
est  dédiée  l'inscription  suivante  :  Sanctis  martiribus  Papro 
et  Mauroleoni  donnas  votum  reddiderunt  Camastus  qui  et  Ascle- 
pius  et  Victorina  ;  natale  h(abent)  die  XIII kl.  octob.  pueri  qui 
votum  hoc  [fecerunt]  Vitalis,  Maranus,  Abundantius,  Teles- 
forus  -'.  On  les  identifie  avec  les  saints  Papias  et  Maurus, 
dont  il  est  fait  mention  dans  les  Actes  de  S.  Marcel  ?.  De 
Rossi  suggère  de  corriger  la  XIII kl.  oct.  en  XVI kl.  oct.  De 
cette  façon  le  Papias  du  groupe  binaire  ne  serait  autre  que 
le  Papias  du  16  septembre,  et  Maurus  ne  serait  omis  dans 
cette  liste  que  par  négligence, dont  la  forme  corrompue  Ma- 
gnus  pour  Maurus  dans  un  des  manuscrits  serait  la  preuve4. 
Ces  ingénieuses  combinaisons  semblent  un  peu  fragiles,  et 
l'identité  de  Paprus  avec  Papias,  de  Mauroleon  avec  Mau- 
rus n'est  guère  certaine. 

Via  Tiburtina.  Voici  l'extrait  du  martyrologe  : 


h  De  Rossi,  Bullettino  comunalc,  1883,  p.  247,  et  fac-similé. 
2)  De  Rossi,  Bullettino,  1877,  P-  I0  >  Marucchi,  Monumenti  cristiani 
dcl  museo  Pio-Lateranense,  tav.  XLIV.  7,  12. 
3,  BHL.5234 
4)  De  Rossi,  Bullettino  comunalc,  1S83,  p.  248. 


318  CENTRES   DU    CULTE  DES   MARTYRS. 

22  février  :  Via  Tiburtina  ad  sanctum  Laurentium 
natale  sanctae  Concordiae. 

27  juin:  Via  Tiburtina  miliario  IX  natale  VII  germa- 
norum  Crescentis  Iuliani  Nemesi  Primitivi  Iustini  Stactei 
Eugenii l . 

18  juillet  :  Via  Tiburtina  miliario  IX  Sempherosae  mairis 
VII germanorum  i. 

4  août  :  Via  Tiburtina  in  cimiterio  sancti  Laurentii  Cris- 
centionis  et  Iustini. 

10  août  :  Laurenii  in  Tiburtina.  % 

13  août  :  Ypolitiin  Tiburtina. 

23  août  :  in  cimiterio  S.  Laurentii  Habundi  et  Here- 
naei  \ 

Le  texte  des  commémoraisons  du  10  et  du  13  août  est 
emprunté  à  la  Depositio  martyrum.  Tous  les  noms  de  la 
liste  sont  relevés  également  dans  les  itinéraires  •,  qui  en 
ajoutent  quelques  autres,  comme  Cyriaca,  l'éponyme  du 
cimetière,  dont  ils  font  une  martyre,  une  reine  Triphonia 
et  sa  tille  Cyrilla,  S.  Romain,  celui-ci  bien  connu  par  la 
légende  5.  La  tradition  populaire,  aidée  sans  doute  par 
Les  hagiographies 6, paraît  avoir  suivi  sur  la  voie  Tiburtine 
le  procédé  qui,  sur  un  autre  point  du  territoire,  a  valu  à 


(1)  Cette  restitution,  au  moyen  des  Actes  de  Stt  Symphorose,  BHL. 
7971,  est  d'AcHELls,  Die  Martyrologien,  p.  160. 

121  Les  noms  des  sept  frères,  qui  suivent  dans  les  manuscrits,  sont 
tout  différents  de  ceux  du  27  juin,  et  n'ont  aucun  lien  avec  Ste  Sym- 
phorose. 

3    Nous  extrayons  cet  article  d'une  liste  infuse  où  se  suivent 

Habundi  Innounti  Merendini.  On  ne  sait  d'nu  provient  le  second  de  ces 
noms.  N  aidons   le    troisième   comme  une  corruption  de  Here- 

naeus,  Ircnaeus. 

<l  Sur  les  basiliques  de  PAgro  Vcrano  voir  De  Rossi,  BuUetthw, 
1864,  p.  41-45. 

(5)  BHL.  4753- 

(6)  BHL.  7971. 


ROME   ET  L'ITALIE.  319 

3tc  Félicité  une  famille  de  sept  martyrs.  Sept  saints,  qui 
l'avaient  probablement  d'autre  lien  que  la  proximité  des 
ombeaux  ou  des  anniversaires,  ont  été  transformés  en 
rères  et  donnés  comme  fils  à  Sts  Symphorose.  On  ne  sait 
l'ailleurs  pas  exactement  comment  la  série  du  27  juin  s'est 
ormée.  Plusieurs  noms  font  double  emploi  avec  ceux 
['autres  dates,  et  l'on  constate  également  des  doublets 
lans  les  listes  des  saints  de  la  voie  Tiburtine  dressée  par 
es  pèlerins.  Les  restes  de  la  basilique  de  Stc  Symphorose, 
lu  neuvième  mille,  ont  été  mis  au  jour  par  les  archéolo- 
gues '.  Dans  la  Vie  du  pape  Adrien,  il  est  question  d'une 
iglise,  voisine  de  celle  de  S.  Laurent,  dédiée  à  S.  Etienne, 
\bi  corpus  S.  Leonis  episcopi  et  martyris  quiescit  *.  La  basili- 
[ue  fut  consacrée  par  le  pape  Simplicius  (468-483)  ; 
>.  Léon  doit  être  l'évêque  dont  on  a  l'épitaphe  en  vers, 
ort  longue  3,  mais  sans  la  moindre  allusion  au  martyre  '. 
A  Tibur  (Tivoli),  il  y  avait  en  613  un  oratoire  de 
».  Alexandre  \  C'est  peut-être  l'Alexandre  de  la  voie 
somentane  ;  mais  on  ne  saurait  l'affirmer  avec  certitude. 

\ "ia  Labicana.  Notice  du  martyrologe  : 

13  janvier  :  Via  Lauicana  coronae  milittim  qaadraginta* . 


(1)  E.  Stevenson,  Scoperta  délia  basilica  di  S.  Sinforosa  e  dei  suoi 
ittefigli,  Roma,  1878. 

2.    Duchesnb,  Le  Liber  pontificalis.  t.  I.  p.  508. 

(3/  Ihm,  Damasi  epigrammata,  33. 

4]  Au  19  juin,  nous  lisons  dans  le  martyrologe  hiéronymienrA'o;»^'  in 
imiterio  Yppolyti  via  Tiburtma  Honori  Evodi.  Ce  ne  sont  pas  des  saints 
lais  les  ensuis  de  386.  Cette  date  est  celle  de  l'invention  des  SS.  Gér- 
ais et  Protais  annoncée  plus  haut.  Ou  ne  sait  quels  sont  les  noms  >l- 
apportant  à  la  voie  Tiburtine. 

15   CL..  XIV.  3S98.  Cf.  De  Rossi,  Bullettino,  1881,  p.  102. 

'61  Nous  négligeons  avant  le  mot  via,  le  mot  secunde,  secundi  qui 
récède  dans  les  manuscrits.  Peut  être  faut-il  lire  miliario  secundo,  en 
icrifiant  milites. 


320        CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

10  février  :  via  Lauicana  miliario  X  Zotici  Hirenei 
Amanti. 

26  mars  :  in  cimiterio  eiusdem  via  Lauicana  natale  Cas- 
tuli. 

2  juin  :  in  cimiterio  inter  duos  lauros  via  Lauicana  mi- 
liario quarto  Marcellini  presbyteri  et  Pétri  exorcistae. 

11  août  :  via  Lauicana  inter  duos  lauros  Tyburti1. 
g  septembre  :  Gorgoni  in  Lauicana. 

22  décembre  :   via   Lauicana   inter   duos  lauros   XXX 

martyrum. 

Nous  empruntons  la  formule  du  9  septembre  à  la  Depo- 
sitio  martyrum.  Y  a-t-il  lieu  de  produire  aussi  au  9  novem- 
bre cette  notice  bien  connue  Clementis  Semproniani  Claui 
Nicostrati  in  comitatum  ?  Nous  avons  dit  ailleurs  que  nous 
ne  regardons  pas  l'expression  in  comitatum  comme  une 
expression  topographique  -'.  Néanmoins,  il  faut  rattacher 
le  groupe  des  saints  Simpronianus,  Claudius,  Nicostratus, 
Castorius  et  Simplicius,  connu  sous  le  vocable  des  Quatre 
Couronnés, à  la  voie  Labicane*.  L'itinéraire  de  Salzbourg, 
plus  précis  qu'ailleurs,  indique  ici  in  uno  loco  in  interiore 
spelunca  XL  martyres  et  in  aller 0  XXX  martyres  et  in  tertio 
IIII  coronatos.  A  la  suite  de  quelles  circonstances  les  mar- 
tyrs clc  Pannonie  sont-ils  arrivés  à  Rome  ?  Il  y  a  sur  ce 
point  une  grande  lacune  dans  notre  information  ;  mais  il 
nous  paraît  probable  que,  dès  le  milieu  du  IVe  siècle,  ils 
reposaient  dans  une  crypte  de  la  voie  Labicane.  On  ne 
saurait  prétendre, en  effet,  qu'on  ait, à  cette  époque,  déposé 
leurs  corps  dans  la  basilique  du  Caelius,   et  la   rubrique 


:    I       manuscrits  ajoutent  Valeriani  et  Caeciliae. 
Art.  S  S.  nov.  t.  III,  p.  753. 

Rappelons  en  passant  que  l'on  a  souvent,  avec  la  légende,  distin- 
gué les  cin(|  sculpteurs  Pannoniens  des  Quatre  couronnés.  Les  deux 
upes  ne  sont  pas  distincts.  Act.  S.S.,  t.  c.,p.  760-61. 


ROME    ET    L'ITALIE.  321 

du  manuscrit  de  Berne,  au  8  novembre,  Rotnae  ad  Celio 
monte,  ne  saurait  être  primitive. 

Les  martyrs  du  cimetière  vnter  duas  Lauros  sont  suffi- 
samment déterminés.  Le  pape  Damase  a  rédigé  en  l'hon- 
neur des  SS.  Marcellin  et  Pierre  une  inscription  qui  est 
peut-être  la  plus  précieuse  de  son  recueil  '  ;  Tiburtius  et 
Gorgonius  aussi  ont  été  célébrés  par  le  pontife  -'.  Aucun 
d'eux  n'a  échappé  à  l'attention  des  pèlerins. 

Le  cimetière  de  S.  Zoticus  a  été  retrouvé  au  Xe  mille, 
mais  clans  un  état  de  dévastation  qui  n'a  guère  permis 
d'ajouter  quoi  que  ce  soit  à  l'histoire  du  culte  de  son  titu- 
laire '  La  notice  du  martyrologe  hiéronymien,  très 
embrouillée  au  10  février,  peut  se  restituera  l'aide  des 
martyrologes  historiques  i  et  du  catalogue  des  reliques  de 
Sainte-Praxède  5.  Ces  textes  permettent  même  d'ajouter 
aux  trois  noms  celui  de  Iacintlius,  qui  faisait  sans  doute 
partie  de  la  tradition  primitive  de  l'hiéronymien. 

On  connaît  également  l'emplacement  du  cimetière  de 
S.  Castulus,et  nous  savons  par  l'épitaphe  d'un  personnage 
enterré  catabatico  in  secundo...  [ad]  dominum  Castulu(m) 
in  scala  6,  que  la  sépulture  du  martyr  se  trouvait  au 
second  étage.  C'est  par  un  manuscrit  que  nous  avons  con- 
naissance d'une  antique  inscription  votive  en  l'honneur  de 
S.  Castulus  7.  Une  note  au  Liber  de  locis  fait  mention  de 

(i)  Ihm,  Damasi  epigrammata,  29. 
.•   Ihm,  Damasi  epigrammata,  30,  31. 

(3)  E.  Stevenson.  //  cimitero  di  Zotico  al  dcctmo  miglio  dclla  via 
Labicana,  Modena,  1876. 

(4)  Qlbntin,  Les  martyrologes  historiques,  p.  49. 

5  Dayanzati,  S.  Prassede  (Roma,  17.251,  p.  335.  Cf.  Stevenson,  t. 
c,  p.  20. 

161  M.  Akmei.lini.  Gliantichi  cimiteri  cristiani  iRoma,  1893),  p.  325. 
N  rcment  retouché,  en  le  citant,  l'orthographe  barbare 

de  ce  texte. 

7    De  Rossi,  Inscnptwnescliristianae  Urbis  Romae,  t.  II.  p.  64. 

Cuit.  Mart.  2j 


322        CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

son  église  et  d'une  autre  de  Saint-Stratonicus  près  de 
l'aqueduc.  Il  y  a  un  Stratonicus  parmi  les  martyrs  trans- 
portés à  Sainte-Praxède  parle  pape  Pascal  I  '. 

Via  Latina.  Seules  les  notices  suivantes  de  l'hiérony- 
mien  sont  suffisamment  certaines  : 

10  mai  :  via  Latina  in  cïmiterio  eiusdem   natale  sancti 

Gordiani  et  Epimachi.  Via  Latina  ad  centiim  aidas  Quarti 

et  Quint i. 

25  décembre:  in  cimiterio  Aproniani  via  Latina passio 

sanctae  Eugeniae. 

[Via  Latina]  Iovini  et  Basil ei. 

Les  deux  derniers  martyrs  figurent  sons  la  rubrique  Ro- 
mae.  Un  passage  de  la  Passion  du  pape  S.  Etienne  les  place 
sur  la  voie  Latine  -.  Cette  indication  topographique  paraît 
sérieuse.  Sauf  ce  dernier  point,  les  itinéraires  confirment 
les  notices  du  martyrologe.  Parmi  les  noms  que  l'on  peut 
leur  emprunter  en  toute  sécurité  nous  citerons Trophimus, 
Simplicius  (Sulpitius)  et  Servilianus,  Sophia,  Tertullinus. 
A  propos  de  la  basilique  des  Saints-Gordien-et-Epimaque, 
restaurée  par  le  pape  Adrien,  le  Liber  pontificalis  les  énu- 
mère  tous  comme  appartenant  à  la  voie  Latine  3.  Servilia- 
nus paraît  être  nommé  dans  l'hiéronymien  au  20  avril  *. 

L'itinéraire  de  Salzbourg  et  Guillaume  de  Malmesbury 
ajoutent  encore  S.  Nemesius,  d'accord  en  cela  avec  les 
Actes  de  S.  Etienne  ''.  L'inscription  métrique  Martyr is  hic 


(1)  Dàvanzati,  t.  c.   p.  293;  Marucchi,  Eléments  d'archéologie  chré- 
tienne, t.  III  (Rome,  1902),  p.  325. 

-    I  ;l  IL.  7845,  c.  14  :  posuit  iuxta  corpora  sanctorum  Iovini  et  Dasilei. 
31   DO(  HESNE,  Le  Liber  pontificalis,  l    I,  p.  509. 

141  es  martyrologes  historiques,  qui  empruntent   leur 

notice  sur  les  saints  Sulpitius  et  Servilianus  aux  Actes  des  SS.  Nérée 
et  Achillée.  BHL.  6058-6066. 

5    Iiim,  Damasi epigrammata,  80. 


ROME   ET   L'ITALIE.  323 

Nentesi sedes  aurait  donc  été  placée  dans  un  des  sanctuai- 
res de  la  voie  Latine  '. 

Via  Appia.  L'ensemble  des  cimetières  de  la  voie  Appien- 
ne  et  de  la  voie  Ardéatine  est  la  région  dont  le  marty- 
rologe est  le  mieux  fourni,  et  il  le  serait  bien  davantage  si 
nous  tenions  compte  des  sépultures  des  papes. 
20 janvier  :  Sebastianiin  Catacumbas. 
n  février  :  via  Appia  Sotcridis  -. 

14  avril  :  in  cimiterio  Praetextati  Tiburti  Valeriani Maxi- 
mi. 

30  avril  :  in  cimiterio  Praetextati  via  Appia  Quirini. 
19  mai  :  Partheni  et  Caloceri  in  Callisti  Dioclctiano  VII II 
et  Maximiano  VIII. 

29  juin  :  Pétri  et  Pauli  in  Catacumbas . 
10  juillet  :  in  Praetextati  Ianuari. 
6  août  :  in  Praetextati  Agapiti  et  Felicissimi. 
16  septembre  :  Appia  via  in  eadem  urbe  natalis  et  passio 
sanctae  Caeciliae  virginis. 

A  part  celles  du  11  février,  du  14  et  du  30  avril,  et  du  16 
septembre,  ces  notices  sont  des  extraits  de  la  Depositio 
niartyrum;  elles  ne  contiennent  aucun  nom  qui  n'ait  frappé 
l'attention  des  pèlerins.  La  date  de  l'anniversaire  de 
Ste  Soteris  est  inscrite  sur  une  épitaphe  de  l'année  401  : 
Bitalis  pistor...  depositus  in  pace  in  natale  domnes  Sitiretis7'. 
Nous  nous  bornerons  à  contater,  sans  y  trouver  d'explica- 
tion satisfaisante,  la   répétition   au   21  avril  des  martyrs 

i'  D'autres  préfèrent,  avec  Marucchi,  Xhovo  bullettmo  di  archeolo- 
gia  cristiana,  1905,  p.  23-26,  rattacher  S.  Nemesius  à  la  voie  d'Ostie 
et  au  cimetière  de  Commodille.  Cette  opinion,  qui  s'écarte  d'ailleurs  de 
celle  de  De  Rossi,  Inscriptioncs  christiancie  L'rbis  Romae,  t.  II,  p.  102, 
29,  est  faiblement  appuyée. 

(2)  Dans  les  manuscrits  Sorotedis. 

>  De  Rossi,  Inscriptiones  christïanae  Urbis  Romae,  t.  I,  495. 


324         CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

du  14  avril,  cette  fois  avec  la  rubrique  in  cimiterio  Callisii 
via  Appia.  Ils  apparaissent  aussi  au  it  août, sur  la  voie  Labi- 
cane,  sans  doute  par  l'effet  d'une  confusion  avec  un  homo- 
nyme, Tiburce.  S'ils  accompagnent  parfois,  au  22  novem- 
bre, le  nom  de  Sle  Cécile,  c'est  sous  l'influence  des  Actes 
de  la  sainte  '  qui  lui  associent  ces  trois  martyrs,  lesquels 
n'ont  eu  peut-être  aucune  relation  avec  elle. 

A  première  vue,l'hiéronymien  n'enregistre  aucune  fête  de 
Ste  Cécile  sur  la  voie  Appienne,  où  toute  la  tradition  place 
son  tombeau.  La  restitution  par  De  Rossi,  delà  notice  du 
26  septembre,  n'est  pas  dépourvue  de  probabilité  '-'  et  nous 
l'adoptons  provisoirement,  sans  entrer  dans  d'autres  dé- 
tails.L'histoire  du  culte  du  Stc  Cécile  est  si  compliquée  et  si 
peu  mûre  qu'il  faut  renoncer  à  l'exposer  en  quelques  pages3. 

Plusieurs  saints  du  cimetière  de  Prétextât  ont  eu  les 
honneurs  d'une  inscription  Damasienne,  simple  dédicace 
comme  celle  de  S.  Janvier  :  Beatissimo  martyri  Iamiario 
Damasus  episcopus  facit  * ,  ou  éloge  métrique  comme  celle 
des  diacres  Felicissimus  et  Agapitus  *. 

Les  restes  de  l'activité  de  Damase  nous  permettent 
de  compléter  en  plus  d'un  endroit  les  lacunes  du  calen- 
drier de  la  voie  Appienne.  On  voit  encore  dans  la  basilique 
de  S.  Sébastien  le  marbre  philocalien  où  Damase  résume 
l'histoire  du  martyr  Eutychius  que  nul  autre  document 
ne  mentionne '.  Un  des    imitateurs  de  Damase  avait  fait 

BHL.  1495. 
(2)  Roma  sotterranea,  t.  II,  p.  154-55. 

ij  Nous  renvoyons  le  lecteur  au  travail   de  Mgr  J.  P.  Kirsch,  Die 
ia  in der  rômischen  Kirche  des  Altertums,    Paderborn,  1910, 
où  le  problème  est  bien  posé.  Cf.  Analect,  Bolland.  t.  XXX,  p.  311. 
1 1 1  ■  1 .  Damasi  epigrammata,  22.  Di   Rossi  a  trouvé  au  cimetière 
Prêt  qu'il  suppose  avoir  fait  partie-  d'une   inscrip- 

tion en  l'honneur  de  S.  Cyrinus,  cite  dans  les  topographies,  Ihm,  25. 
(5)  Ihm,  Damasi  epigrammata,  23. 
Ihm.  Damasi  epigrammata,  27 . 


ROME    ET   L'ITALIE.  325 

graver  tout  près  de  là.  dans  la  Platonia,  des  vers  en 
l'honneur  de  S.  Quirinus  de  Siscia  '.  là  si  nous  retournons 
au  cimetière  de  Calliste,  nous  y  lisons  sur  la  pierre 
d'abord  l'histoire  du  martyre  de  S.  Tarsicius,  telle  que  la 
conservait  la  tradition  du  IVe  siècle  '-'.puis  la  belle  inscrip- 
tion qui  ornait  la  crypte  pontificale,  en  l'honneur  des  nom- 
breux martyrs  de  la  nécropole  : 

Hic  congesta  lacet  quaeris  si  turba  piorum 

corpora  sanctorum  retinent  veneranda sepulcra  etc.  3. 

Damase  y  mentionne  les  compagnons  du  pape  S.  Xyste: 
hic  comités  Xysti portant  qui  ex  hoste  tropaea. 

On  sait  que  S.  Cyprien,  dans  une  lettre  écrite  peu  après 
l'événement,  annonce  la  mort,  au  VIII  des  ides  d'août,  de 
Xyste  et  de  quatre  diacres  *.  La  Depositio  martyrum  au  6 
août  indique  l'anniversaire  du  pape  dans  le  cimetière  de 
Calliste. celui  de  deux  de  ses  diacres, Felicissimus  et  Agapi- 
tus  dans  le  cimetière  de  Prétextât.  Le  Liber  pontifie m lis  parle 
de  six  diacres,  dont  il  donne  les  noms  en  deux  groupes, 
ceux  que  nous  venons  de  nommer  d'une  part,  de  l'autre 
Ianuarius,  Magnus,  Vincentius  et  Stephanus,  probable- 
ment les  quatre  que  mentionne  Cyprien,  et  dont  aucun 
autre  document  n'a  conservé  les  noms  5.  Ce  sont  évidem- 
ment les  comités  Xysti  de  l'inscription  Damasienne. 

Un  autre  vers,  hic  conf essor  es  sancti  quos  Graecia  misit, 
se*  rapporte  au  groupe  auquel  on  a  donné  le  nom  de  mar- 
tyrs grecs,  Hippolyte,  Eusèbe  et  leurs  compagnons,  dont 
une   légende    sms   grande    autorité   raconte   les  aventu- 


(1  I hm,  Damasi  epigramtnata,  *j6A. 

(2)  Ihm.  Damasi epigrammata,  14. 

(3)  Ihm,  Damasi  epigrammata,  12. 
141  Epist  80,  1,  Hartel,  p.  840. 

15)  Duchesne,  Le  Liber  pontificalis ,  1. 1,  p.  755. 


326         CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

res  '.  Deux  anciennes  inscriptions  donnent  les  dates  du 
20  mai  pour  Hippolyte,  Adria  et  Paulina  2,  du  9  novembre 
pour  Marie  et  Néon  3. 

De  Rossi  a  découvert  clans  la  crypte  de  S.  Corneille  une 
inscription  gravée  sur  le  stuc  et  ainsi  conçue  :  Sanctus 
Cerealis  et  Salustia  cum  XXI.  Ce  n'est  là  ni  une  épitaphe,  ni 
une  invocation.  Serait-ce  un  souvenir  historique  de  la 
déposition  d'un  groupe  de  martyrs  i  ?  Cela  paraît  fort  pro- 
bable s. 

L'Index  oleorum  cite  entre  StcSoteris  et  Ste  Cécile  les  sain- 
tes Sapientia,  Fides,  Spes,  Caritas.  Nous  retrouverons 
dans  cet  index  et  dans  les  itinéraires,  lorsqu'ils  arrivent 
à  la  voie  Aurélienne,  le  pendant  grec  de  cette  extraordi- 
naire famille,  la  mère  Sophia  et  ses  trois  filles  Pistis,  Elpis, 
Agape,  dont  l'histoire  a  pénétré  clans  l'hagiographie  orien- 
tale 6.  Tout  le  monde  accordera  qu'il  faudrait  de  fortes 
preuves  pour  faire  croire  à  la  vraisemblance  même  d'un 
seul  cas  de  cette  espèce7, et  ces  preuves  manquent. On  vou- 
dra peut-être  en  conclure  que  même  dans  les  catacombes 


(il  BHL.  3970.  Sur  les  martyrs  grecs  voir  De  Rossi,  Roma sotterra- 
nea,  t.  III,  p.  193-226. 

(2)  Ihm,  Damasi  cpigrammata,yS. 

v  Ihm.  Damasi  epigrammata,  77.  Urbain, Ein  Martyrologium  der 
christlichen  Gcmcindc  zu  Rom,  p.  119,  croit  pouvoir  restituer  dans  l'hic- 
ronymien  du  16  janvier,  Marthae  et  A driani  (ce  sont  deux  noms  pris 
dan  rtyrs  grecs)  là  où   nous   lisons  Marthe,  Audemi. 

M   ■    Duchesne,  on  préférera  y  retrouver  les  martyrs  de  la  voie 
Cornélienne,  indiquée  expressément,  Martha  et  Audifaz. 
Roma  sotterranca,  t.  1,  p.  279-80.  Cf.  tav.  IV,  4. 
I.   5  dix  noms  Félicitas,  Mercures  et     trouvés  ailleurs  (Roma  sot- 
teranea,  t.  I,  p.  2731  ne  sont  accompagnés  d'aucun  indice  qui  permette 
d'y  ajouter  le  titre  de  martyrs 

BHO,  108-1085  ;  BHG«.  1638,  1639. 
17   Di   Rossi,  Roma  sotterranea,  t.  I,  p.  203,  a  cité  une  inscription  du 
cimetière  de  Calliste  :  Piste  Spc:  sorort  dulcissime  fecit.  Je  ne  sais  s'il  y 
a  là  de  quoi  nous  tranquilliser. 


ROME    ET    L'ITALIE.  327 

on  avait  fini  par  aménager  certains  petits  sanctuaires 
où  des  cultes  d'importation  étrangère  étaient  installes, 
qui  parfois  pouvaient  faire  tort  aux  saints  locaux,  en 
absorbant  l'attention  des  fidèles.  Et  quand  nous  par- 
lons d'importation  étrangère,  nous  pourrions  étendre 
ce  mot  à  des  échanges  de  dévotion  locales,  se  pratiquant 
de  cimetière  à  cimetière,  ce  qui  donnerait  la  clef  de  certai- 
nes homonymies  inquiétantes  dans  les  martyrologes  des 
diverses  voies  romaines.  Pour  que  les  pèlerins  citent  des 
noms,  il  suffît  qu'ils  les  aient  lus  dans  un  sanctuaire,  et  ils 
ne  font  pas  nécessairement  la  distinction  entre  une  épi- 
taphe  et  une  simple  inscription  votive.  Il  sont  même  très 
prompts  à  dire  ubi  martyr  in  corpore  requiescit l,  et  il  ne  faut 
pas  toujours  les  croire  sur  parole. 

Via  Ardeatixa.  Le  martyrologe  y  renvoie  aux  dates 
suivantes  : 

12  mai  :  Via  Aràeatina  Xerei  et  Achillei. 

13  juin  :  Via  Aràeatina  miliarw  VII  Feliailae. 

18  juin:  Via  Ardcatma   in   cimiterio  Balbinae  Marci  et 

Marcelliani. 

Les  manuscrits  de  l'hiéronymien  —  sauf  celui  de  Berne, 
qui  se  trompe  en  écrivant  in  ciniit.  Praetexiati —  n'indi- 
quent pas  l'endroit  de  la  sépulture  des  saints  Nérée  et 
Achillée.  Mais  on  sait  assez  par  la  découverte  de  leur 
basilique  et  les  fragments  de  l'éloge  Damasien,  militiae 
nomen  dederant'-. qu'As  appartiennent  au  cimetière  de  Domi- 


(1)  Je  citerai  en  passant  un  exemple  tiré  du  Liber  de  locis  sanctis,  pré- 
cisément à  propos  du  cimetière  de  Calliste  :  liaud  procul  in  coemeterio 
Calisti  Cornélius  et  Cyprianus  in  ecclesia  dormiunt.  Il  devait  y  avoir  là 
un  monument  rappelant  le  souvenir  de  S.  Cyprien,  dont  la  fête  était 
célébrée  à  Rome,  on  le  sait,  en  même  temps  que  celle  de  Corneille. 

[2)  Ihm,  Dama.  imata,  8.  Sur  cette  inscription  voir  P.  Franchi 
de'  Cavalieki,  Xotc  agiografiche,  fasc.  3  (Roma,  1909),  p.  43-55. 


328         CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

tille.  C'est  dans  la  basilique  delà  voie  Ardéatine  et  non 
dans  l'église  de  la  voie  Appienne  que  S.  Grégoire  pronon- 
ça une  de  ses  homélies  '. 

Felicula,  qui  se  rencontre  aussi  avec  beaucoup  d'autres 
martyrs  romains  à  la  date  du  5  juin,  est  inconnue  aux 
pèlerins,  mais  non  pas  aux  lecteurs  de  la  Passion  des 
SS.  Nérée  et  Achillée,  dont  l'auteur  connaissait  peut-être 
le  martyrologe  -.  On  a  cru  retrouver  l'emplacement  du 
tombeau  des  saints  Marc  et  Marcellien,  cuius  corpus  quies- 
cit  stirsum  sub  magno  altare,  comme  dit  l'itinéraire  de 
Salzbourg  3. 

La  commémoraison  de  Stc  Pétronille  au  31  mai  n'appar- 
tient pas  à  la  rédaction  primitive  du  martyrologe  hiérony- 
mien.  Ni  les  itinéraires,  ni  la  peinture  qui  la  représente 
avec  ces  mots  Petronella  martyr,  ni  toute  son  histoire 
posthume  ne  permettent  de  douter  cle  la  popularité  de  son 
culte,  concentré  primitivement  dans  les  environs  du  tom- 
beau des  SS.  Nérée  et  Achillée  *. 

Via  Ostiensis.  A  l'exception  du  dernier  anniversaire, 
tout  le  martyrologe  de  la  voie  d'Ostie  sera  fourni  parla 
Depositio  martyrum  : 

29  juin  :  Pauli  Ostense. 

8   août  :  Ostense  VII  hallistaria  Cyriaci  Largi  Crcscen- 
tiam  Memmiae  Iulianetis  et  IxmaraaU 

(1)  Homil.  in  Wang.  XXVIII,  P.L.  t.  LXWI,  p.  1210. 

(2)  RHL.  6061. 

(3)  0.  Marucchi,  Discussione  critica  sut '  lungo  recentemente  attribui- 
to  ai  sepolcri  de l  papa  Datnasoe  dei  martiri  Marco  e  Marcelliano  presso 
la  via  Ardeatina  dans  Nuovo  bi  1  m  i  riNO,  1905.  p.  191-230. 

(4)  DsRossi,  Bullettino  1875,  p.  n-43;  1878,  p.  125-46.  L'illustre  ar- 
chéologue  a  cru  devoir  expliquer  la  contradiction  qui  existe  entre  l'in- 
scription qui  donn<  I'  onilla  li  et  li  Vcti  -  des 
S^    Nérée  el  Achillée  qui  la  font  mourir  de  mort  naturelle.  Bien  qu'il 

•  ii    rendu  compte  de  In  mauvaise  qualité  d<   cette  hagiographie,  il 
nous  semble  l'avoii  encore  prisetropau  dans  cette  circonstance. 


ROME    ET    L'ITALIE.  329 

22  août  :  Timotei  Ostense. 

30  août  :    Via  Ostense  in  t  imiter io  Commodillae  Felicis 
et  Adaucti. 

Nous  n'allons  pas  essayer  d'esquisser  l'histoire  du  culte 
de  S.  Paul  dans  sa  basilique  de  la  voie  d'Ostie,  et  ailleurs. 
Nous  rappellerons  toutefois  l'inscription,  si  éloquente  dans 
sa  simplicité  qui  fut  placée  sur  la  tombe  glorieuse  de 
l'apôtre,  à  l'époque  Constantinienne,  et  que  la  reconstruc- 
tion de  la  basilique  a  fait  reparaître  au  grand  jour  :  Paulo 
apostolo  martyr i  ' . 

Bien  que  le  mot  «  ballistaria  »  soit  demeuré  une  énigme, 
le  culte  de  S.  Cyriaque  et  de  ses  compagnons  au  VIIe  mille 
de  la  voie  d'Ostie  est  suffisamment  établi  parle  fait  que  le 
pape  Honorius  (625-638)  y  construisit  une  basilique  en 
son  honneur  '-'. 

Le  martyre  de  S.  Timothée  est  placé  par  les  Fasti 
prtores  de  Vienne  et  la  chronique  de  Prosper,  qui  en 
dépend,  au  22  juin  306,  parles  Fasti  poster  ior  es  mieux,  pour 
la  date  du  mois,  le  23  août  303  :  his  cous,  passus  est  Thimo- 
theus  Romae  X  kl.  septemb.  3.  Cette  indication  nous  permet 
de  le  distinguer  du  disciple  de  S.  Paul,  avec  lequel  on  serait 
tenté  de  l'identifier,en  dépit  des  Actes  de  Silvestre*,à  cause 
du  voisinage  de  la  basilique  de  S.  Paul,  qui  a  déjà  attiré 
sur  la  voie  d'Ostie  le  culte  de  Ste  Thècle.  Car  il  nous  fau- 
drait de  bien  solides  raisons  pour  croire  à  une  Thècle  ro- 
maine, malgré  l'affirmation  des  pèlerins  au  sujet  de  sa 
basilique,  ubi  ipsa  corpore  iacet. 

Des  fouilles  très  importantes  entreprises  récemment  au 


|i     Voir  Grisar.  Analccta  Romana  (Roma,  1899),  p.  259-71. 
(a    Duchesni-:,  Le  Liber  pontificalis,  t.  I.  p.  324. 

Mommsen.  Chronica  minora,  t    I,  pp.  291,  447. 
(4    BHL.  7725-7735  :  BHG*.  1628-1634- 


330  CENTRES    DU    CULTE   DES   MARTYRS. 

cimetière  de  Commodille  ■  ont  confirmé  les  conclusions  qui 
nous  semblaient  ressortir  de  l'étude  des  monuments. 
Avec  Félix  et  Adauctus.  dont  un  éloge  Damasien  ornait  le 
tombeau -,  on  allait  vénérer  dans  cet  hypogée  une  sainte 
du  nom  d'Emerita,  mentionnée  clans  une  inscription  de 
l'année  426  ",  mais  elle  seule  et  sans  la  compagne  Digna 
que  la  légende  *  lui  a  donnée  s. 

Via  Poktuensis.  Le  martyrologe  contient  trois  anni- 
versaires certains  pour  la  voie  de  Porto.  Le  second  est 
dans  la  Depositw  martyrum  : 

29  juillet  :  Via  Portuensi  ad   Sextum    Philippi   Simplici 
Faustini  et  Viatricis. 

30  juillet  :  Abdos  et  Semnes  in  Pontiani  quod  est  ad 
(  rsum  pileatum. 

2  décembre  :  in  cimiterio  Pontiani  Pernod. 
On  a  retrouvé,  dans  le  cimetière  de  Generosa  6,  la  basi- 
lique des  martyrs  du  29  juillet  ;  une  peinture  qui  les 
représente  entourant  le  Christ  avec  un  compagnon  nom- 
mé Kuiinianus  permet  d'ajouter  un  nom  au  martyrologe7. 
Les  données  monumentales  et  les  itinéraires  confirment 
également  les  autres  énoncés  du  martyrologe,  et  les  com- 
plètent. Au  cimetière  de  Pontien,  le  Christ  est  représenté 
couronnant  quatre  martyrs  dont  les   noms  sont  inscrits 

I  Marucchi,  dans  Nuovo  bullettino,  1904,  p.  41-161  ;  1905,  p.  5-66. 
(21  Iii-.i.    Damasi epigrammata,  7. 

Rossi,  (nscriptiones  christianae  Crins  Ravine,  t.  1,653. 
BHL.  2160. 
5    Voir  pour   de   plus  amples   développements  notre   travail    [.es 
Saint,  du  cimetièi    ,!    Commodille,  dans  Analect.   Bolland,,  t.  XVI, 

P-  17-43- 

De  R  a   consacré  une  longue  m<  phie  à  ce  cimetière 

dans  Roma  sotterranea,  t.  III.  p.  647-97. 

(7)    Ihid.,  tav.    li  ;   WiLPERT,    Le  pitture  délie    cuiacombe  Romane, 

tav.    _>6j. 


ROME    ET    L'ITALIE.  33I 

dans  le  champ  :  Sanctus  Abdo,  Sanctus  Senne,  Sanctus  Milix, 
Sanctus  Bicentius.  La  peinture  fut  exécutée  aux  frais  d'un 
certain  Gaudiosus  :  De  donis  Dei  et  sanctorum  Abdo  et  Senne 
Gaudiosus  '.  Des  peintures  plus  anciennes  représentent 
Sanctus  Milis,  Sanctus  Pymenius  de  part  et  d'autre  d'une 
croix  richement  ornée,  et  entre  les  deux  martyrs  Pierre 
Marcellin  Sanctus  Pollion  *.  Les  reliques  des  saints 
Milix  (Melix,  Milex),  Pollion  et  Pymenius  (Pigmenius, 
Pymeon  et  même  Symeonl  n'ont  pas  été  oubliées  sur  la 
voie  de  Porto.  On  les  a  transportées,  avec  tant  d'autres, 
à  l'intérieur  des  murs  3.  Quant  à  Vincentius,  qui  porte 
le  costume  clérical,  c'est  à  n'en  point  douter  le  grand 
S.  Vincent  de  Saragosse. 

Les  pèlerins  ont  aussi  visité  un  oratoire  de  sainte  Can- 
dide. On  voudrait  pouvoir  désigner  parmi  les  saintes  de 
ce  nom  qui  figurent  à  l'hiéronymien  au  29  août,  au  30 
octobre, au  i  et  au  2  décembre  celle  qui  en  était  la  titulaire. 

Via  Aurélia.  En  négligeant  la  partie  du  martyrologe 
sur  laquelle  la  lumière  n'est  pas  faite,  du  8  au  12  juin, 
nous  obtenons  : 

12  mai  :  via  Aurélia  miliario  secundo  natale  sancti 
Paucrati. 

2  juillet  :  via  Aurélia  miliario  II  Processi  et  Mar- 
tiniani. 
On  ne  sait  si  la  basilique  construite  par  le  pape  Sym- 
maque  (498-514)  sur  le  tombeau  de  S.  Pancrace  en  rem- 
plaça   une    autre    plus   ancienne  '.    Cela   n'est   pas  sans 
probabilité.  Elle  devint  fameuse,  et,  de  même  que  S.  Félix 

(i)  WlLPERT,  t.  C,  tav.  258. 
2     WlLPERT.  t.  C,  tav.  255. 

De  Rossi,  Bullettino,  1881,  p.  149-54. 
4   Dcchesne,  Le  Liber  pontificalis,  t.  I,  pp.  262,  267. 


332  CENTRES   DU    CULTE   DES   MARTYRS. 

à  Noie,  on  prit  l'habitude  d'y  prendre  S.  Pancrace  comme 
juge  de  la  fidélité  au  serment  '.  Le  pape  Honorius 
rebâtit  la  basilique  ;  une  inscription  rappelle  que  le  corps 
du  saint  fut   déplacé   à   cette  occasion  -. 

Une  basilique  des  SS.  Processus  et  Martinien  existait  à 
l'époque  de  Théodose  "',  et  fut  visitée  par  les  pèlerins4. 
Ceux-ci  ont  vénéré  également  sur  la  voie  Aurélienne  un 
S.  Artémius,  une  sainte  Lucine,  sainte  Pauline,  sainte 
Sophie  et  ses  trois  Mlles  que  nous  avons  déjà  rencontrées 
plus  haut,  et  les  deux  Félix  encore  mal  identifiés  s.  Les 
saints  Nabor  et  Nazarius  que  l'hiéronymien  place,  au 
8  juin,  sur  la  même  voie  Aurélienne,  ne  sont  autres  que 
les  martyrs  de  Milan  ,;. 

\  IA  Cornelia.  Son  martyrologe  se  réduit  pour  nous 
aux  anniversaires  que  voici  : 

20  janvier  :  via  Cornelia  miliario  ab  urbe  XII  Marii 
Marthae  Audifax  et  Abacuc  7. 

29  juin  :  Pétri  in  Vaticano. 

10  juillet  :  via  Cornelia  miliario  VIII  Rufinae  Secundae. 

Grégoire  de  Tours.  Ingloria  martyrum,  xxxvni. 
2   De  Rossi,  Inscriptiones  Christian  u  I  rrbis  Romae,  t.  II,  pp.  24,  156. 

(3)  I         I  '    '  HESNE,  t.  C,  p.  222 

(4)  Sur  la  légende  des  deux  saints  voir  P.  Franchi  de'  Cavalieri, 
Note  agiogra  •.  3  (Roma,  1909),  p.  35-39- 

I  >'  chesne,  Le  Liber pontiftealis  t.  I,  p.  cxxv. 
D'après  la  Passio  S  ■  I  u  ebii  et  Pontiani,  BHL.  2742,  6,  9,  10,  un 
S.  Vntonius  fut  martyrisé  via  Aurélia  iuxta  formant  Traiani,  el  ense- 
veli quelques  jours  plus  tard  in  cocu:  ierio  Calepodii  in  crypta.  D'après 
Di  Rossi,  /';.•  ripttones  christianae  Urbis  Romae,  t.  II,  p.  218,  ce  serait 
'était  dédié  Yoratorium  s.  Antonini  mentionné  par  P. 
Mallius. 

7   Au   15  janvier,  on  reconnaît  dans  un  ensemble  assez  confus  via 

1  miliario  XIII  Mari  Marthae  Audifax.  li  semble  que  ces  noms 

ttirés  par   le  nom   d'Abacuc,   annoncé   la  veille.  Je  crois  qu'il 

faut  lire  au  15  :  in  Ibbacuc  prophetae.  Le  mot  Cornili 

accolé  à  in  Oriente  dans  les  manuscrits  trahit  la  réminiscence. 


ROME    ET   L'ITALIE.  333 

Les  saints  du  20  janvier  et  du  10  juillet  ne  sont  pas 
seulement  connus  par  des  légendes  beaucoup  lues  au 
moyen  âge1  ;  souvent  les  pèlerins  en  quittant  Saint- 
Pierre  allaient  visiter  leurs  sanctuaires,  sur  lesquels  les 
itinéraires  sont  généralement  très  avares  de  détails.  La 
basilique  des  saintes  Rufina  et  Secunda,  quae  ponitur  in 
episcopioSilvac  Candidate, fut  restaurée  par  le  pape  Adrien  -. 

Complétons  cette  revue  des  sanctuaires  suburbains  par 
quelques  indications  sur  les  martyrs  appartenant  aux 
villes  voisin 

Praeneste  (Palestrina)  a  pour  patron  S.  Agapit,  inscrit 
au  martyrologe  hiéronymien  le  18  août  :  in  civitate  Prae- 
nestina  miliario  XXXIII  Agapiii.  C'est  la  date  tradition- 
nelle, et  l'on  ne  s'explique  pas  la  répétition  de  cette 
annonce  au  1  mai.  De  la  basilique,  dont  il  est  question 
dans  une  inscription  qui  pourrait  être  du  IVe  siècle  3,  il 
ne  reste  que  des  ruines  qui  ont  été  retrouvées  *.  On  n'a 
pu  déterminer  avec  précision  la  position  d'une  basilique 
de  S.  Ag  ipit,  iuxta  basilicam  sancti  Laurentii  martyris,  sur 
la  voie  Tiburtine,  dont  la  construction  est  attribuée  à 
Félix  III  (483-492),  et  que  les  topographes  désignent  cha- 
cun à  leur  manière  5. 

Un  autre  martyr,  moins  connu,  était  honoré  autrefois 
aux  environs  de  Praeneste.  L'hiéronymien,  au  1  août, 
annonce  via  Praenestiiia  miliario  XXX  ab  urbe  natale  sanc- 
torum  Secundini...  Suit  une  série  que  nous  n'avons  pas  le 


ï)BHL.  5543,  7359. 
(2)  Duchesnb,  Le  Liber  pontiricalis,  t.  I,  p.  508. 

3    CIL.  XIV.  3415. 

■41  Sur  ces  restes  voir  Marucchi,   Guida  archaeologica  delV  antica 
Preneste  iRoma,  1885),  p.  140-75. 

5    Duchesnb,  Le  Liber pontificalis.  t.  I,  pp.  252,  253. 


334         CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

moyen  d'identifier.  Au  VIIIe  siècle,  il  y  avait  encore  à 
Praeneste  une  basilique  de  S.  Secundinus,  ubi  eius  corpus 
quiescit,  et  que  le  pape  Adrien  fit  restaurer  *. 

Deux    anniversaires,   dont  le    premier  figure   dans   la 
Depositw  martyrum  romaine,  se  rapportent  à  Albano. 
6  août  :  Secundi,  Carpofori,  Victorini  et  Severiani. 
26  septembre  :  in  Albano  Senatoris. 

Le  groupe  du  8  août  est  surtout  connu  par  l'identifica- 
tion qu'en  a  faite  un  hagiographe  du  IXe  siècle  avec  les 
Quatre  Couronnés  '-'.  S.  Sénateur  a  longtemps  paru  sus- 
pect r>.  Il  ne  saurait  plus  l'être  depuis  que  l'on  peut  lire  dans 
le  Liber  de  locis, dont  l'auteur  remonte  la  voie  Appienne  jus- 
qu'à Albano  :  pervenitur  ad  Albanam  civitatem  et  per  eandem 
civitatem  ad  ecclesiam  sancti  Senatoris,  ubi  et  Perpétua  iacet 
c or pore  et  innumeri  saneti*.  Il  n'y  a  nulle  trace  ailleurs  de 
cette  sainte  Perpétue  et  de  cette  multitude.  L'exploration 
des  catacombes  d'Albano  n'a  rien  fourni  de  décisif  sur 
l'hagiographie  de  la  localité  s. 

Voici  en  quelques  lignes  le  martyrologe  d'Ostie. 
20  juin  :  m  Ostia  Aureae. 
16  juillet  :  in  Ostia  Hilarini. 
23  août  :  m  Ostia  Cyriaci  Archelai. 
19  octobre  :  in  Ostia  Asteri. 
Hilarinus  est   inconnu.  Stc    Aurea  est  l'héroïne  d'une 
légende  sans  valeur  historique  ,;,  et,  ce  qui  est  plus  impor- 
tant, la  titulaire  d'une   basilique  qui    fut  restaurée  par   le 

(1)  Duchesne,  t.  c.  pp.  510,  522. 

1  Voii  Acta  SS.  nov.  t.  III,  p.  750. 
(3il>i   Rossi,  Roma  sotterranea,  1. 1,  p.  141. 
14  De  Rossi,  Bullettino,  186g,  p.  64-78. 
(51  Di   Rôssi,  Bullettino,  1869,  p.  65-78. 
BHL     10. 


ROME   ET   L'iTALIE.  335 

pape  Sergiusà  la  fin  du  VfIIe  siècle  '.  L'épitaphe  relevée 
sur  un  sarcophage  :  Hic  Qtiiriacus  dormit  in  pace  -,  n'est 
pas  celle  d'un  martyr  et  montre  simplement  que  le  nom 
de  Cyriaque  n'était  pas  inconnu  à  Ostie. 

Une  précieuse  inscription  du  cimetière  de  Commodille 
prouve  que  la  fête  de  S.  Astère  était  célébrée  avec  un 
certain  éclat  :  Pascasius  vi.xitplus  minus  annus  XX  fecit 
fatum  IIII  idus  octobris  VIII  ante  natale  domni  Asteri  depo- 
situs  in  pace  \  Le  Libellas  precum  des  prêtres  Faustin  et 
Marcellin  contre  Damase  fait  mention  de  la  basilique  du 
martyr  à  Ostie  *. 

Il  faudrait  peut-être  ajouter  encore  une  notice  deux  fois 
répétée  dans  l'hiéronymien,  exactement  à  un  mois  de 
distance,  le  22  novembre  et  le  22  décembre  :  in  ostia  Deme- 
tri  et  Honorati.  Mais  si  la  répétiton  s'explique  à  la  rigueur5, 
la  valeur  de  la  notice,  comme  sa  provenance,  nous 
échappe  complètement. 

Le  martyrologe  de  Porto  est  beaucoup  plus  important. 

24  mai  :  m  Portu  Romano   Vincent:. 

13  juillet  :  in  Portu  Romano  hoc  est  in  Hiscla  natale 
sanctorum  Eutropi  Zosimae  et  Bonosae. 

22  août  :  in  Portu  Romano  Hippolyti  qui  dicitur  No?mus. 

5  septembre  :  Aconti  in  Porto  et  Nonni  et  Herculani  et 
Taunni. 


(1)  Duchesne,  Le  Liber  pontificalis,  t.  I,  pp.  376,  380. 

(2)  Publiée  par  D.  Vaglieri   dans  Xotizie  degli  scavi   di  antichità, 
1910,  p.  37. 

(3  Marucchi,  /  nwnumenti  del  museo  cristiano  Pio-Lateranense,  tav. 
LI,  28. 

4  C.  xxii.  P.  L.  t.  XIII,  p.  99. 

5  Elle  s'explique,  à  première  vue,  par  l'identité  des  formules  de 
la  date.  Mais  en  latin  cette  identité  n'est  pas  absolue.  Xkal.  dec,  XI 
kal.  ian.  Et  puis,  quelle  est  la  date  véritable  ? 


336         CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS 

18  octobre  :   iv.xïa  Portum  Romanwm  sanctae   Agnetis 

virginis. 

13  décembre  :  Ariston  in  Portu  '. 

Les  notices  du  5  septembre  et  du  13  décembre  provien- 
nent du  férial  philocalien.  Dans  l'hiéronymien,  Acontius 
est  marqué  au  15  juillet,  Ariston  au  22  décembre  et  au 
5  septembre.  Le  Nonnus  du  5  septembre  est  identifié  avec 
Hippolyte  dans  l'hiéronymien. 

Jusqu'à  preuve  du  contraire,  Vincent,  Agnès  et  Hippo- 
lyte ne  sont  point  des  saints  propres  à  Porto,  mais  les 
eélebres  martyrs  d'Espagne  et  de  Rome  2,  auxquels  la  cité 
maritime  avait  élevé  des  basiliques.  Les  dates  sont  celles 
de  la  dédicace.  C'est  ainsi  que  la  fête  des  saints  Laurent 
et  Hippolyte  se  célébrait  à  Forum  Sempronii  le  2  février, 
jour  de  la  consécration  de  leur  église.  On  connaît  un  verre 
doré  avec  les  images  des  trois  saints  Vincentias,  Agnes, 
Poltus  -<.  Ne  sortirait-il  pas  d'une  officine  de  Porto  ? 

Une  inscription  rappelant  la  dédicace  d'une  basilique 
sanctis  martyribus  et  beatissimis  Eutropio,  Bonosae  et  Zosi- 
mae  *  marque  l'emplacement  du  sanctuaire  élevé  en  leur 
honneur  par  l'évêque  Donat  sans  éclaircir  la  désignation 
in  Iliscla  du  martyrologe.  Taurinus  et  Herculanus  sont 
nommés  dans  une  autre  inscription  5.  On  ne  sait  s'ils  repo- 
saient dans  la  basilique  de  S. Acontius. Celle-ci  était  encore 
debout  au  commencement  du  Xe  siècle  6. 


(1)  Le  manuscrit  :  in  Pontum.  L'hiéronymien,  au  22,  fournit  la  vraie 
lecture  :  et  in  porto  romano  Aristoni.  De  Rossi,  Bullettino,  1866,  p.  37, 
donn<   .i  Porto  un  martyrologe  un  peu  plus  fourni  que  le  nôtre. 

(2)  Pour  Hippolyte,  voir  Dh  Rossi,  Bullettino,  t.  c.  p.  42. 

H.  Vopel,  Die  altchrist lichen  Goldglàser  (Freiburg,  1859),  n.  401. 
(4)  CIL.  XIV.  1937.  Cf.  1938 
5,  CIL.  XIV.  1942. 

li/    ripant   propre   titulunt  Sancti  Acontii,   dans  Auxilius.  Voir 
Dummler,  Auxilius  uni  Vulgarius  (Leipzig,  18661,  p.  72. 


ROME    ET   L'ITALIE.  337 

Le  24  février  et  le  2  mars  —  sans  doute  un  doublet 
(  VI  haï.  et  VI  non.)  —  il  faut  probablement  lire  sous  la 
rubrique  in  Porta  Romano,  les  noms  de  Pauli  et  Privutivae, 
et  quelques  autres,  dont  on  ne  peut  tirer  aucun  parti  '.car 
je  ne  sais  s'il  y  a  lieu  de  les  rapprocher  de  l'annonce  du  23 
juillet:  via  Collatina  natale  Primitivae  2.  Ste  Primitiva  eut 
peut-être  son  époque  de  célébrité,  dont  il  ne  reste  que  ces 
légers  vestiges. 

Le  férial  de  l'église  Romaine  nous  a  jusqu'ici  conduits 
hors  de  l'enceinte  de  la  ville.  Partout  s'affirme  le  carac- 
tère strictement  local  du  culte  des  martyrs,  nullement 
étendu  à  toutes  les  églises  de  la  cité  et  de  la  banlieue, 
mais  concentré  dans  la  basilique  où  repose  le  corps,  ou, 
parfois,  les  reliques  qui  le  représentent.  Il  serait  intéres- 
sant de  savoir  comment  les  martyrs  firent  peu  à  peu  la 
conquête  de  la  ville  elle-même,  avant  même  que  l'on  son- 
geât à  y  transférer  leurs  dépouilles  sacrées.  Nous  donne- 
rons quelques  dates. 

D'après  le  Liber  pontificalis,  le  pape  Damase  (366-384) 
construisit  deux  basiliques,  dont  l'une,  à  côté  du  théâtre 
—  celui  de  Pompée  —  dédiée  à  S.  Laurent.  Elle  existe 
encore.  C'est  San  Lorenzo  in  Damaso,  qui  fut  souvent 
appelée  du  nom  du  fondateur,ou  encore, l'église  in  Prasinoz. 
Le  vocable  de  Saint-Laurent  n'est  point  un  anachronisme. 
Une  inscription  Damasienne  le  prouve  à  l'évidence. 


(1)  Au  15  mai,  De  Rossi,  t.  c,  p.  $7,  lisait  in  Portu  Romano  Praesta- 
bilis  II  s'agit  surtout,  ce  jour-là,  de  martyrs  milanais.  Ne  faudrait-il 
pas  écrire  plutôt  in  porta  Romana  ? 

(3)  Cf.  De  Rossi,  Bullcttino,  1879,  p.  113. 

(3)  Duchesse,  Le  Liber  pontificalis,  t.  I,  p.  212,  213.  Cf.  De  Rossi, 
Inscriptiones  christianac  Urbis  Rom.ie,  t.  II,  p.  134. 

Cuit.  Mart.  2} 


338  CENTRES   DU    CULTE   DES   MARTYRS. 

Haec  Damasus  tibi,  Chrisle  Dcus,  nova  tecta  dicavi, 
Laurenti  saeptus  martyris  auxilio  l. 

L'église  de  Saint-Clément  lut-elle  formellement  dédiée  à 
ce  martyr  ?  S.  Jérôme,  écrivant  en  392,  d'après  les  souve- 
nirs qu'il  avait  rapportés  de  Rome,  semble  l'affirmer  : 
nominis  dus  memoriam,  dit-il  en  terminant  la  notice  sur 
S.  Clément,  usqite  hodie  Romae  exstrucia  ecclesia  custodit  '-'. 
Cette  basilique  est  restée  debout,  et  beaucoup  de  souve- 
nirs attestent  sa  haute  antiquité  \ 

Sous  Innocent  (401-417),  fut  fondé  par  une  noble 
dame,  Vestina,  le  titre  qui  porta  longtemps  son  nom  :  la 
basilique  était  dédiée  aux  saints  Gervais  et  Protais  *.  Le 

r 

pape  Simplicius(468-483)dédiala  basilique  de  Saint-Etienne 
sur  le  Célius  —  aujourd'hui  San  Stefano  Rotondo  — ,  une 
basilique  de  Saint-André  sur  l'Esquilin,une  autre  basilique 
de  Saint-Etienne,  celle-ci  hors  les  murs,  et  dans  Rome 
même,  iuxta palatium  Licmianum,  la  basilique  de  Sainte- 
Bibiane*.  L'église  arienne  de  Sainte-Agathe,  à  laquelle  se 
rattache  le  nom  de  Ricimer  ",  est  à  peu  près  de  cette 
période. 

Nous  avons,  dans  les  signatures  du  concile  romain  de 
499,  une  liste  des  titres  presbytéraux  7.  qu'il  est  intéres- 
sant de  comparer  à  la  série  parallèle  de  595  H.  Dans  la 
première,  la   très   grande  majorité   des  titres  est  désignée 

(il  ÏHM,  Damasi  epigrammata,  55. 
2  Devirisillustribus,  xv. 
(3)  De  Rossi,  Bullettmo,  1863,  p.  25-31  ;  1870,  p.  129-168. 

4  !  >t  1  HESNE,  Ia  Liber  pontifical  is,  t.  I,  p.  221. 

5  Du<  m  sne,  t.  c,  p.  249-250. 

(6)  Cf.  Duchesne,  t.  c,  p.  313  ;  Mélanges  d'archéologie  cl  d'histoire, 
t.  VII.  P.  235. 

7)Thii  vomanorum pontificum,  p.  651-53. 

(8)  Gregori  I  Registrum,  V.  57,  Ewàld-Hari  mann,  1. 1,  p,  562-67.  Cf. 
Du<  ,  dan     \[--'<-'.;  ,  d'archéologie  et  d'histoire,  t.  VII  (1887),  p. 

217-43- 


ROME    ET    L'ITALIE.  339 

par  le  nom  du  fondateur  :  titulus  Pammachi,  Iulii,  Vestinae, 
Damasi,  Eusebi,  Tigridae,  Aequitii  etc.;  quelques-uns  par 
le  vocable  d'un  saint  :  S.  démentis,  S.  Matthaei.  Un  des 
prêtres  du  titre  de  Damase  signe  presbytcr  tituli  Damasi, 
deux  autres  presbyter  tituli  S.  Laurentii.  Les  deux  noms 
étaient  donc  couramment  employés  l'un  pour  l'autre,  et 
nous  en  savons  la  raison.  On  est  plus  embarrassé  de  ren- 
dre compte  d'une  variante  comme  celle-ci  :  titulus  Caeciliae 
et  titulus  sanctae  Caeciliae  ;  titulus  Sabinae  et  titulus  sanciae 
Sabinae. 

Un  coup  d'ceil  sur  la  liste  de  595  donnera  peut-être  la 
clef  du  mystère.  Là,  toutes  les  églises  ont  un  patron.  Pour 
les  unes  on  voit  paraître  un  vocable  inconnu  jusque-là.  Le 
titulus  Lucinae  est  devenu  le  titre  de  Saint-Laurent,  Saint- 
Vital  est  l'ancien  titulus  Vestinae  ;  Saints-Jean-et-Paul 
n'est  autre  que  le  titulus  Pammachi  autrement  dit  titulus 
Vizanti.  Mais  pour  d'autres  on  voit  reparaître  le  nom  du 
fondateur,  précédé  du  titre  de  sanctus.  Ainsi  le  titulus 
sancti  Damasi  remplace  le  titulus  Damasi  ;  le  titulus  Euse- 
bii  est  devenu  le  titulus  sancti  Eusebii.  Et  c'est  bien 
le  nom  du  fondateur.  La  notice  du  martyrologe,  au  14 
août,  le  constate  formellement  :  Eusebi  tituli  conditoris. 
Il  est  assez  probable  que  la  commémoraison  solen- 
nelle du  fondateur  se  lit  dans  chacune  des  églises  de 
Rome,  comme  elle  se  faisait  en  Afrique  ',  et  il  était  natu- 
rel, que  là  où  il  n'était  point  supplanté  par  quelque  martyr 
illustre,  il  devînt  le  patron.  En  595,  la  transformation  est 
accomplie  ;  en  499,  on  la  voit  commencer,  et  il  n'est  pas 
étonnant  que  l'on  constate  quelque  fluctuation  dans 
l'usage,  jusque  chez  les  prêtres  d'une  même  église. 

(1)  Augustin,  Sermo  cclxii,2,  P.  !..  t.  XXXVIII,  p.  1208  :  condito- 
risbasilicac  huius  sancti  Leontii  liodie  depositio  est.  Voir  aussi  Epist.  29, 
sur  cette  fête.  P.  L.  t.  XXXIII,  p.  114-20. 


34©        CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

Au  moment  où,  par  le  développement  naturel  du  culte. 
les  fondateurs  sont  devenus,  comme  patrons  de  leurs 
églises,  les  égaux  des  martyrs,  on  n'est  point  étonné  de 
les  voir  entrer  dans  les  cycles  hagiographiques  et  d'assis- 
ter à  leur  transformation  par  la  légende.  Parfois  une 
similitude  de  noms  est  l'amorce  d'une  confusion  de  person- 
nes, et  le  souvenir  de  la  fondatrice  du  titulus  Anastasiae, 
par  exemple,  a  pu  s'obscurcir  par  la  superposition  d'une 
autre  Anastasie.  Serait-ce  aussi  le  cas  de  Chrysogone? 
Le  titulus  CaeaUae  du  Transtévère  serait-il  devenu  d'une 
façon  analogue  la  basilique  de  la  martyre  romaine  du 
même  nom  ?  Nous  serions  assez  porté  à  le  croire. 

Quoi  qu'il  en  soit,  toute  une  catégorie  de  martyrs  se 
distingue  des  autres  en  ce  que  leur  culte  est  entièrement 
renfermé  clans  les  murs  de  la  capitale,  et  qu'on  cherche 
en  vain  leurs  tombeaux  sur  les  grandes  voies  où  nous 
avons  vu  s'échelonner  les  sanctuaires.  Il  est  vrai  que  les 
pèlerins  de  Rome  commençaient  leurs  pieuses  excursions 
par  une  station  urbaine  à  la  basilique  des  Saints-Jean-et- 
Paul  sur  le  Célius,  et  la  légende  racontait  que  ces  saints 
avaient  été, sur  l'ordre  de  Julien, exécutés  et  ensevelis  dans 
leur  maison. Nulle  part  moins  qu'à  Rome, où  les  lois  sur  la 
sépulture  étaient  observées,  ce  trait  ne  se  présente  comme 
vraisemblable,  et  l'on  trouvera  plus  de  difficulté  que  jamais 
à  admettre  cette  exception  depuis  que  l'on  sait  à  quoi  s'en 
tenir  sur  la  valeur  de  la  légende1.  Celle-ci  n'est  qu'une 
adaptation,  où  la  topographie  joue  un  rôle  trompeur, 
d'un  autre  récit,  ce  qui  démontre  assez  l'absence  de  toute 
tradition  historique.  Le  titulus  Pammachi  ou  Bizanti, 
pourrait  bien  être  dans  le  cas  de  la  basilica  Iulia,  qui  devint 


Pio  Franchi  dk'  Cavalier*,  Nuove  note  açioçrafiche,  Studi  e 
testi,  9  (Roma,  1902),  p.  55-65. 


ROME   ET   L'ITALIE.  34I 

la  basilique  des  apôtres  Philippe  et  Jacques  ',  à  cela  près 
que  les  titulaires  Jean  et  Paul  furent  l'objet  d'une  trans- 
formation légendaire.  D'après  le  Liber pontificalis,  la  basi- 
lique de  StL  Bibiane  aurait  été  fondée  sur  le  tombeau  de 
cette  martyre  -,  à  l'intérieur  de  la  ville.  J'avoue  ne 
point  trouver  d'explication  satisfaisante  à  cette  ano- 
malie 3. 

Rome,  si  riche  en  martyrs  de  son  propre  sol,  fut  large- 
ment accueillante  aux  martyrs  étrangers.  Je  ne  parle  pas 
de  ceux  dont  elle  reçut  les  corps,  comme  les  marbriers  de 
Pannonie  et  S.  Quirin  de  Siscia,  qui  acquirent  un  vrai 
droit  de  cité.  Il  y  en  eut  un  grand  nombre  d'autres  qu'elle 
adopta  soit  en  leur  donnant  une  place  au  calendrier, 
tels  Perpétue  et  Cyprien  dès  le  milieu  du  IVe  siècle, 
soit  en  leur  élevant  des  basiliques,  où  sans  doute  leurs 
reliques  étaient  déposées.  Un  classement  chronologique  de 
ces  sanctuaires  nous  entraînerait  trop  loin,  et  il  nous 
suffit  de  rappeler  quelques  noms  pour  donner  une  idée  de 
l'importation  des  cultes  dans  la  ville  éternelle.  Les  saints 
Félix  de  Noie,  Genesius,  Gervais  et  Protais,  Vital,  Vin- 
cent, Valentin,  Agathe,  Lucie,  Vit,  Leucius,  Cosme  et 
Damien,  Anthime,  Menas,  Sergius  et  Bacchus,  Théodore, 
et  plus  tard  les  SS.  Cyr  et  Jean,  Georges,  Eustathe,  Apol- 
linaire et  bien  d'autres  furent  honorés  dans  des  basiliques 
ou  des  oratoires  de  Rome  et  de  la  banlieue. 

En   Campanie  ',    trois    villes    principales   sollicitent    le 

1    Duchesse,  Le  Liber  pontificalis,  t.  I,  p.  303. 
(2)  Duchesse,  t.  c,  p.  249. 

Les  inventions  de  reliques  de  1624  n'ont  pas  éclairci  le  mystère. 
Voir  <0.  Ingrillvni>,  La  vita  di  S.  Bibiana  (Roma,  16301,  p.  66-73. 
La  question  mérite  d'être  mise  à  l'étude. 

(4)  Voir    F.    Lanzoni,  Le  origini  dcl  cristianesimo  e  delV  episcopato 


342        CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

regard  de  l'érudit  en  quête  de  sanctuaires  de  martyrs, 
Naples,  Capoue  et  Noie.  Les  villes  voisines  Puteoli  (Poz- 
zuoli),  Misenum,  Baiae  ne  doivent  pas  être  détachées  de 
Xaples  ;  leurs  traditions  hagiographiques  se  tiennent  et 
souvent  se  confondent. 

Celle  du  martyrologe  hiéronymien  est  d'une  complica- 
tion inusitée.  Il  faut  se  reporter  aux  dates  suivantes,  qui 
toutes  ont  gardé  quelque  fragment  du  martyrologe  de  ces 
pays  :  les  7,  19,  23,  29  septembre,  les  15,  16,  18,  19,  20,  21 
octobre.  Les  saints  qui  y  figurent  ces  jours-là,  tantôt  iso- 
lés, tantôt  en  compagnie,  sont  Janvier,  Sosius  (ou  Sos- 
sius),  Euticius,  Proculus,  Acutius,  Festus  et  Desiderius. 
Les  indices  topographiques  varient.  Ainsi.  S.  Janvier  est 
placé  successivement  à  Bénévent  (7  septembre),  à  Naples 
(19  septembre),  à  Puteoli  (29  septembre  et  18  octobre)  ; 
Sosius  à  Misenum,  Baiae,  Naples,  Puteoli  (23,  29  septem- 
bre, 15,  16  octobre)  ;  Acutius  à  Beneventum  et  Puteoli  ; 
Festus  et  Desiderius  à  Beneventum  et  Naples  ;  Euticius 
et  Proculus   à  Puteoli. 

La  légende  de  S.  Janvier  '  fait  de  ce  saint  un  évêque  de 
Bénévent  ;  Festus  et  Desiderius  sont  l'un  diacre  l'autre 
lecteur  de  la  même  église  ;  Sosius  est  un  diacre  de  l'église 
de  Misenum:  Proculus,  Euticius  et  Acutius  appartiennent  à 
Puteoli.  Ces  derniers  auraient  été  ensevelis  dans  leur 
église  d'origine,  Sosius  près  de  Misenum,  Festus  et  Desi- 
derius à  Bénévent,  Janvier  à  Naples.  Sauf  Sosius,  dont  la 
date  serait  le  23  septembre,  tous  auraient  été  martyrisés 
le  19  septembre.  La  Passio  Ianuarii  est  antérieure  au  VIIIe 
siècle,  mais   n'en   est  pas   moins    une   composition  artifi- 


nella  Campania   Romana,   Rivista     stokico-critica    delle  scienzb 

TEOLOGICHE,  t.  VI     I   M<>  .    pp.  23-34,  IIO-IIQ,  237-95. 

1    l:l  IL  4415-4137:  BHG*.  774;  BHO.437. 


ROME    ET    L'ITALIE.  343 

cielle  dont  on  ne  saurait  tirer  grand  parti  pour  fixer  les 
incertitudes  du  martyrologe  hiéronymien. 

Au  sujet  de  S.  Janvier  nous  avons  un  texte  important 
dans  la  lettre  d'Uranius  sur  la  mort  de  S.  Paulin  (f  431). 
L'évêque  de  Noie,  dam  erniers  moments,  crut  voir  à 

ses  côtés  ses  frères  Janvier  et  Martin. Uranius  rapporte  ses 
paroles  et  ajoute  :  Ianuarius  episcopus  simul  et  martyr  Xea- 
politanae  urbis  illustrât  ecclesiam  '.  Une  peinture  du  Ve  siècle 
le  représente  en  évêque  -  ;  il  ne  saurait  y  avoir  d'hésita- 
tion sur  la  date  de  son  martyre,  19  septembre,  fixée  d'ail- 
leurs par  le  calendrier  de  Carthage  du  VIe  siècle, où  Sosius 
figure  aussi,  le  23  septembre.  Il  en  est  de  même  du  calen- 
drier de  Xaples  (IXe  siècle),  qui  enregistre  en  outre 
Festus  et  Desiderius  au  7  septembre,  Eutyches  et  Acutius 
au  18  octobre.  Proculus  y  est  omis.  On  peut  d'ailleurs  se 
demander  si  Proculus  est  un  saint  propre  à  la  Campanie 
ou  s'il  n'est  pas  plutôt  S.  Proculus  de  Bologne,  dont  le 
culte  aurait  été  importé  dans  l'Italie  méridionale.  Sosius, 
Eutyches,  Festus  et  Desiderius  sont  représentés  sur  la 
mosaïque  de  Capoue,  dont  il  sera  parlé  plus  loin  :  indice 
de  plus  pour  les  retenir  parmi  les  saints  indigènes  de  la 
Campanie. 

Un  S.  Artemas,  martyr  à  Puteoli,  est  inscrit  à  l'hiéro- 
nymien.  le  25  ou  le  26  janvier  3.  Il  est  le  héros  d'un  récit 
hagiographique,  malheureusement  d'époque  tardive*.  Il 
e^t  plus  important  de  noter  que  le  saint  était  figuré  sur 
la  mosaïque  de  Capoue.  Au  16  février,  nous  lisons  dans  le 

(i)P.L.  t.  LUI,  p.  861. 

(2)  Garrucci,  Storia  dell'  arte  cristiana,\.  Il,  tav.  102,  2. 

->5  il  est  appelé  Antymasius  ;  le  26  apparaît   la  forme  Arthcmu- 
tis,  Arthemi. 

1  BHL.  717.  Cf.  F.  Savio,  Pictro  suddiacono  agiografo  napolctano 
dd  secolo  X,  Atti  della  K.  accademia  delle  scienze  di  Torino, 
t.  XXXVI  (1901),  p.  503-17. 


344        CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

martyrologe:!;/  Campania  Cumbas(aX.Cumis)  natale  Iulianae. 
Serait-il  vrai  que,  comme  un  document  hagiographique 
antérieur  au  VIIIe  siècle  le  raconte  ',  une  martyre  Iuliana 
de  Nicomédie  aurait  été  transférée  à  Cumes  ?  Serait- 
ce  la  même  martyre  Juliana  dont  S.  Grégoire  demande 
des  sanctuaria  à  l'évêque  de  Naples,  Fortunatus,  pour  la 
consécration  d'un  oratoire  qu'une  pieuse  dame,  Januaria, 
avait  élevé  sur  ses  terres  en  l'honneur  de  cette  sainte  et 
de  S.  Séverin  a  ?  Le  30  octobre,  c'est  un  Maximus  qui  est 
annoncé  in  Comsa.  On  a  pensé  qu'il  faudrait  encore  lire 
ici  Cumis,  et  que  ce  Maximus  serait  celui  de  la  légende, 
qui  le  fait  mourir  à  Apamée  et  transférer  à  Cumes  par 
les  soins  d'une  Juliana  3. 

Certes  telle  était  la  tradition  de  Cumes,  et  en  1207  les 
reliques  de  Ste  Juliana  et  de  S.  Maximus  furent  transférées 
de  cette  localité  à  Naples  4.  Déjà  du  temps  de  S.  Grégoire, 
il  y  avait  dans  cette  ville  un  monasterium  sanctoricm 
Herasmi,  Maximi  atque  Iulianae  \ 

A  Capoue,  d'où  nous  vient  la  formule  corpus  sanctis  com- 
mcndavi*,  on  put  voir  jusqu'au  milieu  du  XVIIIe  siècle 
dans  l'église  de  Saint-Priscus,  une  série  de  monuments  des 
plus  précieux  pour  l'histoire  du  culte  des  saints  en  Cam- 
panie  "' .  Ce  sont  les  mosaïques,  du  V-VIC  siècle,  représen- 
tant outre  les  prophètes  et  les  apôtres,  trente-deux  saints 

h  RHL.4522. 

i   Gregorii  I  Rcgistr..  IX,  180,  181,  Hartmann,  t.  II,  p.  174  175. 

(3)  BHL.  5845,  5845.  Cf.  Lanzoni,  t.  c,  p.  278-79. 

(4,  BHL.  4527. 

(51  Grkgorii  I  h'cgistr.  X,  170,  172,  Hartmann,  p.  167-169. 
CIL    X.4529. 

17    I  >e  Rossi.  Bullcttino,  1884-1885,  p.  104-125  ;  planches,  ibid.,  1883, 

tav.  II -II I  et  dans  Garrucci,  Storia  delV  arte  cristiana,  tav.  254,  255. 

I  outes  les  reproductions  dérivent  de  la  planche  grossièrement  dessinée 

de  Michèle  Monaco,  Sunctu  irium    Capuanum,  (Neapoli,  1630),  p.  134. 


ROME   ET   L'ITALIE.  345 

dont  les  noms  étaient  indiques  en  toutes  lettres.  Dans  l'ab- 
side étaient  figurés  les  seize  saints  qui  suivent  :  Laurentius 

—  Susius  —  Paulus,  Petrus  —  Timoteus,  Cepriamts  —  Agne 

—  Quuitus,  Quartus  —  Lupidus  —  Prisons,  Sinotus  —  Mar- 
cellus  —  Ru  fus,  Augustinus  —  Félicitas 

La  coupole  était  ornée  des  groupes  suivants  :  Xistus, 
Cypriamts  —  llippolytus,  Canio  -  Augustinus,  Marccllus  — 
Lupulus,  Rufus  —  Prisais,  Félix—  Artimas,  Aefimus  —  Euti- 
ces.  Sositis  -  Festus,  Desiderius. 

On  remarque  plusieurs  répétitions  dans  cette  double 
liste,  dans  laquelle  on  peut  distinguer  trois  groupes  de 
saints  :  saints  étrangers  à  la  Campanie  ;  saints  de  Campa- 
nie  étrangers  à  Capoue  et  de  Lucanie  ;  saints  de  Capoue. 

Le  premier  groupe  est  assez  reconnaissable:  Laurentius, 
Petrus,  Paulus,  Timoteus,  Cyprianus,  Agnes,  Xistus. 

Parmi  les  saints  de  Campanie  il  faut  certainement  ran- 
ger Félix,  le  patron  de  Noie,  Artemas  et  Eutices  de  Puteo- 
li,  Festus  et  Desiderius.  Aefimus  est  inconnu  ;  il  y  a 
peut-être  lieu  de  douter  que  ce  nom  ait  été  bien  lu  au 
XVIIe  siècle.  On  s'est  demandé  si  Susius  n'est  pas  une 
erreur  de  transcription  pour  SVSTVS.  Dans  ce  cas,  ce  ne 
serait  pas  le  martyr  de  Misenum,  mais  le  pape  Sixte. 
Remarquez  pourtant  que,  dans  la  série  de  la  coupole,  il 
est  désigné  sous  le  nom  de  Xistus,  et  que  Sosius  y  repa- 
raît. D'ailleurs,  Sosius  était  un  martyr  célèbre  dont  le 
culte  ne  resta  pas  confiné  dans  l'église  de  Misenum.  Le 
pape  Symmaque  lui  dédia  un  oratoire  à  Rome  ',  avec 
une  inscription  dont  le  texte  est  parvenu  jusqu'à  nous  2. 
Hippolvtus  pourrait  être  le  martyr  romain,  mais  aussi  le 
martyr  local  d'Atripalda.  Enfin  Canio  est  un  saint  que 
nous  retrouverons  à  Atella. 

1    Dcchesne,  Le  Liber  pontificahs,  t.  I,  p.  261. 

-•   De  Rossi,  Inscript wnes  christianae  L'rbis  Romac,  t.  II,  p.  246. 


346  CENTRES   DU    CULTE   DES   MARTYRS. 

Tous  les  autres  martyrs  appartiennent  à  Capoue,  si  on 
s'en  tient  aux  indications  de  l'hiéronymien.  Au  i  septem- 
bre nous  rencontrons:  InCapua  Aguaria  sancti  Prisci.  La 
via  Aquaria  est  précisément  celle  où  s'éleva  la  basilique  de 
Saint-Priscus,  remplaçant,  à  ce  qu'il  semble,  le  petit 
oratoire  qui  abritait  d'abord  la  tombe  du  martyr,  autour 
de  laquelle  les  tombeaux  des  fidèles  étaient  venus  se 
grouper.  Telles  sont  les  vraisemblances  '.  Nous  ne  som- 
mes malheureusement  pas  assez  renseignés  pour  nous 
prononcer  sans  hésitation.  Il  y  avait  à  Nuceria  un  saint 
Priscus  dont  le  culte  s'était  répandu  au  dehors,  dans  la 
Campanie.  On  voudrait  être  certain  qu'il  n'a  pas  été 
honoré  spécialement  à  Capoue. 

Le  martyr  Lupulus  apparaît  au  14  et  au  15  octobre.  A 
la  première  date  on  le  reconnaîtrait  difficilement  :  in  Cap- 
padocia  Campaniae  Lttpi  ;  la  notice  du  lendemain  in  Capua 
Lupili  explique  la  bizarrerie  de  cet  énoncé.  La  forme 
abrégée  de  Capua  a  été  mal  interprétée  par  le  copiste. 

Sinotus  est  clairement  indiqué  au  7  septembre  :  Capua 
natale  Sinoti.  Du  24  au  27  août,  on  reconnaît  à  toutes  les 
dates  S.  Rufus,  sous  des  tonnes  diverses  :  in  Capua  Rulfi, 
Rufini,  Rufinae,  de2  même  S.  Marcel  au  6  et  au  7  octo- 
bre, ni  Capua  Marcelliou  Marcellini.  Au  16  novembre  (voir 
aussi  le  17),  nous  lisons  :  in  Capua  Agustini  et  Feliatatis. 
\  'Mitons,  en  guise  de  commentaire,  ce  passage  de  la  petite- 
chronique  de  395  étudiée  par  De  Rossi  :  Hac  perseatiwne 
Cyprianus  hortatus  est  per  epistolas  suas  Aui^usiinum  et  Felici- 


kossi  fait  remarquer,  Bullcttino,  1884-1885,  p.  11 1,  que  Pri- 
scus est  le  en  d'un  Ansius  (famille  de  Capoue),  propriétaire 
de  briquetteries.  On  a  trouvé,  dans  le  cimetière  de  Saint-Priscus, 
marque.  CIL.  X.  8042,  11. 

que  la  légende  a  plus  I  '  di     S.  Rufus  ne  servirait 

qu'à  dérouter  la  recherche.  BHG*.  7376,  7377,  7371,  7372. 


ROME    ET    L'ITALIE.  347 

tatenu  qui  passi  suut  apinl  civitatem  Capuensem  metropolini 
.  ■■ipaniac  '.  Nous  n'avons  pas  cette  lettre  de  S.  Cyprien  ; 
mais  îe  renseignement  est  précieux  à  recueillir.  Il  inspire 
d'autant  plus  de  confiance  qu'il  est  indépendant  des 
sources  qui  nous  font  connaître  les  deux  martyrs,  et 
ceux-ci  n'acquirent  jamais  une  grande  notoriété. 

L'identification  des  martyrs  Quartus  et  Quintus  est  fort 
difficile,  surtout  si  l'on  veut  les  considérer  comme  faisant 
upe.  Le  martyrologe  annonce,  au  5  septembre,  in  Capua 
Quinti  :  au  5  novembre,  in  Capua  Quarti  confessons,  et  le  nom 
de  Quartus  est  accolé  à  celui  de  Marcellus  au  7  octobre. 
S.  Quartus,  quel  qu'il  soit,  semble  être  entré  dans  la  Pas- 
sion de  S  Césaire  de  Terracine,  par  un  caprice  de  l'ha- 
giographe  *. 

Si  Noie  devint  une  des  villes  saintes  de  l'Occident,  elle 
en  fut  redevable  surtout  à  son  évéque  Paulin,  qui  consa- 
cra son  temps,  ses  biens  et  son  talent  poétique  à  la  gloire 
de  S.  Félix,  pour  lequel  il  avait  une  tendre  dévotion.  S.  Fé- 
lix souffrit  pour  la  foi,  mais  ne  mourut  pas  clans  les  tour- 
ments. Il  n'en  est  pas  moins  honoré  comme  martyr,  insig- 
ms  martyr,  dit  Grégoire  de  Tours  3,  et  son  culte  se  déve- 
loppa comme  celui  des  martyrs  les  plus  illustres.  Son  tom- 
beau, placé  à  quelque  distance  de  la  ville,  fut  bientôt  abrité 
sous  une  basilique  ;  d'autres  tombes  chrétiennes  '  et  di- 
verses constructions  l'environnèrent  ;  Paulin  entreprit 
d'élever  en  cet  endroit  une  basilique  nouvelle  dont  il  nous 
a  laissé   la   description.  Le   nom   de    Cimitile   que  garde 

1 1  •  M.  G.  Script,  antiq.  t.  IX,  p.  738. 

(a   ActaSS.,  nov.  t.  III,  p.  55. 

(3>  In  glona  martyrum,  cm.   Augustin,   De  cura  gerenda  pro  mor- 
tuis,  xvi,  lui  donne  le  titre  de  confessor,  P.L.   t.  XLI,  p.  606,  de   même 
Uranius,  dans  sa  lettre  sur  la  mort  de  Paulin,  P.  L.  t.  LU,  p.  860. 
41  CIL.  X.  1338-1400. 


348        CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

le  village  où  l'on  trouve  les  restes  de  tant  d'édifices 
importants  atteste  son  origine  '.  La  fête  du  saint  atti- 
rait à  Noie  des  foules  énormes,  et  S.  Paulin  se  plaît  à  énu- 
mérer,  non  sans  quelque  hyperbole,  les  contrées  qui  y  en- 
voyaient leur  contingent  -,  sans  oublier  de  faire  connaî- 
tre les  faveurs  dont  les  pèlerins  étaient  redevables  à  l'in- 
tercession de  S.  Félix. 

Il  était  notamment  regardé  comme  le  vengeur  du  par- 
jure. Le  pape  Damase,  calomnié,  eut  recours  à  lui,  et  lui 
témoigna  sa  reconnaissance  par  une  inscription  qui  fut 
placée  dans  la  basilique  5.  Le  prêtre  Boniface  et  le  moine 
Spes,  qui  s'accusaient  mutuellement,  furent  envoyés  à 
Noie  par  S.  Augustin,  pour  que  le  serment  leur  fût  déféré 
sur  le  tombeau  du  martyr  *. 

Un  culte  aussi  populaire  devait  nécessairement  fran- 
chir les  étroites  limites  du  territoire  de  Noie.  On  ne  peut 
guère  douter  que  le  S.  Félix  delà  mosaïque  de  Capoue  s 
et  celui  que  l'on  connaissait  à  Rome  sous  le  vocable  de 
Félix  inPincis  ne  soient  celui  de  Noie".  La  difficulté  d'iden- 
tifier, dans  la  foule  des  homonymes,  réels  ou  créés  par  les 
hagiographes, les  titulaires  des  vieilles  églises  dédiées  à  un 
vS.  Félix  ne  permet  guère  d'essayer  une  statistique  de  son 
culte.  S.  Félix  de  Noie  est  inscrit  à  deux  dates  dans  l'hié- 
ronymien,  le  14  janvier  :   Xola   civitate  Campaniae  sancti 

1    H.  Holtzinger,    Die  Basilika  des  Paul inus  zu  Xola,   clans  Zeit- 
fur  biedende  Konst,  t.   XX  118851,  p.  135-47  ;  E.  Berteaux, 
L'art  dans  l'Italie  méridion  <      Paris,  1904),  p.  31-38. 
[a   '  arm.  XIV,  55-85,  Haï  i;   \g. 

(31  Iiim.  Damasi  epigrammata,  6r.  Voir  sur  tout  ceci  De  Rossi,  In- 
scriptiones  christianae  Urbis  Rotnae,  t.  II,  p.  190-91. 

Auousi  in.  Epist.  78,  3  :  Multis  entm  notissima  est  sanctitas  loci  ubi 
beati  Felicis  Nolensis  corpus  conditum  est  ;  quo  volui  titpergerent.  P.L.  t. 
XXXIII.  p.  269. 

(5)  Plus  haut.  p.  347. 
■    1  1  (  hksne,  Le  Liber  pontificales,  t.  I,  pp.  500, 517. 


ROME   ET   L'ITALIE.  349 

Felicis,  et  le  27  juillet,    in  Nola  civitaU  Campaniat  natale 

Fclicis,  à  quoi  les  manuscrits  B  et  W  ajoutent  :  de  ordina- 
tions episcopatus  :  multa  ibi  mirabilia fiunt,  bien  que  S.  Félix 
n'ait  pas  été  évêque  '.  A  Noie,  on  célébrait  aussi  la  fête  de 
S.  Priscus  de  Xuceria,  et  sans  doute  aussi  les  saints  dont 
on  avait  des  reliques. 

L'existence  d'un  cimetière  souterrain  avec  des  tombes 
de  martyrs  à  Abellinum  (Atripalda)  peut  difficilement  être 
contestée  -.  L'expression  cum  sanctis  sociatus  relevée  sur 
une  inscription  de  357  ne  suffirait  pas  à  le  prouver3.  L'épi- 
taphe  de  Romulus,  qui  parle  de  ses  prières  et  des  larmes 
versées  ante  specum  martyr um  •  semble  formelle.  La  tradi- 
tion d'Atripalda  donne  au  martyr,  chef  d'un  groupe,  le  nom 
d'Hippolyte  ou  Hippolistus,  et  raconte  de  lui  une  légende 
dépourvue  d'autorité  \  Si  le  nom  était  mieux  garanti,  on 
hésiterait  moins  à  le  retrouver  dans  l'Hippolytus  de  la 
mosaïque  de  Capoue. 

Pour  compléter  ce  qu'il  y  aurait  à  dire  sur  l'hagiogra- 
phie d'Abellinum,  nous  ferons  remarquer  que  ni  l'épitaphe 
de  l'évêque  Sabinus  6,  ni  le  titre  de  sanctus  qui  lui  est  donné 
dans  celle  de  Romulus  '  ne  sont  des  attestations  de  culte. 

Plusieurs  abrégés  de  l'hiéronymien  portent,  au  25  mai, 
une  annonce  qui  doit  se  lire  certainement  et  in  Campania 

(1)  Le  calendrier  de  Naples  du  IX<s  siècle  annonce  le  simple  natale  de 
S.  Félix  deux  fois  également,  le  14  janvier  et  le  20  juillet. 

_i  G.  A.  Galante,  //  cemetero  di   S.  Ipolisto  martire  in  Atripalda, 
Atti  della  R.  accademia  di   archeologia,  lettere  e  belle  arti, 
t.  XVI(Napoli,  1894),  p.  189-222. 
(3   CIL.  X.  1191. 
4  CIL.  X.  1195  ;  Buchelrr,  Carmina  latina  epigraphica,  788. 

Act.  SS.,  mai.  t.  I,  p.  42. 
0    CIL.  X.  1194;  Bùcheler,  i4-'4- 
17    Amare  sancti  Sabini  episcopi,  CIL.  X.  1195. 


35°  CENTRES    DU    CULTE   DES   MARTYRS. 

Atellae  Canionis  '.  C'est  à  n'en  point  douter  le  Canio  que 
nous  avons  trouvé  sur  la  mosaïque  de  Capoue.  La  légende 
l'a  complètement  défiguré  *. 

Nuceria  (Nocera)  nous  amène  à  examiner  dans  le 
martyrologe  une  série  de  notices  qui  ne  sont  pas  indépen- 
dantes. Celle  du  16  septembre  est  bien  claire  :  in  Nuceria 
Prisciani,  répétée  avec  une  variante  le  12  octobre  :  in  Cam- 
pama  Prisciani.  Personne  n'hésitera  à  reconnaître  ici  le 
Priscus  de  S.  Paulin  : 

Forte  sacrata  dies  inluxerat  Ma  beati 
natalem  Priscireferens,  quem  et  Nola  célébrât 
quamvis  Me  alia  Nucerinus  episcopus  urbe 
sederit  3. 
Le  15  et  le   17  septembre,  nous  lisons  :  in  Nuceria  Con- 
stante  (ou  Constantiae).  Le    18,    le   19  et  le  20,   vient   s'y 
joindre   un   Félix  :  In  Nuceria  Felicis,   Constantiae.  Or,  au 
1  septembre,  les  trois  noms  que  nous  venons  de  trouver 
sous     la    rubrique  Nuceria,   apparaissent    sous    d'autres 
rubriques  :  In  Capua  Prisci  ;  in  Casino  Constanti  ;  in  Apulia 
Félix, et  ce  Félix  d'Apulie  revient  au  2,  au  11  et  au  13  sep- 
tembre. Il  paraît  impossible,  avec  nos  moyens,  de  fixer  les 
incertitudes  d'une  pareille  tradition.il    doit   avoir  existé 
avant  le  VIIIe  siècle  une  Passion  des  saints  Félix  et  Con- 
stantia.  Le  manuscrit  W,  au  20  septembre,  en  a  conservé 
ce  lambeau  :  Felicis  et  Constantiae,  qui  passi  sunt  sub  Nerone. 
Ceci  ne  prouve  nullement  que  le  groupe  Félix,  Constantia, 
n'est  pas  artificiel.  Les  légendes   postérieures  ne  sont  ici 
d'aucun  secours '.  L'attribution  de   Priscus  à  Nocera  est 

n  Les  manuscrits  cités  dans  l'édition  de  Duchesne  et  de  De  Rossi 
portent  Atnonis.  La   tectun    (  anionis  esl   fixée   par  le  manuscrit  de 
Dublin,  Trinity  Collège,  A.  4.20,  que  nous  nous  proposons  de  publier. 
(2)  BHL.  541.  Cf.  De  Rossi,  Bullettino,  1884-1885,  p.  112. 

Car  m.  XIX.  515-18,  Hartel,  p.  136. 
(4)  Act.  SS.,  sept.  t.  VI,  p.  6-8.  Il  n'est  pas  sans  intérêt  de  rappeler 


ROME   ET   L'ITALIE.  35I 

certaine,  et  nous  ne  voyons  pas  d'impossibilité  à  ce  que  le 
Priscusdu  1  septembre  ne  soit  autre  que  lui,  qu'on  fêtait 
ce  jour-là  à  Capoue. 

La  mention  du  n  février  in  Vulturno  Castrensis  est  bien 
claire.  On  a  trouvé  prés  de  Calvi,  dans  une  grotte,  des 
peintures,  que  Ton  juge  du  VIIIe  siècle,  représentant  les 
saints  Castrensis  et  Priscus  '.  Bien  que  la  légende  fasse 
de  S.  Castrensis  un  évêque  africain  du  VIe  siècle,  comme 
de  plusieurs  autres  saints  antérieurs  à  cette  époque  -,  il 
est  à  croire  qu'il  faut  le  regarder  comme  un  martyr  local, 
dont  le   corps    fut  longtemps  vénéré  à   Vulturnum  3. 

Entre  la  Campanie  et  le  Vieux  Latium  nous  rencontrons 
encore  Formiae,  qui  possédait  le  corps  de  S.  Érasme. 
L'hiéronymien,  au  2  juin,  dit  simplement  in  Campania 
Herasmi.  Mais  S.  Grégoire  parle  de  l'église  de  Formiae, 
in  qua  corpus  beati  Herasmi  requiescit  *.  Deux  monastères 
dédiés  à  S.  Erasme,  cités  également  par  S.  Grégoire,  l'un 
à  Xaples,  l'autre  sur  la  côte  du  mont  Repperi.  attestent 
la  popularité  de  son  culte  à  cette  époque  5. 

Le  patron  de  Terracine  est  S.  Césaire,  dont  la  légende 
manque  d'autorité.  Mais  il  figure  à  l'hiéronymien  au  21 
avril  :  in  Terracina  Campaniae  Cessari,  et  peut-être  aussi 
au  1  novembre.  Un  peu  en  dehors  de  la  ville,  au  milieu 
des  sépultures,  près  de  la  voie  Appienne,  s'élevait  autrefois 
une  église   San  Cesareo,    sur  l'emplacement,  à   ce  qu'on 

que  le  groupe  Félix  et  Constantia  est  revendiqué  par  deux  villes  homo- 
nymes, Nocera  Umbra  et  Nocera  de'  Pagani.  C'est  évidemment  en 
faveur  de  cette  dernière  que  l'hiéronymien   fait  pencher  la  balance. 

(1)  DeRossi,  Bidlettino,  1883,  p.  74-75. 

(2)  Lanzoni,  dans  Rivista  storico-critica,  t.  c  p.  2S7-90. 

(3)  On  semble  avoir  retrouvé  la  fenestellci  confessionis  du  tombeau  de 
S.  Castrensis  à  Volturno.  De  Rossi,  Bullettino,  1881,  p.  147-49. 

11  Rcgistr.  I,  8,  Ewald-Hartmann,  t.  I,  p.  10. 
15)  Registr.  I,  23,  IX,  172,  Ewald-Hartmann,  I,  p.  27,  t.  II,  p.  169. 


352        CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

croit,  du  tombeau  du  martyr  '.  Le  culte  de  S.  Césaire 
était  en  honneur  à  Rome  et  Saint-Césaire  in  Palatio 
existait  au  VIe  siècle  2. 

Sur  une  inscription  malheureusement  très  endommagée 
provenant  de  Privernum  (Piperno),  De  Rossi  a  cru  recon- 
naître les  noms  de  trois  martyrs  au  moins,  [...]rius,  Iulius 
et  Montanianus.  Le  grand  archéologue  défend  son  senti- 
ment avec  son  habileté  et  son  érudition  ordinaire.  Mais 
la  part  de  la  conjecture  est  si  considérable  dans  ses  déduc- 
tions que   l'on    peut    hésiter  à  le   suivre  \ 

Mentionnons  enfin  cette  notice  intéressante  du  17  août  : 
In  Fabriteria  Magni.  Fabrateria  était  une  ville  située  près 
de  la  Ceccano  actuelle,  et  Magnus  un  saint  dont  la  popu- 
larité doit  avoir  été  considérable,  à  en  juger  parle  mouve- 
ment légendaire,  encore  mal  éclairci,  dont  son  nom  a  été 
le  centre. 

Quatre  anniversaires,  dans  l'hiéronymien,  se  rapporte- 
raient à  la  Lucanie.  Celui  du  29  octobre  est  parfaitement 
indéchiffrable.  Le  21  (19,  20)  août,  on  reconnaît  les  noms 
de  Valentinus  (Valentianus)  et  Leontius,  qui  étaient 
honorés  à  Bénévent  au  IXe  siècle.  On  a  pensé  que,  dans 
la  notice  du  26  (27)  août,  in  Lucania  civitate  Potentia  Felicis 
Aronti,  se  retrouverait  S.  Orientius  honoré  à  Lecce  *.  Le 
15  juin  :  in  Lucania  Viti,  semble  appartenir  à  la  première 
rédaction  du  martyrologe.  La  notice,  rejetée  à  la  fin,  le 
nie  nie  jour,  in  Sicilia  Viti,  Modesti  et  Criscentiac,  doit  être 
une    addition    postérieure    faite    sous    l'iniluence    d'une 

1  -  Voir  R.  de  la  Blanchèrr,  Tcrracme  (Paris.  1S84),  p.  153-15.4 ,  et 
la  planche  I.  à  l'endroit  appelé  le  Prébende. 

(3)  Jean  Diacre,  Vita  S.  Gregorii,  IV,  20.  Cf.  Duchesne,  Le  Liber 
pontifical isy  t.  I,  p.  377,  not.  12. 

Bullettino,  1878,  p.  85-99. 

(4)  LANZONI,  dans  Apulia,  1. 1  (1910),  p.  368.  Cf.  m.  ibid.,  t. II,  p.  171. 


ROM!-    HT    L'ITALIE.  353 

légende  qui  transporte  en   effet  en  Sicile  S.  Vitus,   et  qui 

lui  donne  des  compagnons  '.  Il  est  probable  que  ce  martyr, 
qui  devint  si  célèbre  en  Italie  et  plus  tard  en  Allemagne2, 
appartient  originairement  à  la  Lucanie. 

Sous  Aeclanum.  en  Apulie,  le  martyrologe  place  au  26 
(25)  août  un  saint  Mercorius,Mercurius,plus  tard  transféré 
à  Bénévent.  et  à  cette  occasion  confondu  par  les  hagiogra- 
phies du  pays  3  avec  S.  Mercure  de  Césarée  '.  Une  autre 
ville  d' Apulie,  Aecae(Troja),  paraît  au  5  novembre  :  in  Ecas 
Marci,  un  saint  que  la  légende  a  également  travesti,  et 
de  multiple  façon.  Il  est  vraisemblable  que  Marc  est  un 
martyr  peut-être  un  eveque  d'Aecae,  dont  le  culte  a  été 
très  populaire  en  Apulie,  à  en  juger  par  le  nombre  de 
saints  homonymes  que  l'on  signale  dans  la  contrée,  et  qui 
ne  sont  très  probablement  que  des  transformations  d'un 
Marc  unique  s.  Les  relations  de  S.  Eleuthère  avec  Aecae 
semblent  purement  artificielles  8.  Quant  aux  saints  de 
Venosa,   Senator,   Viator,    Cassiodorus  et  Dominata,   ils 


1  BHL.8711. 

(a)  Ad.  SS.,  iun.  t.  II,  p.  10 13- 1042  ',  J.  H.  Kessel,  St.  Veit,  seins 
Geschichte,  Verehrung  uni  bildliche  Darstellungen,  Jahrbùcher  des 
Vereins  von  Alterthumsfreunden  im  Riieim.ande,  t.  XLIII 
(18671,  p.  152-83. 

(3   BHL.  5936,  5937,5938. 

(4)  H.   Delehaye,    Lu    Translatif)  S.    Mercurii    Beneventum,    dans 
Mélanges  Godekroid  Kurth,  t.  I  (Liège,  1908),  p.  18-24. 
5   Ad.  SS.,  nov.  t.  m,  p.  54. 

(61  Voir  les  sources  dans  Lanzoni,  t.  c,  p.  373.  Les  martyrologes 
historiques,  au  18  avril,  annoncent  apud  Messanam  Apuliae  civitatem 
natale  sanctorum  martyr um  Eleutherii  etc.  D.  Quentin,  Les  martyrolo- 
ges historiques,  p.  257,  fait  dériver  cette  notice  d'une  phrase  de  la  Pas- 
sion BHL.  2451  :  eum  episcopum  ordinavit  atque  in  Apuliam  civitatem 
Aecanam  destinavit. 

Cuit.  Mart.  33 


354        CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

paraissent  issus   d'une   méprise   d'épigraphiste,  fécondée 
par  l'imagination  d'un  hagiographe  '. 

En  Calabre,  S.  Leucius  est  honoré  à  Brundusium. 
L'hiéronymien  l'annonce  au  S  janvier  :  in  Bruadisio  Leu- 
ci  ;  le  ii  janvier,  il  dit  tout  simplement  :  Leuci  confessons, 
et  la  tradition  de  l'église  de  Brindisi,  qui  regarde  Leucius 
comme  son  premier  évêque,  concorde  avec  cette  der- 
nière donnée  '.  S.  Grégoire  l'appelle  beatissinms  martyr 
et  assure  que  son  corps  repose  dans  l'église  de  Brundu- 
sium. Il  nous  apprend  en  même  temps  qu'il  y  avait  un 
monastère  sous  le  vocable  de  S.  Leucius  à  cinq  milles  de 
Rome  \  L'emplacement  de  ce  monastère  n'a  pas  été 
reconnu. 

Le  martyrologe  de  la  Sicile  est  moins  riche  qu'il  ne 
paraît  au  premier  regard.  Les  copistes  de  l'hiéronymien 
ont  confondu  parfois  la  Cilicie  et  même  La  Syrie  avec  la 
Sicile  *,  et  souvent  aussi  les  notices  qui  paraissent  se  rat- 
tacher à  la  grande  île  sont  dans  un  état  tel  qu'il  n'y  a  rien 
à  en  tirer.  Parmi  ceux  qui  sont  aisément  reconnaissables, 
deux  noms  dominent  tous  les  autres,  ceux  de  Ste  Lucie  et 
de  S"  Agathe. Ste  Lucie  est  la  martyre  de  Syracuse  encore 
fêtée  de  nos  jours  à  la  date  primitive,  le  13  décembre.  On 
ne  sait  comment  la  notice  :  Siracusa  passio  sanctae  Luciae 
inis  se  répète  au  7  février.  Mais  une  inscription  retrou- 
vée ces  dernières  années  met  hors  de  doute  l'antiquité   de 


(1  II.  Dblehayb,  Suint  Cassiodore,  Mklanges  Paul  Fàbrb  (Paris, 
1902 1,  p.  40-50. 

121  BHL.  4894. 

(3)  Registr.  XI.  57,  Hartmann,  t.  II,  p.  344. 

(4-  Voir  p.  ex.  le  ti  octobre  :  tu  acervo  Siciliae  pour  in  Anazarbo  Cili- 
ciuf  ;  le  27  juillet,  in  Sicilia  natale  Simeonis  pour  in  Syria. 


ROME    1.1    L'ITALIE.  355 

ce  culte  '.  Rome  avait,  au  VIe  siècle,  son  monastère  des 
Saints-André-et-Lucie  -.  La  sainte  de  Catane,  Agathe,  est 
plus  célèbre  encore.  Elle  a  également  ses  deux  fêtes  dans 
l'hiéronymien,  le  5  février  et  le  12  juillet.  L'église  de  Car- 
thage  l'a  admise  dans  son  calendrier  ;  on  lui  bâtit  aussi 
une  église  à  Rome  !  et  des  basiliques  in  Caclano  funào  *, 
dont  la  situation  est  inconnue,  et  dans  un  endroit  de  la 
voie  Aurelienne  nommé  fundus  Lardarius  5.  Un  monas- 
tère de  Palerme  lui  était  dédié  en  même  temps  qu'à 
S.  Maximus  \  et  le  monastère  de  Saint-Etienne  à  Capri 
honorait  ses  reliques  7.  S  Euplus,  connu  surtout  par 
sa  légende,  tant  chez  les  Grecs  que  chez  les  Latins  8, 
est  également  rattaché  à  Catane.  L'hiéronymien  le  cite 
à  trois  dates  :  le  12  août,  le  2  et  le  12  septembre.  A  la 
fin  du  VIe  siècle,  s'éleva  à  Messine  une  basilique,  dont  il 
fut  titulaire  conjointement  avec  S.  Etienne  et  S. Pancrace, 
celui-ci  un  autre  martyr  sicilien  \  C'est  sans  doute  du 
sanctuaire  où  reposaient  Agathe  et  Euplus  qu'il  s'agit  dans 
l'inscription  de  Iulia  Florentina  trouvée  près  de  Catane  et 
où  l'on  relève  la  phrase  suivante  :  atius  corpus  pro  foribus 
martyrorum  cum  loculo  suo  per  presbiterum  humatum  est i0. 
Tauromenium  (Taormina)  apparaît  deux   fois    dans  le 


il)  C'est  l'épitaphed' une  certaine  Euskia,  qui  mourut  Tf|    éop-rf)   rf|ç 
Kupiaç  uou   Aouxiaç.  P.  Orsi,  Insigne  epigra/s   in  Siracusa,  Romischb 

QUARTALSCHRIFT,  t.  IX,  p.  299-308. 

rREGOKii  I  Regtstr.,  XI,  15,  Hartmann,  t.  II,  p.  275 

(3)  Epist.  Gclasii,  Thiel,  p.  495. 

(4)  Duchesne,  Le  Liber pontificalis,  t.  I,  p.  262. 

(5]  Gregorii  I  Registr.,  IV,  19,  Ewald-Hartmann,  t.  I,  p.  253.  Cf. 
Dialog.,  III,  30,  P.  L.  t.  LXXVII,  p.  288. 

(6)  Gregorii  I,  Registr.,  IX,  66»,    Hartmann,  t.  H,  p.  86. 
17    Gregorii  I  Registr.,  I,  52,  Ewald-Hartmann,  t  .1,  p.  78. 
(81  BHG-<.  629,630;  BHL.  2728-2731. 

y    Gregorii  I  Registr.,  II,  9,  Ewald-Hartmann,  t.  I,  p.  107. 
(101  CIL,  X.  7112. 


356  CENTRES   DU    CULTIÎ   DES    MARTYRS. 

martyrologe,  le  3  (5)  avril  et  le  S  juillet,  avec  Pancratius, 
auquel  les  Grecs  ont  fait  une  longue  et  bizarre  légende  '. 
La  plupart  des  autres  saints  dont  le  culte  est  attesté  en 
Sicile  par  des  établissements  antérieurs  au  VIIe  siècle, 
principalement  connus  par  le  registre  de  S.  Grégoire,  sont 
des  saints  étrangers,  surtout  des  orientaux,  tels  S.  Théo- 
dore, S.  Georges,  S.  Christophe  '-'. 

La  Sardaigne,  qui  plus  tard  fit  valoir  les  prétentions 
les  plus  ambitieuses,  n'apparaît  guère  dans  le  martyro- 
loge qu'avec  deux  noms,  Gavinus,  le  30  mai  et  le  25  octo- 
bre, comme  honoré  à  Turris,  Luxorius,  — plus  tard  un 
dit  aussi  Ruxorius  --  le  20(21)  août  et  le  25  (26)  septem- 
bre :.  Il  existait  en  Sardaigne,  au  temps  de  S.  Grégoire, 
un  monastère  placé  sous  le  double  patronage  de  ces 
martyrs  :  Gavini  atque  Luxurii  monaslerium  '. 

A  Sulci  (Isola  di  S.  Antioco),  une  inscription  en  l'hon- 
neur de  S.  Antiochus,  Aida  micat  ubi  corpus  beati  sanc'i 
Antioci  quubit  etc.  s,  est  évidemment  un  souvenir  d'une 
ancienne  mosaïque  qui  décorait  l'abside  du  sanctuaire. 
S.  Antiochus  serait  un  martyr  local. 

Sainte  fulia  est  la  patronne  de  la  Corse.  La  légende  est 
dépourvue  de  toute  valeur  B   Mais  en  revanche  l'hiérony- 

(1)  HHG-'.  1410. 

2)  Oi  uvrir  dans  la  catacombe  de  Saint-Jean  à  Syracuse 

le  tombeau  d'une  martyre,  ou  du  moins  d'une  sainte  Deodata.  Voir 
J.  Fuhrer,  Bine  wichtige  Grabstâtte  det  Katakombe  von  S.  Giovanni  bei 
Svraki<s,  Mùncl  :  .  >  :  In..  Zur  Grabschrift  auf  Deodata,  ibid.,  1896. 
I  preuve  du  culte  n'a  pas  été  faite.  Voir  Analcct.  Bolland.,  t.  XVI, 
p.  94. 
(3)  BHL.  5092. 

boorii  I  Registr.  IX.  197,  HartmanK,  p.  185. 
(5)  Cil..  X,  7533  :  I '■  R,  Carmma  latina,  919. 

BHL.  4516-4517  Cl  !     Lan   oni,  Le  origini  del  cristianesimo  e  delV 
episcopato  nella  Corsica,  dans   Rivista  storico-critica,  t.   VI  (1910), 

446-53 


ROME    ET   L'ITALIE.  357 

mien,  au    22    mai,   confirme    l'antiquité    du  culte    de    la 
sainte  :  In  Corsica  insula  natale  hiliae. 

Reprenons  notre  exploration  du  continent  italien  par  la 
Sabine.  S.  Victorin  est  honoré  à  Amiternum  (San  Vitto- 
rino)  le  24  juillet  :  in  Amilernina  civitate  miliario  L XXXIII 
ah  urbe  Roman  a  via  Salaria  natale  Viçtorini.L,e  martyrologe 
porte,  au  lieu  du  chiffre  de  la  distance,  qui  est  exact,  mili- 
tes octoginta  très.  Les  hagiographes  du  moyen  â^e  n'ont  pas 
•té  sur  ce  point,  et  ont  accueilli  dans  leurs  listes  cette 
belle  troupe  de  soldats-martyrs.  Un  monument  intéressant 
du  culte  de  S.  Victorin,  dans  la  catacombe  d'Amiternum  ', 
est  l'inscription  suivante  du  Ve  siècle,  à  ce  qu'il  semble  : 
latente  Deo  Christo  nostro  sancto  marturi  I  "ictorino  Quod- 
vuldeus  episcopus  de  suo  fecit  -.  S.  Victorin  est  entré  dans 
diverses  combinaisons  hagiographiques3  qui  confirme- 
raient, s'il  en  était  besoin,  la  localisation  de  son  culte 
dans  la  Sabine. 

Le  10  juillet,  l'hiéronymien  annonce  in  Savinis  Anatoliae, 
Victoriae,  un  groupe  qui  n'est  nullement  artificiel.  Les 
deux  saintes  sont  représentées  côte  à  côte  sur  la  mosaïque 
de  S.  Apollinare  Nuovo  de  Ra venue  '.  S.  Victrice  ne 
semble  connaître  que  la  seule  Anatolia  5,  mais  les  hagio- 
graphes  les  reunissent  toujours  r'.  L'annonce  du  9  sep- 
tembre, in  Sabinis  miliario  XXX  Iacinthi,  trouve  son  expli- 

[)VoirA.  Bevignani,  Osservazioni  suite  catacombe  di  S.  Vittorino  c 

dt    InlZZai'.O,    NUOVO     BULLETTINO    L>I     AKCHEOLOGIA    CRISTIANA,     I9O3, 
p.  187-93. 

CIL.  IX.  4320    Sur   ks  graffiti  de  cette  catacombe,   De  Rossi, 
Roma  sotterranea,  1. 1,  p.  174. 

.  1  SS.  Nerei  et  Achillei,  BHL.  6064;  Acta  SS.  Severini  et   Vie- 
tormi,  BHL.  7659. 

1  (    La  remarque  est  de  M.  DuFOURCQ,  Gista  martyrum,  t.  III,  p.  261. 
5    De  laude  sanctorum,  xi,  P.  L.  t.  XX,  454. 
161  BHL.  S591  ;  417-420. 


358        CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

cation  dans  ce  passage  de  la  vie  :1e  Léon  III  :  fccit  autem 
et  in  basilica  beati  Iacinthi  sita  in  Sabinis,  ubi  et  corpus  eius 
requescit,  vesteni  die  stauraci  pulcherrimam  '. 

Les  deux  mentions  du  Picenum  sont  à  retenir.  Le 
16  mai  :  in  Piceno  civitate  Ausimo  Florenti.  La  tradition  de 
culte  et  l'hagiographie  2  sont  d'accord  pour  rattacher 
S.  Florent  à  la  ville  d'Osimo.  Le  15  avril  :  In  Piceno  in 
Aurco  monte  Maronis.  S.  Maron  est  un  des  martyrs  qui, 
avec  S.  Victorin  et  d'autres,  jouent  un  rôle  dans  la  Pas- 
sion des  SS.  Nérée  et  Achillée  5.  Montoro,  près  d'Osimo, 
fait  songer  à  Mons  aurens,  mais  les  prétentions  de  Cività 
Nova  sur  les  reliques  de  S.  Maron  méritent  considération. 
Ne  quittons  pas  le  Picenum  sans  rappeler  qu'Ancône  pos- 
séda  une  église  dédiée  à  S.  Etienne,  une  des  plus  ancien- 
nes, antérieure  même  à  l'invention  des  reliques  4  ;  on  y 
vénérait  une  des  pierres  de  la  lapidation  du  premier  mar- 
tyr 5.  L'église  était  située  iuxta  civitatem  6. 

En  Ombrie  7,  à  Ocriculum,  on  fait  le  14  mai  la  fête  de 
S.  Victor.  Ce  saint  fut  trouvé  par  l'évêque  Fulgentius, 
comme  en  témoigne  l'inscription  :  Iubante  Deo  Fulgentius 
episcopus  invento  corpore   beati   martyris  Victoris    in   Christi 

(1)  Duchesne,  Le  Liber  pontificalis,  t.  II,  pp.  13,  42. 

1     BHL.  561.  Voir  Acta  SS.,  maii  t.  II,  p.  613-15. 

(3)  BHL.  6064.  H.  ACHEl  is,  Acta  SS.  Nerei  ci  Achillei  (Leipzig, 1893), 

47-  53- 
1  \   Augustin,  Sermo  cccxxm,  2   :  Corpus  dus  votuiuvt   apparucrat, 

mnnoria  ibi  utlde  erat  PI'.  /  .  t.  XXXVIII,  p.  1445. 

5    fbui.,p.  1445-46. 

G  [REl,  Dialog.,  I,  5.  /'.  /..  t.  XXVII,  p.  177. 

(7)  Voir  De  Rossi,   V  io  d'archcologia  cristiana  nelV  Umbrùi, 

BOLLETTINO  DI  ARCHBOL.  CRIST.,  1871,  81-148  :  F.  I   AN/OM.  Le  origitli 

del  cristiatusimo  e  delV  episcopato  nelV  Umbria  Rotnatta,  Rivista  sto- 

RICO-CRIIliA    DELL!        CIENZE    TEOLOCICHE,    t.  II]     119071,   pp.    739"756' 
821-34. 


ROME   ET   L'ITALIE.  359 

nomine  super  altarem  construxit  '.  Il  serait  bien  téméraire  de 
''identifier  avec  un  des  saints  Victor  connus. 

S.  Juvénal  de  Narni  passe  pour  être  un  confesseur,  et 
sa  légende  lui  donne  cette  qualité  *.  Mais  S.  Grégoire, 
chaque  fois  qu'il  parle  de  lui,  lui  reconnaît  le  titre  de  mar- 
tyr :  iuxta  beaii  Iuvenalis  martyris  sepulchrum  3,  et  il  met 
dans  la  bouche  de  Probus.  évêque  de  Reate,  ces  paroles  : 
ad  me  sanctus  Iuvenalis  et  sanctus  Eleutherius  martyres  véné- 
rant *. 

A  en  juger  par  l'hiéronymien,  dans  sa  forme  actuelle, 
au  14  et  15  février,  au  14  avril  et  au  1  mai,  la  liste  d'Inter- 
amna  (Terni)  serait  assez  fournie.  Mais  il  n'y  a  à  retenir 
comme  se  rapportant  certainement  à  cette  localité  que 
l'annonce  du  14  février  :  Interamnae,  via  Flaminia  miliario 
LXIII1 natale  Valentmi.  S.  Valentin,  patron  de  Terni,  est 
le  héros  d'une  légende  très  connue,  qui  fait  de  lui  un 
martyr  de  la  persécution  de  Claude  s.  Son  culte  a  suivi, 
jusqu'à  Rome,  les  étapes  de  la  voie.  Flaminienne  et  pres- 
que aux  portes  de  la  ville  se  dressait  une  basilique  de  Saint- 
Valentin  G.  Cela  a  suffi  pour  lui  assurer  les  droits  de 
citoyen  romain,  et  il  est  entré,  en  cette  qualité,  dans  la 
Passion  cies  SS.  Marius  et  Marthe  '.  Avec  quelque  pro- 
babilité aussi  il  faut  lire  au  14  avril  et  au  1  mai  :  Interam- 
nae  Proculi.  Au  temps  de  S.  Grégoire,  se  célébrait  dans  le 

1  Acta  SS.,  maii  t.  III,  p.  269  ;  A.  Mai,  Scriptorum  veterum  nova  col- 
Icctio,  t.  V,  p.  76,  1. 

(2)  BHL.  4614  Sur  son  tombeau,  voir  De  Rossi,  Bullettino,  1S71, 
p.  83. 

(3)  Homil.  in  evang.  XXXVII,  9,  P.  L.  t.  LXXVI,  p.  1280. 
4)  Dialog.  IV,  12,  P.  L.  t.  LXXVII,  p.  340. 

BHL  8460. 

(6)  0.  Marucchi,  Il  cimittro  e  la  basilica  di  S.  Valentino,  Roma, 
1890. 

7  BHL.  8463.  M.  Marucchi,  t.  c,  p.  29-39,  se  prononce  pour  la 
distinction  des  homonymes,  Valentin  de  Terni  et  Valentin  de  Rome. 


360        CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

pays  la  fête  d'un  S.  Proculus  martyr  :  un  évêque  du  voisi- 
nage, Boniface  de  Ferentis,  vint  à  cette  occasion  célébrer 
les  saints  mystères  dans  le  sanctuaire,  dont  la  situation 
n'est  pas  exactement  indiquée  ',  et  l'on  peut  présumer 
qu'il  se  trouvait  sur  le  territoire  d'Interamna.  Proculus 
était-il  un  martyr  indigène,  ou  bien  le  natalicius  dies  dont 
parle  S.  Grégoire  signific-t-il  la  fête,  en  Ombrie,  de  S. 
Proculus  de  Bologne  ?  Il  faut  se  borner  à  poser  la  ques- 
tion. 

Les  martyrs  Apollonius  et  Ephebus,  que  le  martyro- 
loge et  la  légende  de  S.  Valentin  placent  également  parmi 
les  martyrs  d'Interamna.  appartiennent  probablement 
à  une  autre  ville.  Quant  aux  saintes  Agape  et  Domnina, 
elles  n'ont  aucun  titre  à  prendre  place  dans  les  fastes 
d'Interamna  2. 

Les  deux  martyres  Sabina  et  Serapia,  dont  une  trans- 
lation tardive  a  fait  des  saintes  romaines,  sont  originaire- 
ment des  saintes  ombriennes.  C'est  en  vain  qu'on  essaye- 
rait de  transposer  des  indices  topographiques  aussi  clairs 
que  ceux-ci:  in  oppido  Vendinensium  ad  arcum  Faustini, 
iuxta  areain  Vindiciani  z.  De  Rossi  a  montré  que  Vindena 
était  une  petite  ville  d'Ombrie  voisine  d'Interamna  et 
que  c'est  là  qu'il  faut  localiser  le  martyre  de  Sabina  et  de 
Sérapia  4.  Ne  faudrait-il  pas  reconnaître  la  première  de 
ces  deux  saintes  dans  la  Savina  de  la  mosaïque  de  S.  Apol- 
linare  Nuovo  à  Ravenne  "  ? 


1    Dialog.  [,g,  /'.  LA.  LXXV,  p.  197. 

j)Ce  qui  précède  r-^t  emprunté  à  notre  travail  Les  martyrs  d'Interam- 
na dans  Bulletin  d'an*  ibnne  i  [ttératureet  d'àr<  héologie  chré- 
tiennes, t  I  (19111,  p.  161-68. 
BHL.  7407.  ce.  11. 15. 
{4)  Bullettino,  1871^.9093. 
(5)  CIL.  XI,  j8i. 


ROME   ET   L'ITALIE.  361 

Felicissima  de  Todi,  au  26  mai,  in  Tuder  Tusciaè  Felicis- 
stmae,  n'est  peut-être  pas  distincte  de  Felicissimus  de 
Pérouse,au  24  novembre.  Au  1  septembre,  la  notice  in  Tu- 
dcrtina  Tusciae  Terentiani  episcopi  semble  avoir  quelque 
appui  dans  la  tradition  de  l'église  de  Todi  '. 

S.  Sabinus  ou  Savinus  est  un  martyr  de  Spolète,  dont  le 
tombeau  se  trouvait  miliarto  a  cantate  Spoletana  plus  minus 
secundo.  Ce  détail,  emprunté  à  la  Passion  du  saint,  pièce 
de  très  peu  de  valeur  du  reste  *,  est  reconnu  exact. 

Paul  diacre  parle  encore  de  Spoletium  ubi  basilica  beati 
martyris  Savini  episcopi  sita  est  3,  et  c'est  probablement  cette 
basilique  hors  les  murs  de  Spolète  que  cite  Procope  *. 
L'existence  des  martyrs  Marcellus  et  Exuperantius,  dia- 
cres de  Savinus,  martyrisés  et  enterrés  à  Assise  ne  repose 
que  sur  le  texte  de  la  Passion.  S.Grégoire  prie  l'évêque  de 
Spolète  d'envoyer  à  l'évêque  de  Fermo  des  sanctuaria  beati 
martyris  Sabini  s,  pour  être  placés  dans  un  oratoire  consa- 
cré à  ce  martyr.  Ailleurs  il  est  question  d'un  monastère  de 
S.  Sabinus  dans  le  même  diocèse  6.  Le  culte  du  saint  prit 
dans  le  centre  et  le  nord  de  l'Italie  une  grande  extension  7; 
il  est  un  des  martyrs  représentés  sur  la  mosaïque  de  S. 
Apollinare  Nuovo  de  Ravenne  8. 

L'inscription  métrique  Martyris  hic  locus  Vitalis  nominc 
vero  9,  dans  une  église  du  voisinage  de  Spolète,  est   suivie 

1  BHL.  8000-8004. 
f2.BHL.7451. 

(3)  Ihst  Langobard.,l\ ,  16,  M. G.  Script,  rcr.  langobard.,  p.  121. 

(4)  De  bcllo  Gothico,  II,  8,  Dindori-,  p.  178. 
s   Reçistr.,  IX,  59,  Hartmann,  t.  II,  p.  82. 

161  Registr.,  XIII,  18,  Hartmann,  t.  II,  p.  385. 

7  F.  Lanzoni,  La  Passio  S.  Sabini  0  Savini,  Romische  Quartal- 
schrift,  t.  XVII  (19031,  p.  21-26. 

181  CIL.  XI,  281. 

CIL   X,4944;  Buchkler,  Car  mina,  1801.  Cf.  De  Rossi,    Biillet- 
tino,  1871,  p.  94-112. 


362        CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

de  ces  lignes:  Spes  episcopus  Dei  servus  sancto  Vitali  martiri  a 

se  primum  invente  altaris  honorent  fecit.  Sancti  Vitalis  marty- 
ris passionis  natal is  die  XVI  [kalendas  tnart.].  On  a  suppléé 
la  date  au  moyen  de  l'hiéronymien,  qui,  précisément  le 
14  février,  porte  in  Tuscia  Spoliti  avitate  Vitalis  '. 

Bien  que  n'ayant  pas  de  martyrs  propres  2,  Forum 
Sempronii  (Fossombrone)  mérite  d'être  enregistré  ici  à 
cause  de  la  double  commémoraison,le  2  février  et  le  6  août, 
de  S.  Laurent  et  S.  Hippolyte.  Foro  Simprum  via  Flanti- 
nia  miliario  ab  urbe  CLXIIII  LaurenU  Ippoliti.  C'est  la  fête 
de  la  déposition  des  reliques  envoyées  de  Rome,  c'est-à- 
dire  de  la  dédicace  de  la  basilique.  De  Rossi  pense  que  la 
seconde  date  est  celle  où  la  fête  de  ces  martyrs  était  célé- 
brée à  Forum  Sempronii  3.  Mais  pourquoi  cette  seconde 
fête  à  cette  date,  qui  n'est  ni  celle  de  S.  Laurent,  ni  celle 
de  S.  Hippolyte  ? 

La  Tuscie  ou  Etrurie  romaine  n'est  pas  dépourvue  de 
martyrs  '.  Au  29  janvier,  Perusiae  in  Tuscia  Consiantini, 
désigne  un  martyr  qui  de  temps  immémorial  est  bonoré  à 
Pérouse.  Mais  ce  n'est  point  dans  ses  Actes  qu'il  faut  se 
renseigner  sur  S.  Constant  \  Il  faut  en  dire  autant  de 
S  Felicissimus,au  24  novembre,*?*  Ptrusia  Tusciae  Felicissi- 
mi,  qu'une  légende  de  date  récente  fait  martyriser  au 
VU1  si:  cle  par  les  ariens  S.  Felicissimus  serait  en  réa- 
lité un  martyr  des  persécutions  romaines  \ 


1)  Plus  haut,  p.  105. 

Voir  Analect.  Bolland.,  t.  XXIX.  p.  468-69. 
(3)  Dullettino,  1882,   p.  36. 

Lanzoni,  Le  origini  dcl  cristianesimo  c  delV  episcopato  «<•//'  Elruria 
Romana,  Rivista  stokico-critica  delle  scienze  teologiche,  t.  IV 
1190  :  t.  V,  p  20-29. 

(5)  BHL.  1937-1940. 

(6)  LANZONI,  Rtvista  storico-critica  t,  IV,  p.  g^. 


ROME   ET   L'ITALIE.  363 

Les  Actes  de  S.  Donat  d'Arezzo  font  de  lui  un  martyr  ', 
tandis  que  deux  des  principaux  manuscrits  de  l'hiérony- 
mien  portent,  au  7  août  :  in  Tuscia  civitate  Aretia  Donati 
eptscopt  et  confessoris.  Au  3  juin  :  apud  Aretium  Tusciae  Lau- 
renti,  semble  être  une  simple  dédicace  d'église,  avec  des 
reliques  de  S.  Laurent,  comme  à  Fossombrone.  Laurent 
pourrait  être  aussi  un  martyr  local.  Mais  la  légende  des 
saints  Pergentinus  et  Laurentinus,  martyrs  d'Arezzo,  ne 
fournit  aucun  élément  de  solution  '-. 

Nous  ne  ferons  que  citer  en  passant  Fiesole,  qui  honore 
comme  son  patron  S.  Romulus,  un  martyr,  d'après  une 
tradition  relativement  récente  \  mais  difficilement  conci- 
liable  avec  les  monuments  anciens  4. 

On  honore  à  Bieda,  le  25  mai,  un  S.  Sentias,  qui  a  sa 
place  au  martyrologe  :  insola  (insida)  Tusciae  civitate  Blera 
Sentiate.  D'après  sa  légende  5,  ce  serait  un  ermite  du  Ve 
siècle.  Il  est  possible  que  nous  soyons  ici  en  présence  d'un 
nouveau  cas  de  transformation  radicale,  et  que  S.  Sentias 
soit  un  martyr  du  pays  6. 

Sous  la  rubrique  in  Colonia  Tusciae,  au  g  août,  on  relève 
les  noms  Venant,  Marcelliani,  Secundiam.  que  leur  légende7 
place  in  civitate  Tuscana  (Toscanella).  On  peut  se  deman- 
der à  quel  point  ce  récit  est  indépendant  du  martyrologe. 
Une  autre  version  8  les  fait  mourir  à  Centumcellae  (Civita- 
vecchia). 

La   notice    in   Tuscia   Musiiolae,   du  23  novembre,  nous 

(1)  BHL.  2289-2294. 

(3)  BHL.  6632. 

13I  BHL.  7330-7334. 

Voir  Analect.  Bolland.,  t.  XXIV,  p.  509-10. 
15^  BHL  7581,  7582. 

Analect.  Bolland.,  t.  XXIX.  p.  471. 
7)  BHL.  7550. 
(8)  Act   SS.,  aug.  t.  II,  p.  407. 


364  CENTRES   DU    CULTE  DES   MARTYRS. 

conduit  près  de  Chiusi,  à  un  mille  environ  de  cette  loca- 
lité, à  la  catacombe  dite  de  SteMustiola,où  l'on  a  découvert 
l'inscription  :  Iulia  Asinia  Felicissimae  sanctissimae  ex  génère 
Mustiolae  sanctae  '.  Dans  la  Passion  de  Ste  Mustiola  2  il  est 
question  d'un  S.  Irénée,  qui  fut  martyrisé  avec  elle  le  3 
juillet,  puis  d'un  S.  Félix,  qui  souffrit  la  mort  le  22  juin  in 
Falisco  (Civita  Castellana)  et  fut  enterré  à  Sutri.  Nulle 
trace  ailleurs  de  cet  Irénée.  Mais  dans  l'hiéronymien,  au 
23  novembre. un  Félix  suit  immédiatement  le  nom  de  Mus- 
tiola. 

On  sait  qu'à  Bolsena  on  a  découvert  un  cimetière 
chrétien  avec  le  tombeau  d'une  sainte  Christine  '. 
Toutes  les  données  archéologiques  tendent  à  prouver  qu'il 
y  eut  là  un  sanctuaire  avec  tombeau  de  martyr,  autour 
duquel  s'est  développée  une  nécropole  d'une  réelle  impor- 
tance. Les  documents  qui  nomment  Christine  comme 
éponyme,  sont  de  date  trop  récente  pour  être  pris  en 
considération,  d'autant  plus  que  la  date  de  la  fête  et  les 
Actes,  qui  ne  sont  qu'une  adaptation  des  Actes  de  Chris- 
tine de  Tvr  ',  amèneraient  à  conclure  qu'il  s'agit  sim- 
plement ici  d'un  culte  oriental  transplanté  en  Italie.  Il 
paraît  certain  qu'il  y  eut  des  martyrs  à  Bolsena  ;  il  est 
possible  qu'il  v  ait  eu  une  martyre  du  nom  de  Christine. 
Nous  ne  pouvons  en  dire  davantage. 

A  une  localité  dite  ad  Baccanas  (Baccano),  sur  la  via 
Cassia.à  vingt-et-un  milles  de  Rome,  se  rattache  le  souve- 
nir d'un  S.Alexandre,  fêté  le  21  septembre.  Ses  Actes  s, 
sans  avoir  une  valeur  historique  appréciable,  sont  curieux 


1    CIL.  XI.  2549.  Voir  la  note  de  l'éditeur, 
(a    BHL.  4455,  4456. 
-,    De  Rossi,  Bullcttino,  1880,  p.  109-143. 
;    BHL.  1748-1758. 
5)BHL.  ,73. 


ROME    ET   L'ITALIE.  365 

au  point  de  vue  de  la  t  iphie.  Les  fouilles  entreprises 

à  lîaccano  semblent  confirmer  l'existence  en  ce  lieu  d'une 
basilique  de  martyr  :  un  autel,  décrit  par  De  Rossi',  a  été 
retrouvé  dans  un  cimetière  chrétien.  L'auteur  des  Ac 
prétend  avoir  lu  sur  le  tombeau  Fépitaphe  :  Hic  requiescit 
sanctus  et  vetterabilis  martyr  Ahxander  episcopus  cuius  depo- 
sitio  celebratur  XI  kal.  oct.  Le  style  de  cette  inscription  n'ac- 
cuse pas  une  très  haute  antiquité,  pas  plus  d'ailleurs,  que 
celui  des  Actes. On  a  essayé  d'identifier  notre  S.Alexandre 
avec  celui  dont  les  Grecs  t'ont  mémoire  le  22  octobre  '. 
Malgré  quelques  traits  communs  aux  deux  légendes  3, 
l'identification  paraît  problématique  et  même  peu  vrai- 
semblable. 

De  mauvais  Actes  font  mourir  S.  Torpes  à  Pise  '.Aucun 
monument  historique  ne  continue  le  fait.  Toutefois,  il  y  a 
quelque  raison  de  croire  à  l'antiquité  du  culte  de  S.  Tor- 
pes. On  aurait  déchiffré  son  nom  sur  des  diptvques  du 
VIe- VIIe  siècle  conservés  à  Lucques  s. 

S.  Grégoire  raconte  que  Redemptus,  évêque  Ferentinae 
civitatis,  faisant  la  tournée  de  son  diocèse,  arriva  un  soir 
à  l'église  du  martyr  S.  Eutychius,  et  voulut  prendre  son 
repos  à  côté  du  tombeau  de  ce  saint,  lequel  lui  apparut 
durant  la  nuit  6.  Ce  serait  l'Eutychius  honoré  à  Soriano, 
dont  on  a  une  légende  7  et  dont  la  fête  se  célèbre  le 
15  mai  8.  On  peut  rappeler,  mais  sans  arriver  à  une  con- 

1    Bullettino,  1875,  p.  148-52. 

2\  G.  MoRiN,  dans  Revue  bénédictine,  t.  XXIV,  p.  112-17. 

3    Cf.  Synax.eccl.  CP..p.  156. 

41BHL.  8307. 

5  P.  Guidi,  dan*  Revue  bénédictine,  t.  XXIV.  p.  122. 

6  Dial.  III.  38.  P.  L.  t.  LXXVII,  p.  316. 

:.      --    . 

(8)  Gêrmano  di  S.  Stanislao,  S.  Eutizio  di  Perento  e  ilsuo  sanctuario 
posto  nel  territario  di  Soriano,  Roma,  1S83  ;  id.,  Memorie  archeologiche  c 
criticlie  sopru  gli  atti  e  il  cimiterio  di  S.  Eutizio  di  Ferento,  Roma,  18S6. 


366  CENTRES   DU    CULTE   DES   MARTYRS. 

clusion  satisfaisante,  que,  le  23  novembre,  le  martyrologe 
enregistre,  aux  environs  de  la  rubrique  in  Tuscia,  un 
Eutices.  Une  inscription  que  l'on  croit  provenir  de  Tar- 
quinii  (Corneto),  mentionne  un  Euticius  cou/essor  depositus 
VIII  kalendas  scptembris  in  pace  Christi  '.  On  a  agité  la 
question  de  savoir  si  ce  n'est  pas  l'Eutychius  de  S.  Gré- 
goire. Il  n'y  a  nul  indice  suffisant  pour  le  donner  à  penser. 
De  Rossi  -  a  songé  au  prêtre  Eutychius  qui  est  nommé  dans 
les  Actes  des  saints  Valentin  et  Hilaire  3.  Mais  c'est 
là  une  simple  conjecture.  Nous  ne  savons  rien  sur  les 
sources  de  ces  Actes  et  le  texte  de  l'épitaphe  ne  suggère 
aucune  idée  de  culte. 

Au  vingt-sixième  mille  de  la  voie  Flaminienne,  près  de 
Rignano,  on  a  découvert  un  ensemble  important  de  cime- 
tières souterrains,  et  les  textes  hagiographiques  concer- 
nant les  saints  Abundius,  Abundantius  et  leurs  compa- 
gnons,honorés  le  16  septembre*, nous  amènent  précisément 
dans  ces  environs.  Une  inscription, dont  malheureusement 
on  ne  connaît  pas  la  provenance  exacte  et  dont  l'authenti- 
cité n'est  pas  au  dessus  de  tout  soupçon,  Abundio  presbytero 
martyri  sancto  dcp.  VII  id.  dec.  s,  serait  l'épitaphe  même 
du  premier  de  ces  martyrs.  Il  faut  se  borner  à  la  signaler. 
Indépendamment  de  ce  monument  les  conclusions  de  De 
Rossi  au  sujet  du  cimetière  de  Rignano  subsistent.  Il  est 
probable  qu'il  s'est  formé  autour  d'une  sépulture  de  mar- 
tyrs, sans  doute  celle  de  S.  Abundius  et  de  ses  compa- 
gnons 6. 

1   CIL.  XL  351^. 
(a   Bullettino,  1874,  p.  101-18. 

MHL.  8469,8471. 
14)  BHL.  16-18. 

5)  MARUCCHI,  I  numumenti  dcl  musto  cristiano   Pio-Latcrancnse   tav. 
XLIII.  4   Cf.  Analcct.  Bolland.,t.  XXIX,  p.  186. 
(6)  Bullettino,  1883,  p.  134-59. 


ROME    HT    L'ITALIE.  367 

Le  lieu  du  monde  qui  nous  donne  peut-être  la  vision  la 
plus  nette  de  ce  qu'était  le  culte  des  saints  dans  l'empire 
romain,  au  Ve  et  VIe  siècle,  c'est  Ravenne  Ses  riches 
basiliques,  encore  debout,  élevées  en  l'honneur  des  saints 
et  sur  les  murs  desquelles  se  déroulent  ces  glorieuses  pro- 
cessions de  vierges  et  de  martyrs,  étincelantes  d'or  et  de 
couleurs  brillantes  :  >es  solennelles  inscriptions  rappe- 
lant les  dédicaces  des  églises  ;  l'histoire  de  ses  évêques, 
qui  nous  sert  'de  guide  au  milieu  de  ces  merveilles,  tout 
cet  ensemble  nous  apparaît  comme  l'expression  d'un  sen- 
timent profond  de  respect  et  d'un  religieux  enthousiasme 
pour  les  héros  qui  ont  scellé  de  leur  sang  leur  foi  dans  le 
Christ.  Avant  de  devenir  ville  impériale,  Ravenne  avait  eu 
l'honneur  de  donner  un  des  siens  à  l'armée  vêtue  de  robes 
blanches  que  ses  artistes  ont  si  admirablement  représentée. 
Son  premier  évéque, Apollinaire, fut  victime  d'une  persécu- 
tion dont  il  est  impossible  de  préciser  l'époque,  et  ense- 
veli à  l'endroit  où  l'on  voit  s'élever  dans  un  désert  la  belle 
basilique  de  S.  Apollinare  in  Classe.  Il  y  eut  là  d'abord, 
autour  du  tombeau  du  martyr,  un  cimetière  important  et 
sans  doute  un  oratoire  modeste  '.  Le  banquier  Julien,  en- 
couragé par  l'évêque  Ursicinus,  lit  bâtir  le  splendide 
monument,  cudificavit,  ornavit  atque  dedicavit,  qui  fut  con- 
sacré en  54g  par  l'évêque  Maximien  -.  S.  Apollinaire  est 
marqué  à  l'hiéronymien  le  23  juillet. 

Ravenne  y  figure  à  d'autres  dates.  Sans  compter  S. Sévè- 
re, un  évêque,  le  i  janvier  et  le  1  février,  le  9  avril  la  dédi- 
cace d'un  oratoire  de  Saint-Polyeucte,  et  le  11  novembre 
S.  Martin,  le  martyrologe  annonce,  sous  Ravenne,  du  24 
au  26  janvier,   un  S.  Savinus,  le  18  juin  des  saints  incon- 


(1)  De  Rossi,  Bullcttino,  1879,  p.  98-117. 
12   CIL.  294. 


368  CENTRES   DU    CULTE   DES   MARTYRS. 

nus  entre  lesquels  il  faut  peut-être  glisser  les  SS.  Ger- 
vais  et  Protais  honorés  le  lendemain,  le  13  novembre 
Lt  le  16  décembre,  un  Valent inus  et,  le  13  décembre, 
un  Ursicinus.  Il  convient  de  rapprocher  de  ces  noms 
celui  de  S.  Vital,  bien  que  le  martyrologe  ne  le  rat- 
tache pas  à  Ravenne  ;  mais  la  basilique  qui  fut  élevée 
en  son  honneur  par  le  banquier  Julien,  et  dédiée  en  547 
par  l'évéque  Maximien  '  lui  assure  une  place  privilégiée 
dans  la  liste  des  saints  de  Ravenne. 

Pour  apprécier  celle-ci,  il  faut  avoir  devant  les  yeux  un 
témoignage  aussi  formel  qu'autorisé,  d'où  il  résulte  que 
Ravenne  n'a  eu  qu'un  seul  martyr  indigène.  S.  Pierre 
Chrvsologue  (f  4.4.U)  s'exprime  ainsi  :  Beatus  Apoilinaris, 
primas  sacerdotio,  soins  hanc  ecclesiam  Ravennatem  vernacnlo 
atque  inclito  martyrii  honore  decoravit 2.  Il  faut  en  conclure 
que  les  autres  noms  appartiennent  à  des  saints  étrangers 
dont  le  culte  a  été  importé  à  Ravenne.  On  n'hésitera  pas 
pour  S.  Polyeucte,  martyr  oriental  assez  connu,  ni  pour 
S.  Sa\  in  us,  le  martyr  de  SpolèteMl  est  possible  que  S.Valen- 
tinus  soit  un  martyr  africain,  vu  qu'il  est  marqué  au  calen- 
drier de  Carthage  précisément  le  13  novembre.  Une  dévo- 
tion marquée  aux  saints  mis  en  relief  par  S.  Ambroise,  et 
dont  les  églises  des  Saints-Gervais-et-Protais  4  et  de  Saint- 
Nnzaire  s  sont  les  preuves  les  plus  claires,  explique  le  culte 
de  S.  Vital,  un  des  deux  martyrs  de  Bologne  dont  l'éléva- 
tion  eut  lieu  en  la  présence  de  l'évéque  de  Milan  6.  Il  est 

1    CIL.  288,  389. 

1       Srrmo  cxxvm.  P.  L.  t.  LU,  p.  552. 
'3)  Plus  haut,  p.  361. 
(    I  tait  dédiée  à  Stephano,  Gervasio,  Protasio  bcatis  marty- 

ribus.  CIL.  27". 

(5)  A<  .  Liber  pontif.  ceci.  Ravcnn.,   xi.n.  ux,   M.    G.  Script. 

rerum  langobard.  pp.  307,  319. 
Plus  haut,  p.  94-95. 


ROME    ET    L'ITALIE.  369 

moins  facile  de  se  rendre  compte  de  la  mention  de  S.  Ur- 
sicinus.  On  sait  que  la  fantaisie  d'un  hagiographie1  a  réuni 
dans  un  même  récit  Gervais  et  Protais,  les  martyrs  de 
Milan,  Valérie,  celle-ci  également  honorée  dans  la  même 
ville  -,  Vital  et  Ursicinus,  et  l'on  a  de  bonnes  raisons  de 
croire  que  cet  écrit  fut  composé  à  Ravenne.  Comme  Ursi- 
cinus n'appartient  ni  à  Milan,  ni  à  Bologne,  ni  à  aucune 
église  voisine,  on  serait  tenté  de  le  regarder  comme  un 
martyr  de  Ravenne,  n'était  la  parole  de  S.  Pierre  Chrvso- 
logue,  qui  ne  pouvait  ignorer  cette  gloire  de  sa  ville  épis- 
copale. 

Il  est  probable  que  le  martyr  illyrien  Ursicinus,  qui 
jouissait  d'une  certaine  notoriété  3,  a  été  spécialement 
honoré  à  Ravenne.  Son  culte  doit  y  avoir  été  assez  popu- 
laire. On  sait  qu'un  des  évèques  de  ce  siège,  au  VIe  siècle, 
portait  son  nom  '.  Fortunat  cite  Ursicinus  parmi  les  trois 
principaux  patrons  de  Ravenne  : 

Martyris  egregii  tumulum  Vitalts  adora, 
mitis  et  Ursicini,  parili  sub  sorte  beati  ; 
rursus  Apolhnans  pretiosi  limina  ïambe  5. 

Ces  vers  sont  utiles  à  relire  ;  ils  font  comprendre 
avec  quelle  réserve  il  faut  accepter  le  témoignage  des 
pèlerins  qui  visitent  en  passant  une  basilique  —  je  fais 
allusion  à  celle  de  S.  Vital  --  et  affirment  qu'ils  ont  prié 
au  tombeau  du  saint. 

Nous  avons  cité  quelques  églises   de   Ravenne  dédiées 

1  F.  S.vvio,  Due  lettere  falsamente  attribuite  a  S.  Ambrogio,  Nuovo 

BULLETTINO  DI  ARCHEOLOGIA  CRISTIANA,  t.  III  (1897I,  P-   I53"75- 

2  De  Rossi,  Builettino,  1864,  p.  30. 
(3   Voir  plus  haut,  p.  295. 

^  Agnellus,  Liber  ponttf.  eccl.  Ravenn.  XXVI.  M  G.  Script,  rerum 
langobard.,  p.  3.22-24. 

5    Vita  S.  Martini,  IV,  6S2-S4. 

Cuit.  Mart.  24 


370        CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

aux  martyrs.  Nous  avons  à  ajouter,  outre  celle  que  Galla 
Placidia  fit  bâtir  en  l'honneur  de  S.  Jean  l'évangéliste  ', 
les  églises  ou  chapelles  de  Sainte-Euphémie,gw«0  vocatur  ad 
mare  —  déjà  démolie  quand  écrivait  Agnellus2 —  de  Sainte- 
Pétronille  3,  de  Sainte-Anastasie  *,  de  Sainte-Agnès  s,  de 
Sainte-Agathe  6,  de  Saint-André  7,  de  Saint-Barthélémy  8, 
de  Saint-Eusèhe,  évêque  et  martyr,  celui  de  Verceil,  sans 
doute  9,  de  Saint-Georges  10,  de  Saint-Etienne  ",  de  Saint- 
Serge  '-,  de  Saint-Théodore  ,3,  de  Saint-Zacharie  •*. 
L'église  des  Saints-Jean-et-Paul  est  mentionnée  par  For- 
tunat  lï.  Tout  à  la  fin  du  VIe  siècle  il  est  question  de  la 
fondation  d'un  monastère  des  Saints-Marc-Marcel-et-Feli- 
cula  l6.  Il  en  existait  un  aussi  sous  le  titre  des  Saints- 
Laurent-et-Zénon  17   On  le  voit,  rien  qu'à  en  juger  par  le 

(i)  CIL.  XL  276. 

(2)  Agnellus,  dans  M.  G.  t.  c,  p.  283-341. 

(3)  Ibid.,  p.  288. 

(4)  Ibid.,  p.  289. 

(5)  Ibid.,  p.  297. 
(6)/6irf.,pp  307,333- 

(7)  Ibid.,  p.  313.  C'est  probablement  celte  église  que  l'évêque  Maxi- 
mien restaura  et  embellit,  comme  le  raconte  Agnellus  {ibid.,  p.  329), 
et  que  chante  Fortunat  clans  ses  Versus  de  templo  domni  Andreae  quod 
■icavit  Vital/s  episcopus  Ravennensis  (Carm.  I.  21.  On  sait  qu'il  n'y 
ut  de  Vital  dans  la  liste  épiscopale  de  Ravenne.  C'est  ce  qui  a  fait 
croire  que  Maximien  portait  deux  noms.  M.  G.  Script,  antiq.  t.  IV,  2, 
p.  126, 

Ibid.,  pp.  323, 319. 
(g)  Ibid.,  pp.  326,334. 
(10)  Ibid.,  pp.  326,  334. 
1 1    îbid.,  p.  337  ;  CIL.  XI.  -.'98,  299. 
ta)  Ibid.,  p.  334 

13   Ibid.,  p.  334.  Cette  église  existe  encore  et  s'appelle  aujourd'hui 
Santo  Spirito. 

1 1    Ibid.,  pp.  306,327. 

15.  Vita  s.  Martini.  IV.  689.  Cf.  CIL,  XL  300. 
(16  A  Vf.  G.  t.  c,  p.  342.  Cf.  Gregorii  I Regùtr.,  IX, 

168.  Hartmann,  t.  II.  p.  166. 

(i7)G  I       ■;istr.  XIV..  6,   I Iaktmann.  t.  II,  p.  424.  Une  église 

de  Saint-Zénon  est  citée  par  Agnellus,  M.  G.,  t.  c,  p.  334. 


romh  et  l'Italie.  371 

le  nombre  de  ses  églises,  Ravenne  le  cédait  à  peine  à  la 
capitale  de  l'empire  d'Orient  en  dévotion  envers  les  mar- 
tyrs. 

Ces  données  topographiques  sont  complétées  par  d'au- 
tres documents  d'un  genre  spécial.  Nous  avons  d'abord 
la  liste  des  reliques,  mérita,  dont  l'évêque  Maximien  fit  la 
déposition  lors  de  la  dédicace  de  l'église  Saint-Etienne  en 
550.  C'est  Agnellus  qui  nous  l'a  conservée  et  probablement 
relevée  sur  une  inscription  :  Sancti  Pétri,  Pauli,  Andreae, 
Zachanae,  Iohannis  Baptistae,  Iohannis  evangelistae,  Iacobi, 
Thomae,  Mathari,  Stephani,  Vinceniii,  Laurentii,Quirini,Flo- 
riam,Emiliani,  Apoteuaris,Agathae,  Eufimiae,Agnetis,  Euge- 
niae  '.Le  nom  de  S.Zacharie  rappelle  la  vision  racontée  par 
Agnellus,  la  construction  de  l'oratoire  et  la  dédicace  d'un 
calice  avec  cette  inscription  :  Offero  sancto  Zachariae  Galla 
Placidia  Augusta  '-.  Quirinus  est  l'évêque  de  Siscia  ;  Flo- 
rianus,  le  martyr  de  Lorch,  Aemilianus  celui  de  Durosto- 
rum  3.  C'est  probablement  aussi  l'évêque  Maximien  qui, 
lors  de  la  restauration  de  l'église  Saint-André  y  plaça  les 
reliques  des  saints  Martyrius,  Sisinnius  et  Alexandre  4. 

Les  listes  des  saints  relevées  sur  les  mosaïques  ont 
plus  d'importance.  Nous  négligeons  celles  qui  ne  renfer- 
ment que  les  noms  des  apôtres  ou  des  évangélistes  s.Sur  la 
voûte  de  la  chapelle  de  Saint-Pierre-Chrysologue,au  palais 
archiépiscopal,  on  relève  les  suivants,  plus  les  noms  des 
apôtres  :  Cassiamis,  Chrysogonns,  Chrysanthis,  Sebastianus, 
Fabianus,    Damianns,    Eufimia,   Eugenia,   Caecilia,  Daria, 


(1)  M.  G.  t.   c,  p.  327-28.  Nous  n'avons  pas  répété  chaque  fois  le  mol 
sancti. 

1      M.  G.  t.  c.,  p.  306. 
131  Plus  haut,  pp.  296,  285. 

41  Fortunat,  Carm.  I,  2.  Voir  plus  haut.  p.  380. 
(5)  CIL.  XI.  ;56,  278,  282,  291. 


372  CENTRES   DU    CULTE  DES   MARTYRS. 

Perpétua,  Félicitas  '.  Ces  noms  sont  connus.  Cassianus  est 
le  martyr  de  Forum  Cornelii,  Damianus,  le  compagnon  de 
S.  Cosme. 

Les  deux  grandes  processions  à  Saint-Martin  in 
Caelo  Aureo,  actuellement  Sant'  Apollinare  Nuovo,  don- 
nent les  listes  suivantes.  D'une  part  les  vierges  :  Sancia 
Eugenia,  Savina,  Cristina,  Anatolia,  Victoria,  Paidina,  Eme- 
rentia\na],  Daria,  Anastasia,  Iustina,  Félicitas,  Perpétua, 
Vincentia,  Valeria,  Crispina,  Lucia,  Cecilia,  Eulalia,  Agnes, 
Agathe,  Pelagia,  Euftmia  ".  On  reconnaît  facilement  les 
noms  des  martyres  romaines  et  quelques  noms  célè- 
bres. D'autres  mentions  sont  fort  intéressantes  par  leur 
rareté.  Savina  est  sans  doute  la  martyre  de  Vindena  \ 
Christina  la  célèbre  héroïne  que  la  légende  fait  mou- 
rir à  Tvr  4.  Nous  avons  rencontré  dans  la  Sabine 
Anatolia  et  Victoria  5.  Valeria  appartient  probable- 
ment à  Milan  f\  Iustina  à  Padoue  7,  Crispina  certaine- 
ment à  l'Afrique  8.  Pour  Paulina  et  Vincentia,  il  ne  se  pré- 
sente aucun  moyen  d'identification  satisfaisant. 

En  tête  de  la  procession  des  martyrs,  se  trouve  Sanctus 
Marttnus,  en  sa  qualité  de  patron  de  l'église.  Il  est  suivi 
de  Sanctus  Clemes,  Systus,  Laurcntius,  Yppolitus,  Cornélius, 
Cyprianus,  Cassianus,  Iohannis,  Paulus,  Vitalis,  Gervasius, 
Protasius,  Ursianus,  Namor,  Félix,  Apollinaris,  Sebastianus, 
Demiler,   Policarpus,     Vincentius,    Pancratius,     Crisogonus, 


i  CIL.  XI.  261. 

(a   CIL.  XL  281.  Nous  n'avons  écrit  qu'une  seule  fois  le  mot  sancia, 
qui  accompagne  chaque  nom. 
3)  Plus  haut,  p.  359. 
(4)  Plus  haut,  p.  304. 
15)  Plus  haut,  p.  357. 
I  in,  p.  378. 

BHL.  4571-4575- 
(8)  BHL.  1989. 


ROME    ET   L'ITALIE.  373 

Protus,  Iaquintus,  Sabinus  '.  La  place  qu'occupe  Ursicinus 
trahit  l'influence  du  Pseudo-Ambroise.  Après  lui  viennent 
les  saints  Nabor  et  Félix  de  Milan.  Demiter  est  évidem- 
ment le  patron  de  Thessalonique  et  Sabinus  le  saint  de 
Spolète.  Parmi  les  saints  que  l'on  voyait  représentés  clans 
l'ancienne  cathédrale  -,  il  y  avait  S.  Proculus,  S.  Liberius, 
le  premier  un  martyr  de  Bologne,  le  second  un  évêque  de 
Ravenne. 

On  aura  remarqué  combien, dans  l'hagiographie  de  cette 
ville  byzantine,  l'élément  oriental  est  faiblement  repré- 
senté. A  côté  de  quelques  grands  martyrs  comme  Poly- 
carpe,  Georges,  Théodore,  Sergius,  Démétrius,  dont  rien 
d'ailleurs  n'indique  la  popularité,  ce  sont  surtout  les 
saints  d'Italie  et  des  contrées  voisines  qui  y  sont  en  hon- 
neur. Ravenne  vivait  de  la  vie  religieuse  de  l'Occident. 

Le  ii  et  le  13  août,  l'hiéronymien  annonce  in  Foro  Cor- 
nelii  sancti  Cassiani.  Tout  le  monde  connaît  la  description 
de  la  peinture  que  Prudence  vit  sur  le  tombeau  de  ce  mar- 
tyr '.  C'est  dans  sa  basilique  que  S.  Pierre  Chrysologue 
rendit  l'âme  *. 

Tout  le  propre  de  l'antique  église  de  Bologne  est  com- 
pris en  ce  vers  de  Paulin  de  Noie  : 

Vitalem  Agricolam  Proculumque  Bonovia  condit  5. 
Proculus  et  Agricola  sont  également  cités  comme  apparte- 
nant à  Bologne  par  Victrice  de  Rouen'"'.  Le  culte  de  S.Pro- 

(1)  CIL.  XL  281.  Même  remarque  que  plus  haut  pour  le  mot  sanctus. 

CIL.  XL  254- 
[3    Peristeph.,  x. 

(41  Acnellus,  Liber  pontif.  ceci.  Ravcnn.,xxi,  M.  G.  Script.rerum 
langob.,  p.  314. 

(5)  Carm.  XXVII,  432. 

(6)  De  laude  sanctorum,  xi,  P.  L.  t.  XX,  p.  453. 


374        CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

culus  semble  avoir  eu  une  grande  diffusion, s'il  est  vrai  que 
c'est  le  même  martyr  que  nous  trouvons  honoré  en  Ombrie, 
à  Puteoli,  à  Ravenne  '.  Les  martyrs  Vital  et  Agricola  2 
sont  parvenus  à  une  renommée  plus  universelle. S. Vital  eut 
son  église  à  Ravenne  3  et  à  Rome  ',  et  nous  voyons  Vic- 
trice  enrichir  son  église  de  Rouen  d'une  relique  de  S. Agri- 
cola s,  tandis  que  Namatius,  évêque  de  Clermont,  envoie 
des  prêtres  en  Italie  pour  rapporter  des  reliques  des 
saints  Vital  et  Agricola  \  On  a  pu  remarquer  que 
les  noms  des  deux  martyrs  n'étaient  pas  inséparables 
comme  ils  le  sont  de  nos  jours.  Si,  au  27  novembre,  le 
martyrologe  hiéronymien  enregistre  in  Italia  civitate 
Bononia  Agricolae  et  Vitalis,  au  29  avril,  on  n'y  trouve 
que  Bononiae  Vitalis,  au  3  décembre,  Bononiae  Iialiae 
Agricolae.  Les  autres  martyrs,  Hermès,  Aggée  et  Caius 
qui  apparaissent  dans  les  calendriers  du  moyen-âge, 
ont  été  indûment  annexés  par  l'église  de  Bologne  sur  la 
foi  d'une  notice  de  l'hiéronymien  au  31  décembre,  laquelle 
reparaît  le  1  et  le  4  janvier.  La  ville  dont  il  s'agit  n'est  pas 
la  Bononia  d'Italie,  mais  celle  de  la  Mésie.  Il  suffit  pour 
s'en  persuader,  de  se  reporter  à  l'abrégé  syriaque,  au  31 
décembre  7. 

Malgré  les   fables  dont   on  a  entouré  la  mémoire  de  S. 

lu   Plus  haut,  p.  343-373. 

(2)  Plus  haut,  p.  94-95. 

(3)  Plus  haut,  p.  368. 

(4)  Le  titulus  Vestinae  esl  mentionné  comme  titulus  S.  i'italis  au 
concile  de  595.  Voir  Duchesne,  dans  Mélanges  d'archéologie  et  d'his- 
toire, t.    YII118871,  p.  223. 

(5)  De  lande  sanctorum,  vi,  P.  L.  t.  XX,  p.  448. 

6  Grégoire  de  Tours,  Hist.  Franc.,  II,  16;  In  gloria  martyrum , 
xliii. 

7  Plus  haut,  p.  283.  A.  Harnack,  Die  Mission,  t.  IJ',  p.  221,  cite  le 
martyrologe  syriaque  sous  Bologne  d'Italie . 


ROME   ET    L'ITALIE.  375 

Antonin  ',  on  peut  le  mettre  au  nombre  des  anciens  mar- 
tyrs, et  c'est  à  Placentia  (Piacenza)  qu'il  faut  chercher 
son  tombeau.  Yictrice  de  Rouen  le  compte  parmi  les  mar- 
tyrs les  plus  vénérés  comme  parmi  les  thaumaturges  les 
plus  réputés  :  curât  Placentiae  Antoninus  ',  et,  le  30  sep- 
tembre, l'hiéronymien  place  en  première  ligne  :  Placentia 
natale  Anton  vit. 

Nous  quittons  l'Emilie  pour  faire  une  rapide  tournée  en 
Istrie  et  en  Vénétie  s.  Parenzo  nous  attire  par  la  belle  basi- 
lique que  l'évêque  Euphrasius  construisit  au  VIe  siècle. 
C'est  là  que  fut  transféré  le  corps  de  S.  Maurus,  qui  repo- 
sait d'abord  dans  un  cimetière  suburbain.  Au  VIIe  siècle, 
S.  Maurus  fut  enlevé  à  Parenzo  et  porté  à  Rome,  où  il 
repose  encore  avec  les  martyrs  Dalmates,  dans  la  cha- 
pelle de  Saint- Venant  au  Latran  *. 

Aquilée,  si  déchue  de  son  ancienne  splendeur,  eut  aussi 
son  importance  dans  l'histoire  du  culte  des  reliques.  Nous 
savons  qu'on  y  recherchait,  comme  ailleurs,  une  sépul- 
ture privilégiée  dans  la  sancla  beatorum  vicinia  5.  in  hoc 
sanctorum  loco  6,  et  ce  voisinage  était  sans  doute  celui  des 
corps  des  martyrs  appartenant  en  propre  à  cette  église. 
L'histoire  des  origines,  à  Aquilée,  est  étrangement  trou- 
blée par  des  légendes  que  nous  ne  pouvons  discuter  ici. 
Fortunat,  qui  connaissait  le  pays,  ne  multiplie  pas,  autant 


t    BHL.  580,  581. 

De  lande  sanctorum,  xi,  P.  L.  t.  XX.  p.  453. 
3    Nous  avons  dit  ailleurs  que  la  lecture  m  Istria,  m  i"/rw  dans  le 
martyrologe  hiéronymien  124  mai,  5  juin,  13  août)  n'est  qu'une  défor- 
mation de  ;;:  Syria,  ai  Lystris.  Voir  Saints  d'htric  et  de  Dalmatic,  dans 
Analect.  Boi.i.and.,  t    XVIII,  p.  3S4. 
141   Analect.  Bolland.,  t.  c,  p.  377-84. 
15    CIL.  Y.  1678. 
(6)  CIL.  V.  1698. 


376        CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

qu'on  pourrait  s'y  attendre,   les    invitations  à  visiter  les 
sanctuaires  de  la  ville  : 

aui  Aquiliensem  si  forte  accesseris  urbem, 
Cantianos  domini  minium  venererts  amicos 
ac  Fortunati  benedictam  martyris  urnam  '. 
Les  Cantiani    sont  les    trois  martyrs  Cantius,  Cantia- 
nus,  Cantianilla,qui  sont  au  martyrologe  hiéronymien  à  la 
date  du  31  mai  avec  Protus  et  Chrysogonus.  Leurs  trois 
noms  sont  inscrits  sur  le  célèbre  reliquaire  de  Grado  2,  et 
une  antique  homélie,  prononcée  le  jour  de  leur  fête  3,  nous 
donne  sur  leur  passion  des  détails,  malheureusement  trop 
sommaires.  Au   mois  de  juin,  les  14,  15  et  17,  le  martyro- 
loge annonce  in  Aquileia  ProU,  et  le  nom  des  Cantiani  n'y 
apparaît,  semble-t-il,  que  comme  rappel  '.  Pour  S.  Chryso- 
gone,  au   24  novembre,  la  leçon  de  l'hiéronymien   reste 
incertaine,  Roma,  ou  Aquileia  ".   Ce  ne  sont  pas  les  Actes 
de  Ste  Anastasie,  le  seul  récit  que  nous  ayons  concernant 
S.  Chrysogone  6,  qui  trancheront  la  question  de  savoir  si 
ce  martyr  est  un    romain  honoré  à  Aquilée  ou   un  saint 
d'Aquilée  honoré  à  Rome  7. 

La   notice  de  l'hiéronymien  au  14  août  mérite  de  nous 

(1)  VitaS.  Martini,  IV,  658-660. 

(2)  De  Rossi,  Bullcttino,  1872,  pp.  41,  155- 

(3)  BHL.   1549.   Elle   est  attribuée  tantôt  à  S.   Ambroise  tantôt  à  S. 
Maxime  de  Turin.  /'./,.  t   LVII,  p.  701-702. 

4  On  a  fait  étal  d'une  inscription  d'Aquilée  :  bcatissimo  martyri 
Proto,  gravée  sur  un  sarcophage.  Mais  on  est  d'accord  maintenant 
pour  la  regarder  comme  de  date  relativement  récente.  Il  est  vrai  qu'il 
est';  on  aussi  d'un  marbre  beaucoup  plus  ancien  qui  porterait  le 
même  texte.  Swoboda,  dans  Lanckoronski,  Der  Dont  von  Aquileia 
(Wien,    1906),  p.    39.  J'avoue  ne  pas  oser  m'en  servir. 

(5)11  existe  aussi  une  inscription  bcatissimo  martiri  Chrysogutto.  Swo- 
boda, t.c,  p.  39.  Elle  e  ment  de  date  récente. 

m  BHL.  1795. 

La  question  a  été  toit  bien  posée  par  P.  Pasciiini,  La  chiesa  Aqui- 
l  ■    (A  il  periodo  délie  origini  (l  dine,  1909),  p.  62-65. 


ROME    ET    L'ITALIE.  377 

arrêter  un  instant  :  in  Aqtiileia  Fclias  Furtunati  Vincen- 
ttae  Fortunatus  apparaît  encore,  sans  Félix,  sous  Aquilée, 
le  12  juillet  et  le  22  ^23)  août  ;  le  11  juin,  il  s'agit  d'une 
translation,  et  le  même  jour  il  est  question  des  SS.  Nabor 
et  Félix.  Or,  quand  on  parcourt  les  pages  de  l'hiérony- 
mien,  le  groupe  Félix,  Fortunatus.  devient  une  véritable 
obsession.  Le  nom  de  Fortunatus  revient  fréquemment,  et 
très  souvent,  le  même  jour,  celui  de  Fclix.  Pour  une  qua- 
rantaine de  mentions  que  nous  avons  relevées,  le  nom  de 
Félix  se  trouve  au  moins  vingt-cinq  luis,  sinon  accolé  au 
nom  de  Fortunatus,  du  moins  dans  les  environs  '.  A  Yice- 
tia  (Vicenzai,  on  a  trouvé  une  inscription,  que  De  Rossi 
faisait  remonter  très  haut,  sur  laquelle  les  deux  noms  se 
trouvent  réunis  :  Baeati  martyres  Félix  et  Fortunatus1.  On 
est  porté  à  penser  qu'il  a  existé  un  groupe  Félix  et  Fortu- 
natus, dont  le  culte  a  joui  d'une  extraordinaire  célébrité. 
Mais  où  localiser  ce  groupe  ?  Dans  l'annonce  du  14  août, 
il  se  trouve  entre  Aquileia  et  Vicetia.  S'il  faut  s'en  tenir 
au  témoignage  du  poète  Fortunat,  le  groupe  est  artificiel  ; 
Félix  appartient  à  Vicence,  Fortunat  à  Aquilée.  Voici 
comment  il  s'exprime  : 

Felicem  mentis  Vicetia  laeta  refundit 
et  Fortunatum  fert  Aquileia  suum  '. 
Faudra-t-il  dire  que,  pour  des  raisons  qui  nous  échap- 
pent.^n  s'est  plu  à  Aquilée, à  Vicence  et  ailleurs, à  honorer 
ensemble  les  deux  martyrs  ?  Leurs  anniversaires  coïnci- 
daient-ils peut-être  ?  Je  ne  sais  s'il  y  a  rien  de  mieux  à 
répondre  en  ce  moment.  Si  l'on  veut  commenter  l'hiéro- 

1  Un  autre  accouplement,  moins  fréquent,  il  est  vrai,  mais  qui  re- 
vient plusieurs  fois,  c'est  celui  de  Fortunatus  et  Donatus,  auxquels 
Félix  s'ajoute  parfois. 

l    Romu  sotterravea,  t.  III,  p.  436. 

3    Carm.  VIII,  3,  165-166. 


378  CENTRES   DU    CULTE   DES   MARTYRS. 

nymien  au  moyen  du  texte  de  Fortunat,  on  sera  amené  à 
lire  :  XIX  kal.  sept,  in  Aquileia  Furtunati.  Vincentia  Felicis. 
Le  3  septembre,  on  faisait  mémoire  à  Aquilée  de  la 
dédicace  de  la  basilique  de  Saint-André,  et  de  Yingressio 
reliquiarum  qui  avait  eu  lieu  à  cette  occasion.  Ces  reliques 
étaient  celles  de  l'apôtre,  de  S.  Luc,  de  S.  Jean,  de  Ste 
Euphémie,  d'autres  peut-être  que  l'état  du  texte  de 
l'hiéronymien   ne   nous  engage  pas  à  préciser. 

Les    hagiographies  de   Iulia   Concordia  (Portogruaro), 
gens  de  peu  de  considération,   racontent   la   passion   de 
soixante-douze  martyrs  de  leur  cité  '.  Mais,  au  17  et  au 
18  février,  l'hiéronymien  nous  laisse  dans  la  perplexité  en 
mettant  Concordia  tantôt  en  Afrique,  tantôt  en  Italie,  et 
en  accumulant  sans  ordre  les  noms  de  saints  dont  l'atta- 
che à  la  rubrique  topographique  est  invisible.  Indice  plus 
grave.  Fortunat,  qui  promène  son  lecteur  dans  les  sanc- 
tuaires du  pays,  ne  connaît  pas  les  martyrs  de  Concordia. 
Si  petis  illud  iter  qua  se  Concordia  cingit 
Augustinus  ad  est  pretiosus  Basiliusque  2. 
Les  noms  d'Augustin  et  de  Basile  n'ont   jamais  figuré 
dans  aucune  liste  de  martyrs  de  Concordia  '. 

En  revanche  à  Padoue,  Fortunat  nous  conduit  au  tom- 
beau de  Stc  Justine  : 

Si  Patavina  tibi  pateat  via,  pergis  ad  urbem  : 
hue  sacra  lustinae,  rogo,  ïambe  sepulchra  beatae  *. 

(]    BHL.  .'303.  Sur  le  cimetière  chrétien  de  Iulia  Concordia,  voir 

ORT,  dans    Revue  archéologique,    1875,  t.  I,  p.  340-46  ;  1876,    t.   I,   p. 

:  Liverani,  l  ioni  del  sepolcreto  di  Concordia,  dans  Archi- 

vio  I  '   ■  ■      t.  X     1875),  p.  352-55  ;  E.   Degani,  Relazione  intorno  al 

sepolcreto  cristiano  Concor dièse,  dans  Atti  del  II0  Congresso  i.nter- 

NAZIONALE   DI    ARCH1  "I  OGIA    CRISTIANA  iRoma,  I9O2),  p.  105-107. 
(2)  VitaS.  Martini.  IV,  663,  664. 

3  M.  Bem.1,  Concordia e  i suoi martyri (Udine,  1893),  p.71. 

4  \':td  S.  Martini,  IV,  672,  673. 


ROME    ET   L'ITALIE.  379 

L'inscription  de  l'antique  basilique  commencée  et 
achevée  par  Opilio  existe  encore  dans  l'immense  église 
qui  a  remplacé  cette  modeste  construction  '.  Nous  avons 
reconnu  sainte  Justine  dans  la  procession  des  Vierges  de 
Ravenne.  Elle  est  invoquée  dans  cette  épitaphe  décou- 
verte à  Rimini  :  Hic  requiescit  in  pace  Innocentius  qui  depre- 
cans  sanction  Andream  et  sanction  Donatum  et  sancta  Iustina 
ut  si  qui  s  isia  sepultura  pos  depositwne  tins  aperiie  voluerit 
vel  iusserit  aperire  iudicium  vestrum  puniatur*. 

Brixia  (Brescia)  se  dissimule,  dans  l'hiéronymien,  au 
iô  lévrier,  sous  la  formule  in  Brilannis  natale  sanctorum 
Faustiniani  et  Iuventiae,  plus  précieuse  pour  l'histoire  du 
culte  des  martyrs  Faustin  et  Iovite  que  la  copieuse  légende 
qu'on  leur  a  faite  au  moyen  âge  "'.  On  sait  que  Brescia 
eut  un  évêque,  Gaudence,  qui  professait  à  l'égard  des 
martyrs  et  de  leurs  reliques  une  dévotion  particulière.  Il 
est  étrange  que,  dans  ses  sermons,  on  ne  rencontre  pas  la 
moindre  allusion  aux  martyrs  de  sa  ville  épiscopale,  alors 
qu'on  le  voit  partout  à  la  recherche  de  reliques  étrangè- 
res. Nous  avons  de  lui  un  discours  prononcé  lors  de  la 
dédicace  de  la  basilique  consacrée  aux  martyrs,  et  à  la- 
quelle il  voulut  qu'on  donnât  le  nom  de  Concilium  sancto- 
rum. Les  saints  qu'il  y  réunit  sont  S.  Jean-Baptiste, 
S.Thomas,  S.  André,  S.  Luc,  les  saints  Gervais,  Protais 
et  Xazaire,  les  saints  Sisinnius,  Martyrius  et  Alexandre, 
enfin  les  Quarante  martyrs  *.  En  quoi  consistaient  ces 
reliques,  nous  ne  le  savons  pas  exactement,  sauf  pour  les 
saints  de  Milan  :  quorum  sanguinem  tenemus  gypso  collection, 

(i)CIL.  V.  3100. 

2  De  Rossi,  Bullettino,  1864,  p.  15. 

3  BHL.  2836-2838. 

(4)  Sermo  xvn.  P.  !..  t.  XX,  p.  959-71. 


380        CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

dit  l'évêque.  Et  il  ajoute  :  nihil  amplius  requirentes,  tenemus 
enim  sanguinem  qui  testis  est passioms  ',  manifestant  ainsi  un 
état  d'âme  trop  fréquent  chez  les  chercheurs  de  reliques, 
plus  préoccupés  d'en  recueillir  un  grand  nombre  que 
d'exiger  des  garanties  d'authenticité. 

Les  saints  Sisinnius,  Martyrius  et  Alexandre  (f397) 
venaient  à  peine  d'être  victimes  de  la  fureur  des  païens 
dans  la  vallée  des  Anauni  (Val  di  Non)  lorsque  Gaudence 
reçut  leurs  reliques.  On  sait  d'ailleurs  qu'ils  furent  hono- 
rés comme  martyrs  aussitôt  après  leur  mort.  Voir  à  ce 
sujet  la  correspondance  de  Vigile  2,  la  réception  de  leurs 
reliques  à  Milan  3,  et  la  lettre  de  S.  Augustin  rappelant  la 
causa  clericorum  Anaunensium,  qui,  occisi  a  gentilibus,  nutte 
martyres  honorantur  *.  Ils  sont  à  l'hiéronymien,  au  29  mai  : 
Tredenti  in  Anannia  Sisinni  Alexandri  Martyri.  Nous  avons 
deux  homélies  sur  ces  martyrs,  qui  temporibus  nostrispassi 
stutt,  attribuées  à  S.  Maxime  de  Turin  5.  Outre  Milan  et 
Brescia,  Ravenne  reçut  de  leurs  reliques  6. 

Il  nous  reste  à  visiter  les  villes  de  la  Transpadane.  A 
Comum  (Côme)  vit  encore  le  souvenir  de  S.  Fidèle.  Nous 
ne  discuterons  pas  ses  Actes  7.  Au  VIe  siècle,  Ennodius 
connaît  son  tombeau  :  secessum  haud  proed  a  beati  martyris 
Fidelis  sepulchro,  ubi  Larius  Ionu  marinons  minas  deponit  8, 
c'est-à-dire  près  du  lac  de  Côme.  On  a  retrouvé  les  restes 


(r    P.  L.  t.  c,  p.  963. 

•-    BHL.  7794.  7795- 
(3.   Vita  S.  Ambrosii,  BHL.  .577,  c.  52. 
(    Bpist.  139,  2,  P.  L.  1.  XXXIII,  p.  536. 
(5    P.  L.  t.  IA  II,  p.  695  ' 
Plus  haut,  p.  371. 
BHL.  2922,  2 
(8)  Vita  B.  Antonii,  BHL.  584,  c.  18. 


ROME   ET   L'ITALIE.  381 

de  la  vieille  basilique  du  quatrième  siècle  '.  Il  y  avait 
aussi  dans  la  ville  une  basilique  de  Saint-Julien.  Vne  cer- 
taine Guntelda,  sur  son  épitaphe,  adjure  le  gardien  de 
cette  église,  et  te  custude  beati  Iuliani,  de  veiller  à  ce  que 
son  tombeau  soit  respecté  -.  Nous  n'avons  aucune  rai- 
son de  penser  que  le  titulaire  de  la  basilique  est  un  mar- 
tyr local. 

Avant  les  grandes  inventions  de  corps  saints  à  Milan  5, 
cette  ville  comptait  trois  martyrs  indigènes.  S.  Ambroise 
lui-même  n'en  connaissait  pas  d'autres  :  granum  sinapis 
martyres  nostri  sunt  Félix,  Nabor  et  Victor  '.  Au  8  mai,  qui 
est  la  date  traditionnelle,  et  à  d'autres  dates  que  nous 
n'avons  pas  à  discuter  ici  '',  S.  Victor  est  marqué 
dans  l'hiéronymien.  S.  Ambroise  choisit,  à  côté  de  la 
tombe  du  martyr,  un  emplacement  pour  y  déposer  son 
frère  Satyre   : 

Uranio  Satyro  snpremum  f rater  honorent 
Mariyris  adlaevam  detulii  Ambrosius  °. 
Plusieurs  églises  lui    furent  dédiées  à  Milan  et  ailleurs  7. 
Un  de  ses  clients  les   plus  dévots   fut   Ennode,  qui  fut 
guéri  par  ce  martyr  8,  et,  d'après   Grégoire  de  Tours, 
les  captifs  s'adressaient  à  lui  avec  succès  pour  obtenir 


(1)  De  Rossi,  Bullettino,  1882,  p.  89. 

(2)  CIL.  Y.  5415, 

(3)  F.  Savio,  I  santi  martiri  d:  Milano,  Pavia,  1906. 

4^  Expositio  evangelii  sec.  Lucam,  VII,  178,  Schenkl,  p.  361.  Un 
interpolatcur  a  ajouté,  après  Victor,  Gervasius  et  Protasius  et  Xazarius. 
Voir  Schenkl,  p.  vi-vii. 

15    Martyrologe  hiéronymien  aux  6,  14,  15  mai,  aux  21,  30  septem- 
bre. 

(6)  Bùcheler,  Carmina  latina,  1421. 

-  F. Savio,  I santi  martiri  di  Milano,  p. 18-20;  Id.,  Gli  antichi  vescovi 
d'Ii.ilia.  Il  Piemonte  (Torino,  p.  1899),  p.  495-513. 

(8)  Ennodii  opéra,  Vogel,  pp.  284,  302,  303. 


382  CENTRES   DU    CULTE   DES   MARTYRS. 

leur  délivrance  '.  Déjà  du  temps  de  S.  Ambroise,  la 
basilique  des  saints  Nabor  et  Félix  était  très  fréquentée  ; 
leur  tombeau  était  protégé  contre  les  indiscrétions  de  la 
foule,  comme  c'était  d'ailleurs  l'usage,  par  un  cancel  *. 
La  dévotion  à  ces  deux  martyrs,  dont  la  fête  se  célèbre  le 
12  juillet  :>,  franchit  les  limites  du  diocèse  de  Milan  ;  nous 
les  avons  vus  représentés  sur  la  grande  mosaïque  de 
Ravenne. 

La  question  de  la  translation  des  martyrs  Victor, 
Nabor  et  Félix  de  Lodi  à  Milan  n'a  pas  reçu  jusqu'ici  de 
solution  absolument  satisfaisante.  Les  récits  hagiographi- 
ques où  elle  est  racontée  n'inspirent  qu'une  confiance 
médiocre  *,  et  pour  mettre  dans  la  balance  le  poids  de 
l'autorité  de  S.  Ambroise,  il  faudrait  que  l'authenticité 
de  l'hymme 

Victor,  Nabor,  Félix,  pii 
Mediolani  martyres  % 
fût  absolument    incontestable.  S'il  s'agit   d'une   transla- 
tion  solennelle,  le  fait  cadre  mal  avec  tout  ce  que   nous 
savons  de  l'histoire  de  S.  Ambroise. 

On  admettrait  plus  facilement  que,  d'après  la  tradition 
de  l'église  de  Milan,  les  trois  martyrs  eussent  été    exécu- 


(1)  In  gloriamartyrum,  XLIV. 

z)  Paulini  Vita  S.  Ambrosii,  BHL.  377,  c.  14  :  erant  in  basilica  in 
qua   sunt  hodie  corpora  Naboris  et  Fclicis  martyrum  ;  sed  sancti  martyres 

Nabor  et  Félix  celcbcrrime  frequentabantur in  tantum  ut  super  ipsorum 

vasii  et  Protasii]  sepulchra  ambularent  omnes  qui  vellcnt  ad  cancellos 
pervenire  quibus  sanctorum  S'aboris  et  Felicis  ma/rtyrum  ai  iniuria  sepul- 
chra defendebantur. 

I     urs  noms  paraissent  encore  dans  le  martyrologe  hiéronymien 
le  14  mai  et  le  10  juillet. 

(4    BHL.  6028,  6039. 

(5)  A.  Su  ni'.  I  ntrrsuchun«en  iïber  die  Bchtheit  der  Hymnen  des 
.  Imbrosiu .,  Jamrbui  her  pur  klassische  Philologie,  Supplemcntband 
XXVIII  (Leipzig,  1903),  p.  055.  Cl.  606-11. 


ROME    ET   L'iTALIE.  383 

tés  à  Lodi  et  transportés  aussitôt  à  Milan.  Il  faudrait  alors 
ne  pas  trop  prendre  à  la  lettre  les  expressions  du  poète  : 
Rapti  quadrigis  corpora, 
revecti  in  ora  principum 
plaustri  triumphalis  modo. 

Quoiqu'il  en  soit,  S.  Ambroise  regardait  bien  comme 
des  martyrs  de  Milan  les  saints  Victor,  Xabor  et  Félix,  et 
ce  n'est  pas  à  eux  qu'il  faisait  allusion  en  écrivant  ces 
paroles  :  perdiderat  civitas  nostra  martyres  quae  rapitit  alie- 
nos  '. 

La  gloire  des  vieux  saints  milanais  fut  quelque  peu 
éclipsée  par  celle  des  nouveaux  martyrs  découverts  par 
S.  Ambroise,  Gervais  et  Protais  d'une  part,  Nazaire  et 
Celse  de  l'autre  i.  Les  deux  groupes,  le  premier  surtout, 
acquirent  une  grande  célébrité,  et  nous  avons  déjà  pu  con- 
stater que  leurs  reliques  furent  très  recherchées.  Nous 
les  retrouverons  jusqu'en  Espagne  s,  et  Grégoire  de 
Tours  assure  de  son  côté  qu'elles  étaient  répandues 
per  totum  Galliarum  ambitum  i.  Les  anniversaires  respec- 
tifs sont  le  19  et  le  28  juillet  ;  dans  l'hiéronymien  les  deux 
groupes  se  trouvent  mêlés  \  Nous  pouvons  ajouter  à  ces 
martyrs  l'évêque  Denys,  mort  en  exil,  et  dont  les  reliques 
furent  renvoyées  à  S.  Ambroise  par  les  soins  de  S.Basile  6. 
L'anniversaire  est  marqué  au  27  mai. 


(1)  Epist.  XXII,  12,  P.  L.  t.  XVI,  p.  1023. 

(2)  Plus  haut.  p.  93-96. 

(3)  Voir  Analcct.  Bolland.,  t.  XXXI,  p.  320-21. 

(4)  In  gloria martyrum,   xlvi. 

(5)  Le  30  octobre,  ils  sont  encore   une  fois  nommés  sans  rubrique 
raphique,  à  moins  de  les   raccorder  à  la  rubrique  la  plus  voisine, 

In  Antiochia.  Mais  cette  solution  manque  de  vraisemblance.  Le  Naza- 
rius  du  17  juillet  n'est  pas  le  martyr  de  Milan.  Il  faut  lire  Nartzalius, 
qui  est  le  nom  d'un  des  martyrs  Scillitains. 

(6)  Basile.  Epist.  197,  P.  G.  t.  XXXII,  p.  710. 


384  CENTRES   DU    CULTE   DES   MARTYRS. 

Il  v  avait  anciennement  à  Milan  une  église  de  Sainte- 
Valeria  qui  occupait  l'emplacement  d'une  sépulture  de  la 
famille  des  Valerii  '.  On  n'est  pas  d'accord  sur  l'origine 
du  vocable  ;  mais  on  n'a  pas  d'arguments  pour  établir  qu'il 
y  eut  une  martyre  du  nom  de  Valeria.  C'est  une  fantaisie 
d'hagiographe  qui  fait  de  Valeria  la  mère  des  saints  Ger- 
vais  et  Protais,  comme  elle  leur  a  donné  pour  père  S. 
Vital  -.  Ces  deux  noms,  avec  celui  d'Ursicinus,  se  lisent 
dans  certains  manuscrits  de  Phiéronymien  au  19  juin  : 
interpolation  due  à  l'influence  du  Pseudo-Ambroise^.Faus- 
tinus,  au  7  août,  Félicitas,  au  25  décembre,  sont  des  noms 
étrangers  à  Milan  ;  de  même,  Mocius,  car  c'est  bien  lui  qui 
est  nommé  le  9  et  le  16  juillet.  Ces  anniversaires  s'expli- 
quent sans  doute  par  des  dépositions  de  reliques.  Il  y  eut 
à  Milan  deux  cérémonies  de  ce  genre  qui  laissèrent  un 
souvenir  durable.  Le  9  mai,  c'est,  d'après  Pbiéronymien, 
la  fête  de  ingressu  reliquiarum  apostolorum  Iohannis,  Andreae 
et  Thomae  in  basilica  ad  portant  Romanam  ;  le  27  avril,  il 
annonce  Mediolano  Lucae  Andreae  Iohannis  Severi  et  Euphe- 
miae.  Le  nom  de  sainte  Euphémie  doit  probablement  être 
ajouté  à  la  première  énumération.  Le  manuscrit  d'Echter- 
nacb  semble  l'avoir  conservé  sous  cette  forme  :  Mediolano 
Ephemici,  et  l'on  a  pu  voir  par  l'exemple  de  Ravenne  et 
d'Aquiléc  que  les  reliques  de  Slc  Euphémie  accompa- 
gnaient fréquemment  celles  des  apôtres  dans  les  dédi- 
caces. La  dédicace  du  6  mai  est  celle-là  même  dont  on 
demandait  à  S.  Ambroise  de  renouveler  les  rites  :  sicut 
Romanam  basilicam  dedices.  Il  répond  :  «  Je  le  ferai,  si  je 


1    De  Rossi,  Bullettino,  1864,   p.  303.'  ;   Savio,   /  santi  marliri  di 
Milano  t  c  ,  p.  43-51. 
i\  Plus  haut,  p.  369. 
(3)  BHL.3514. 


ROME    ET   L'ITALIE.  385 

trouve  des  reliques  '.  »  C'est  dans  la  lettre  où, après  avoir 
rappelé  cette  conversation,  il  raconte  L'invention  des  SS. 
Gervais  et  Protais,qu'il  écrit  la  fameuse  phrase  :  per  aiderai 
civiias  nostra  martyres  quae  rapuit  alienos.  Il  nous  parait  que 
ces  martyrs  étrangers  ne  sont  autres  que  ceux  dont  il 
avait  solennellement  reçu  les  reliques  pour  les  déposer 
clans  la  basilique  de  la  Porte  Romaine.  Sous  l'évèque 
Simplicianus  furent  amenées  à  Milan  et  reçues  sunima 
cum  devotionc  les  reliques  des  martyrs  d'Anaunie  ".  Il 
les  déposa  dans  une  basilique  qui  existe  encore  de  nos 
jours  et  dont  le  titulaire  est  actuellement  S.  Simplicien 
lui-même  ;. 

Il  est  à  croire  que  Milan  reçut  de  bonne  heure  des 
reliques  de  Stc  Thècle.  On  sait  qu'une  de  ses  plus  ancien- 
nes basiliques  fut  consacrée  à  la  protomartyre  ;  mais  on 
ignore  la  date  précise  de  cette  consécration  l. 

D'après  les  actes  de  S.  Eusèbe  de  Verceil  5,  pièce  qui 
remonte  aux  environs  du  IXe  siècle,  mais  dont  on  peut 


(1)  EpisL,  XXII,  1,  P.  L.  t.  XVI,  p.  1019. 

(2)  Paclinls,  Vita  S.  Ambrosii,BHL.  377,  c.  52. 

(3)  La  fête  de  la  translation  se  célèbre  le  15  août,  qui  est  le  jour 
même  de  la  fête  de  S.  Simplicien.  Dans  le  manuscrit  d'Echtcrnach,  au 
15  juillet,  se  rencontrent  à  une  ligne  de  distance  Alcxandria  et  Sisin- 
nius.  Le  P.  Savio  (t.  c  ,  p.  72)  y  a  reconnu  avec  beaucoup  de  sagacité 
les  noms  des  martyrs  d'Anaunie  mais  il  hésite  à  fixer  à  cette  date 
plutôt  qu'au  15  août  la  translation  à  Milan. La  coïncidence  de  cette  der- 
nière date  avec  l'anniversaire  de  l'évèque  donnerait  pourtant  à  penser 
qu'elle  est  artificielle.  Je  noterai  en  passant,  mais  sans  en  vouloir  tirer 
trop  grand  parti, qu'au  15  juillet  Sisinnius  et  Alexandre  sont  seuls  nom- 
més, à  l'exclusion  de  Martyrius,  de  même  que  dans  le  récit  de  Paulin. 

(4)  De  Rossi,  Inscriptions  christianac  L'rbis  Romae,  t.  II,  p.  161  ; 
Savio,  Le  basiliche  di  Milano  al  tempo  di  S.  Ambrogio  (Torino,  1904 1, 
p.  10-17. 

(5)  BHL.  2748.  Sur  cette  pièce,  voir  F.  Savio,  Gli  antichi  vescovi 
d'Itaha.  Il  Piemottte,  p.  548-54. 

Cuit.  Mart.  25 


386        CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

tirer  quelque  parti  au  moins  pour  la  topographie,  ce  saint 
fut  enseveli  dans  la  basilique  qu'il  avait  lui-même  élevée 
sur  le  tombeau  du  martyr  Theonestus,  qui  ne  nous  est 
connu  que  par  cette  mention  et  par  une  inscription  peu 
ancienne  '.  Ce  fut  plus  tard  la  basilique  de  S.  Eusèbe, 
lequel,  comme  on  suit,  fut,  à  partir  d'une  certaine  époque, 
assimilé  aux  martyrs  '-',  bien  que  les  contemporains  lui 
aient  refusé  ce  titre  •".  On  avait  à  Verceil  des  reliques  des 
saints  Nazaire  et  Victor.  Le  prêtre  Sarmata  avait  choisi 
son  tombeau  à  leurs  côtés  4.  Il  y  en  avait  peut-être  d'au- 
tres, dont  nous  ignorons  les  noms,  car  c'est  de  Verceil 
que  nous  vient  L'épitaphe  Sanctorum  gremiis  commendat 
Maria  corpus  etc.  s  II  ne  nous  reste  qu'un  indice  de  ce 
genre,  pour  Eporedia  (Ivrée),  dans  l'épitaphe  de  Silvius, 
qui  se  réserve  un  tombeau  près  des  martyrs,  et  bâtit  un 
oratoire  où  il  dépose  des  reliques  : 

hoc  proprio  sumptu  divino  munere  dignum 
aedificavit  opus,  sanctorum  pignora  condens  '. 

On  a  voulu  préciser,  et  donner  à  ces  martyrs  les  noms 
de  Savinus,  Tegulus  et  Dessus,  mais  sans  apporter  d'ar- 
guments suffisants  ' .  Pour  nous  ils  demeurent  des  incon- 
nus. 

Au  20  novembre,  l'hiéronymien  annonce  Taurinis  civitate 
Octavi,  Solutoris,  Advcnioris.  Les  deux  premiers  noms  se 
retrouvent,   sans    indication    de    ville,    au   15  mars.   Une 


1     L.  Bruzza,  Iscrizioni  antiche   Verccllesi  (Roma,  18741,11.  126; 
S  ivio,  t.  c,  p.  418- 
(2)  CIL.  V.  6723,6722  ;  Bii<  hbler,  704,  14253  BHL.  2748. 
1  Savio,  t. .;..  p.  414-31.  Cf.  Bruzza,  t.  c,  128. 
CIL.  Y.  67    1  :  Biï<  iir  i.i  k,  779. 
(5)  CIL.  Y.  6734  ;  Biï<  m  i  1  k.  7 

CIL.  Y.  6S r 7  ;  BiicHELER,  777.  Le  manuscrit  qui  nous  a  conserve 
cette  'ne  porte  divino  munere  dignus. 

7  Savio,  t.  c.  p.  1S2-83. 


ROME   ET   L'ITALIE.  387 

homélie  en  l'honneur  de  ces  martyrs  est  attribuée  à  S. 
Maxime  de  Turin  '.  Quelle  que  soit  la  valeur  que  l'on 
reconnaisse  à  leurs  Actes  -,  on  ne  peut  douter  que  leur 
tombeau  n'ait  été  abrité  de  bonne  heure  sous  un  oratoire 
ou  une  basilique  *,  qui  fut  visitée  par  Ennodius,  voyageant 
de  Pavie  à  Briançon  l.  D'autres  limi/ia  sanctorum  solli- 
citèrent sa  dévotion  durant  le  parcours.  Les  noms  qu'il 
cite  semblent  aisés  à  reconnaître.  Eusebius  est  sans 
doute  l'évêque  de  Verceil,  et  Saturninus  le  martyr  de 
Toulouse,  qui  avait  probablement  une  église  dans  les 
environs.  Crispinus,  Daria,  Maurus,  Quintus  ne  peuvent 
être  identifiés  que  par  conjecture. 

(1)  P.  L.  t.  LVII,  p.  437-30. 
(21  BHL.  85,86. 

Savio,  t.  c,  p.  283-S5. 
(4)  Opcra,  éd.  Vogel,  p.  104. 


CHAPITRE  VIII. 

LES  PRINCIPAUX  CENTRES  DU  CULTE  DES  MAR- 
TYRS. LA  GAULE.  L'ESPAGNE.  L'AFRIQUE. 

Avec  un  guide  comme  Grégoire  de  Tours,  la  visite  des 
sanctuaires  est  aisée,  et  nous  pourrons,  d'un  pas  rapide, 
traverser  la  Gaule.  Ses  livres  spéciaux,  le  Liber  in  gloria 
martyrum,  le  Liber  de  virtuiibus  sandi  Inliani,  et  aussi  ses 
autres  ouvrages  sont  remplis  d'indications  précieuses 
sur  les  basiliques  et  les  fêtes  des  saints.  Plus  rarement 
qu'ailleurs,  les  inscriptions,  les  chroniques  et  les  récits 
hagiographiques  viennent  combler  les  lacunes  ou  pro- 
voquer des  discussions,  et  l'historien  des  Francs  est 
trop  connu  pour  qu'il  y  ait  lieu,  la  plupart  du  temps, 
de  commenter  les  renseignements  qu'il  nous  fournit  '. 
Le  martyrologe  hiéronymien  nous  sera  de  quelque 
secours.  11  renferme,  pour  la  Gaule,  deux  catégories 
d'annonces,  celles  que  le  compilateur  italien  avait  recueil- 
lies, et  celles  qui  sont  propres  à  la  recension  gallicane. 
Celles-ci.  on  le  sait,  se  reconnaissent  aisément. 

Parcourons   d'abord  la  Narbonnaise.  Dans  une   hymne 
ou   Prudence  énumère  les  villes  qui  se  glorifient  d'avoir 
donné  un  martyr  à  l'église,  il  cite  Narbonne  : 
Sur r  et  et  Paulo  speciosa  Narbo  i. 

ii)  Outre    les  travaux  d'une  portée   plus  générale,    il    faut   eiter 
A.  Longnon.  G  ographiede  la  Gaule  au  VIe  siècle,   l'ai  is,  1878;   C.  A. 
iouilli,  Die  Heiligender  Merowhger,  Tiïbingen,  iyoo. 
Peristeph.iv,$$. 


LA    GAULE.    L'ESPAGNE.    L'AFRIQUE.  389 

Ce  qui  donne  à  penser  que  la  notice  de  l'hiéronymien 

au  22  mars,  in  Narbona  cantate  natale  sancti  Pairfi  coufes- 
soris,  n'est  pas  tout  à  fait  exacte  et  qu'il  faut  s'en  tenir 
au  manuscrit  d'Echternach,  qui  retranche  le  titre  de 
confesseur.  Grégoire  de  Tours  ne  le  mentionne  pas,  mais 
il  note  que  Narbonne  possédait  des  reliques  de  S.  Gene- 
sius  '  et  de  Félix  de  Gerunda  -. 

Biterrae  (Béziers)  paraît  n'avoir  pas  eu  de  martyr  pro- 
pre ;  mais  il  convient  de  ne  pas  oublier  la  basilique  fondée 
en  455  par  le  prêtre  Othia,  in  honorent  sanctorum  martyrum 
Yincenti,  Agnetis  et  Eulaliae  3. 

Saint  Baudile  de  Ximes  est  un  des  martyrs  qui  semblent 
appartenir  à  la  première  rédaction  de  l'hiéronymien,  au 
20  mai  :  Xonauso  Baudilis  martyris.  C'est  l'indice  d'une 
renommée  peu  commune.  Une  épitaphe,  qui  place  le  dé- 
funt sous  sa  protection,  porte  au  21  mai  le  jour  de  sa  pas- 
sion '.  Grégoire  de  Tours  consacre  un  chapitre  au  glorio- 
sum  sepulchrum  Baudillii  beati  martyris  5. 

La  Première  Aquitaine  comptait  une  série  importante 
de  sanctuaires.  Biturigas  (Bourges)  n'honorait  que  des 
martyrs  étrangers.  Son  église  possédait  du  sang  de 
S.Etienne'''  ;  non  loin  de  la  ville  s'éleva  aussi, vers  le  milieu 
du  VIe  siècle,  une  basilique  de  Saint-Svmphorien  7. 

Près  de  la  Civitas  Arverna  ou  Arvernis  (Clermont-Fer- 
rand)  reposait  S.  Antolianus.    Grégoire  de  Tours  raconte 

(ii  Ingloria  mari.  xxn. 

(2)  Ingloria  rnart.  xci. 

CIL.  XII.  4311. 

(4)  XII kal.  initias  Tenarias  intravit  Pctrus  fauecs  Avertit,  sed  marter 
Baudelius  per  passionis  Aie  domino  duîccm  suum  commendat  alttmnum. 
Leblant,  Inscriptions  chrétiennes  de  la  Gaule,  708. 

(5)  Ingloria  mort,  i.xxvii. 

(6)  Ingloria  mari.  xxxm. 

17  In  gloria  confess.  lxxix.  Cf.  Longnon,  Géographie  de  la  Gaule, 
p.  464. 


390        CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

quelques  incidents  curieux  à  propos  de  la  construction  de 
la  basilique  dans  les  premières  années  du  VIe  siècle  '.  Une 
basilique  abrita  également  les  tombeaux  des  saints  Cas- 
sius  et  Victorinus  -,  sur  lesquels  nous  avons  quelques 
détails  \  Un  martyr  du  nom  de  Liminius  était  enseveli 
clans  l'église  de  Saint-Vénérand.  Le  peuple  se  racontait 
son  histoire,  mais  ne  lui  rendait  aucun  culte  *.  Les  autres 
martyrs  honorés  au  chef-lieu  des  Arvernes  appartenaient 
à  d'autres  églises,  S.  Pierre,  S.  André  ',  S.  Etienne  c, 
S.  Laurent  7,  S.  Cirycus  8.  L'église  épiscopale  doit  son 
titre  de  Saint-. \gricola-et-Vital  aux  reliques  que  l'évêque 
Namatius  (446-C.462)  envoya  quérir  à  Bologne,  et  qu'il 
déposa  solennellement  dans  sa  cathédrale  le  jour  de  la 
dédicace  *.  L'hiéronymien  fixe  cette  cérémonie  au  14  mai  : 
Arvemus  dedicatw  ecclesiae  sancii  Agricolae.  Un  anniversaire 
qui  s'explique  moins  facilement,  c'est  celui  du  10  décem- 
bre :  in  civitate  Arvernis  Agricolae  et  Vitalis,  martyrum.  Les 
deux  martyrs  avaient  sans  doute  une  fête  distincte  de 
celle  de  la  déposition  de  leurs  reliques. 
Les  vers  de  Sidoine  Apollinaire  : 

hinc  te  suscipiet  benigna  Brivas 

sancti  quae  fovet  ossa  Iuliani  "', 
trouvent    leur   commentaire     naturel   dans   la    notice    de 
l'hiéronymien  au  28  août  :  in  Arverno  vico  Brivatinse passio 
sancti  Iuliani  martyris,  et  surtout  dans  le  livre    de  Grégoire 

1    Hist.  Franc.  I,  33  ;  In  gloria  mort.  LXIV. 

2)  Ihst.  Franc.  IV,  iz.  Cf.  Leblant,  Inscriptions,  560. 

;    II:  t.  Franc.  I,  33. 

t    Ht  1.  Franc.  I,  33  ;  In  gloria  confess.  xxxv. 

Ht  t.  I  ranc.  \\r ,  31. 

Hist.  Franc.  II,  17. 

Vitae  fat  non,  VI.  7. 

Hist.  Franc.  II,  21  ;  Vitae  Patrum,  III,  1. 
(9)  Hist.  Franc.  II,  16  ;  In  gloria  mari.  m. m. 
to  Carmina,  XXIV.  16-17  Cf-  Epist.VlI,  1. 


LA   GAULE.    L'ESPAGNE.    L'AFRIQUE.  391 

consacre  aux  miracles  de  S.  Julien.  D'après  la  tradition, 
le  martyr  souffrit  la  mort  à  JBrioude,  et  son  corps  y  fut 
enseveli;  la  tête  aurait  été  portée  à  Vienne  '..Une  pre- 
mière basilique,celle  probablement  où  fut  enseveli  Avitus, 
l'empereur  qui  mourut  évêquè  de  Plaisance  2, devient  bien- 
tôt trop  étroite.  Vers  la  fin  du  Ve  siècle,  elle  fut  remplacée 
par  un  temple  plus  vaste,  où  les  pèlerins  continuèrent  à  se 
porter  en  foule.  Tout  ceci  ne  nous  renseigne  malheureuse- 
ment pas  surles  origines  du  culte  de  S.  Julien,  et  le  chapi- 
tre de  Grégoire,  de  festivitate  ans,  fait  vivement  sentir  tout 
l'intérêt  qui  s'attache  à  cette  question.  Le  peuple  de 
Brioude  ignorait  le  jour  de  l'anniversaire  du  martyr,  et 
s'adressa  à  S.  Germain  d'Auxerre  pour  connaître  cette 
date.  Celui-ci.  après  leur  avoir  recommandé  de  prier, 
déclara  que  la  fête  devait  être  célébrée  le  cinq  des  calendes 
de  septembre  "°.  Quoiqu'il  en  soit,  Saint-Julien  devint  le 
principal  sanctuaire  de  l'Auvergne,  d'où  le  culte  du  mar- 
tyr se  répandit  par  toute  la  Gaule,  à  Saintes,  dans  le  Li- 
mousin,à  Reims,  à  Tours  et  aux  environs  *,  à  Paris  aussi  s, 
et  dans  des  endroits  qu'il  est  difficile  d'identifier,  tel  le 
vicus  Vibriacensis  6  et  î'oratorium  Artannense  7.  Un  mar- 
chand porta  môme  des  reliques  de  S.  Julien  en  Orient,  et 
bâtit  une  basilique  en  son  honneur  8.  A  dix  stades  (moins 
de  2  kilomètres)  de  la  basilique  de  Brivas,  se  trouvait  une 
église  de  Saint-Ferréol,  près  d'une  fontaine. où  l'on  préten- 
dait que  les  bourreaux  de  S.  Julien  avaient  lavé  sa  tête  '■'. 

(1)  l'irtut.  S.  Iuliani.  1. 
1    Hist.  Franc.  II,  11. 
iji  Virtut.  S.  Iuliani,  xxix.  Cf.  BHL.  345J. 

Virtut.  S.  Iuliani,  xlvii,  xi.i,  xxxii,  xxxiv-xl.  l. 
[5    Hist.  Franc.  VI,  17  ;  IX,  6. 

l'irtut.  S.  Iuliani,    xlviii-xlix. 
7    Fortcnat,  Carm.  X,  10,  13. 
(8)  Virtut.  S.  Iuliani.  xxxm. 
.9)  Virtut. S.  Iuliani,  xxv,  xxvi. 


392         CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

Nous  retrouverons  ailleurs  le  souvenir  de  ce  martyr 
uni  à  celui  de  S.  Ferréol.  Grégoire  signale  encore  en 
Auvergne,  dans  un  endroit  qu'il  appelle  domus  Iciacensis1, 
une  basilique  de  S.  Saturnin  2.  A  Ricomagus  (Riom), 
on  célébrait  solennellement  la  fête  de  S.  Polycarpe  s. 
Thigernum  (Thiers)  avait  une  basilique,  où  l'on  gardait 
comme  reliques  trois  pierres  arrosées  du  sangdeS.Sympho- 
rien  d'Autun  *.  Une  révélation  fit  découvrir  à  Thigernum 
le  corps  d'un  S.  Genesius,  eiusdem  loci  sanctus.  L'évêque 
Avitus  (c.  571)  érigea  en  son  honneur  une  église,  où  il 
déposa  également  des  reliques  de  S.  Genesius  d'Arles  ;;. 

Près  de  l'Urbs  Albigensis  (Albi),  reposait,  dans  une 
crvpte,  un  martyr  du  nom  d'Amarandus.  Les  fidèles 
l'avaient  longtemps  négligé  Mais  une  intervention  surna- 
turelle attira  leur  attention,  et  le  tombeau  du  saint  devint 
un  centre  de  culte  d'une  certaine  importance.  S.  Eugène, 
chassé  d'Afrique  par  la  persécution  d'Hunéric,  y  serait 
venu  mourir  6. 

Le  Gévaudan  compte  certainement  un  évêque  martyr, 
S.  Privât, honoré  à  Mende  :  In  Gavalus  vico  Mimmatensc  pas- 
sioS.  Privati  martyris.  Cette  notice  de  l'hiéronymien  au 
21  août  concorde  parfaitement  avecles  données  de  Grégoi- 
re 7,  qui  cite  une  basilique  de  Saint-Privat8.  Faut-il  y  ajou- 
ter un  martyr  du  nom  de  Paul  ?  Voici  ce  que  nous  lisons 
dans  l'hiéronymien,  en  tête  des  annonces  du  29  janvier: 


1    Probablement  Yssac-la-Tourette  (Puy-de-Dôme).  Longnon,  t.  c. 

p.  499- 

j    In  glori  1  m  ni.  r.xv. 

Ingloria  mari,  lxxxv. 
1    Ingloria  mort.  \.\. 
îti  ;/">  i  1  mu  ri.  i.xvi. 

in  gloria  mart.  lvi,  lvii.  Cl.  Ad.  SS.  nov.  t.  III, p.  3-I3-25. 
(7)  Ilist.  Franc.  1,34  ;  X,  2y  ;  Virtut.  S.  Iuliani,  xxx. 
Hist.  Franc,  vi,  37. 


LA   GAULE.    L'ESPAGNE.    L'AFRIQUE.  393 

in  Gavala  civitate  saurti  Pauli.  Ce  saint  est  parfaitement 
ignoré  de  tous  les  écrivains.  Fortunat  lui-même  n'a  pas 
entendu  parler  de  lui  et  ne  connaît  que  S.  Privât  :  Priva- 
tion Gabalus...  gerit  '.  S'agirait-il  ici  de  Gabala  de  Pales- 
tine ?  Les  documents  palestiniens  sont  malheureusement 
aussi  muets  que  la   tradition  gauloise. 

La  basilique  de  Saint-Saturnin  à  Toulouse,  qui  fut  con- 
struite, vers  570,  par  le  duc  Launobode  et  que  Fortunat  a 
célébrée  dans  ses  vers  -,  doit-elle  être  distinguée  de  celle 
que  mentionne  Grégoire  de  Tours  et  qui  contenait  le  corps 
du  saint  s  ?  Les  avis  sont  partagés  «.  Au  30  novembre,  l'an- 
nonce de  la  fête,  in  Spanis  civitate  Tolosa  natale  sandi  Satur- 
nini  episcopi, pourrait  bien  appartenir  à  la  première  édition 
du  martyrologe.  Il  n'en  est  pas  de  même  de  la  commémo- 
raison  d'une  translation,  au  30  octobre.  Nous  avons  déjà 
trouvé  d'autres  traces  du  culte  de  S.  Saturnin.  On  eut 
de  ses  reliques  à  Tours  %  en  Bourgogne  c,  sur  le  territoire 
de  Brioude,  au  monastère  appelé  Pauliacense  Monaste- 
rium  :.  Toulouse  avait  encore  une  basilique  de  Saint-Vin- 
cent. Grégoire  raconte  un  miracle  qui  s'y  est  accompli. 
De  son  contexte  il  ressort  que  le  patron  était  S.  Vincent 
de  Sara^osse  8. 

Dans  la  Seconde  Aquitaine,  à  Aginnum  (Agen),  où  le 
patron  principal,  S.  Caprais, avait  sa  basilique  :',  nous  ren- 

(1)  Carm.  VIII,  161. 

Carm.  11,8. 
(3   Hist.  Franc.  VI,  12. 

(4)  De  Vie  et   Yaissete,  Histoire  générale  de  Languedoc,  ccl.  Privât. 
t.  I  (1874)  »  F-  377-  Voir  la  note  de  E.  Mabille,  ibid.  p.  377-78. 
5   Ingloria  conf.  xx.  Cl".  Vitae  Patrum,  II,  3. 
(6)  Ingloria  mari.  xxx. 

/:;  florin  mart.  xlvii.  I,  t.  c,    p.  537,   identifie   le  Paulia- 

cense monasterium  avec  Saint-Scrnin  (Aude). 

(8)  Ingloria  mort,  lxxxviii,  lxxxix. 

(9)  Hist.  Franc.  VI,  12.  La  fête  est  marquée  au  martyrologe  le 
20  octobre. 


304         CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

controns  précisément  un  S.  Vincent,  que  Grégoire  appelle 
Agenensis  urbis  etipse  martyr,  et  dont  il  cite  les  Actes  '.  Sa 
basilique  était  située  infra  ierminum  Agennensis  urbis  2. 
Fortunat  l'a  célébrée  clans  ses  vers,  de  même  qu'une  autre 
basilique  située  à  Vernemetis,  ancien  temple  païen  que 
l'évêque  de  Bordeaux  Leontius  II  consacra  à  S.  Vincent 3. 
D'après  les  Actes, le  corps  clu  martyr  aurait  été  transporté, 
longtemps  après  sa  mort,  au  castrum  Pompeiacum  * .  Au 
g  juin,  nous  lisons  dans  le  manuscrit  de  Berne  clu  marty- 
rologe hiéronymien  :  in  Galleis  civitatc  Aginno  loco  Pom- 
peiaco  passio  sancti  Vincenti  martyris,  notice  qui  n'est  peut- 
être  pas  indépendante  de  la  Passion.  L'ensemble  des 
documents  concernant  S.  Vincent  d'Agen  et  son  culte 
fait  naître  plusieurs  problèmes  embarrassants, dont  le  plus 
i^rave  est  celui  de  l'identité  de  ce  martyr. Bien  que  la  tradi- 
tion semble  faire  de  S.  Vincent  un  martyr  amenais,  l'hy- 
pothèse d'une  transformation,  par  la  légende,  cle  S.Vincent 
de  Saragosse,  très  honoré  dans  le  pays,  ne  nous  paraît  pas 
exclue.  Il  est  bien  difficile  de  décider  à  qui  les  fondateurs 
ont  entendu  consacrer  les  basiliques  de  Paris  5, cle  Tours  6, 
de  Vaison  7. 

La  basilique  principale  cle  Santonas  (Saintes),  où 
furent  déposées  les  reliques  de  S.  Eutrope,  fut  con- 
struite par  l'évéquc  Palladius  (573-600).  Elle  remplaça  un 
édifice   plus  ancien,  qui    tonifiait   en  ruines    et  que  Léon- 


(i)  In  glorïa  mat  t.  CIV  ;  DHL.  8631. 
(a)  Hist.  Franc.  VII,  35. 

(3)  Carm.  I.  8,  <j. 

(4)  Loi  ,  p.  551,  l'identifie  avec   la  ville   de   Mas  d'A^enais 
(Lot-et-Garonne). 

151  Hist.  Franc.  IV,  20,  etc. 
16)  Hist.  Franc.  X.  31. 
(7)  Voit  plus  loin,  p.  397. 


LA    GAULE.    L'ESPAGNE.    L'AFRIQUE.  395 

tins  de  Bordeaux   restaura J.  D'après  Grégoire  de  Tours, 
le  saint  avait  été   fort  négligé    jusque  là  par  les  Sainton- 

geois,  et  l'on  avait  même  oublié  sa  qualité  de  martyr.  Ou 
constata,  lors  de  la  translation,  qu'il  avait  droit  à  ce  titre, 
et  il  y  eut  une  vision  à  l'appui  -.  Un  sarcophage,  portant 
la  simple  inscription  Euiropiits,  a  été  trouvé  à  Saintes  "  et 
l'on  a  essayé  de  démontrer  qu'il  renfermait  les  reliques  de 
S.  Kutrope  '.  Il  existe  une  curieuse  lettre  de  S.  Grégoire 
à  l'évêque  Palladius  fondateur  d'une  église  en  l'honneur 
des  saints  Pierre  et  Paul,  Laurent  et  Pancrace.  Il  y  avait 
élevé  treize  autels,  dont  quatre  n'étaient  pas  encore  con- 
sacrés parce  qu'on  les  réservait  pour  les  reliques  des  titu- 
laires. Le  pape  lui  envoie  les  reliques  désirées5.  Saintes 
possédait  également  une  basilique  de  Saint-Julien  6. 

L'Urbs  Vasatensis  (Bazas)  se  glorifiait  de  posséder  une 
fiole  du  san^'  de  S.Jean-Baptiste,  rapportée  de  Jérusalem 
par  une  matrone  du  pays,  qui,  au  retour,  bâtit  une  église 
pour  y  déposer  la  relique.  Grégoire  de  Tours  raconte 
la  pieuse  conquête  en  des  termes  empreints  d'une  rare 
naïveté  7.  On  honorait  dans  l'Urbs  Beorritana  8  un  prêtre 
martyr  dont  la  basilique  et  le  tombeau  étaient  spéciale- 
ment redoutables  aux  parjures.  Grégoire  ne  donne  pas  son 
nom  dans  le  corps  du  livre,  mais  dans  le  sommaire  des 

1    Venantii  Fortunati  Carm.   I,  13.    Mgr  Duchesne,   Fastes  épis- 
copaux,  t.  Il,  p.  138,  juge  probable  que  Fortunat  et  Grégoire  parlent  de 
la  même  basilique.  Cette  solution  ne  va  pas  sans  quelques  difficultés. 
(2)  In  gloria  mari.  i.v. 
(3*  Leblant,  Inscriptions,  579. 

(41  Cl.  De  Rossi.  Rotna  sotterranca  t.  I.  p.  98.  —  A  remarquer  que 
(ii -égoire  de  Tours  et  Fortunat  écrivent  Eutropis  ;  dans  Fortunat  au 
génitif  Eutropis  ou  Eutropitis. 

5   Gregorii  I  Registr.,  VI,  48,  Ewald-Hartmann,  p.  423. 

(6)  Virtut.  S.  Iuliani,  xi.vn. 

(7)  In  glorii  mart.  xi. 

(8)  Longnon,  t.  c.  p.  599,  l'identifie  avec  Cicutet  ^Hautes-Pyré- 
nées). 


396  CENTRES   DU    CULTE   DES   MARTYRS. 

chapitres,  il  est  nommé  Genesius  '.  Aurions-nous  ici  enco- 
re à  constater  la  transformation  d'un  saint  étranger  dont 
on  possédait  les  reliques? 

On  sait  en  effet  que  le  chef-lieu  de  la  province  d'Arles 
avait  donné  à  l'église  un  martyr  Genesius,  qui  était  la 
gloire  de  la  cité: 

Teque  praepollens  Arelas  habebit 
Sancie  Genesi, 
s'écrie  Prudence2  ;  et  Fortunat  : 

Porrigit  ipsa  decens  Arelas  pia  dona  Genesi 

astris,  Caesario  concomitante  suo  3. 
S.  Apollinaire  de  Valence  voulut,  avant  de  mourir,  visi- 
ter sa  basilique  4,  où  le  peuple  accourait  en  foule  ',  et  où 
les  tombes  des  privilégiés  étaient  creusées  ad  sanctum 
martytem  r'.  Il  est  probable  que  l'annonce  du  25  août, 
in  Areîaio  Genesi,  appartient  à  la  première  rédaction  de 
l'hiéronymien.  On  ne  sait  s'il  faut  en  dire  autant  de  l'an- 
nonce du  15  décembre  :  Arelato  dedicaiio  basilicae  altaris 
sancti  Genesi  martyr is.  Serait-ce  la  dédicace  d'une  chapelle 
érigée  sur  la  rive  droite  du  Rhône, où  les  fidèles  laissèrent 
les  consecrati  cruoris  vestigia,  tandis  qu'ils  transportaient  le 
corps  sur  l'autre  rive7  ?  Nous  avons  déjà  rencontré  plus 
d'une  fois  11-  nom  de  Genesius  s  ;  nous  le  retrouverons, 
notamment  à  Embrun  9.  Rappelons  la  célébrité  de  son 
culte  à  Rome,  et  le  dédoublement  qui  s'opéra  insensible- 
ment et  fut  consacré  par  une  légende  "'. 

(1)  In  gloria  mari,  lxxiii. 
a)  Peristeph.IV,  35. 
[yCarm.  VIII,  3, 157. 
(41  Vita,  l'.IIL.  634,  <  .  7- 
(5)  Ingloria  mari,  lxviii. 

1  II..  XII. 961. 
171  PassioS.  Genesii,  Kl  IL.  3315,  c.  3.  CI.  Longnon,  t.  c.  p.  435. 

Plus  haut.  pp.  280,  341. 
,    /;:  •  ri 01  :  i  mari.  Xl.vi. 
(10)  Analect.  Bolland.,  t.  XXIX.  p.  260-63. 


LA    GAULE.    L'ESPAGNE.    L'AFRIQUE.  397 

Rien  ne  permet  d'affirmer  que  Vasio  (Vaison)  ait  eu  des 
martyrs  propres  ;  mais  il  ne  convient  pas  de  passer  sous 
silence  l'épitaphe  du  fondateur  d'une  basilique  de  Saint- 
Vincent,  mort  probablement  en  515. 

Inlusiris  titulis  meritisque  haut  dispar  avorum 
Pantagatus  fragilem  vitae  cum  linquerit  usum, 
Malluit  hic  propriae  corpus  committere  terme 
Quam  precibus  quaesisse  solum.  Si  magna  patronis 
Mariyribus  quaerenda  quies,  sanctissimus  ecce 
Cum  sociis  paribusque  suis  Vincenlius  ambit 
Hos  aditos,  servatque  dornum  dominumque  tuetur 
A  tenebris,  lumen  pracbens  de  lumvu  vero  '. 
Les  compagnons  de  S.   Vincent  sont  certainement  les 
martyrs  dont   Pantagatus  avait  réussi  à  se  procurer  les 
reliques.  La  chapelle  qu'il  leur  fit  construire  lui  servit  à 
lui-même  de  dernier  asile. 

La  basilique  de  Saint-Victor  de  Marseille  renfermait  le 
tombeau  de  ce  martyr-,  et  était  un  des  lieux  de  pèlerinage 
les  plus  connus  de  la  Gaule,  comme  on  le  voit  dans  Fortu- 
nat 3.  Il  n'est  pas  tout  à  lait  certain,  que  le  in  Massilia  Vic- 
torisàu  21  juillet  appartienne  au  premier  fonds  de  l'hiéro- 
nvmien.  On  ne  sait  ce  qu'il  faut  penser  d'une  autre  notice, 
au  1  mars,  commençant  par  Massilia  Hermetis  etc.  Si  les 
Marseillais  avaient  eu  des  droits  sur  ces  martyrs,  on  peut 
en 'ire  qu'ils  les  auraient  fait  valoir.  Il  faut  en  dire  autant 
des  chrétiens  Volusianus,  Fortunatus  et  autres,  dont  une 
epitaphe,  très  incomplète, a  livré  les  noms,  à  côté  desquels 
on  croit  lire  ces  mots  :  qui  vint  [igni]s  passi  sunt  l.  De  Rossi 

1  CIL.  XII.  1499,  Bucheler,  698.  L'inscription  comprend  19  vers. 

(2)  Ilist.  Franc.  IX,  20  ;  In  gloria  mart.  lxxvi. 

(3)  Carm.,  VIII,  3,  156.  Cf.  X,  10-21. 

(4)  CIL.  XII,  489. 


398        CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

y  reconnaît  des  martyrs  '  ;  Leblant  n'ose  se  prononcer  *. 
Je  préférerais,  cette  fois,  me  ranger  du  côté  de  Leblant. 
Grégoire  de  Tours  ne  connaît,  outre  Saint-Victor  et 
l'église  épiscopale,  que  la  basilique  de  Saint-Etienne  "\ 
L'existence  d'un  monastère  de  Saint-Cirycus  nous  est 
révélée  par  l'épitaphe  d'une  de  ses  religieuses,  Euse- 
bia  '. 

Racontant  les  origines  de  la  basilique  des  saints 
Nazaire-et-Celse  à  Ebredunum  (Embrun),  Grégoire  de 
Tours  commet  une  singulière  distraction.  Il  affirme,  en 
invoquant  la  lectio  cerlaminis  des  deux  martyrs  qu'ils  ont 
souffert  la  mort  et  que  leurs  corps  ont  été  retrouvés  près 
d'Embrun  5.  Le  contexte  explique  fort  bien  comment  la 
confusion  s'est  faite  dans  sa  mémoire  c,  et  il  n'y  a  pas  lieu 
de  se  demander  si  la  Gaule  a  vu  se  répéter  le  groupe 
binaire  si  caractéristique,  propre  à  la  Haute-Italie  7.  On 
honorait  également  à  Embrun  des  reliques  de  S.  Gene- 
sius  8. 

La  première  basilique  de  Saint-Ferréol,  le  martyr  de 
Vienne9,  était  située  sur  la  rive  du  Rhône,  et  exposée  aux 
violences  de  l'inondation.  L'évêque  Marnert  (f  473)  en 
bâtit  une  autre,  dans  laquelle  fut  transféré  le  saint  corps. 
On  le  reconnut  grâce  à  une  tradition  d'après  laquelle  la 
tête  de   S.  Julien  était  déposée  clans  le  même  tombeau. 

(i)  Roma  sotterranea,  1. 1,  p.  98-99. 

Inscriptions,  548  a. 
(3)  Hist.  Franc.  VI,  11. 

Cil..  XII,  482. 
15)  In  gloria  mart.,  xlvi. 

LONGNON,  t.  C,  p.  45^)-57. 

(7)  ActaSS.  iul.  t.  VI,  p.  516. 

(8)  In  gloria  mart.  xlvi. 

(9)  Foutunat,  Carm.  VIII,  162:  l'crrcoltun  pariter  pulchra  Vienna 
gtrit.  Ailleurs  Carm.  III,  /,  le  poète  fait  mention  de  reliques  de  S.  Fer- 
réol  envoyées  à  Nantes. 


LA   GAULE.    L'ESPAGNE.    L'AFRIQUE.  399 

Grégoire  de  Tours  visita  la   nouvelle  basilique,   et  se  fit 
expliquer  l'inscription  de  l'abside  : 

Heroas  Christi getninos  haec  coniinct  aida  : 
Iulianum  cap:  r.  Ferreolum  '. 

Une  lettre  de  Sidoine  Apollinaire  à  Mamert  confirme 
le  récit  de  la  double  translation  "-'.  La  notice  de  l'hiérony- 
mien  au  19  septembre,  laquelle  est  probablement  une 
addition  gallicane,  annonce  la  dédicace  de  la  basilique,  la 
translation  de  S.  Ferréol  et  de  la  tête  de  S.  Julien  et  tnul- 
torumsanciortim  corporum.  Au  9  octobre,  in  Vigenna  civitate 
multoriim  martyrum  répond  à  cette  dernière  indication,  sur 
laquelle  aucun  autre  texte  ne  jette  un  peu  de  lumière.  Gré- 
goire n'a  pas  entendu  parler  de  cette  foule  de  martyrs  ; 
lors  de  la  translation,  on  n'a  trouvé  que  trois  tombeaux, 
et  rien  ne  nous  autorise  à  voir  une  connexion  entre  cette 
vague  multitude  et  le  groupe  Severinus,  Exsuperius, 
Felicianus  3,  dont  le  culte  ne  semble  pas  remonter  au  delà 
de  l'épiscopat  de  l'évêque  Barnard  (IXe  siècle),  qui  les 
transporta  à  Romans  *.  Sans  l'épitaphe  de  Foedula,  qui 
voulut  après  sa  mort  être  placée  sous  la  protection  des 
saints  Gervais  et  Protais,  nous  ignorerions  que  l'église  de 
Vienne  honorait  les  reliques  de  ces  martyrs  s. 

Dans  une  homélie  prononcée  à  Genève,  en  515,  par  S. 
Avit  pour  la  dédicace  d'une  basilique,  sur  l'emplacement 
d'un  temple  païen,  nous  lisons  cette  phrase  :  fructifical 
Iochs  martyrum  quo  Jloruit  cultus  idolorum  6.  Il  n'est  évidem- 

(i)  l'irtut.  S.  Inliani,  n. 
2  Epist.  VII,  1. 

(3)  Inscription  métrique  dans  l'appendice  des  œuvres  de  S.  Avit,  éd. 
Peiper,  M.  G.  auct.  antiq.  t.  VI,  2,  p.  1S4. 

(4)  Vita  S.  Bamardi,  BHL.  991,  c.  7.  Cf.  Giraud-Chevalier,  Le 
mystère  des  Trois  Doms  (Lyon,  1887!,  p.  lxxxvii-civ. 

(5)  CIL.  XII,  2115. 

(6)  Homil.  xx,  Peiper,  p.  133. 


400         CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

ment  pas  question  d'y  voir  une  allusion  à  des  martyrs 
locaux  ',  mais  à  ceux  dont  les  reliques  furent  déposées 
dans  le  nouveau  sanctuaire,  sans  cloute  les  martyrs 
d'Agaune.  Maurienne  non  plus  n'eut  pas  ses  martyrs  pro- 
pres. Elle  dut  son  nom  de  Saint-Jean-de-Maurienne  à 
l'église  qui  reçut  les  reliques  de  S.  Jean-Baptiste  rappor- 
tées de  Palestine  par  une  certaine  Tygris  -. 

La  gloire  de  l'église  de  Lyon,  mère  d'une  troupe  héroï- 
que de  martyrs  dont  la  chrétienté  entière  a  lu  les  Actes, 
devrait  faire  pâlir,  semble-t-il,  la  renommée  des  sanc- 
tuaires les  plus  importants  de  la  Gaule.  En  fait  la  basilica 
mirât  ma^nitiidinis  qui  fut  construite  à  Athanacus  (Ainay), 
lieu  du  martyre  3,  ne  semble  pas  avoir  attiré  le  flot  popu- 
laire, comme  tant  d'autres  églises  que  nous  voyons  citées 
parmi  les  lieux  de  pèlerinage  célèbres.  Ni  \  ictrice  ni 
Fortunat  ne  mentionnent  les  Lyonnais  dans  leurs  listes. 
Grégoire  de  Tours,  qui  fait  de  S.  Irénée  un  martyr  ', 
place  son  tombeau  dans  la  crypte  de  l'église  Saint-Jean 
entre  les  deux  martyrs  Epipodius  et  Alexandre,  dont  les 
Actes  ne  sont  pas  très  importants'',  mais  qui  paraissent 
avoir  laissé  un  souvenir  durable  dans  l'église  de  Lyon fi. 
On  attribue  à  S.  Eucher  une  homélie  prononcée  le  jour 
de  leur  fête  7.  L'hiéronymien  annonce  au  24  avril  :  in  civi- 

(1  L'invention  de  S.  Victor  n'eut  lieu  qu'au  commencement  du 
VU-    siècle.  Voir  B.  Krusch,  dans  M.   G.  Script,  rer.  merov.  t.  III, 

P-  11-!*- 

h:  gloria  mort.  xnr.  Cl.  BHL.  8289,  8290. 

1     In  gloria  mart.  xlviii, 

4)  llrj.  1  ranc.  I,  29;   In  gloria  mut.  xi.ix.  Sur  on  voir 

W'.Mi  YER,Die  Légende  des  h.  Albanus,  Abhandlungen  der  K.Gesbll- 
schaft  DEKWissiiNM  haï  i  i-.N  zu  Goi  1 1  N<  i  BN.n.F.  t.  VIII,  (1904), p. 60  l,J. 

(5)  BHL.  2574,2575. 

(6)  In  gloria  confess.  LXIII. 
7    /'.  L.  t.  L,  p.  861-65. 


LA    GAULE.    L'ESPAGNE,    l' AFRIQUE.  4OI 

tate  Lugduno  Galliae  passio  Alexandri  ami  aliis  numéro 
XXXIIII  ci  dcdicatio  criptae  ubi  corpora  eorum  requiescunt. 

Le  grand  nombre  des  compagnons  de  S.  Alexandre  appelle 
naturellement  quelques  reserves  ;  la  crypte  sera  celle  de 
la  basilique  de  Saint-Jean  devenue  plus  tard  L'église  Saint- 
Irénée  '. 

Deux  martyrs,  S.  Marcel  au  Castrum  Cabilonense  (Cha- 
lon-sur-Saône),S.Valérien  au  Castrum  Trinorciense(Tour- 
nus),  qui  figurent  dans  les  additions  gallicanes  de  l'hiéro- 
nymien  respectivement  au  4  et  au  15  septembre,  sont  rat- 
tachés, par  les  hagiographes,  à  la  persécution  lyonnaise 
dont  Epipodius  et  Alexandre  furent  les  victimes  -'.  La 
basilique  de  Saint-Marcel  r'  donna  naissance  à  la  célèbre 
abbaye  de  Saint-Marcel  près  de  Chalon  ;  celle  de  Saint- 
Valérien  '  à  l'abbaye  de  Tournus  qui  n'acquit  pas  une 
moindre  renommée. 

A  Augustodunum  (Autun),  on  honorait  le  martyr  Sym- 
phorien,  dont  la  fête  est  marquée  dans  l'hiéronymien  au 
22  août 5,  et  dont  les  Actes  ne  sont  pas  à  mépriser6.  La 
basilique  fut  construite,  vers  la  fin  du  Ve  siècle,  par  le 
prêtre  Euphronius,  qui  devint  évêque  d' Autun  7.  Fortunat 
cite  S.  Symphorien  parmi  les  grands  martyrs  de  la  Gaule  8. 

(1)  LoNGNON,  Géographie  de  la  Gaule,  p.  197. 

2  BHL.  5245, 8487. 

Ilist.  Franc.  V,  27  ;  IX,  3,  -7  ;  In  gloria  mart.  lu. 

(4    In  gloria  mart.  LUI. 

Le  manuscrit  de  Berne  annonce  aussi  la  vigile  le  21.  Ce  même 
manuscrit,  au  31  juillet,  indique  encore  :  Agustiduno  dedicatio  ccclesiae 
senions  'et  Sattcti  Nazaril  et  translatio  multorum  sanctorum  martyrum 
(in  ipsa  ccclesïa).  Moins  les  mots  entre  parenthèses,  c'est  également  la 
notice  du  ms.  W.  Le  ms.  E.  la  passe  entièrement  sous  silence. 

(6)  BHL.  7967.  Cf.  W.  Meyer,  Fragmenta  Buruna  (Berlin,  1901), 
p.  161-63. 

17   Ilist.  Franc.  II,  15.  Cf.  VIII,  30. 

(8)  Carm.  VIII,  3,  160. 

Cuit.  Mart.  26 


402         CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

Autun  avait  également  une  basilique  de  Saint-Etienne  '. 

La  Première  Lyonnaise  est  encore  représentée  dans  la 
partie  gallicane  de  l'hiéronymien  par  une  série  de  notices, 
qui  toutes  créent  des  difficultés,  à  plus  d'un  titre,  et  pour- 
raient bien  dépendre,  en  dernière  analyse,  des  textes 
hagiographiques  correspondants,  tous  pour  le  moins  fort 
suspects.  Citons  d'abord  celle  du  24  septembre,  qui  se  rap- 
porte à  Saulieu  :  In  civitatc  Agiistidiino  vico  Sedeloco  natale 
sanctoritm  Andocii,  Tyrsi  et  Felicis.  Ces  saints,  dont  Gré- 
goire semble  ignorer  l'existence,  nous  sont  connus  par  une 
Passion  -  dont  la  parenté  avec  celle  de  S.  Bénigne  de 
Dijon  est  certaine  3.  Or  voici  ce  que  nous  savons  de 
S.  Bénigne,  proclamé  au  martyrologe  le  1  novembre: 
Lingonica  civitatc  Castro  Divionc  Benigni  presbyteri  et  mar- 
tyris.  Au  temps  de  Grégoire,  son  culte  était  de  date 
récente  '.  Le  grand  sarcophage  où  il  reposait  était  visité 
parles  paysans  superstitieux,  et  regardé  comme  un  tom- 
beau païen.  Un  miracle  et  une  apparition,  dont  fut  favorisé 
Grégoire,  évêque  de  Larigres,firent  connaître  la  vérité,  et 
une  basilique  fut  élevée  en  l'honneur  du  martyr.  On  igno- 
rait son  histoire;  des  pèlerins  revenant  d'Italie  la  rappor- 
tèrent à  l'évêque  ".  C'est  sans  doute  le  récit  que  nous  avons 
encore  6  ;  l'on  peut  deviner  ce  qu'il  vaut  au  point  de  vue 
de  l'histoire. 

Le  5  septembre,   ce  sont  des   martyrs  de  Besançon  :   in 
Galliis  civitatc   Vcsontionc  Fcrrcoli  et  Fcrrucionis,   dont  la 


1    /;;  gloria  onfess.  lxxii. 
(2  BHL.  424-427. 

(31  Voir  L.  Du<  hesni  .  Fastes  épiscopaux  de  l'ancienne  Gaule,  t.  I-, 
p.  51-52  •  W.  Mkvf.k.  /)/,•  Légende  des  hl.  Albanas,  p  72-81. 

(4)  Dijon  avait  une  basilique  de  Saint-Jean.  Vitae  Patrum,  VII,  3. 

(5)  In  gloria  mart.  l. 
(6   BHL.  1153-1162. 


LA    GAULE.    L'ESPAGNE.    L'AFRIQUE.  403 

Passion  '  a  d'étroites  affinités  avec  celle  de  S.  Bénigne. 

Grégoire  la  cite,  mais  il  ajoute  sur  le  culte  des  deux  mar- 
tyrs des  détails  inédits.  Sa  propre  sœur  obtint,  dans  leur 
basilique,  la  santé  de  son  mari  '-'. 

Le  cas  des  saints  de  Langres,  au  17  janvier,  est  plus 
clair,  et  n'est  pas  sans  jeter  quelque  lumière  sur  les  précé- 
dents :  Lingonas passio  sanctorum  geminorum  Speusippi,  Ela- 
sippi,  Mehisippi.  Leonillae,  Iunillac,  Neonis.  Ceci  est  évidem- 
ment emprunté  au  texte  connu  ",  qui  n'est  qu'une  adapta- 
tion d'une  légende  grecque  ',  et  c'est  cette  légende,  trans- 
portée en  Gaule,  qui  y  crée  un  culte.  Le  récit  de  Grégoire 
dénie  formellement  au  culte  de  S.  Bénigne  la  consécration 
traditionnelle  ;  il  nous  le  montre  installé  tardivement.  La 
réserve  qu'entraîne  cette  circonstance  doit  s'étendre  évi- 
demment au  culte  des  martyrs  de  Saulieu  et  de  Besançon, 
si  étroitement  lié  avec  celui  de  S.  Bénigne  s. 

Les  saints  d'Agaune  (Saint-Maurice),  au  22  septembre, 
font  probablement  partie  des  suppléments  gallicans  de 
l'hiéronymien.  On  sait  comment  leur  culte  s'établit 6,  et 
quel  retentissement  eut, dans  le  monde  chrétien,  la  révéla- 
tion d'un  fait  inoui  dans  les  annales  des  persécutions,  le 
massacre  de  la  legw  Félix  Agaunensis,  comme  l'appelle 
Fortunat  7.  Le  roi  Sigismond,  qui  serait,  au  témoignage  de 
Grégoire  de  Tours,  le  vrai  fondateur  du  monastère  et  des 

(xi  BHL.  2903-2905. 

(2)  Ingloria  mari.  î.xx. 

(3)  BHL.  7829. 
BHG*.  1646. 

Au  7  septembre,  le  ms.  B  du  martyrologe  annonce  in  territurio 
Edita  civitate  loeo  Alisia  natale  sanctac  Régine  martyyae.  Le  ms.  W. 
ajoute:   cuius  gesta  habentur.  C  I     [gnent   sans  doute  BHL. 

7092-7094,  pièce  déplorable,  mais  qui  serait  le  plus  ancien  témoin  du 
culte  de  S^  Reine. 

(6)  Plus  haut,  p.  104. 

(7;  Carm.  VIII,  3,  172. 


4«'4  CENTRES   DU    CULTE   DES   MARTYRS. 

basiliques  d'Agaune,  y  fut  lui-même  enseveli  et  honoré 
comme  martyr  '.  S.  A  vit  prononça  une  homélie  in  basilica 
sanctorum  Acaunensium  -.  Le  souvenir  clés  soldats  martyrs 
hanta  avec  persistance  le  cerveau  des  hagiographes  de  la 
Gaule  et  de  l'Italie  supérieure,  et  longtemps,  lorsqu'il 
s'agissait  d'identifier  quelque  saint  obscur,  le  procédé  à  la 
mode  fut  de  l'enrôler  dans  la  légion  Thébaine.  La  liste  dé- 
cès légionnaires  d'occasion  n'a  pas  été  dressée.  Elle  serait 
longue. 

La  Deuxième  Lyonnaise  pourrait  être  passée  sous 
silence  n'était  l'évêque  Victrice  de  Rouen,  l'ami  et  l'émule 
des  grands  évêques  qui  furent  les  zélés  promoteurs  de  la 
dévotion  aux  martyrs,  Ambroise,  Gaudence  de  Brescia, 
Paulin  de  Noie  \  Dans  un  traité,  qui  a  parfois  les  allures 
d'un  discours  ',  il  célèbre  les  martyrs,  et  nous  donne  les 
noms  de  ceux  dont  on  lui  a  procuré  les  reliques.  Par  deux 
fois  il  reçut  des  envois  importants.  D'abord,  ou  lui  donne 
S.  Jean-Baptiste  —  nous  employons  le  style  de  l'époque 
—  S.  André,  S.Thomas,  S.  Gervais,  S.  Protais,  S.  Agri- 
cola.S1'  Euphémie, et  il  ajoute  encore  S.Luc  !i.0n  retrouve 
ici,  avec  quelques  différences  qu'expliquent  suffisamment 
les  circonstances  r',la  liste  presque  entière  de  Gaudence  de 


(i)  In gloria  tnart.  r.xxiv.  Cf.  Lonc.non,  t.  c.  p.  231-33.  —  L'hiérony- 
micn  enregistre  au  1  mai  :  Civitate  Sidonensi  loco  Acauno  passio  Sigis- 
m  un  à 
(2)  Opéra,  Peiper,  p.  145. 

!..  Va<  andard,  Saint  Victrice,  êvêque  de  Rouen,  Paris,  1903. 
I    De  lande  sanctorum,  dans  P.  L.  t.  XX.  p.  443-58;  Sauvage-Tou- 
gard.  S.  Victrice.  Son  livre  De  lande  sanctorum  d'après  les  variantes 
Saint-Gai,  Paris,  1895.  Cf.  Vacandàrd,  t.c.  p.  173-79. 
5    /'./..  t.c.  p.  448. 

SS.  Sisinnius,  Martyrius  et  Alexandre,  dont  Gaudence 
avait  des  reliques,  étaient  probablemenl  en  vie  lorsque  Victrice 

reçut  ce  premier  envoi. 


LA   GAULE.    L'ESPAGNE.    L'AFRIQUE.  405 

Brescia.  Plus  loin,  Victrice  énumère  d'autres  martyrs, 
dont  il  faut  croire  que  des  reliques  lui  ont  été  données, bien 
qu'il  ne  le  dise  pas  avec  toute  la  clarté  désirable.  Cette 
série  est  curieuse.  Quelques  noms  paraissent  là  pour  la 
première  fois  :  d'autres  sont  malheureusement  peu  recon- 
naissables,  par  la  faute,  sans  doute,  des  copistes. Les  voici 
dans  l'ordre  de  l'auteur:  les  SS.  Jean  l'évangéliste,  Pro- 
culus,  Antonius,  Saturninus,  Traianus,  Nazarius,  Mucius, 
Alexandre,  Datysus,  Chindeus,  Rogata,  Leonida,  Anas- 
tasia,  Anatoclia.  Nous  avons  essayé,  dans  les  chapitres 
précédents,  de  les  identifier,  sans  succès  pour  les  saintes 
Rogata  et  Leonida. 

Dans  la  Troisième  Lyonnaise,  la  ville  de  Tours  s'impose 
tout  d'abord  à  notre  attention,  non  point  qu'elle  ait  eu  des 
martyrs  propres,  mais  parce  que.  grâce  à  son  évèque  Gré- 
goire, nous  sommes  mieux  renseignés  sur  elle  que  sur  la 
plupart  des  autres  villes  de  la  Gaule  '.  Un  document  hors 
de  prix  est  le  calendrier  des  jeûnes  et  des  vigiles  réglé  par 
l'évéque  Perpetuus  tv  491),  qui  bâtit  à  Tours  une  basilique 
en  l'honneur  de  S.  Pierre,  une  autre  à  Monte  Laudiaco 
(Montlouis),  dédiée  à  S.Laurent  Les  seize  vigiles  compren- 
nent, outre  les  l'êtes  du  Seigneur,  de  S.  Martin  et  de  quel- 
ques autres  évêques,  celles  de  S.  Jean,  de  la  Chaire  de  S. 
Pierre,  de  S.Jean-Baptiste,  des  SS.  Pierre  et  Paul,  de  S. 
Symphorien.  Ce  martyr  n'était  pas  le  seul  qui  fût  honore 
à  Tours.  Le  prédécesseur  de  Perpétue,  Eustochius,  avait 
élevé  à  l'intérieur  de  la  ville  une  basilique  pour  y  déposer 
les  reliques  des  saints  Gervais  et  Protais  rapportées  d'Ita- 
lie par  S.  Martin  lui-même.  La  basilique  de  Saint-Vincent 
est  une  fondation  d'Euphronius,  auquel  succéda  Grégoire. 

:   Ilist.  Franc.  X,  31. 


406        CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

C'est  à  l'épiscopat  de  ce  dermerque  remonte  la  basilique  de 
Saint-Julien  à  Tours  ', celle  de  la  parrochia  Paternacensis 
(Pernay),où  il  plaça  des  reliques  de  S.  Julien  et  de  S.  Nice- 
tius  -,  peut-être  aussi  celle    du   Gaudiacus   viens  in  Turo- 
nico  (Joué),  également   consacrée  à  S.  Julien  3.  Grégoire 
dédia  aussi,  la  première   année  de  son  pontificat,  l'oratoi- 
re des  saints  Saturnin,  Martin  et  Ilidius  '.  Il  déposa  enco- 
re, en  divers  sanctuaires,   des    reliques  des  SS.  Cosme  et 
Damien,  de  S.  Jean,  de  S.  Serge,  et  de  S.  Bénigne  \  Il  ne 
sera  pas  sans  intérêt  d'apprendre,  de  la   bouche  même  de 
l'évêque   de  Tours,  comment  il  se  procurait  des  reliques. 
C'est  à  propos  de  S.  Julien  de  Brioude  qu'il  s'en  explique. 
«  Il  arriva  qu'après  mon  ordination  je  me  rendis  en  Auver- 
gne. Pendant  mon  voyage,  je  visitai  la  basilique  du  saint, 
et,  après  la  fête,    j'arrachai,  pour  m'en   faire  une   sauve- 
garde,  quelque  peu  de   la  frange  du  voile  qui  couvrait  le 
saint  tombeau  ;  puis  je  sortis  après  avoir  terminé  ma  priè- 
re.  Or,  des   moines  de  la  ville   de    Tours   construisirent, 
suivant   leurs  faibles   moyens,   en   l'honneur  du    martyr, 
une  basilique  qu'ils  désiraient  voir  consacrer  par  ses  mira- 
cles.   Sachant  que  j'avais  rapporté    des   reliques,    ils  me 
prièrent  d'enrichir  leur   église  de  ces  dépouilles  à  l'occa- 
sion de  la  dédicace. Je  pris  secrètement  la  boîte  et,  au  com- 
mencement de  la  nuit,  je  me  bâtai  de  la  porter  à  la  basili- 
que  de   Saint-Martin.   Un    homme    pieux  qui    se  trouvait 
alors   a  distance  de  la  basilique,    raconta  qu'au   moment 
où  nous   v  entrâmes,  il  vit  une  éclatante  lumière  descen- 
dre sur  l'édifice  et  pénétrer  dans  l'intérieur.  Lorsque  nous 


i  l'niut.  S.  luttant,  xxxiv-xxxix. 

.:  l 'irtul.  S.  Iuliani,  i.  ;  Vitae  Patrum,  VIII,  8. 

(3)  Virtut.  S.  luttant,  xl. 

;  h:    loria  conf.  xx  ;  Yitac  Patrum,  II,  3. 

5  Hist.  Franc.  X,  31. 


LA    GAULE.    L'ESPAGNE.   L'AFRIQUE.  |"7 

l'apprîmes  le  Lendemain  par  les  fidèles,  nous  conjecturâmes 
que  cela  était  dû  à  la  vertu  du  martyr.  Après  avoir  déposé 
les  saintes  reliques  sur  l'autel  et  veillé  la  nuit,  nous  les 
portâmes,  au  chant  des  psaumes,  â  l'église  dont  j'ai 
parlé  '.  » 

Les  martyrs  de  Nantes  sont  nommés  au  martyrologe  le 
24  mai  :  In  Galliis  civitate  Natnnetis  Rogatiani  Donaiiani 
germanorum  et  martyrum.  Leur  basilique,  qui  existe  encore, 
est  signalée  par  Grégoire  -.  Il  nous  renseigne  aussi  sur  la 
basilique  de  Saint-Nazaire,  in  vico  quodam,  appartenant  au 
territoire  de  Nantes  \  Cette  localité,  qu'il  ne  nomme  pas, 
porte  encore  aujourd'hui  le  nom  du  martyr  milanais  dont 
les  reliques  la  rendirent  célèbre.  Par  les  poèmes  que 
Fortunat  adresse  â  l'évêque  de  Nantes  Félix  (f  582),  à 
l'occasion  de  la  dédicace  de  son  église,  nous  apprenons 
qu'il  y  déposa  des  reliques  de  S.  Ferréol  et  d'autres  saints  '. 

Dans  la  Quatrième  Lyonnaise,  nous  n'avons  à  nous 
arrêter  qu'à  Troyes  et  à  Paris.  Surle  territoire  de  la  pre- 
mière de  ces  villes, apudurbem  Tricastinoritm,  se  trouvait, 
dans  un  petit  oratoire,  le  tombeau  de  S.  Patrocle,  gardé 
par  un  seul  clerc.  La  découverte  —  histoire  infiniment 
curieuse  —  de  sa  Passion  donna  un  nouvel  essor  au  culte 
de  ce  martvr.  La  chapelle  devint  une  basilique,  et  la  fête 
fut  régulièrement  célébrée  s.  La  date,  21  janvier,  est  don- 
née par  l'hiéronymien. 

La  basilique  de  Saint-Denys  de  Paris,  mentionnée  plu- 
sieurs fois  par  Grégoire  de  Tours  °,  est  celle-là  même  qui 


(ii  Virtut.  S.  lui.  xxxiv,  traduction  Bordicr,  légèrement  retouchée. 
(2)  In  gloria  mari.  lix. 
(i)  In  gloria  mart.  lx. 
14)  Cartn.  III,  7.  55- 

(5)  In  gloria  mart.  lxiii. 

(6)  Hist.  Franc.  V,  32,  34  ;  In  gleria  mart.  lxxi. 


40S        CENTRES  DU  CULTE  DES  MARTYRS. 

fut  bâtie  à  l'instigation  de  Sle  Geneviève  ',  sur  le  tombeau 
du  martyr,  au  lieu  appelé  Catulliacus  2.  Le  martyrologe 
hiéronymien,  au  8  octobre,  donne  déjà  à  S.  Dcnys  les  com- 
pagnons Kleutherius  et  Rusticus,  que  les  récits  hagiographi- 
ques 5  et  clés  textes  remontant  au  VIIe  siècle4  lui  adjoignent 
indissolublement    II  est  à  peine  nécessaire  de  faire  remar- 
quer que  dans  la  désignation  des  sanctuaires  de  martyrs, le 
principal  titulaire  est  ordinairement  seul  cité,  et  que  l'ar- 
gument tiré  du  silence  n'est  pas  décisif  en   l'espèce  contre 
les  compagnons  de  l'évêque.  Fortunat,  qui   reconnaît   S. 
Denvs  comme  le  saint  par  excellence  de  Vurbs  Parisiaca  s, 
parle   aussi  d'une   basilique   fondée  en   son   honneur   par 
l'évêque  de  Bordeaux  Amelius,  dans  le  premier  quart  du 
VIe  siècle  et  agrandie  par  un  de  ses  sucesseurs,  Léonce  c. 
Paris  possédait  d'autres    églises,  Saint-Pierre,  dite  aussi 
des    Saints-Apôtres    7,  Saint-Julien    8,  Saint-Laurent    \ 
Saint-Vincent10. 

Les  villes  de  la  Première  Belgique  qui  doivent  trouver 
place  ici    sont  Trêves  et  Cologne    ".  Sur  Trêves,    il   est 

(i)  Vita  S.  Gcnovcfac,  BHL.  3334. 

(2)  Cf.  J.  IIavet,  Oeuvres,  t.  I,  (Paris,  1896).  p.  ..'07-17. 

(3)  Passio  sanctorum  Dionysii,  Rusticiet  Elcutherii,  BHL.3171. 
p  Havet,  t.  c.  p.  221. 

5  Carm.  VIII,  3,  159. 

6  Carm.  I,  11. 

17   Hist.  Franc.  II,  43,  III,  18  ;  IV,  1.  V  ;  18  etc. 

Hist.  I  ranc.VI,  17  ;  IX,  6. 

Hist.  Franc.  VI,  9,  25. 

-  ///,/.  Franc.  VI.  20,  46  :  VII,  10  ;  In  gloria  conf.  lxxxviii,  et  . 

ons  pas  Mayence  et  pour  cause.  Rhaban  Maur, 
dans  son  martyrologe,  au  16  juin,  /'.  /..  t.  CX,  p.  1151,  énonce  ce  qui 
suit  :  in  civltate  Moguntiaco passio  sanctorum  Aurez  episcopi  et  lustinae 
s<,r<;ii  eius,  qui  ab  Hunnis  vastantibus  praedictam  civitatem  in  ecclesia 
occisisunl.   L'ha  saints,  BHL.  823-i  I   pas  de 

bonne  quai  il  inscription  métrique  Aurais  ac  simul  Iustinus  fera 

praelia  mundi  etc.  mériterait  plus  de  considération  si  nous  avions  quel- 


LA    GAULE.    L'ESPAGNE.    L'AFRIQUE.  409 

vrai,  nous  n'avons  que  des  données  vagues.  Une  inscrip- 
tion : 

Ursiniano  subdiacono  sub  hoc  tumulo  ossa  quiescunt 

qui  mentit  sanctorum  sociari  sepulcra  ', 
fait  naître  L'idée  d'un  tombeau  ou  d'une  série  de  tom- 
beaux de  martyrs,auprès  desquels  Ursinianus  aurait  cher- 
ché son  dernier  refuge.  Les  traditions  locales  relatives 
aux  martyrs  de  Trêves  manquent  malheureusement  d'at- 
testations anciennes  -,  et  les  sanctorum  sepulcra  pourraient 
bien  devoir  s'entendre  de  l'autel  où  étaient  renfermées 
des  reliques  venues  d'ailleurs. 

Colonia  Agrippina  figure  certainement  à  l'hiéronymien 
en  deux  endroits  sans  qu'on  ait  le  moyen  de  décider  s'il 
s'agit  de  deux  groupes  de  martyrs  ou  d'un  seul  deux  fois 
répété  3.  Le  8  (et  le  9)  octobre,  c'est  S.  Géréon  avec  une 
troupe  de  plus  de  trois  cents  martyrs.  Le  15  du  même 
mois,  il  annonce  le  natale  Maurorum,  que  le  manuscrit 
d'Echternach  a  déjà  produits  le  9,  sous  une  forme  qui 
semble  être  synonyme  du  natale  sanctorum  Gereon  cum 
sociis  suis  triceutorum  decim  et  octo  martyrum  quorum  nomina 
l 'eus  scit.  Grégoire  de  Tours  ne  nous  aide  guère  à  éclaircir 
cette    question.   «  Il  existe   à    Cologne   une  basilique  con- 


que idée  précise  de  son  âge  et  de  l'endroit  où  elle  a   été    relevée.  De 
-1  Inscriptiones  christianae   Urbis  Rotnae,  t.  II.  p.  258.   Une   autre 
inscription,  certainement  de  basse  époque,  sur  Aureus  et  Iustina,  dans 
Kraus,  Die  christlichm  Inschriften der  Rheinlandc,  Spuriae  27. 

1    CIL.  XIII.  3787,  Bùcheler,  Carmina,  773. 

:    ActaSS.  oct.  t.  II,  p.  330-S7  ;  t.  III.  p.  18-20. 

1  j  Nous  ne  nous  occuperons  pas  de  l'article  du  30  juin  ainsi  conçu  : 
in  Agripina  Asclini  Pamphili.  Notker  lisait  le  prem  er  tic  ces  noms 
Asclepii,  qui  doit  être  la  vraie  leçon.  Or.  les  menées  mentionnent 

un  Asclepios  précisément  au  30  juin,  malheureusement,  sans  ajouter 
aucun  détail  qui  vaille  la  peine  d'être  relevé.  Asclinus-Asclepius  est 
donc  un  saint  oriental.  Le  reste  n'a  probablement  aucun  lien  non  plus 
avec  Cologne. 


410  CENTRES    DU    CULTE    DES    MARTYRS. 

struite  au  lieu  où  l'on  dit  que  cinquante  hommes  de  la 
célèbre  légion  sacrée  des  Thébains  souffrirent  le  martyre 
pour  le  nom  du  Christ.  Comme  elle  paraît  en  quelque 
sorte  être  d'or  à  cause  des  admirables  mosaïques  qui  s'y 
trouvent,  les  habitants  du  lieu  en  ont  contracté  l'habi- 
tude de  l'appeler  la  basilique  des  Saints  d'Or  '.  »  Sancti 
aurei,  sancti  Mauri  semblent  être  des  équivalents,  et  au 
moyen  âge  on  ne  distinguait  pas  ce  groupe  de  celui  dont 
S.  Géréon  est  le  chef-.  On  n'avait  probablement  pas  tort 
de  les  confondre  ;  cela  ne  suffit  pourtant  pas  à  donner 
du  crédit  aux  histoires  que  l'on  fit  courir,  d'assez  bonne 
heure,  on  le  voit  par  le  passage  de  Grégoire,  sur  le 
compte  des  Saints  d'Or.  Il  est  sans  doute  superflu  de 
rappeler  qu'à  Cologne  l'imagination  des  hagiographes 
était  sujette  à  grossir  les  choses  dans  des  proportions 
peut-être  sans  exemple.  On  sait  ce  qu'est  devenu,  sous 
leur  plume,  le  souvenir  des  vierges  martyres  dont  la 
basilique  est  attestée  par  l'inscription  de  Clematius,  texte 
(pie  l'on  souhaiterait  plus  clair,  mais  qui  est  d'une  saveur 
antique  tortement  prononcée  3. 

L'évêquede  Cologne  Ebregisil,  à  la  lin  du  VIe  siècle,  remit 

en  honneur  le  culte  de  S.  Mallosus,  martyrisé  apiid  Bcrtu- 

nense  oppidum (Birten),  engloba  l'oratoire  du  saint  dans  une 

ilique,  et  retrouva  les  saintes  reliques  '.  On  disait  que  S. 

Victor  reposait  au  même  endroit  ;    maison  ne  l'avait  pas 


In  glorii  mari.  ixi. 
i    BHL.3446. 

F.  X.  Krai      l>    christlichen  Inschriften  der  Rheinlande,  t.I,  394, 

aszewski,  dans  CIL.  XIII.  1313  ,  la  range  parmi  les  inscriptions 

faus      .    1        té  réfuté  pai  Riese,   Die  Inschrift  des  Clematius  und  die 

Kôlnischen  Mat tyrien,  dans  Bonner  Jahrbuchek,   Heft  118  (1909),  p. 

236-^5.  Ci.Analecta  BoUand.,t.  XXX,  p.  362. 

.    Ttt  gloria  mari.  lxii. 


LA    GAULE.    L'ESPAGNE.    L'AFRIQUE.  411 

encore  découvert  '.  Les  noms  de  Mallosus  et  de  Victor, 
encadrant  celui  d'Agrippina,  ou  Cologne, se  reconnaissent 
dans  l'hiéronymien  au  10  octobre  -'. 

Terminons  notre  revue  par  la  Seconde  Belgique. 
L'Urbs  Remensium  (Reims)  avait  une  basilique  dédiée 
aux  martyrs  Tiraothée  et  Apollinaire  qui  lui  appartien- 
nent'"'; ils  sont  à  l'hiéronymien  sous  la  rubrique  Re)inis 
civitate,  au  23  août.  Au  14  décembre,  on  y  lit  également 
lù-mus  natale  Nicasi  episcopi.  La  basilique  de  Saint-Nicaise 
est  citée  dans  un  texte  du  IXe  siècle  *,  mais  elle  est  cer- 
tainement antérieure.  S.  Julien  était  également  honoré 
par  les  Rémois,  qui  lui  bâtirent  une  église  5. 

Les  martyrs  de  Soissons,  Crépin  et  Crépinien,  sont 
marqués  à  l'hiéronymien,  le  25  octobre  :  /;/  Gallia  civitate 
S(u)essionis  Crispwi  et  Crispiniani  ;  Grégoire  mentionne 
leur  basilique  à  différentes  reprises  6.  Nous  n'avons,  à 
l'appui  de  la  notice  du  14  juin,  S(it)essiouis  civitate  passio 
Valeri  et  Rufini,que  des  récits  hagiographiques  sans  grande 
portée  7. 

Le  martyr  Quintinus  a  donné  son  nom  au  Virmandense 
oppidum,  où  reposait  son  corps8.  Il  est  mentionné  clans 
l'hiéronymien  au  31  octobre.  Deux  martyrs  d'Amiens  sont 
enregistrés  au  n  décembre:  in  Gallia  Ambiants  Victoria 
et  Fusciani  martyr  uni.  Bien   que    la  plus  ancienne  trace  de 


:    Mù/.,Birten  (Prusse  Rhénane)  est  situé  sur  la  rive  gauche  du  Rhin 
à  3  kil.  au  dessus  de  Xanten.  Voir  Longnon,  t.  c,  p.  3S4-85. 
Dans  les  manuscrits  B  et  W.  Le  manuscrit  E  les  omet. 
/;:  florin  mart.  i.iv. 
4    VitaS.  Remigii,  Krusch,  M.  G  ,  Script,  rer.merov.,  t.  III,  p.  279. 
(51    Yirtut.  S.  luttant,  xxxn. 
(61  Hist.  Franc.  V,  34  ;IX,o. 
7   BHL.  7373-7375. 
-    In  gloria  mart.  LXXII. 


412  CENTRES   DU    CULTE  DES   MARTYRS. 

leur  sanctuaire  se  trouve  clans  un  texte  du  Xe  siècle  l,  et 
que  les  Actes  de  ces  martyrs  soient  dépourvus  de  valeur 
historique  2,  l'antiquité  de  leur  culte  ne  peut  être  raison- 
nablement révoquée  en  doute. 

La  Grande-Bretagne  est  le  terme  naturel